CAR I OX
lls se glisserent tout doucement sous le voile et lecherent, a ce qu'il me sembla, les paupieres de Plutus, et, en moins de temps qu'il n'en faut pour boire dix cotyles de vin. Plutus, maitresse, se dressa voyant, moi, battant des mains de joie, j'eveillai mon maitre. Aussitot le Dieu disparut dans le sanctuaire ,avec les serpents. Quant aux malades couches pres de Plutus, je te laisse a penser s'ils 1'embrassaient, toute la nuit on se tint eveille jusqu'a ce que le jour parut, etc.
Aristophane, on le voit, nous decrit les choses a peu pres telles qu'elles se passaient a 1'Asclepion; sa fantaisie burlesque ne denature pas complelemenl les faits, et il est facile de demeler le vrai du faux invente par son imagination pour 1'amusemenl du public.
Malheureusement pour nous, Aristophane ne parla pas des malades hysleriques gueris instantanement par 1'effet suggestif, mais d'autres auteurs combleront cette lacune, lui, ne nous entretient que des non-hysleriques.
Voici en effet pour ceux-ci ce qui se passa :
On avail trouve qu'il etait avantageux, puisqu'ils n'6taient pas curables par la priere seule, de les trailer par des moyens medicinaux.
Interpretation des songes.
L'intervention medicale des pretres nous dil le D r Vertrouto se traduisait de deux manieres : elle consistail ou
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bien a suggerer avec adresse au malade, soil pendant 1'interrogatoire preliminaire, soil pendant la visite du temple, soit pendant la lecture des inscriptions votives, 1'idee de tel ou tel remede utile, idee qui reparaitra en reve ; si le songe n' etait pas tel a 1'interpreter habilement en lui donnant la signification therapeutique convenable. Mais les pretres s'apergurent tres vite que cette maniere de proceder exposait a des mecomptes ; le songe ne survenait pas, le remede present etait oublie, ou bien le remede etait tellement absurde que le songe ne pouvait etre raisonnablement interprete.
Le Songeur.
Alors on crea un nouveau metier, celui de songeur.
Strabon et Pausanias nous apprennent qu'il etait d'usage, lorsqu'un malade etait dans 1'impossibilite de se rendre lui-meme au temple, d'admettre ses parents ou ses amis a le remplacer et songer a sa place et en quelque sorte a son intention.
Or a cette imitation les pretres deciderent qu'euxmemes ou encore les Zacores du temple pourraient se livrer aux songes a la place du malade ; en un mot qu'il y aurait des songeurs attitres. Ilest inutile d'ajouterque styles d'avance, ils indiquaient seulement le remede que le pretre lui avait, apres examen de reflexion, recommande' d'indiquer.
Gependant il faut penser qu'une partie du public plus intelligente congut vite quelques doutes sur la bonne foi des songeurs officiels et un auteur grec reconnait que ceux qui font ce metier, prescrivent ce qu'ils feignent d' avoir vu et entendu.
Songes vulgaires et songes celestes.
Pour ces malades qui ne croyaient qu'a 1'efficacite
des reves personnels et persistaient a vouloir songer eux-memes, il fallut inventer autre chose; pour supprimer, pour ainsi dire, ces reves reels, au dire de Jamblique, on les traita de songes ordinaires vulgaires, sans valeur, indignes d'une interpretation.
Le prfare deguise en Asclepios.
L'industrie sacerdotatc substilua d'autres visions et cut I'habilete de les faire prendre aux malades pour des songes celestes, pour les seuls songes envoyes par la Divinite.
Ils choisirent le matin, au moment oil la nuit cesse etlejourva paraitre laissant les objets dans une sorte de penombre dont le malade, plonge dans un demisommeil n'a qu'une perception obtuse, pour se presenter sous le deguisement d' Asclepios, et meme pour lui adresser la parole.
