‹ La vérité sur Lourdes [microform]Chapitre 23 sur 26 · QUATR1EME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATR1EME PARTIE

La Source miraculeuse d'Alesia

Des fouilles relativement recentes, dans diverses parties de la France, ont mis a jour les restes de quelques temples qui renfermaient une statue guerisseuse, analogue al'Asclepios d'Athenes et a la Vierge de Lourdes, et en m6me temps une source miraculeuse dont 1'eau jaillissait dans Tenceinte.

C'est ainsi que la source de la Seine avait un temple avec une statue de la Dea Sequana, faiseuse de miracles.

C'est amsi } aussi, qu'a Alise Sainte-Reine, 1'ancienne Alesia de Vercingetorix et de Jules Cesar, les fouilles de la Croix- Saint-Charles, dirigees par le commandant Esperandieu ont mis a jour les substructions de trois edicules a destination religieuse, et les restes d'une piscine qui parait avoir fait partie d'un quatrieme sanctuaire.

Nous n'avons pas a decrire ces temples, a propos desquels, en 1910, le journal V Illustration a publie une eHude avec dessins a 1'appui, et dont on trouvera en librairie, une notice sommaire, intitulee les fouilles de la Groix-Saint-Charles au mont Auxois, par le commandant Esperandieu. (Le Havre, rue Fontenelle, 35.)

Nous ne dirons a leur sujet que ce qui importe a notre travail, c'est-a-dire les trois points qui font ressembler Tancien sanctuaire d'Alesia au sanctuaire moderne de Lourdes.

Ges trois points sont : la Statue guerisseuse, la Source

et les Ex-Voto.

La STATUE, dont on a retrouve le piedestal, la tete et la main enroulee d'un serpent, etait placee centre la piscine et la dominait. Le socle est reste en place et a conserve les crampons de fer qui la fixaient. Une tete de femme, de grandeur naturelle, jeune et belle, diademee et couronnee d'epis , une main gauche semblable aux mains de la deesse Hygie, fille d'Asclepios, sont les seuls morceaux qui restent de la statue, ceuvre d'un artiste grec ou romain.

Est-il permis d'identifier exactement la deesse? Est-ce une Hygie avec son serpent a la main ? Est-ce une Ceres avec sa coiffure d'epis? Est-ce, plus simplement, une deesse Alesia? Des fouilles subsequentes pourront peutetre nous le dire, mais en ce moment, on ne peut faire

que des hypotheses.

La SOURCE : au pied de la statue, dans une piscine carree, coule 1'eau pure d'une source amenee de la montagne, par un conduit souterrain, qui traverse les ruines superieures notamment le temple octogonal.

Autour de la piscine se trouve le dallage gallo-romain qui, souleve, a montre des mursplus anciens, de construction probablement gauloise. Sous ce meme dallage, on a trouve des monnaies de Tibere et d'autres Empereurs romains jusqu'a Trajan ; ces monnaies indiquent par consequent 1'age de la reconstruction du petit temple, dont un riche entablement prouve la beaute et 1'importance.

La presence de la statue pres de la source nous fait

dire que cette divinite guerisseuse ctait la divinite de la source, comme la Dea Sequana etait celle des sources de la Seine.

Or, c'est a cette source sacree, c'est a cette statue divine, que des generations de Gaulois et de Gallo-Romains sont venus demander la cure de leurs maux, par un miracle, de meme que les gens pieux de France viennent implorer la guerison de leurs maladies a la source de Massabielle, par un miracle analogue.

Les EX-VOTO. Les paralytiques gueris, toujours si nombreux, laissaient probablement, comme a Lourdes leurs bequilles pendues aux voutes et aux murailles du temple, mais le bois non resistant a fini, avec le temps, par s'emietter, tandis que les objets d'or et d'argent ont disparu pendant les invasions successives, proie trop facilement offerte a la convoitise des conquerants ; seuls les ex-voto en pierre, en marbre ou en bronze ont echappe aux pillages, grace a leur non valeur et ont ete retrouves dans les ruines des temples d'Alesia. Ges ex-voto offerts par les gallo-romains des premiers siecles de notre ere, comme tous les ex-voto, sont le plus souvent une marque de gratitude laissee a la divinite guerisseuse par un malade reconnaissant. Parfois pourtant 1'ex-voto n'est qu'un acte de devotion pour demander la protection du dieu ou de la deesse.

Quels sont les ex-voto retrouves au mont Alesia?

Parfois le malade offrait sa propre effigie tenant une offrande, comme il estdemontre par les statues trouve'es par M. Baudot aux sources de la Seine. Aux fouilles d'Alesia, le commandant Esperandieu atrouve unetete de jeunc homme qui pourrait etre la partie superieure

d'un ex-voto de ce genre. Mais un autre ex-voto capital, c'estl'enfant emmaillote, selon 1'usage de 1'epoque, dans des bandes attachees aun anneau place sur la poitrine; de quelle maladie la source miraculeuse avait-elle sauve le pauvre petit enfant? rien ne 1'indique, ni inscription ni image du mal.

Les autres ex-voto decrits par le commandant Esperanclieu, sont au nombre de cent neuf, entiers ou mutiles ; mais beaucoup d'aulres, dont Foxydation etait complete, etaient tombes en poussiere et n'ont pu etre recueillis.

