BERNADETTE
La Yerite sur Lourdes
Reflexions preliminaires
Nous avons enlrepris ce travail dans Ic but de prouver qu'il n'y eut rien de miraculeux dans les apparitions de Bernadette, la petite heroine de Lourdes, et que par consequent ce lieude pelerinage n'a passaraison d'etre. Pourquoi, nous dira-t-on, vous imposer ce labeur? Pourquoi si des gens sont heureux de croire aux miracles, ne pas les laisser dans leur croyance, meme si elle est fausse? Puisque Fapparition de rimmaculee-Conception a la petite bergere satisfait leur amour du merveilleux, pourquoi vous ingenier a leur donner, a ce sujet, des explications qu'ils ne vous demandent pas ? Pourquoi ?
Par la raison que celui qui detient une part de verite, quelle qu'elle soit, a le devoir d'en faire beneficier ceux qui en sont prives, comme I'liomme riche a le devoir de donner la moitie de son pain a son voisin pauvre.
Nous n'ecrivons pas ce livre avec 1'intention de blesser des croyances, toujours respectables lorsqu'elles sont sinceres, mais dans le but charitable de faire connaitre la verite, en nous servant des decouvertes recentes de la science.
Nous avons cherche nos documents principalement dans les livres des auteurs Chretiens et parmi ceux-ci,
LA VKRITJil SUK LOURDES
dans la Petite Histoire de Lourdes, du pere Fourcade ; los Merveilles de Lourdes, do Mgr de Segur, ct enfin Notre-Dame de Lourdes, de M. Henri Lasserre. Sans le vouloir et sans qu'ils s'en doutent, ces auteurs nous ont fourni les armes dont nous avions besoin pour combattre le culte qu'ils ont contribue a fonder.
En etudiant les evenements qui ont fait de Lourdes un lieu celebre dans le monde enlier, nous n'avons pas trouve, dans les commencements surtout, autant de fourberie que certains pretendaient et que nous-memes, avouons-le, pensions y rencontrer ; mais, par centre, nous avons pu constater combien etait epaisse la couclie d'ignorance dans laquelle se mouvaient les personnes melees de pres ou de loin a la creation de ce lieu de pelerinage.
G'est parce qu'on s'est trouve en presence d'une maladie, Fhysterie, ou plutot en presence d'un symptome un peu extraordinaire de cette inaladie, I'Extase, symptome bien connu aujourd'hui des alienistes, moins bien des medecins ordinaires, et nullement des pretres et des gens du monde, que la maladie de Bernadette a pu passer pour un miracle et que les guerisons de la grotte ont ete attributes a la Vierge-Marie.
L'hysterie de Bernadette
Ceci dit, commenc.ons nos etudes sur Lourdes, en expliquant le cas de Bernadette.
Bernadelte etait unemalade atteinte d'hysterie, disons hysterose, pour moins choquer les personnes pieuses qui peuvent nous lire.
Mais il ne suffit pas d'affirmer que Bernadette etait une malade' hysterique, il nous faut le prouver. Essayons de le faire.
Les Causes de I'hysterie. Les causes de sa maladie doivent, ce nous semble, etre rattachees a 1'heredite : son pere, Francois Soubirous, meunier de son etat, apres avoir mal fait ses affaires, avait dii quitter le moulin qu'il exploitait. Pourquoi n'avait-il pas prospere? Les mauvais payeurs ne 1'avaient pas mine, comme le pretend Henri Lasserre : les petits meuniers ne font pas de credit, ayant 1'habitude de se payer d'avance, en prelevant un certain poids de ble sur la mouture qu'on leur apporte. Si le pere Soubirous est devenu un simple journalier manquant le plus souvent d'ouvrage, c'est qu'il se livrait a la boisson.
Or I'alcoolisme des peres, c'est la pour nous le point interessant, engendre chez les enfants les maladies nerveuses, 1'epilepsie parfois, I'hysterie souvent. Lisez a ce sujet les statistiques des ouvrages de medecine, vous y verrez combien d'une part cette cause est puissante et de 1'autre combien frequente.
G'est a cet empoisonnement du pere par 1'alcool que nous rattachons la nevrose de la fille.
Et comme si, pour ce resultat, rinfluence paternelle n'etait pas suffisante, il arriva que la mere, durant les derniers mois de sa grossesse et au moment de 1'accouchenient, fut malade a ce point qu'elle ne put allaiter ni meme donner a 1'enfant les premiers soins. La petite fille toute souffreteuse fut portee a Bartres, village voisin de Lourdes, chez des cultivateurs qui la prirent en affection et la garderent jusqu'a Tage de 14 ans.
L'Enfance. Devenue grande, Bernadette mena la
LA VEIUTE SUTl LOUUDES
vie de pastoure, conduisant pailre clans la montagne sontroupeau de moutons ; naive, credule, un peu niaisotte, on ne put lui apprendre ni a lire, ni a eerire, ni meme a reciter un peu de catechisme appris par coeur, en sorte qu'a 1'age de 14 ans, elle n'avait pas fait sa premiere communion. Elle ne parlait pas le franc, ais, mais le patois bearnais dont I'lmmaculee-Conception dut se servir pour se faire comprendre d'elle, comme elle s'etait servie a la Salette du patois du Gevaudan pour s'entretenir avecMaximin et Melanie. Nil admirari!
Pourquoi Bernadette revint-elle a Lourdes? Etait-ce done pour se preparer a la premiere communion, comme le pretend M. Henri Lasserre? Non, elle pouvait le faire a Bartres. II est piobable que ses parents nourriciers furent effrayes de quelques symptomes hysteriques qui se montrerent a cette epoque.
Rentree a Lourdes depuis quinze jours, elle etait gardee a la maison a cause de son etat maladif et il fallut force supplications pour que, le matin du 11 fevrier 18S8 sa mere lui donnat 1'autorisation d'aller avec ses compagnes ramasser du bois mort le long du Gave.
L'Asthme hysterique. Or cet etat maladif, dont nous connaissons la nature, il est pour nous d'une importance si grande qu'il nous faut en parler.
Bernadette etait atteinte d'un asthme ; cet asthme signale par tous ses biographes etait, a n'en pas douter, la pseudo-angine de poitrine, I'asthme hysterique (1). La chose est facile a prouver.
(1) P. MARIE. Revue de medecine, 1882, page 339. LECLERC. L'angine depoitrine hysterique, These, Paris 1887. HUGHARD. Progres medical, juin. et juillet 1889. DE SKGUR. Page 70. Les merveilles de Lourdes. Talya, Miteur, Paris.
LA VKR1TK SUE LOURDES 9
Tandis que Tangine de poitrine vraie est une affection redoutable qui tue apres un certain nombre d'acces, la fausse angine, elle, ne fait jamais mourir. De plus elle presente ce caractere particulier de disparaitre momentanement sous Finfluence d'une distraction, d'une emotion ou bien de F apparition d'un autre mal.
Or, d'apres ses biographes, les clioses se passerent ainsi pour 1'asthme de Bernadette.
Sans etre pour cela maladive, ecrit M. Henri Lasserre, elle etait sujette aux oppressions d'un asthme qui la faisait souffrir.
Ailleurs : L'oppression habituelle de son souffle <c eteignait en elle la vivacite du premier age : debile, (( fatiguee par cet asthme, la pauvre Bernadette hesitait a se mouiller les pieds. (1)
Voici 1'asthme dument constate ; or cet asthme, s'il est hyste'rique, doit, nous 1'avons dit, disparaitre subitement, pour reparaitre plus tard. Recherchons chez Bernadette s'il en est ainsi ? Oui, il en est ainsi.
Get asthme, chez elle, va et vient, parait et disparait, suivantles circonstances : ses biographes sont unanimes sur ce point ; citons : (2)
Une force surnaturelle semblait animer Bernadette ; ses compagnes ne pouvaient la suivre, de sorte qu'elle arriva quelques minutes avant elles a la grotte.
Ailleurs : Elle ne pouvait pas plus s'empecher d'avancer que si elle avait ete placee soudainement sur la plus rapide des pentes ; tout son etre physique se trouva brusquement entraine vers la grotte oil ce sentier conduisait : il lui fallut courir.
(1) Henri LASSERRE. Notre-Dame de Lourdes, page 17 et!8. (3) DE SEGUH. Les merveilles de Lourdes, page 19, 31, 70.
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Ailleurs encore : II fallut monter sur le flanc des Eypelugues, en prenant le chemin fort malaise qui conduisait a la foret de Lourdes, redescendre ensuite par des casse-cous jusqu'a la grotte, ail milieu des roclies et des tertres rapides et sablonneux de Massabielle. Devant ces difficultes inattendues, les deux compagnes de Bernadette furent un peu effrayees. Celle-ci, au contraire, parvenue a cetendroit, eprouva comme un frcmissement, commc une hate d'arriver. 4 II lui semblait que quelqu'un d'invisible la soulevait et lui pretait une energie inaccoutum.ee. Elle, d'ordinaire si frele, se sentait forte en cet instant. Son pas devint si rapide a la montee de la cote qu' Antoinette et Mile Millet, toutes deux dans la force de 1'age, avaient peine a la suivre ; son asthme qui lui interdisait toute course precipitee, paraissait avoir moments, tanement disparu. Arrivee au sommet elle n'etait ni (( haletante, ni fatiguee, tandis que ses deux compagnes ruisselaient de sueur.
Enfin, lors de Fapparition du 24 fevrier, on la voit monter a genoux la cote raide de 15 metres qui s'elevait du bord du gave au fond de la grotte, avec une legerete sans pareille : J'ai cm plusieurs fois, ecrit un temoin oculaire, que des etres invisibles la soulevaient pour monter et descendre si precipitamment.
Done, c'etait bien une pseudo-angine de poitrine ou astbme hysterique qu'avait Bernadette et cela nous fournit la preuve, preuve certaine, preuve irrefutable, que 1'hysterose existait chez elle au moment des Apparitions supposees.
Si le symptome Asthme disparut plus ou moins, pendant quelques semaines, pour faire place au symptome
Extase, c'est que, souvent dans cette maladic, un clou chasse 1'autre.
Developpement de I'hysterie. Lorsqu'au mois de Janvier 1858, Bernadette quitta Bartres pour rentrer dans sa famille, au lieu d'un bien-etre plus grand, c'est une pauvrete voisine de la misere qu'elle y trouva ; au lieu de 1'air pur des hautes montagnes, c'est 1'air confine d'un petit appartement qu'elle respira, en sorte que son affaiblissement physique s'aggrava et que le mal hysterique prit son entier developpement. C'est alors sous d'autres formes, sous forme d'hallucinations et d'extase, que la maladie se manifesta. Nous allons etudier ces deux symptomes.