La credulitc superslitieusc des foules est toujours si grande qu'il fut aise de faire prendre ces apparitions de pure comedie pour des songes envoyes par la Divinite. Les textcs contirment cettc maniere de voir, Jamblique ecrit : Les songes celestes sont ccux qui nous apparaissent quand nous sommes dans un etat intermediairc entre la veille etle sommeil, ou le sommeil et la veille.
Philosaslre a son tour : Les pretres, dit-il, ne veulent interpreter les visions que quand elles ont lieu le matin . Tertullien ajoute : on avait surtout foi aux songes qui arrivaient le matin .
II est done certain que les pretres prenaient le deguisement du Dieu. Philosaslre affirme que de temps en temps, Asclepios en personne se montrait aux homines clans le temple d'Egeo. Hcrodien raconlc que Caru-
calla recut a Pergame autant de songes du Dieu qu'il en voulut .
Peut-etre au debut, le Pretre ne se montra-t-il que dans un lointain mysterieux, mais peu a peu il s'enhardit encourage par la credulite des malades.
II apparut sous le costume de Dieu, porteur de ccs attributs, accompagne de serpents, de chiens. II s'approcha des malades, les examina, les palpa meme les uns apres les autres, il alia jusqu'a se faire escorter par un groupe de personnages, scs complices, representant les enfants de Dieu, Hygie, Panacee et autres.
Le Dieu adressait la parole aux malades, assure Celsc (Origen contra Gels. lib. Ill) ; des Grecs et des barbares lui out afiirme avoir vu Asclepios en personne ct 1' avoir cntendu rendre des oracles medicaux.
Dans cet etat mitoven a la veille et au sommeii, elat
dans lequel surviennent les songes celestes, dit Jambliquc, on entend unc voix entre coupee. Or cette voix qu'Aristophane aussi nous i'ait entendre, c'est precisement celle du pretre qui sous le costume du Dieu indiquait aux malades le rcmedc taut desire.
xiristide, un rheteur pourtant, etait commeles autres, dupe de la fourberie, tellement lorsqu'il s'agit de religion, le bandeau sur les yeux est epais. II atteste qu'il lui arrival t foil souvent qu'etant entre le sommeii ct la veille, il vovait veuir a lui le Dieu, le touchait presquc et 1'ecoutait avidement.
Des remedes.
On n'a pas Irouve dans les feuilles d'Asclepion la listc des remedes employes, mais le rheleur Aristide en cite quelques curieux exemples. Tantot le Dieu ordonnait 1'usagc des bains, Ian lot il les proscrivait. AMarc-Aurele
il ordonne de monter a clieval, de faire des ablutions froides, ce sont des moyens hygieniques excellents, a un autre il prescrit 1'cau de chaux et le jus de ciguc, a un autre une perdrix cuite avec de 1'encens, a un quatrieme un cafcaplasme de cendre arrose de vin, pour un crachement de sang il ordonne le fruit des pommes de pins, a un aveugle il prescrit un collyre avec le sang d'un coq blanc, etc., etc.
11 est probable que d'annee en annec, F experience aidant, les traitements ordonnes so firent plus rationnels et se tirerent surtout des moyens tires de I'hygienc.
La Diete.
La diete etait un de ccs moyens. Strabon (geog. XIV) raconte que pour avoir le Dieu favorable on faisait faire aux malades un careme rigoureux ; or, parfois on obtient par cette methode d'heureux resultats. Ghaque annee nous voyons aulour de nous des Mahometans se trouver bien du Ramadan, surtoul lorsque alcooliques chroniqucs, ils soulTrent des douleurs variees produites par 1'empoisonnement des vins foils; ces cas ne devaicnt pas clre rarcs en Grccc.
Lorsqu'il etait prescrit a Aristide pour son afTection cbroniquc de boirc dc 1'huile d'olive a litre de modificatcur des os et du sang, n'etait-ce pas notre traitement par I'huilc de foie dc moruc? Si, a un autre malade atteint d'hemoptysie, il fnt conscille de boire dn sang de taureau, il semble que ce remede se soit perpetre jusqu'a nos jours : ne voit-on pas des malades atteints do la meme affection aller aux abattoirs pour boire du sang chaud des betes abattues ?