En general, les ex-voto d'Alesia, lorsqu'ils ne sont pas de pierre, sont travailles sur de minces feuilles de metal, decoupes au ciseau, parfois dores, ayant cinq centimetres de long au plus, sur une largeur moindre. On les fabriquait sur place ; les fouilles ont fourni des dechets qui ne laissent aucun doute a cet egard.

On pent classer ces ex-voto en plusieurs series, d'apres la forme des organes represented.

Une premiere serie se compose de douze ex-voto qui pourraient rappeler des cures de hernie.

Une seeonde serie, la moins nombreuse, repre^ente des seins et des organes genitaux.

La troisieme et derniere est due a des maux d'yeux, qui d'apres le nombre d' ex-voto retrouves devaient etre frequents dans le pays; les organes oculaires reunis par paires, sont de forme tres variable. D'une fagon generate les ex-voto de bronze sont perces d'un ou deux trous, qui nous prouvent qu'on les clouait sur des planchettes, ou centre des murailles.

II y a une analogic complete entre ces ex-voto et ceux que Ton a trouves aux sources de la Seine. Mais tandis que ceux-ci etaient joints a des monnaies, dans un vase

de terre et constituaient une sorte de tresor, ceux-la ont etc successivement decouverts au cours des fouilles.

II resulte done, d'apres les ex-voto trouves dans les dernieres decouvertes d'Alesia, qu'il se produisait, la, des guerisons miraculeuses de diverses maladies, soit par lefait de la source, soit par le fait de la deesse miraculeuse. II resulte aussi, d'apres les memes fouilles, qu'a cet endroit deja, les Gaulois d'avant la conquete et du temps de Yercingetorix venaient demander la guerison de leurs maux physiques dans un sanctuaire celtique qui n'etait probablement qu'un temple rusiique et primitif, remplace du temps des Gallo-Romains par un edifice somptueux.

II resulte enfm qu'animes d'une foi pareille, Gaulois et Gallo-Romains, qui vinrenl boire de 1'eau, se trempcr dans la piscine, et adorer la deesse, obtinrcnt des miracles, en foi dcsquels, ils laisserent dans le sanctuaire des ex-voto, expression de leur reconnaissance.

On a dit que sous les Burgondes devenus Chretiens, la source pa'ienne se convertit, elle aussi, au culte nouveau et que, placee sous le patronage de Sainte-Reinc, une martyre locale qui donna son nom au village, ellc continua les memes miracles qu'autrefois.

La chose est conlestee et la supposition ne repose sur aucun fondement certain. Le contraire seraitplutot vrai, car il existe a Alise, une autre fontaine, celle de Sainte- Reine, or c'est cette source et non celle du commandant Esperaridieu, qui fut pendant le moyen age, la Renaissance et les temps modernes, le but des pelerinages de la France Bourguignonnc ; en sorte que si la conlinua-

tion des miracles se fit a Alise, ce ne fut pas a la meme source. Comme les miracles ont lieu par le fait de la suggestion, peu importe a celle-ci dc changer de source et de passer de celle du midi a celle du nord ; de memo aussi, peu lui importe la deesse qu'elle sert, tantot la deesse Ale"sia, tantot Sainte-Reine.

Cos cx-voto trouves a la source d'Alesia, trouves aux sources de la Seine, trouves dans bien d'autres sources des rivieres de France ct de Navarre, se rencontrent dans tous les lieux de pelerinage, oil se font les miracles retentissants.

Chacun de ces lieux est celebre a son tour etdelient le record des gucrisons miraculeuses; mais bientot il cst oblige de le passer a un aulrc cndroil privilegie, comme si une mode presidait a cet egard aux sentiments des fo tiles.

Sans parlor des temps anciens, dc la piscine de Siloe, du temple d'Asclepios, dc la source d'Alesia, de cello de Scquana, ct de tant d'autres lieux, si puissanls autrei'ois pour creer des miracles, incapables aujourd'hui d'en accomplir un seul, voyons ce qui se passe, depuis uu siecle seulement, dans les sanctuaires les plus veneres dc France.

Plus de miracles a Ghaiircs !

Des miracles insignifiants aNotrc-Dame de Fourviorcs a Lyon !

La Saletle, incapable dc lamoindrc cure, apres avoir brill e d'un eclat incomparable !

Paray-le-Monial, devenu inutile, malgre la chemise dc Marie Alacoquc!

LA V^RITlS SUR LOURDES 319

Aujourd'hui c'est a Lourdes qu'est la vogue religieuse ; c'est a Lourdes que vont les foules qui reclament des miracles, en attendant que Lourdes dispar.iisse comme les autres stations, lorsque s'eteindra peu h peu la foi des fideles, comme s'eteint la flamme d'un cierge arrive a sa fin.

Alors, de meme qu'aujourd'hui, nous nous etonnoiis que des malades aient pu aller demander leur guerison a la source d'Alesia, .de meme ceux qui viendront apres nous s'etonneront, qu'au xx e siecle, il se soil trouve des gens doues d'une dose de naivete assez forte, pour croirc a la vertu de 1'eau de Lourdes.

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