La bonne foi de Bernadette
Mais, en commenQant la narration des faits, miraculeux, disent les uns, maladifs, disent les autres, qui furent le point de depart des pelerinages a Lourdes, il ne nous coute nullement de declarer que, pour nous, Bernadette a dit naiivement ce qu'elle a ressenti : elle a cru voir, elle a cru entendre, ce qui n'etait que fausses sensations de 1'ouiie et de la vue, mais elle est certainement de bonne foi, en les racontant, sauf sur un point que nous reservons.
Gependant, comme ses recits ont passe par la plume d'ecrivains interesses a les embellir, ils doivent tre debarrasses des fleurs pieuses et des elucubrations devotes dont on s'est plu a les orner. Les pan^gyristes trouvant que trop de simplicite ne stimule pas assez la
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foi des fideles ont rencheri les uns sur les autre, sans memo craindre do se contredire. 11 nous faut ramener les choses au point et serrer de pres auiant que possible la verite en retablissant les fails tels qu'ils ont du se passer ; puis, appuye sur eux, demontrer le mecanisme psychologique qui fit croire a Bernadette que ses hallucinations etaient reelles et a la foule qu'il y avait miracle.
D'autre part, ils sont nombreux les ecrivains et les journalistes qui out cru et public que Bernadette jouait une comedie apprise. A ceux-la nous disons qu'ils ont fait erreur et qu'il n'cn fut pas de Lourdes comme de la Salette ; mais ils ne pouvaient, a cette epoque, savoir, comme aujourd'hui, ce qu'etait le mal hysterique et se rendre compte qu'il pouvait expliquer tous les evenements extraordinaires qui se deroulaient devant eux.
La premiere apparition
Le jeudi 11 fevrier 1858, vers onze heures et demie du matin, Bernadette Soubirous, sa sceur Marie et une petite voisine allerent ramasser du bois mort autour des Roches Massabielles ; le canal du moulin, qui passait au pied du rocher, etait presqu'a sec ce jour-la, et le mince filet d'eau qui coulait encore pouvait etre facilement franchi.
Bernadette a cause de son asthme etait restee en arriere des autres ; elle arrive au bord du canal, en face de la grotte et assise sur une grosse pierre, elle se met en devoir de se dechausser pour traverser la riviere.
LA VJslRITE SHU LOURDES 13
De'ja ses deux compagnes, quittant leurs sabots, avaient traverse le canal et couraient c,a et la sur la colline.
A ce moment, Bernadette entend un bruit qui la fait regarder autour d'elle : c'est le bruit de la brise dans le feuillage, disent les uns ; c'est le froufrou d'une robe, disent les autres ; le bruit mysterieux recommence, la bergere leve le tete, regarde en face d'elle, et aperc,oit dans la cavite une Dame admirablement belle, de taille moyenne, avec des vetements blancs et une ceinture bleue denouee.
Cette apparition n'avait point les contours fuy.ants d'une vision fantastique, c'etait une realite vivante que 1'ceil jugeait palpable comme la chair de nous tous. ('!)
Nous sommcs dc 1'avis de M. Henri Lasserre, c'etait bien, en effet, une jeune et belle femme, en chair et en os quo Bernadette aperc.ul; dans la grotte. Ouelle etait cette femme ?
Peu nous importe. Nous ne sommes pas chroniqueur de journaux charge de relater les fails divers et d'amuser la foule par les racontars d'une joyeusete. Ge que nous affirmons, c'est que, la, en face de Bernadette, se dressait debout une creature humaine.
A nous, medecin alie'niste, incredule au miracle, il nous faut 1'explication naturelle d'un fait qu'on nous donnc comme surnaturel. Or, cette creature reelle, cette creature non divine nous est nocessaire pour cc qui va suivre.
iiemadelte a Barlres, clans cepays au bout du monclc, no s'etait pcut-etrc jamais trouve en presence d'une belle dame; jamais a Lonrdes non }>lus, puisque sa
(1) Henri LASSK.IIKK. N.-D. de Lourcles, page 2(i.
mere, depuis son arrivee, la retenait au logis. La vue subite de cette femme habillee avec luxe, eclairee des rayons du soleil de midi, placee dans un cadre de rocher et de verdure, en un lieu qu'elle devait croire inhabite, fit sur la petite bergere une impression subite et profonde.
Les historiographes ont fort embelli la forme de 1'Apparition pour en faire une sainte Vierge presentable, mais Bernadette ne vit pas tant de choses : cc qu'elle vit, elle le resume en deux mots a sa soeur qui 1'interroge : J'ai vu quelque chose de blanc. (1)
En apercevant cette belle dame, 1'enfant veut pousser un cri ; il s'etouffe dans sa gorge serree ; elle s'affaisse et tombe a deux genoux, puis elle est prise d'une crise d'extase.
Sa soeur de loin s'en apercoit : Ticns, dit-elle a sa compagne, ma sceur qui prie. Quelle idee de venir prier ici, reprend 1'autre, c'est bien assez de le faire a 1'eglise.
Bah, laissons-la ; celle-la ne sail que prier Dieu ; elles ne firent plus attention a Bernadette et pour chasser le froid se mirent a sauter et courir a travers bois, en ramassant des branches seches. Elles paste serent la tout le temps que Bernadette mit a reciter son chapelet. Celle-ci etait toujonrs immobile, les yeux tournes vers cette Dame si douce et si belle. (2)
II n'cst pas difficile de lire entre les lignes et de conrprendre quo, si Bernadette, a moitie dechaussec, rcste
(1) Mgr BE SKGUR, page 24. Henri LASSERRK, page 31.
(2) Mgr DE SfiGUK, page 24. Henri LASSERRE, page 32.
LA VliRlTl'i: SUP. LOURDES
malgre Ic Iroicl, si longtemps immobile, c'esl qu'ellc a perdu conscience de ses actes ; c'est qu'elle est prise .par la crise nerveuse, YExtase, don I nous parlerons tout a 1'heure.
Pendant ce temps, sans que Bernadette inconsciente s'en apercoive, la belle Dame disparaissait rapidement a travers bois, reprenantpour s'en aller le sentier par oil elle etait venue.
Lorsque les enfants rentres a la maison, la petite bergere avail fini par traverser le canal et rejoindre ses compagnes, raconterent a la mere Soubirous ce qui s'etail pnsse, celle-ci entrevit la verite, et dit a Fenfant: Quoi qu'il en soit, u'y retourne plus, jete le defends.))
Le Cure de Lourdes
Une autrepersonne a Lourdes, le fait est de notoriete pnblique, 1'abbe Peyramale, cure de la ville, ne voulut pas croire an miracle et cela a bon escient. Lorsqu'un jour il dit a Bernadette : Demande a la Sainte Vierge de faire fleurir le rosier de la Grotte, etje croirai, il savait bien que le miracle ne se ferait pas. Aussi, malgre la pression exercee sur lui par ses superieurs, et malgre son interet de voir Lourdes devenir un centre de devotion, (it-il une resistance longue et tenace. II connaissait le peche do Madame X..., la jeune fernme surprise clans la grotte, et puisqu'il ne pouvait devoiler un secret entendu en confession, il refusait du moins, en honnete homme qu'il etail, d'appuyer de son autorite
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ce miracle dont il connaissait mieux que personne le peu de fondement.
Pendant de longues annees, il se tint a 1'ecart, et cela n'etait pas sans etonner paroissiens et pelerins. Plus tard, il est vrai, en voyant les choses tourner autrement qu'il n'aurait voulu, et le culte nouveau prendre des proportions inoules, il crut de son devoir de cesserpour le bien de la religion, une opposition devenue inutile.
M. Henri Lasserre lui-meme, dans son livre, constate le fait, tout en se gardant bien d'en donner la veritable raison. Ne pouvant faire disparaitre ce temoin genant, il le noie dans de 1'eau benite de cour; il termine ainsi son chapitre concernant 1'abbe Peyramale : Telles furent les raisons profondes, les considerations de haute sagesse qui de"lerminerent, en ces circonstances, M. le cure de Lourdes a interdire formellement a tous les pretres places sous sa juridiction de paraitre a la Grotie Massabielle et a s'abstenir lui-meme d'y aller.
Si 1'abbe Peyramale avail cru a la divinite de 1'apparition, ni les raisons profondes ni les considerations de haute sagesse, dont parle M. Henri Lasserre, ne 1'eussent ernpeche de courir a la Grotte faire acle de foi avec la foule.
Mecanisme des Apparitions
Comme les autres visions de Bernadetle, au lieu d'etre reelles comme la premiere, se passerent entierement dans son imagination maladive, il est necessaire d'en- Irer dans quelques explications scientifiques pour mieux les faire comprendre;
II nous faut un moment devenir professeur de medecine mentale, pour traiter de deux symptomes hysteriques, les hallucinations et YExtase.
Cette lec.on sera pour vous, lecteurs, le Sesameouvre-toi qui vous permettra de penetrer dans le cerveau de Bernadette et d'y decouvrir le mecanisme de ses visions.
Hallucinations hysteriques. Parlons d'abord des hallucinations hysteriques, et pour les expliquer citons quelques observations de personnes atteintes comme la petite bergere de Lourdes, de ces troubles nerveux.
1 OBSERVATION : Mile de G... est atteinte d'hysterose : dans la journee du 8 octobre 1902, elle a eprouve des malaises qui ont inquiete sa mere : celle-ci, durant la nuit suivante, a penetre dans la chambre de sa fille, s'est approchee sans bruit du lit, et n'entendant pas sa respiration, s'est penchee sur elle pour mieux ecouter ; puis tranquillisee, elle s'est retiree. Mile de G... ne dormait pas ; etendue sur son lit, les yeux grands ouverts dans 1'obscurite, elle vit, sans la reconnaitre, sa mere s'approcher et se pencher. Elle se figura qu'un gros fantome noir etait la et fut saisie d'une indicible epouvante a la pensee que cette ombre allait la prendre et 1'etouffer dans ses bras : 1'angoisse trop forte lui serrait le cou et I'empechait de crier. Lorsqu'elle se reveilla le lendemain, elle se souvint nettement des evenements de la nuit.
Tel fut le fait initial, reel, cause des hallucinations subsequentes.
Au matin, Mile de C... raconta son aventure a sa mere, mais en apprenant la verite, elle ne fut qu'incompletement rassuree.