Deux periodes avec fourberie et sans fourberie.
En resume, dans 1'Asclepion d'Athenes, commc dans
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celui d'Epidaure et des autres villes, il y eut deux periodes correspondant probablement aux deux modes do nomination des pr&tres ; dans la premiere pendant laquelle ils elaient nommes chaque anne"e par le peuple, les guerisons miraculeuses qui se produisirent furent purement hysteriques; c'est a cette periode qu'il faut comparer Lourdes ou egalement des miracles de meme nature se produisent. Dans la seconde periode, celle ou le Grand Pretre conserva sa charge plusieurs annees et finalement toute sa vie, il y eut pour les malades non hysteriques, incurables par la suggestion des methodes detraitementrationnel qui amenerentparfoislaguerison.
Les Guerisons.
Les guerisons sont-elles prouve"os? Oui, Pausanias raconte qu'il a vu six steles rapportanfc les guerisons miraculeuses faites par Asclepios avec les noms des malades et 1'indication de la maladie.
Or, dans les fouilles on a retrouve deux de ccs precieux monuments -sur lesquels sont graves des inscriptions fort iongues mentionnnnt une vingtainc do cas qui prouvent la puissance d' Asclepios.
Nous trouvons des borgnes ct des avcugics auquels le Dieu a rendu la vue en leur frottant les yeux avec un onguent de sa composition. Ces cures doivent sans doulc etre de la seconde periode et provenir d'un trailement rationnel, mais il n'en est pas ainsi des suivants.
Un boiteux paralytique qui so reveille avec 1'usago do ses jambes, a qui on vole ses bequilles et qui est capable de courir apres son voleur: un autre auquel le Dieu ordonnc de marcher et de porter une lourde pierrc dans le sanctuaire et quimarche et la porte.
Ces paralyliqucs non sculemcnt des jambes, mais
d'autres parties du corps, comme les mains, les bras, la langue, sont les grands fournisseurs des miracles, et ce sont eux qui font la reputation des lieux de pelerinage. Une femme de Lacedemone etait liydropique, sa mere vint consulter Asclepios, car la vertu du Dieu s'etend au loin et opere a grande distance. La mere couchee sous les Portiques voit en songe Asclepios couper la tete de sa fille, et suspendre son corps, le.cou. en has ; 1'eau s'en echappe en abondance et il ne reste plus au Dieu qu'a lui rajuster la tete sur le cou. La mere retourne a Lacedemone et trouve sa fille guerie.
Nierons-nous le miracle, Foperation peut-etre, la cure, non.
On trouvera dans 1'ouvrage du docteur Pitres, un.e gravure reproduisant une femme liydropique guerie sur le tombeau du diacre Pares. Une autre guerison est a souligner; celle-la bien hysterique, sans discussion possible : le Dieu a gueri dit la stele, une femme qui souffrait d'une grossesse trop prolongee.
Asclepios a rendu la voix a plusieurs muets. Ces muets sont de la meme famille que la femme a grossesse. Ges paralysies de la langue peuvent toujours guerir, sous 1'influeuce d'une emotion. Des plaies incurables, nous dit la stele, ont etc fermees grace au Dieu.
Les cancers aussi guerissent a 1' Asclepion : un homme avait un cancer a 1'estomac, il vient sous les Portiques et a une vision : il reve que le Dieu le fait tenir et attacher par des serviteurs, qu'il lui ouvre le ventre, extirpe son cancer et recoud son estomac et la peau. II se reveille, il est gueri. Ge n'est pas seulement a 1'Asclepion que Ton confond les cancers avec de simples neyralgies stomacales. A Lourdes on fait grand bruit de la gue-
rison de dix cancers. Que dit le docteur Boissarie du recit de Pausanias ?