Or, il arriva ceci :
La nuit suivante, a peu pres a la meme heure, Mile deC... se reveille et VOIT centre son lit un fantome qui se penche sur elle et I'etouffe. Mile de G... eprouve une hallucination qui reproduit la scene de la veille.
Pendant quelques semaines, chaque nuit 1'apparition revient se reproduisant a la meme heure et de la meme fa<jon : un beau jour elle cesse ses visites : tout est fini.
Or, pendant que ses nuits sont troublees de la sorte, le reste du temps Mile de G... mene sa vie habituelle et ne donne aucun signe de derangement intellectuel.
Gette hallucination est caracteristique : elle est la reproduction d'un fait initial reel ; elle survient a intervalles plus ou moins reguliers, dans des circonstances toujours les memes, chez des malades conservant leur lucidite, mais atteints d'hysterose.
2 e OBSERVATION : Rappelons encore 1'hallucination si curieuse, citee par Esquirol, de ce magistrat qui, chaque matin, lorsqu'il allait a son tribunal, trouvait dans la rue, sur le trottoir de sa maison, une petite vieilletoute cassee, qui, une canne a bequille a la main, lui emboitait le pas jusqu'a la porte du Palais de justice, ou elle le laissait entrer sans le suivre.
L'auteur cite seulement le fait hallucinatoire, sans plus ample explication, mais il est probable qu'un jour, etant dans un etat maladif, ce magistrat vit a sa porte une mendiante, reelle, qui le suivit, quetant avec importunite une aumone. L'image de cette petite vieille s'imprizna trop foriement dans son cerveau deja hysterique et devint le point de depart de rhallucination du lendemain et des jours suivants.
Notez que la nevrosc de ce magistrat no Fempechait
nullement de remplir chez lui ses devoirs de pere de famille, au palais, ses fonctions de magistral, et que personne ne se doutait de son etat maladif.
3' OBSERVATION : M. le D r Pitres (1) de Bordeaux, a sa clinique, montrait a ses eleves une malade qui voyait des grenouilles sauter autour de son lit, et a cote de celle-ci une autre personne obsedee par la vision de cercueils defilant devant elle. La premiere avait ete fortement effrayee dans sa jeunesse, parce qu'un jour, une de ses amies avait trouve plaisant de placer deux grenouilles dans son lit ; la seconde avait ete douloureusement emotionnee en voyant passer sous ses yeux le cercueil de son amant.
Comme on le voit, chez ces deux sujets, une vision reelle avait ete le point de depart des hallucinations futures.
4" OBSERVATION : Cette observation est typique et demontre d'une fagon tres nette ce qui se passa chez Bernadette, lors de la premiere apparition, laquelle fut veritable et lors des apparitions subsequentes qui, au contraire, furent non reelles.
M. B... est un homme de cinquante ans, atteint de folie hysterique : des hallucinations de divers sens, mais surtout de la vue ont necessite son internement.
Le jour meme de son entree, comme il se promene dans une galerie s'ouvrant sur la campagne par de larges baies, il s'arrete tout a coup devant le balustre de la troisieme ouverture et attire notre attention sur un jardinier appuye sur sa beche qui se trouve a environ trois cents metres du point ounous sommes. Le malade
(1) A. PITRES. Lec.ons cliniques KUT I'hystcrie et Vhypnotisme. Doin, Paris, tome II, p. 30.
est trouble par cette apparition ; il pretend que c'est un ennemi qui est venu se planter la pour le narguer, 1'espionner, ou faire pis. J'essaye en vain de lui persuader que c'est un brave ouvrier, que je connais, qui travaille dans ce jardin depuis longtemps, et qui certainement est incapable de vouloir lui faire du mal ; le malade ne croit pas un mot de ce que j'avance ; loin de se calmer, il fait des gestes menac.ants a 1'adresse de ce pauvre homme, vocifere des injures et des imprecations contre lui et finalement quitte la galerie et rentre dans sa chambre qu'il ne quitte plus ce jour-la.
L'impression de cette apparition est profonde et jusqu'au lendemain, le malade ne cesse de parler a tout le monde de cet ennemi imaginairc qu'il a vu deguise en jardinier et appuye sur une beche.
Le lendemain lorsqueM. B... m'aperc.oit, il m'entrainc immediatement contre le balustre de la troisieme baie et me montrc le memo jardinier, appuye sur son outil au memo cndroit quo la veille. Mais, moi, je n'apergois rien : 1'ouvrier n'est plus la ; M. B... pourtant le voit par le fait d'une hallucination visuelle qui reproduit le tableau de la veille.
Devant mes delegations, il prend a temoin les diverses personnes presentes et leur demande de dire s'ils ne voient pas comme lui le jardinier appuye sur sa beche, mais tous s'accordcnt a ne rien voir.
Or, chose curieusc, M. B... ne voit 1' apparition que lorsqu'il est place a la memo baie ou il a vu 1'ouvrier la vcille : si je le conduis aux autres baies de la galerie, il ne voit plus rien de semblable : la place est vide ; il faut qu'il revienne au premier point pour retrouver 1'apparilion.
Pendant un mois, M. B... lorsqu'il est devant le balustre de la troisieme bale revolt son jardinier toujours dans la meme situation et avec les memes vetements, pantalon jaunatre, chemise bleue, chapeau de paille, mais il est le seul a 1'apercevoir, et il ne peut 1'apercevoir que du meme endroit. Lorsque M. B... se promene dans la galerie, on 1'entend dire quelques mots de colere : qu'est-ce que tu as a me regarder? va, je te retrouverai ! et auires phrases analogues.
J'ai fait constater ce fait par un certain nombre de medecins d'Alger qui pourraient en temoigner.
Lorsque M. B.. voulut guerir; Fapparition se fit de jour en jbyr moins nette et un jour le jardinier appuye sur sa beche ne se retrouva plus.
Les Hallucinations chez Bernadette. On trouvera dans les livres d'alienation mentale beaucoup d'autres faits analogues : ceux relates ci-dessus suffisent amplement pour qu'on se rende compte, par analogic de ce qui se passa chez Bernadette.
Chez elle, un fait reel au de'but, I' Apparition de JW me X... dans la grotte, se reproduisit le lendemain et les jours suivants, sous forme d'une image non re'elle, sous forme d'une hallucination.
Gette image vraie d'une dame habillee de blanc s'est peinte sur une des couches optiques du cerveau de Bernadette, comme sur le verre d'une plaque de photographie ; cette image, s'est reproduite en hallucinations le lendemain et les jours suivants, lorsque 1'enfant est revenue prier devant la grotte, comme 1'image gravee sur la plaque du photographe peut se reproduire a plusieurs reprises sur le papier prepare. Bernadette a tire quinze epreuves de sa vision, de meme que Fartiste tire
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quinze e"preuves de la personne qui a pose devant son appareil.
Gomme, dans les hallucinations des hysteriques, la reproduction des personnes ou des choses a lieu avec une telle nettete qu'elle donne 1'illusion de la realite, il arrivera que Bernadette croira fermement avoir la Sainte Vierge devant les yeux et imposera a la foule sa conviction.
L'Aura
On peut nous faire 1'objection, suivante : Pou.rquoi les hallucinations de Bernadette se sont-elles produites seulement dans la grotte de Massabielle et non ailleurs ?
Nous repondrons a 1'objection en expliquant ce qu'est YAura.
L'Aura est un trouble tantot moteur, tantot sensitif, tantot psychique penju par le malade immediatement avant une attaque d'epilepsie ou une crise d'hysterie : Si 1'Aura est moteur, le malade percevra, par exemple, une contracture a un doigt ; sensitif, il eprouvera soit une douleur, soit une sensation de froid ou de chaud en un point quelconque du corps ; psychique, comme il interesse Bernadette, il nous faut 1'expliquer.
Pierre Janet, dans son livre sur 1'hysterie, donne de cet aura psychique un curieux exemple : c'est le cas d'un individu dont la premiere crise etait provoquee par la terreur d'un incendie et qui tombait en attaque convulsive des qu'il voyait la flamme d'un foyer ou meme une simple allumette prendre feu. Subitement il
revoyait la scene de I'incendie et reproduisait ce qu'il avait fait en premier lieu : Plein de terreur, il criait au secours, essay ait de se sauver, puis tombait sans connaissance.
Pour Bernadette, lorsque le lendemain, elle retourna a la grotte, en setrouvant dans la meme situation et en face du meme decor naturel, son emotion de la veille se reproduisit sous forme d'aura psychique et 1'image de la personne vue la premiere fois se reforma en une hallucination qui n'etait que le reflet de M mc X...
Les jours suivants, par le meme mecanisme, les Apparitions se renouvelerent lors de ses visites ? la Grotte et seulement lors de ses visites, car dans un autre milieu, 1'aura psychique ne pouvant se produire, Fapparition hallucinatoire n'aurait pu se montrer.
L'Extase
Apres les hallucinations et 1'Aura ; il nous faut expliquer I'Extase. G'est le symptome le plus important de la maladies de Bernardette ; c'est I'Extase qui va expliquer le Miracle.
Le mot Extase est employe en deux sens.
Dans le premier, il signifie un sentiment d'admiration pouss6 au maximun pour un objet quelconque ; on s'extasie devant un tableau d'un grand maitre, en ecoutant un eloquent discours, en presence d'un merveilleux panorama.
Le mot Extase a un autre sens, un sens medical : il designe alors un symptome hysterique, voisin du som-
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nambulisme et de la catalepsie, mais avec des caracteres propres qui le differencient de ceux-ci.
Les auteurs Chretiens pretendent que 1'Extase est un degre de saintete maximum, auquel seuls les saints ont le droit d'aspirer. Dans notre livre sur sainte Therese, nous avons raconte que cette sainte place 1'extase dans les Oraisons superieures, etles recommande a ses carmelites comme un des plus hauts degres de piete(l).
C'est une profonde erreur, TExtase est chose profane ; c'est un symptome d'une maladie veritable ; n'est pas extatique qui veut, et le plus grand saint du monde ne peut entrer en etat d'extase malgre tout son desir, s'il n'est prealablement atteint de 1'affection que nous nommons hysterose ; s'il n'est enun mot hysterique.
Par contre, tous les hysteriques, les plus vicieux comme les plus saints, peuvent jouir de 1'extase a un moment donne.
Quelques ecrivains, surtout ceuxdu xvin" siecle, n'ont voulu voir dans les phenomemes constitutifs de 1'extase qu'un amas de fourberie, de fraudes et de mensonges, exploite par quelques fripons, les uns de bas etage, les autres de haut vol. Us se sont trompes!
L'extase est un fait indeniable comme tous les faits. II faut 1'accepter tel quel, sauf a 1'etudier et a 1'expliquer. Les auteurs ecclesiastiques, ceux memes de nos jours, dans 1'impuissance de nier certains cas d'extase survenus dans des sectes heretiques ou infideles, se sont tires d' affaire en faisant deux categories d'extatiques. Us rapportent a 1'intervention de Dieu les cas observes dans 1'Eglise catholique, ceux, par exemple, de
(1) L'ffysterie de sainte Therese, ehez Alcan (Paris), et le Progres medical.
saint Frangois d'Assise de sainte The'rese, et de Bernadette, mais par centre, ils attribuent au Diable les extases des sybilles grecques et romaines, celles des chretiens schismatiques, celles des protestants, celles des Fakirs de 1'Inde, des adeptes de Mesmer et de Gagliostro, etc., etc.
G'est en extase qu'etait la Sybille de Delphes, lorsque, placee sur le trepied sacre, elle voyait le Dieu et pronongait les mots incoherents que le grand pretre traduisait en propheties. Les philosophes d'Athenes, Platon entre autres, admettaient 1'extase dans leur theorie, et 1'Ecole d'Alexandrie la considerait comme le fond de son dogme. (1)
Mais la science est venue, et miracles et theories extatiques se sont effondres, sapes par elle a leur base.
Qu'est-ce que 1'Extase ?
L'Extase est une des formes de 1'hysterose ayant les caracteres suivants : Apres avoir eprouve un aura, o,u meme sans preliminaire bien appreciable, le sujet cesse de parler et demeure immobile, il se. trouve tout a coup separe du reste du monde par 1'interruption des sensations qui n'arrivent plus au cerveau ou bien n'y arrivent, comme dans le sommeil, qu'avec lenteur et attenuees ; les yeux tantot grands ouverts, tantot mi-clos sont a peine sensibles au contact d'un corps etranger ; les oreilles ne paraissent pas entendre, et le tact est dans un etat tel qu'une piqure ne produit pas de mouvement reflexe.
Pendant ce temps, lemalade apergoit une image merveilleuse qui le met dans un e"tat de bonheur et de ravis-
(1) Dictionnaire de Larousse, article extase.
26 LA VERITfi SUR LOURDES
sement inexprimable : Son ame s'elevant au-dessus de sa condition ordinaire, participe a des felicites superieures, a des jouissanees inenarrables.
L'objet qui leur donne cet ideal bonheur varie beaucoup : le philosophe grec Plotin, un extatique, dirigeait toutes ses pense"es vers un Dieu inconnu auquel il s'unissait dans d'ineffables joies ; les saints voient la Vierge, voient le Christ, voient le Sacre"-Cceur ; le fakir se delecte dans Bouddha. D'autres ont comme visions des personnes ou des choses materielles sans que le ravissement soit moindre : une de nos malades voit en extase son ancien amant, chose profane s'il en nit.
Mais repetons-le et insistons sur ce point: toujours la vision, quel qu'en soit 1'objet, s'accompagne d'un bonheur inexprimable; c'est cette jouissance qui fait que les extatiques sont si desireux d'entrer dans la crise et la recherchent vivement. Bernadette en avail un tel desir que lorsque le moment approchait, malgre les defenses de ses parents et malgre tous les obstacles, elle volait plutot qu'eile ne courait vers la grotte oil elle savait devoir jouir de joies ineffables.
La physionomie exprime 1'etonnement, Tadmiration, la beatitude: parfois le malade parle, esquisse un geste, une attitude en rapport avec 1' hallucination dont il subit 1'empire, mais le plus souvent il reste dans une immobilite complete.
L'attention portee sur 1'objet de son ravissement est tellement fixe que rien de ce qui se passe autour de lui ne peut Ten de"tourner.
Dans la seconde partie de la pe"riode, les larmes coulent avec abondance, et il y a souvent emission involontaire d'urine.
Enfin, chose curieuse, il semble que ces crises nerveuses doivent s'accompagner d'un peu defievre, et que le pouls doit battre plus fort sous 1'influence d'une vive emotion, il n'en est rien. Dans 1'extase comme dans les autres manifestations hysteriques le pouls reste normal, si mme il ne diminue pas de frequence.
Le sujet se reveille lentement, pousse un soupir, et parait faire un effort sur lui-meme pour rependre ses e sprits.
L'Extase chez sainte Therese. Sainte Therese, dans un de ses livres, decrit sous le nom d'oraison d'extase ce symptome hysterique : sa description saisissante est absolument conforme a celle donnee dans nos livres de medecine : la voici :
On n'a plus alors de sensations distinctes : on jouit completement d'un bien ou sont renferme's tous les autres biens. Les faculte's et les sens sont si occupe*s de cette joie qu'ils ne font attention a rien ni a 1'inte'rieur ni a 1'exterieur. L'ame se sent en un instant tombe"e en une espece de defaillance et de pamoison avec un contentement et une douceur inexprimables ; les forces s'en vont: on peut a grand'peine remuerles mains. Les yeux se ferment malgre soi, ou, s'ils restent ouverts, on ne peut s'en servir. Si 1'oreille entend, ce sont des bruits confus et non des mots et des phrases. La dure*e de la suspension des puissances de Tame ne de'passe jamais une demi-heure. L'ame est tout attendrie; il semble qu'on voudrait se distiller en larmes non de douleur mais de joie. II m'est arrive" quelquefois au sortir de cette oraison de ne savoir si c'6tait un songe ou une realit6, mais en me voyant trempe'e de larmes qui coulaient sans peine et d'une vitesse qu'il semblait que
28 LA VEBIT13 SUR I.OURDES
ce fut une rosee celeste, je voyais que ce n'etait pas un reve.
On ne saurait mieux dire : Therese a admirablement decrit, trois siecles avant 1'ecole de la Salpetriere, la crise d'Extase, mais cette sainte a tort de donner cette extase comme un modele de prieres et surtout d'inviter ses compagnes du Carmel a parvenir a ce degre dangereux de perfection.
UExtase hypnotique, Dans ses dernieres annees, les travaux sur 1'hypnotisme ont eclaire d'une singuliere maniere le sympfcome d'Extase, symptome assez rare autrefois pour qu'il ne fut pas donne a tous les medecins de 1'observer, mais qu'on peut aujourd'hui faire naitre a volonte et etudier facilement chez des sujets endormis.
En effet, on peut a certains hypnotises donner 1'extase comme on peut leur donner la catalepsie, comme on peutleur donner des hallucinations.
Voici le tableau d'un extatique hypnotise tire d'un livre sur le magnetisme : La personne prend subitement une physionomie toute particuliere : elle devient belle, belle d'une beaute qu'on ne peut exprimer : son air est inspire, sa figure est resplendissante d'une joie interieure. Elle semble vouloir s'elancer dans 1'immensite ; ses pieds touchent a peine la terre ; il sort de ses levres des mots entrecoupes ; elle voit des flots de lumiere qui 1'inondent ; elle entend des flots d'harmonie qui la ravissent ; la divinite lui apparait dans toute sa splendeur.
Ge tableau peut s'appliquer mot pour mot a Bernadette, car ce n'est pas autrement que nous parlent d'elle ses biographes, en racontant les crises d'extase de la
LA VERlTfi SUR LOURDES 29
grotte de Massabielle. Bien plus, comme par le fait de son hysterose, la petite croyante etait eminemment hypnotisable, on aurait pu lui donner a volonte des crises d'extase avec la vision d'un personnage autre que la Vierge Marie.
Les fausses Apparitions
Le lecteur connait maintenant les hallucinations et 1'extase hysteriques, il lui sera done facile de demeler la maladie dans les actes de Bernadette, pendant les quatorze visiles qu'elle fit a la Grotte apres la premiere Apparition.
II serait fastidieux de les raconter une a une, car elles se passerent d'une fac.on presque identique et en decrivant Tune d' elles nous les decrivons toutes : ab uno disce omnes ; certains fails particuliers a quelques apparitions seront etudies dans 1'intervalle.
Bernadette arrivait a la Grotte sous I'mfluence d'une vive impulsion : elle s'agenouillait a 1'entree, 1'cBil attentif vers 1'ouverture du rocher. Alors, nous 1'avons dit deja, sous 1'influence de 1'aura psychique, la premiere apparition, celle de M rae X... se reproduisait sous forme d'une hallucination.
Comme on lui avail persuade qu'elle etait en presence de la Vierge Marie, elle croyait fermement la voir en realite : aussi lui faisait-elle des inclinations gracieuses et lui aclressait-elle de temps en temps quelques mots : une fois elle la montrait d'un geste au public, une fois elle 1'aspergeait d'eau benite ; il lui etait arrive de mon-
ter et de descendre la grotta a genoux, croyant lui obeir. Ges faits se passaient toujours pendant la premiere pe"riode de la crise, la periode hallucinatoire. Apres quelques minutes, Bernadette se mettait a genoux, faisait des signes de croix et prenait son chapelet.
G'est alors que la seconde periode, la pe*riode d'extase commenQait. Apres un petit nombre d'ave maria, 1'enfant se transformait tout a coup : il y avait passage de la vie habituelle a une autre vie, comme on passe de 1'etat de veille a Fetat de sommeil.
Bernadette devenait immobile, notez cette immobilite que nous allons constater a chaque page des auteurs catholiques ; les levres cessaient de remuer et on entendait sortir du fond de son gosier des petits sons argentins a peine sensibles, contracture de la glotte ou boule hysterique.
Le monde exterieur n'existait plus pour elle ; les yeux ouverts ne voyaient plus, au point qu'on pouvait s'interposer entre elle et son hallucination sans qu'elle s'en doutat ; ses oreilles entendaient des bruits confus sans distinguer des sons ; sa peau devenue insensible ne percevait plus la douleur lorsque la flamme d'un cierge venait lecher ses doigts.
Sa figure prenait 1'expression d'un bonheur indicible et une admiration pleine de delices se voyait dans ses yeux grands ouverts tandis que la bouche beate exprimait le ravissement. Elle devenait belle a ce point qu'il semblait qu'il y eut transfiguration de tout son etre.
Pendant quelques minutes Bernadette concentrait son attention sur sa blanche vision au point qu'elle restait separee entierement du monde exterieur.
A la fin de la periode, sans que 1'expression heureuse
LA VERITE: stm LOURDES 31
du visage ait change, on voyait de grosses larmes emplir ses yeux et couler sur ses vStements.