Un homme avait une belle-mere qui lui avait jete des sangsues dans un melange de vin et de miel qu'il avala. Pendant son sommeil il reva que le Dieu lui ouvrait le ventre, en retirait les sangsues et a son reveil il trouva son ventre recousu et les sangsues dans sa main. Geci est du traitement rationnel : les medecins alienistes sont appeles parfois a agir de la meme facon. Un malade persecute croit sentir une bete dans 1'estomac, sangsue, serpent, ver ; on 1'endort, on lui fait une incision superficielle de la peau, puis deux points de suture et a son reveil on lui montre 1'animal serpentin qui faisait son desespoir. Ge bancal etendu sous les portiques, qui dans un songe voit le Dieu monter sur un char, ie fouler aux pieds de ses chevaux, jusqu'acequesajambesoitredressee, nous le connaissons et nous le retrouverons, sous forme de pied-bot ou de coxalgie hysterique, gueri a toutes les stations miraculeuses.
Retenons encore parmiles guerisons celle de 1'homme ayant une contracture de la main, ou le role de la suggestion se voit si aisement. En voyant les ex-votos suspendus de toutes parts il se met a railler ces merveilleuses inscriptions. Que fit le Dieu? II apparut en songe a 1'incredule, et lui etendant successivement les doigts, lui rendit 1'usage de sa main. Et comme 1'homnie tout surpris ne pouvant croire au miracle, pliait et rouvrait tour a tour ses doigts, Asclepios lui dit : parce que tu as cru a des choses croyables, je t'accordele benefice d'une incroyable guerison .
Gombien d'autres cas n'aurions-nous pas a citer, si toutes les steles rclatant les miracles nous avaicnt etc
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eonservees; ceux que nous venons cle relater seront suffisants pour appuyer la these que nous soutenons.
Gar, si nous nous reportons au livre de M. Lasserre et du D'Boissarie sur les miracles deLourdes, noussommes etonnds de voir que ce sont les memes miracles qui s'operent dans le sanctuaire chretien sous 1'influence des eaux de la source. La, chaque jour sont gueris dcs fausses paralysies, des fausses contractures, de faux pied-bots, de fausses hydropisies ct de fausses grossesses. L'adjectif faux, est la, pour differencier ces nevroses, des memes maladies, affections vraies, on il y a lesion du systeme nerveux central ou peripherique.
Or, ces affections vraies n'etaient pas gueries a 1'Asclepion et ne peuvent Fetre a Lourdes, ne cessonsde le rcpcter. Colics dont la cure faisait crier au miracle, ce sont les paralysies hysteriques, ce sont les conlractures hysteriques, c'est le mulisme hysterique, ce sont les quarante maladies de nature hysterique toujours susccptibles de guerir instantanement.
Lorsqu'on nous dira quo d'autros maladies dc nature differente etaient curables a 1'Asclepion d'Athenes autrefois, et le sont a Lourdes maintenant, par exemple le cancer, nous repondrons qu'il y a erreur de diagnostic et qu'on a pris comme tel des affections qui n'avaient rien de cancereux. Dans notre pro chain travail sur Lourdes nous donnorons les observations de maladies paludiques, paraissant avoir lous les symplomes de cancer de l'eslomac gueris en quolques jours par de fortes doses de quinine.
Les Ex-Voto.
Les malades rcconnaissants, dans le premier elan dc
joie, sont entraines a deposer la preuve du miracle sous forme d'ex-votos. Or, chose curieuse, les ex-votos que nous pouvons voir a Lourdes, nous les retrouvons dans 1'Asclepion, prouvant par leur presence que les miracles qui ont lieu par 1'intervention de la Vierge chretienne, avaient lieu autrefois par rintervention d'un Dieu palen.