Bernadette alors poussait un long soupir et se reveillait i la crise qui durait depuis plus d'un quart d'heure e"tait terminee ; elle se levait et sans s'inquieter de la foule qui 1'entourait et qui attendait autre chose, elle retournait au logis parternel. Mais sa me"moire non abolie pendant la crise, gardait tres exactement dans ses replis les moindres particularity's de ses visions, si bien qu'elle a pu sa vie durant, les raconter toujours de la memefaQon, sansjamais se contredire.
Telle est la maniere dont 1'extase se produisit chez Bernadette pendant quatorze apparitions successives.
Preuves de 1'Extase
Or, cette crise d'extase est le noeud de la question, car c'est elle qui fit croire a la foule emerveille'e d'un pareil etat que la petite voyante etait en presence de la Sainte Vierge. Or, prouver que Bernadette etait une extatique ordinaire, une extatique hyst&rique, une extatique selon la formule scientifique, c'est prouver en meme temps qu'il n'y avait rien de reel dans ses visions, c'est prouver qu'une grossiere erreur a servi de fondement au nouveau culte.
Comme notre affirmation pourraitparaitreinsuffisante a quelques-uns de nos lecteurs, c'est dans les recits des auteurs catholiques dont nous avons parle au debut, 1'abbe Fourcade, Mgr de Segur et M. Henri Lasserre, auteurs dont on ne peut suspecter le temoignage, que
nous chercherons et que nous trouverons la confirmation des manifestations de la maladie hysterique v de Bernadette.
Qu'on nous excuse de nous repeter parfois et surtout de faire des citations un peu longues, mais pour emporter la conviction de ceux qui nous lisent, il le fallait, dussions-nous etre ennuyeux.
Gommenc.ons nos citations : celles que nous aliens faire ont pour effet de prouver les hallucinations et 1'extase chez Bernadette etausside montrer quel'Extase survenait toujours en second lieu, apres les hallucinations, suivant une marche classique.
M. Henri Lasserre d'abord (1) : L' enfant vient, s'agenouille et se met a prier ; apres quelques minutes, 1'Extase commence, on voit son front s'illuminer et devenir rayonnant ; tous ses traits montaient, montaient comme dans une region superieure, comme dans un pays de gloire exprimant des sentiments et des choses qui nc sont point d'ici-bas. La bouche entr'ouverte etait beate d' admiration et paraissait aspiror le ciel. Les yeux fixes et bien heureux contemplaient une beaute invisible qu'aucun autre regard n'apercevait... Cette pauvre petite paysanne si vulgaire en 1'etat habitucl semblait ne plus appartenir a la terre (2).
L'abbe Fourcade decrit mieux encore les deux periodes de la crise, 1'liallucinatoire et 1'extatique: Nela voyezvous pas, repetait Bernadette, d'un son de voix langoureux : elle vous regarde ; elle vous sourit, maintenant elle tourne la tete? Bernadette se tut, s'age r
(1) LASSERRE : Notrc-Dame de Lourdes, p. 64.
(2) L'abb6 FOURCADE : Petite histoirc de Lourdes, chap. III.
LA VEIUTE SUB LQURDES 33
nouilla, fit un signe de croix et entra dans I'lmmobi-* lite. Ses compagnes remarquerent la transformation de son visage pendant qu'elle priait.
Plus loin le pere Fourcade se demande, ignorant des phases de la maladie, pourquoi Pextase ne commence qu'apres certaines prieres et apres la recitation du chapelet, sans se douter qu'il nous donne par cette constatation la preuve que Petat de Bernadette etait bien le resultat d'une crise nerveuse naturelle et non un fait surnaturel. II fallait, Pabbe Fourcade le constate, qu'il y eut aura psychique, pour que Penfant tombat en extase.
De meme que Gharcot en donnant a un sujet hypnotise Pattitude de la priere, les mains jointes, a genoux, les yeux au ciel, mettait son sujet dans une crise d' extase ; de meme il fallait que Bernadette fut a genoux, en prieres et donnat a ses yeux, a son visage, et a tout son corps Pattitude de Padoration, pour que la crise extatique se produisit et c'est toujours ainsi que les choses se passerent pendant les quatorze apparitions successives.
Gitons encore (1): Le dimanche 14 fevrier, Pon arriva a la grotte : rien ne se montrait : Mettonsnous a genoux, dit Bernadette, et disons le chapelet. La sainte priere venait a peine de commencer que le visage de la petite amie de la Sainte Vierge s'eclaire tout a coup, et s'illumine de joie : ses yeux se fixent stir Pexcavation de la grotte, avec une expression indicible de bonheur... Vous ne la voyez pas? elle est la! elle vous regarde... elle sourit. Maintenant elle tourne la tete. Voyez ses pieds... saceinture vole...
(1) Mgi- BE SKGUR: Les mcrveillex de Lourdes, pp. 27 cl 28.
Voyez, elle a le chapelet roule autour de son bras... Oh ! elle est si belle !... A present elle prend son cha-. pelet; elle se signe... Puis apres la periode de I'hallucination vient la periode d'extase : Bernadette se remit done a genoux, fit un grand signe de croix, cnlra dans I' Immobilize... a genoux, les mains jointes, le chapelet entre les doigts, le corps tendu eomme si une force d'en haul la tirait : pale, les levres decolorees, les yeux el eves et fixes, elle restait comme une <c statue de sainte en extase ; des larmes detachees et brillantes roulaient parmi ses sourires.
Dans un autre chapitre nouslisons ceci: Bernadette prend son rosaire et commence a le reciter. Des que 1' apparition a lieu la jeune fille est absorbee : elle n'a plus le sentiment de ce qui se passe autour d'elle et son visage rayonnant d'une indicible joie semble attester qu'elle est en communion avec un etre surnaturel.
Un redacteur du Lavedan, journal de Lourdes contraire : a Tapparition, decrit ainsi ce qu'il a vu : La jeune fille va chaque matin prier a 1'entree de la Grotte, un cierge a la main, escortee de plus de 900 personnes. La, on la voit passer du plus grand recueillement a un doux sourire et tomber ensuite dans un e'tat extatique des plus prononces ; des larmes s'echappent de ses yeux immobiles qui restent constamment fixes sur 1'endroit de la grotto oil elle croit voir la Sainte \ r ierge. (1)
On ne saurait mieux constater 1'extase.
. Gomme on le voit, amis et ennemis de la Grotte sont d' accord sur ce point : Apres une periode mouvcmentee
(1) M. Henri LASSERRE : Les miracles de Lourdes, p. 49.
LA VER1TE SUR LOURDES 3o
accompagne"e d'hallucinations, survient une periode d'immobilite" avec extase.
Done chez Bernadette 1'extase existe, elle existe avec ses six principaux caracteres ; nous aliens en chercher les preuves dans les meilleurs auteurs chretiens;
1 Bernadette a-t-elle la perte plus ou moins complete de la perception du monde exterieur par 1'abolition des sensations, de la vue, del'ouie et du toucher?
Oui, il y a chez elle obnubilation des sensations : Que lisons-nous a ce sujet dans les livres precites? Un jour le commissaire de police et un gendarme vinrent a la grotte se rendre compte, de visu, de ce qui se passait pendant 1'extase, ils eurent 1'idee de se placer devant Bernadette, s'interposant entre elle et sa vision. L' enfant ne les vit pas, ne s'aperc.ut pas de leur presence et resta plongee dans son extase, continuant, a travers les deux corps tres materiels des deux fonctionriaires, de jouir de la vue de la Vierge; rien d'etonnant a cela puisque 1'image existait, non dans la grotte, mais dans le cerveau dela visionnaire.
Pour 1' obnubilation du toucher, rappelons le fait qu'un jour la flamme du cierge qu'elle tenait a la main lui brula les doigts sans qu'elle manifestat le moindre signe de douleur. M. Henri Lasserre et Mgr do Segur crient au miracle a ce sujet : ils ont tort ; 1'insensibilite est de regie : F analgesic des hysteriques est etudiee et decrite dans tous nos livres d' alienation mentale. Ge qui eut etc miracle, c'est que la flamme du cierge n'ait pas produit sur la main de 1'enfant une brulure au premier ou au deuxieme degre ; de ceci on ne parle pas, c'eut ete interessant de le savoir ; dans leurs crises, le fait est frequent, des e'pileptiques ou -des hysteriques tombent
dans le feu et se font d'horribles plaies sans se reveiller; la douleur n'existe pas chez eux dans ces moments.
2 Bernadette presente-t-elle la concentration de 1'attention sur un seul objet? Get exces d'attention nous I'avons note pendant les crises de Marie Alacoque et cellos de sainte Therese. Nous 1'avons vu chez les hypnotises ; il existe aussi chez Bernadette. L'enfant, dit M. Henri Lasserre, etait completement absorbee ; toutes les puissances de son etre appartenaient a la vision : rien de ce qui se passait autour d'elle n'en pouvait detacher son attention. (1)
3 Bernadette presente-t-elle la transfiguration, c'esta-dire une transformation de 1'expression habituelle de la face et de 1'attitude du corps, figure illuminee d'un rayon de bonheur indicible, membres immobilises dans une position une fois prise ?
Les extatiques pendant leurs crises changent de physionomie a ce point que les figures les plus insignifiantes, sous 1'influence de 1'exaltation et du bonheur prennent une beaute angelique.
Bernadette n'y manquera pas.
Un temoin, M. Estrade, receveur des contributions directes a Lourdes, a constate le fait : subitement et completement transfiguree, nous dit-il, Bernadette n'^taitplus Bernadette ; c'etait un ange du ciel plonge dans des ravissements inenarrables : elle n'avait plus le meme visage : une autre intelligence, un autre air, j'allais dire une autre ame se voyait : elle ouvrait de grands yeux, des yeux beants et presque immobiles. Elle souriait a cet etre invisible et cela donnait bien 1'idee de 1'exlase et de la beatitude. Elle ecoutait avec
(1) Henri LESSERRE, p. 07.
< 1'expression de 1'adoration la plus absolue,- mele"e a un amour sans limites et au plus doux des ravissemerits ; j'observais que par instant elle ne respirait c plus. (1)
Dans un autre passage : La mere, comme tous les assistants, vit le petit visage, si chetif dans 1'etat naturel, s'illuminer tout a coup et se transfigurer : son front rayonnait ; tous ses traits semblaient s'elever et prendre je ne sais quoi de celeste. (2)
M. Henri Lasserre ecrit : Le visage de la voyante devient tout a coup si clair, si transfigure, si eclatant, si impregne de rayons divins, que le reflet merveilleux que nous apercevons nous donne la pleine <c assurance du centre lumineux que nous n'apercevons pas... ce que contemple Bernadette ravie, ce qui <c rayonne sur ces traits en extase. (3)
4 Bernadette a-t-elle le pouls hysterique, c'est-a-dire le pouls normal sans augmentation de force ni de frequence?
Un medecin de Lourdes, le D r Dauzon, va nous documentor a cet egard ; ce docteur avait voulu se rendre compte, de visit, de ce qui se passait a la Grotte, mais comme il ne connaissait de Fhysterie que la crise convulsive et la catalepsie, en ne rencontrant pas ces deux manifestations, il en conclut, bien a tort, que Bernadette n'etait pas hysterique : il ignorait les autres symptomes de la grande nevrose, les hallucinations et 1' extase.
Par centre, il fit une decouverte qui nous est precieuse ; il trouva unfait nouveau qui appuie notre these ; loin de
(1) (2) DE SEGUR : Les merveilles de Lourdes, pp. 36 et 107. (3) Henri LASSERRE : Notre-Dame de Lourdes, p. 67.
la combattre, ce fait nouveau c'est le pouls hysterique. Gitons : Le D r Dauzon prit le bras de Bernadette, il etait flexible et parfaitement souple ; il lui tata le pouls, les pulsations etaient tranquilles, regulieres, tout a fait normales et ne marquaient aucun symptome d'une maladie quelconque. Or ce pouls normal, sans une pulsation de plus qu'a 1'ordinaire, dans les crises d'extase ou autres, e'est le pouls earacteristique de 1'hysterie.
Si le D r Dauzon s'etait servit du thermometre pour mesurer 1'augmentation de temperature a ce moment, il cut ete etonne de lui voir marquer 37 environ. (1)
Or chez Bernadette si le pouls reste normal, si la temperature ne s'eleve pas, malgre la vive emotion qu'elle eprouve au moment des Apparitions, c'est une preuve nouvelle qu'elle est atteinte d'hysterose. Mgr de Segur ajoute que son pouls normal, c'est la science renversee ; nous craignons bien que ce soit le miracle, plutot que la science, qui soit renverse.
5 L'acces se termine-t-il par emission de larmes ?
Les larmes abondantos, dans le second quart d'heure de 1'extase, sont un des symptomes de la nevrose qui ne manque jamais. Or les rencontrer chez Bernadette, c'est une preuve que son extase, bien qu'a forme religieuse, n'etait qu'un cas ordinaire d'extase hysterique. C'est aussi une preuve, malgre les dires contraires des
(1) Au sujet de la temp6rature chez les hysteriques, je dois dire que j'ai observ6 une malade de ce genre atteinte de manie aigue qui fait exception a la regie : Elle produisait une chaleur telle, que plongee dans un bain a 29, elle en elevait la temperature a. 32 au bout de deux heures d'immersion, en sorte qu'au lieu de r6chauffer le bain comme d'ordinaire, il fallait au contraire le refroidir pour le ramener a la temperature voulue. II ne faut pas s'etonner dufait, car tout arrive chez les nevros6s. (Note de 1'auteur).
auteurs Chretiens, qu'il n'y a pas une extase religieuse differente des extases purement medicales.
Pour expliquer ces larmes qui le genent, M. Henri Lasserre, qui plaide avec beaucoup d'habilete pour le miracle, raconte dans un endroit, do son livre que Bernadette pleurait parce. qu'elle voyait la figure de la Vierge attristee au sujet des pauvres pecheurs. Mais, lui-meme, dans d'autres endroits, et tous les autres temoins du fait ont soin de nous dire, au contraire, que ces grosses larmes coulaient des yeux de Bernadette, en meme temps qu'un sourire de beatitude errait sur ses levres.
Nous pouvons citer de nombreux textes a ce sujet :
Et les assistants virent deux grosses larmes couler sur les joues de Bernadette dont les yeux fixes restaient grands ouverts. (1)
De temps en temps deux larmes tombaient de ces paupieres toujours immobiles et roulaient comme deux gouttes de rosee.
Enfin, apres cette longue extase toute en sourires et en larmes heureuses.
Elle restait la, comme une statue de sainte en extase, des larmes detachees et brillantes roulaient parmi les sourires. (2)
Des larmes s'echappent de ces yeux, immobiles, fixes sur 1'endroit de la grotte ou elle croit voir la Sainte Vierge , ecrit le redacteur dnLavedan.
Enfin rapprochons ces larmes de celles de sainte Therese en extase qui coulaient avec une force et une vitesse telles qu'il semblait que ce fut un nuage de pluie qui crevait .
(1) Mgr DE SEGTJR, page 38 et page 52.
(2) Mgr DE SEGUE, page 29.
40 LA VKRITl!; SUR LOURDES
G'est ce contrasts extraordinaire, de la bouche qui rit pendant que les yeux pleurent, qui forme un des caracteres des plus curieux de 1'extase et qui, a lui seul, pourrait prouver la nature non divine de cet etat.
Rappelons pour memoire 1'emission involontaire d'urine dont on ne parle pas et pour cause, mais qui devait exister chez Bernadette comme chez les autres extatiques ; fait scientifique, on aurait tort de s'en offusquer.
6 La duree de 1'Extase chez Bernadette est-elle d'un quart d'heure a une demi-heure ?
Nos livres de medecine donnent en effet cette periode de temps comme limite extreme de la duree de la crise ; sainte Therese declare formellement, d'apres sa propre experience, que le temps de ces pertes de 1'ame ne depasse jamais une demi-heure.
Les biographes de la petite voyante confirment le fait dans plusieurs endroits. M. Henri Lasserre pretend qu'un jour cet etat surhumain dura au moins une heure : peut-etre n'a-t-il pas mesure la periode, montre en main, peut-etre aussi a-t-il relate le fait d'apres un temoin enclin a grosssir les choses ? Pour une autre crise du reste, il declare qu'elle fut d'un quart d'heure.
En somme, puisque les crises d'extase ne depassent jamais une demi-heure, il est probable que celles de Bernadette suivirent la loi commune.
Resumons :
Nous avons trouve chez Bernadette les six principaux caracteres de 1'extase signales dans nos livres de medecine : 1 1'obnubilation des sensations ; 2 la concentration de 1'attention ; 3 la transfiguration de la physionomie ; 4 le pouls hysterique ; 5 1'emission des larmes ;
LA Vl'ilUTK SUR LOURDES 41
6 la duree normale de la crise ; nous sommes done en droit de tirer une conclusion de ces faits et de dire que Bernadette etait une extatique hysterique ordinaire et non une voyante douee par miracle du don de vivre une demi-heure par jour avec la Vierge Marie.
Extase chez des Profanes
Nous pensons interesser nos lecteurs en donnant ici quelques observations d'extase non religieuse, la premiere, de meme nature que celle de Bernadette, c'est-adire avec hallucination de la vue, les autres de nature erotique, c'est-a-dire avec hallucination du sens genital; ces dernieres sont si frequentes chez les exatiques que bien qu'elles n'aient pas ete signalees chez Bernadette elles ne sortent pas du cadre de cette etude.
Extase du 5 s acte de Faust. Dans la premiere observation, it s'agit d'unprdtre, professeurde mathematiques dans un college ; ce savant, tres verse egalement dans les sciences mecaniques qu'il cultivait par gout, etait atteint d'hysterose grave depuis quelques mois.
Rentre dans sa famille, pour cause de sante, il se laissa conduire un jour au theatre par un parent desireux de le distraire: on jouait 1'opera de Faust; au dernier acte, a la scene des Anges purs et radieux si etincelante de lumiere et si bien adapted a ses idees religieuses, il sortit de la reserve habituelle a son caractere, et montra une certaine excitation qui, s'augmenta les heures suivantes, et obligea sa famille a le conduire dans une maison de sante. Or il arriva, le lendemain
matin, qu'etant couche dans son lit, la face tournee vers la fenetre qui regardait 1' Orient, lorsque le soleil emergea de Thorizon et 1'inonda de lumiere, M. 1'abbe X. . . eut une hallucination; les rayons eclatants de 1'astre provoquerent un aura qui lui rememora la representation de la derniere scene de 1'opera, et dans le cadre de la fenetre, il vit se reproduire le tableau des Anges purs et radieux, tableau qui 1'avait si fort impressionne la veille; les seraphins s'elevaient lentement au ciel, emportant Marguerite toute blanche etl'Archange Michel montait aussi, menacant le demon de son epee flamboy ante.
Pendant quelques minutes, M. 1'abbe X... manifesta exterieurement sa joie d'une telle vision, puis, tout a coup il tomba en extase avec tous les symptqmes habituels de cette crise.
Les jours suivants, chaque matin au lever du soleil, la meme hallucination suivie d' extase ' se reproduisit : Nous fumes plusieurs fois temoin de la chose et nous entendions alors M. Tabbe X... raconter la merveilleuse apparition, plus belle qu'a 1'Opera, dont la vue lui procurait une jouissance ultra-terrestre. Gomme il etait tres savant mecanicien, il voulut un jour se rendre compte des machinations necessaires pour obtenir un tableau si complique dans I'encadrement d'une fenetre ; lorsqu'il eut fait son calcul et etabli ses comptes, il fut effraye de la somme d'argent employee par nous, disaitil, pour arriver a un pareil resultat ; il nous demanda de bien vouloir suspendre les representations, malgre le plaisir mom qu'il en ressentait, son etat de fortune ne lui permettant pas d'en rembourser les i'rais. On le voit, comme Bernadette, M. I'abbe X... n'avait aucun doute sur la realite de sa vision.
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Extase erotique d'une devote. Voici une autre observation d'extase, mais de nature erotique, c'est-adire avec hallucination des organes genitaux :
Une jeune fille tres bigote, atteinte d'hysterose ignoree, en suivant avec assiduite les exercices religieux de sa paroisse, se prit un jour d'un bel amour pour son cure. Celui-ci, homme d'une grande dignite de maniere, d'une reputation de haute moralite, d'un age assez avance pour ne plus faire parler delui, n'avait jamais dit une parole, jamais fait un geste, jamais lance un regard pouvant faire croire a M" e V... qu'il avait pour elle quelques sentiments particuliers. Or il arriva qu'une nuit, raconte celle-ci, elle vit en reve son cher pasteur entrer dans sa chambre, s'etendre a ses cotes et lui procurer des delices inenarrables. Ge reve fit une impression extraordinaire sur son cerveau deja touche par la maladie et fut, les jours suivants, le point de depart d' hallucinations reproduisant la scene de son reve, suivies d'une periode d'extase tres bien caracterisee que souvent il nous fut donne de constater. 11 est arrive parfois que la crise s'est produite a la chapelle lorsqu'un pretre vetu des ornements sacres lui rappelait son cure. Apres une periode d'hallucinations, elle devenait immobile si elle etait assise, s'effondrait a terre si elle etait a genoux ou debout, restait sans connaissance etendue sur le sol, n'ayant ni contracture, ni convulsions, mais insensible aux piqures d'epingle et montrant une physionomie transfiguree par la jouissance d'un bonheur immense. Elle se reveillait dans les larmes et le bas du corps mouille par remission d' urine ; au bout de vingt minutes environ elle reprenait son livre de messe et continuait ses prieres comme si rien d'anormal ne s'etait passe.