A Athenes, comme a Epidaure, les families ont mis au jour des ex-votos en grand nombre. Quels etaient-ilsY Ce sont d'abord des bas-reliefs qui representent des scenes d' adoration devant Asclepios, place au chevet du malade, au moment precis ou la guerison avait lieu. G'est la statue du malade gueri, soit en buste, soit en pied, lorsqu'il s'agit de grands personnages, au temps des Remains. Leplus souvent c'est la statue d'Asclepios lui-meme qu'on donnait au temple. Ge sont des reproductions soit en grandeur naturclle, soit en proportion reduite, d'une partie du corps dc la personne guerie : des visages, des bouches et des yeux, des nez et des oreilles, des mains et des pieds, des jambes et des torses, des cceurs et des poitrines. Ces objets sont en or, en argent, en metal dore, en bronze et en marbre. Dans les ruines ont etc retrouvees de grandes plaques de marbre ou sont. graves les inventaires des ex-voto reunis dans le temple : on y lit les inscriptions suivantes :
Phiale doree consacree par Pyrrhos du Demo d'Acherdous, pour lui-meme et pour son fils.
Phanocritc, pour elle-meme et pour sesenfants, un gobelet et une machoire.
Corps defemme et bracelet, consacrcs parMyrrhinc pour ellc-memc et pour scs enl'ants.
Les plagues de marbre.
On a trouve egalement des petites plaques de marbre semblables a celles dont sont tapisses les sanctuaires a miracles, avec les mots : Reconnaissance a Marie, Hommage pieux, etc. Voiciquelques inscriptions gravees sur les plaques grecques :
Phrynon du Deme de Rhamnases pour son fils Diognetos.
Meidias et Danae, ayant fait un voeu a Asclepios pour leurs enfants.
Pour sa femme, Praxias, ayant fait un vo3u a Asclepios.
(( Gollytos ayant fait un voeu, a Asclepios, pour Polyeuctos.
Thoudosias a Asclepios, pour sa fille Theano.
Non seulement les malades gueris laissaient des plaques de reconnaissance au Temple, mais encore les soldats qui sortaient sains et saufs de la melee, les marins qui avaient echappe a une tempete, consacraient une offrande. Un bas-relief trouve dans les ruines en fait foi.
Une plaque trouvee par M. Stephanos dans Tile de Syra indique qu' Asclepios a sauve Eucharistes d'une epouvantable tempete.
Le plus souvent sur les plaques de marbres votives on se contentait de faire graver son nom et celui du Dieu, untel a Asclepios ; le motif pour lequel il avait consacre son offrande etait sous-entendu.
Les Dons.
Un autre genre d'ex-voto etaient les offrandes faites au temple paries malades gueris ou voulant etre gueris ; c'etaient des bijoux, bagues, bracelets, diademes en or
ou en argent; c'etaient des vases pourcontenir des parfums, des trepieds, desobjets d'art, de petits bas-reliefs, tous objetsde matiereplus oumoins precieuse, c'etaient des pieces de monnaie, que I'on jetait dans la source ou aux pieds du Dieu dans le temple.
Une curieuse coutume etait celle-ci, lorsque les exvotos devenus trop nombreux encombraient le Temple, la commission administrative faisait fondre un certain nombre d'ex-votos par un habile artiste qui rendait au Temple un objet d'art precieux. Les inventaires retrouves nous font connaitre qu'un vase d'or avait ete execute avec des ex-votos dont on donne la nomenclature.
II fallait de 1'argent pour 1'entretien du Temple, et le paiemeut des employes, sans compter le fond de reserve a augmenler ; peut-etre aussi fallait-il faire la part des grands personnages d'Athenes et de Rome. On nous dit qu'il en cst de meme pour Lourdes, ou le Pape et 1'Eveque de Tarbes tirent un impot enorme des dons des fideles. Nous ne pouvons croire a de pareils actes ; que d'autres exploitent la credulite humaine, c'est possible, mais que des chefs de 1'Eglise agissent ainsi, non, ce n'est pas croyable, lellement I'immoralite d'un tel acte serait monstrueuse.