Un jour M lle V... se demanda pourquoi vivant la nuit avec son cure, il n'en serait de meme le jour. Elle se rendit chez lui et lui proposa de la prendre completement au presbytere. Le pauvre pretre ahuri d'une pareille revelation eut peine a se debarrasser d'elle et, les jours suivants, eut a soutenir un siege en regie centre son ouaille qui, ne comprenant pas cette resistance, perseverait dans ses revendications. Elle jouissait de trop de bonheur pour lacher sa proie amoureuse et aussi pour garder le secret des visites nocturnes. Dans la ville le scandale fut enorme: comme M llc V... paraissait avoir toute sa raison, on etait dispose a croire qu'elle disait vrai. II se forma parmi les devotes memes, tout un clan qui prit fait et cause pour la malade centre le cure ; on regardait celui-ci avec des yeux mechants, on abandonnait ses sermons et son confessionnal, on le traitait de suppot de Satan.
Excede des assiduites de 1'hysterique qui voulait faire de lui un saint Francois de Salles dont elle serait la sainte Chantal, autrement qu'au spirituel, ecoeure des mechants propos temis sur son compte par ses meilleures amies d'autrefois, le pauvre pasteur, victime comme tant d'autres des persecutions hysteriques, donna un jour sa demission et alia chercher la tranquillite dans un couvent de Ghartreux.
La maladie de W e V... s'exaspera de ce depart et il fallut un jour I'enfermer dans une maison de sante ; mais la encore pendant dix annees, elle continua, chaque nuit, a recevoir la visite de son cure, bien qu'alors domicilie a Rome.
Gomme on le voit, meme chez les pretres,mme chez des personnes tres devotes, 1'extase peut prendre une tournure essentiellement antireligieuse.
De la Suggestion
Si on avait laisse Bernadette tranquille venir chaque jour a la grotte soit seule, soit accompagnee d'enfants comme elle, revolution de 1'extase eut continuee sans changement : Arrivee ; priere a genoux, hallucinations, extase, retour a la maison.
Mais a partir de la 3 Apparition, il y eut quelque variante dans le developpement des symptomes par le fait de la suggestion ; les hallucinations ne furent plus seulement oculaires, elles furent aussi auditives ; Bernadette eut des conversations avec sa vision : elle entendit des mots comme : penitence, penitence, penitence; on lui confia des secrets; on lui ordonna de faire des creux dans la terre pour trouver une source, enfm on proclama le mot : Immaculee-Gonception.
Pour comprendre ces fails, il faut se rappeler qu'ils se passaient en 1856, dix ans apres la Salette qui alors battait son plein et arrivait a 1'apogee de ses destinees. La Salette, sainte station dans les Alpes, presque oubliee aujourd'hui, faisait a cette epoque autant de bruit que Lourdes en ce moment ; on en parlait partout : les cures dans les Eglises, les bonnes femmes dans les maisons, les images pieuses, les journaux religieux, les livres de devotion racontaient au loin 1'apparition de la Dame de la Salette a un petit berger et a une petite bergere des Alpes.
La Vierge leur avait demande qu'on fit penitence ; elle leur avait confie des secrets ; elle avait fait jaillir une source du rocher ou elle etait assise.
Or, il arriva que les personnes de 1' entourage de Bernadette raconterent a celle-ciThistoirede la Salette dans tous ses details : on insista sur certains faits ; on compara les deux apparitions ; on fit ainsi sur elle de la suggestion.
Ces logons entrerent profondement dans le cerveau de Bernadette, et dans les apparitions nous voyons peu a peu cette suggestion se faire sentir: grace a elle, les principaux evenements de la Salette passent dans ceux de Lourdes ; a la Salette, la Vierge avait beaucoup insiste sur la penitence qu'elle reclamait des pecheurs. A son tour, Bernadette, dans son hallucination du mercredi 24 fevrier, entend la Vierge 1'exhorter par trois fois a la penitence : penitence, penitence, penitence.
La Vierge de la Salette avait dit un secret a la petite bergere et un autre au petit berger : on persuada a Bernadette qu'elle aussi ne tarderait pas d'avoir la confidence d'un secret: Or, le mardi 23 fevrier, la petite voyante entend la voix bien aimee de la Souveraine du Ciel : Bernadette? Me voici. J'ai a vous dire un secret qui vous concerne seule : me promettez-vous de ne jamais le reveler a personne ? Je vous le promets. Le lendemain, deuxieme secret ; a la septieme apparition, troisieme et dernier secret.
II faut croire que ces secrets n'avaient pas grande importance, car depuis lors on n'en parle plus et ces secrets venus du Giel ne jouent aucun role dans la vie de Bernadette. Nil admirari!
G'cst par 1'effet de la suggestion que Bernadette creuse au fond dc la grotte, dans la terre humide, le trou d'ou sortira la source analogue a celle de la Salette. Des gens avaicnt reconnu 1"' existence de 1'eau cachee a un
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demi-metre du sol et avaient parle a Bernadette de la possibilile de faire jaillir au debars une source rivale de celle des Alpes.
G'est par le meme phenomene de suggestion que la Vierge de la Salette ayant des roses blanches sur les pieds, celle de Lourdes orne les siens de roses jaunes d'or.
G'est parce qu'en ce moment on elevait un temple magnifique sur la montagne de la Salette que la Vierge de Lourdes demande a Bernadette une eglise sur les roches de Massabielle.
Enfin, si vraiment, chose douteuse pour nous, le 25 mars, jour de 1'Annonciation, lorsque deja depuis quatre semaines le cycle des extases est termine, il s'en prbduit une nouvelle, pendant laquelle le mot ImmacuUe-Conception est prononce, ce fut par 1'effet d'une suggestion intensive de quelque pretre fanatique, qui croyait ainsi affirmer victorieusement le dogme de rimmaculee-Conception, dogme si discute a cette epoque par 1'elite intellectuelle de 1'Episcopat et du Glerge de France.
Si nous avons emis un doute sur cctte apparition, en voici la raison :
Gette vision, en effet, est isolee ; elle se produit longtemps apres les autres, au moment oil la maladie terminee, le systeme nerveux de 1'enfant est revenu a son etat normal. Elle arrive trop a propos pour les besoins de la cause ; on se rend compte que derriere Bernadette se tient un ultramontain qui lui souflle les mots quivont vaincre la resistance des theologiens frangais. Ces paroles de la Vierge, je suis I'lmmaculee-Conception , dites en patois a un enfant ignorant du Dogme, depassent
les bornes de la credulite la plus aveugle et les attribuer a la Vierge, c'est dormer a celle-ci des preoccupations de vanite terrestre par trop naives.
Mais, meme sans fourberie ni mensonges, les choses peuvent s'expliquer scientifiquement : une hallucination auditive produite chez un hysterique par 1'effet d'une suggestion, c'est un fait connu qui n'a rien de merveilleux. On peut tout faire voir, tout faire entendre, tout faire sentir aux personnes atteintes d'hysterose, comme on le fait aux hypnotises ordinaires. II suffit de leur repeter a 1'etat de veille, d'une facon precise et autoritaire, ce qu'on veut qu'elles disent ou fassent pendant la crise, pour qu'elles obeissent a la suggestion. Si je dis a Bernadette sur qui j'ai de 1'influence. Je le veux ; tu entendras ces mots : je suis rimmaculee-Gonception , lorsqu'elie sera dans la grotte elle entendra une voix lui dire : je suis 1'lmmaculee-Gonception , mais si le lendemain jelui dis : la voix te dira : 1'Immaculee- Conception est une sottise , Bernadette entendra ces memes mots : 1'Immaeulee-Gonception est une sottise > , repetes par hallucination.
Intervention des Autorites
Precisement a propos de suggestion, nous sommes amene a parler de 1'intervention des autorites administratives et judiciaires de Lourdes et de Tarbes. A un certain moment, on voulut, pour arreter le mouvement religieux extraordinaire qui se produisait, interrompre les A r isites de Bernadette a la grotte. Pendant
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la quinzaine des visions la ville de Lourdes etait litte"ralement bouleversee : les uns criaient a la superstition, d'autres parlaient de supercherie, d'aulres de manoeuvres frauduleuses ; rarcs etaient ceux qui soupconnaient la maladie nerveuse ; mais toutes ces voix contraires etaient etouffees par les clameurs enthousiastes d'une multitude avide de merveillcux, venue de tous les coins du diocese avec Tespoir que la Vierge leur donnerait un avant-gout du paradis en se montrant a tout le monde un beau matin.
Or un jour Bernadette fut amenee devant le eommissaire de police pour rendre compte de sa conduite. Celui-ci apres avoir 1'avoir morigenee, tanga verlement son pere qui permettait un lei scandale. Puis le Procureur imperial s'en mela et menac.a de faire enfermer la petile voyante si I'effervescence de la foule no se calmait pas. Plus tard enfm on fit cloturer la grolte au moyen d'une murailie en planches.
La Cour Imperiale etait alors a Biarritz : quelqu'un alia plaider la cause de Lourdes aupres de I'lmperatrice Eugenie dont on connaissait les sentiments de bigoterie espagnole. Tout aussitot, prefet, procureur, commissaire de police furentdeplaces et laisserent le champ libre aux organisateurs du nouveau culte.
Mais I'intervenlion du commissaire de police n'avait pas etc sans resultat sur la marche de la maladie de Bernadette. L'effroi qu'elle avail eprouve avail, produit une suggestion contraire a 1'hallucination ; aussi, lorsque le lendemain de sa comparution devant les autorites judiciaires, elle relourna en hesit'nt a la Grolle, Hen ne se montra. La peur du commissaire fut plus forte que lede"sirde voir la Vierge. II est probable que
si les Visions eussent ete reelles, comme tant de gens le croyaient et le croient encore, rimmaculee-Conception qui ne doit craindre ni prefet ni juge n'aurait pas hesite a paraitre : G'e"tait le cas ou jamais dese montrer. N'est-ee pas la une nouvelle preuve et tres forte que toutes ces Apparitions n'etaient qu'hallucinations maladives.
La Grotte et la Source
Nous devrions terminer ici notre travail sur Bernadette, mais ne voulant rien laisser debout de Lourdes, nous avons pense qu'il etait necessaire de donner quelques explications sur la Grotte et la Source qui jouerent un si grand role autrefois et qui de nos jours encore sont le principal but de pelerinage.
La Grotte. La Grotte oil se passerent les evenements que nous venons de raconter situee a la base d'un rocher nomnie Massabielle, surplombait alors un petit canal derive du Gave. Cette grotte ou plutot cette' excavation largeraent ouverte sur la riviere, presente actuellement quatre metres de hauteur sur quatre metres de 'profondeur et quinze metres de largeur. La voute forme une courbe qui en arriere et a gauche va rejoindre le sol, tandis que le cole droit est a peu pres perpendiculaire. Sur ce coto se rencontre a deux metres du sol acluel une niche oil est placee la statue de 1'Immaculee-Conceplion ; mais, au debut, cette niche elait de plein pied avec le sol de la grolte ; celle-ci etait remplie aux trois quarts de debris de rochers, de sable et de terre
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glaise, en sorte que, le premier jour, Bernadette put voir M me X.... soit dans la cavite, soil dans la niche, sans que cette personne se soit hissee a deux metres de hauteur pour se montrer.
La Source. Au fond de la grotte, sous les deux metres d'amoncellement existait une source qui, si elle n'avait pu se faire jour jusqu'a la surface, du moins denotait sa presence en un point ou 1'eau sourdait goutte a goutte et oil la terre etait boueuse. II y avait assez d'eau pour qu'une petite cressonniere dont les racines plongeaient dans la source ait pu pousser en cet endroit.
Mgr de Segur et M. Henri Lasserre (2 et 3) peuvent etre pris la en flagrant delit de mensonge, car pour faire croire a un miracle, ils pretendent que le fond de la grotte etait parfaitement sec, sec comme le plancher d'un salon, sec d'une secheresse torride : G'etait, dit 1'un, une cavite vulgaire dans une roche dure et un sol partout desseche, sauf a 1'exterieur et al'ouest, quand, par un temps de pluie, le vent y faisait penetrer une humidite fugitive.
Or, au contraire, 1'abbe Fourcade dans sa petite histoire et Mgr 1'eveque de Tarbes dans son mandement constatent 1'existence de cette source d'une fagon peremptoire : Le jeudi 18 fevrier 1856 eut lieu la troisieme apparition : quand Bernadette eut termine sa priere, la Vierge lui ordonna d'aller boire a la fontaine, de s'y laver et de manger une herbe qu'elle y trouverait. Elle obeit mais elle ne put arriver a cet endroit qu'en se tenant a genoux et courbee. Puis comment boire et comment se laver ? A peine, si elle trouva quelques gouttes d'eau 5 c'estde la terre dulrem-
pee; elle graLte avec sa main, forme un petit creux, oil seramasse un peud'eau, mais tellement bourbeuse que 1' enfant a de la peine a 1'avaler. Apres aroir bu, elle mange une petite herbo, espece de cresson qu'elle v trouve.
Dans son mandement de 1862 relatif a la Grotte, Mgr de Tarbes parle de la source en ces termes : L'enfant obeit, mais elle ne trouva qu'wwe terre detrempee. Aussifcot elle pratique de ses mains un petit trou qui se remplit d'eau bourbeuse : elle boit, se lave et mange une espece de cresson qui etait dans ce lieu. c Telle est en substance la narration que nous avons recueillie de la bouche de Bernadette, en presence de la commission reunie pour 1'entendre une seconde fois.
L'existence d'une source avant 1' Apparition est done un fait avere : bien avant Bernadette 1'eau suintait goutte a goutte au fond de la grotte ; le terrain etait boueux ; une petite cressonniere existait. Tels sont les trois fails qui prouvent qu'il suffisait de creuser quelque peu pourfaire jaillir une source. On creusa.
Parmiles gens qui, des la seconde Apparition, vinrent visitor la Grotte, il s'en trouva qui 1'explorerent en tous sens et se rendirent compte que ce suintement d'eau dcnotait une source cachee dans les decombres, qu'un coup de pioche pouvait faire jaillir a 1'exterieur.
Une source dans un lieu de pelerinage est chose indispensable, et de la dcrniere importance : cela permet de donner des bains miraculeux ; cela permet surtout 1' exportation au loin, avec gros benefices, de 1'eau qui guerit.
La Salelte qui, nous 1'avons dit, battait son plein en
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ce moment, faisait un commerce immense de son eau et des petits morceaux du rocher oil la Vierge s'etait assise; mais tandis que le premier article donnait d'enormes bene'fices, le second etait peu demande.
Pour devenir un lieu de pelerinage profitable, il fallait queLourdes eutaussi de 1'eau a mettre en bouteilles pour etre expediee dans tous les pays catholiques, pendant que dans ses piscines des malades internationaux obtiendraient leur guerison.
Autrefois, du temps des Juifs, il y avait aux portes de Jerusalem la piscine probatique qui jouait le m^me role qu'aujourd'hui Lourdes : Autour de la source se pressait la foule grouillante des pelerins ; un ange, disait-on, descendait du ciei plusieurs fois par jour pour agiter 1'eau de la piscine ; 1'ange parti, le premier malade qui se plongeait dans 1'eau etait gueri de son mal quel qu'il fut.
L'eau de Betsai'da aujourd'hui est sans vertu; 1'eau de la Salette egalement. La foi est partie de ces lieux emportant avec elle miracles et pelerins, mais la foule credule et ignorante ne meurt pas ; elle se perpetue, toujours prSte avenir boire a des sources nouvelles. Usez done de 1'eau de Lourdes, malades et infirmes, pendant qu'elle guerit encore.
Bien que le geste de Bernadette creusant avec sa main un trou dans la boue ait ete moins beau que ceiui de Moise frappant le rocher de sa verge, neanmoins la source avait coule a la surface du sol. Des mains pieuses continuerent ce jour-la a agrandir et approfondir le creux commence et un mince filet d'eau commenc.a de couler.
Le lendemain des magons et des puisatiers, sous
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pretexte qu'un des leurs avait ete gueri d'une ophtalmie en lavant son ceil dans cette eau, vinrent en foule et firent le reste : sous leurs coups de pioche jaillit une fontaine.
Plus tard les deux metres de ferre et de pierre qui obstruaienf la grotte furent deblayes et la source apparut tout entiere. Un ingenieur la capta pour 1'amener aux piscines actuelles : on dit meme que, ne trouvant pas le debit d'eau suffisant, il aurait conduit quelques tuyaux jusqu'a la riviere toute proche. (1)
Nous ne demandons ni enquete ni expertise a ce sujet : nous ne regrettons qu'une chose, c'est que, pour sa canalisation, on n'ait pas employe des tubes plus nombreux et plus forts; cela cut permis de donner a chaque malade un bain non souille par les plaies lavees avant les siennes dans la piscine. Sous pretexte de guerir un mal quelconque, il ne faut pas donner une grave maladie a des pauvres gens ignorants des lois de 1'hygiene. II suffit d'un ulcere syphilitique pour avarier de nombreux baigneurs. Si M. Henri Lasserre, en regard des guerisons obtenues a Lourdes, nous eut donne la liste des contamines par les eaux de la piscine, dont les accidents primaires, secondaires et tertiaires evo-
(1) II suffit de reflector un moment pour comprendre combien il est dangereux de vouloir creer un miracle sans se preoccuper des donnees de la science : des thaumaturges qui ne doutent de rien racontent a la foule qu'une source, par la grace de la Sainte Vierge, est sortie d'un rocher comme si leditrocher distillait cette eau. Or la science nous donne une toute autre explication : elle fait venir toutes les sources, y compris celle de Lourdes, de reservoirs souterrains distant souvent de plusieurs kilometres de leur point d'6mergerice. Geci etabli, pourrait-on nous dire a quel endroit precis 1'eau devient miraculeusement curative ? en deca du robinet ou au dela ? (Note de 1'auteur.)
luerent apres leur retour au village, on serait stupefait du chiffre obtenu, depassant de beaucoup celui des miracles.
Bernadette a Nevers
Que devint Bernadette apres les Apparitions ? II est probable que la maladie hysterique continua d'evoluer sous forme de manifestations variees, avec des intervalles plus ou moins longs de remission, comme il arrive chez tous les nevroses. Si Bernadette, a un moment donne, fut enlevee a sa famille pour etre placed dans un couvent de Lourdes d'abord, puis, peu de temps apres, dans le monastere des soeurs de Nevers, c'est probablement qu'il etait survenu chez elle d'autres syndromes, peu convenables chez une personne sanctified par le contact de 1'Immaculee-Gonception. Or comme rien ne devait nuire au developpement de la devotion a Lourdes, la jeune fille disparut dans I'ombre d'un cloltre.
Bien que le secret de ses faits et gestes dans ce couvent ait ete bien garde, il nous est arrive d'en causer un jour avec une bonne vieilie soeur de Nevers qui, pendant quelques mois avait ete commise a la surveillance de la jeune fille devenue novice. Bernadette, nous disait-elle, etait un vrai diable, qui nous faisait perdre la tete : nous ne savions comment faire pour satisfaire ses caprices extravagants ; elle bouleversait tout dans la maison et malgre cela il nous fallait la
garder; j'ai passe avec elle les plus mauvais mois de mon existence, . :
Nous aurions voulu avoir des explications plus detaillees ; mais deja la Sceur se mordait la langue d'en avoir trop dit et malgre nos instances, elle ne voulut plus ouvrir la bouche a ce sujet.
Depuis long-temps la petite Bernadette est morte, sans peut-etre s'etre doutee du role considerable que son hysterose a joue dans 1'evolution religieuse du xix* siecle : Ses hallucinations, ses auras, ses extases apres avoir ete pris par la foule ignorante et obtuse pour des faits miraculeux ont ete exploites par des gens qui ont su faire admettre ces symptomes maladifs comme des manifestations divines. Bati sur de telles bases, le nouveau culte a pu faire gagner beaucoup d' argent, mais il a ete et il est encore une cause de faiblesse pour la religion catholique, comme tout ce qui est erreur et mensonge.