Concurrence des Dieux.
Mais, peu a peu, vint la concurrence : comme le metier de guerisseur est bon, chaque dieu de 1'Olympe veut 1'avoir el prend le grand serpent comme symbole. Apollon, pere d'Esculape, devint le grand-pere de la Medecine et tint a Thebes boutique d'herbes curatives. Minerve fait voir a Pericles, en songe la plante qui va guerir son architecte Umesicles, et se voit clever le temple d'Athenee-Hygie. A Ephese, Diane traile les
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maladies des yeux. A Paros, Cesar se sert d'un miroir magique : est-ce Tancetre de celui des rayons X? Venus elle-meme guerit les tumeurs du menton au lieu de s'occuper des maladies qu'elle cause. Les fils et petils fils d'Asclepios, a leur tour, font concurrence a leur pere et emploient aussi les songes pour la guerison de leurs clients .
Puis viennent les cultes de Cybele, de Zabazios, le Bacchus phrygien, et celui d'Orphee dont les pretres a leur tour voulurent exploiter la credulite humaine. Avec des formules d'invocation, des rites, des mysteres nouveaux, ils attirent a eux un public nombreux, surtout le public feminin toujours accessible a la superstition.
Asclepios avail recommande pour le traitement des maladies mentales la gymnastique et la danse accompagnees de musique et de chants melodieux, mais avec Sabazios ce sont les danses echevelees des Corybantes, au son d'une musique endiablee de fifres et de tambourins, qui pretendent etre la meilleure methode dans 1'art de guerir.
Plus tard viennent d'Egypte les cultes d'Isis, d'Osiris, et de Serapis, divinites devenues medicales aussi, parce que seules les religions medicales apportent 1'argent des foules.
Le plus ardent et le plus universel desir de 1'homme est de conserver la sante et les charlatans religieux, ou civils, trouvent toujours des dupes pauvres et riches, pour leur tirer de 1'argent.
Appolonius de Thyane.
Viendront encore les imposteurs qui eux aussi feront des miracles et exploiteront la credulite. Appolonius de
Thyane se pretendra favori d'Asclepios et lui et ses disciples arriveront ainsi a faire un nombre prodigieux de dupes. Marc-Aurele, ce sage empereur remain, un jour sera victime de la fourberie de Tun d'eux. (Lucien.)
Enfin un pen de lumiere se fera, Hippocrate a paru, et la science commence a jouer le role qu'elle continuera de> siecle en siecle jusqu'a ce moment, celui d'eclairer les foules et de leur montrer la verite debarrassee de voiles.
Avant de terminer, disons ceci : les auteurs qui ont ecrit sur la medecine des Anciens et parmi ceux-ci M. G. Wescher et le D r Vertroute, ce dernier dans un article interessant sur la medecine sacerdotale dans 1'antiquite grecque, n'ontpas vu le role de la suggestion dans la guerison des maladies nerveuses et ont explique les miracles qu'ils ne pouvaient nier, parle traitement employe par le Grand Pretre devenu medecin a force de pratique, comme nos infirmiers et les sosurs de nos hopitaux arrivent a se faire un bagage de petites recettes medicales, pouvant avoir dans certains cas, un effel curable. D'autres, en grand nombre, et Malgaigne parmi eux, s'accordent a conside'rer comme des jongleries les pratiques de la medecine sacerdotale et traitent les pretres d'insignes charlatans. Us ont tort ; Us n'ont pas compris le role capital de la suggestion dans les cas d'affections de nature hysterique. La suggestion s'est deguisee en Dieu Asclepios autrefois, pour guerir les nevroses de la Grece, comme elle se deguise en Immaculee-Conception de Lourdes aujourd'hui, pour guerir les hysteriques de notre temps. Gette suggestion, on doit la faire descendre des autels, pai'ens ou chretiens, pour la remettreala seule place qivelle doit occuper, une place dans 1'arsenal medical.
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