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CHAPITRE TR01SIEME

Troubles des tissus profonds

PREMIERE I'AIVTIE

DES COXALGIES

SOMHAIRE : Des coxalgies vraies et dcs coxalgies fausses. La these du professeur Grolas. Un miracle a Fourvieres. Explication du raccourcissement des jambes. L'affirmation de Georges Bertrin. ^Les guerisons dans les sanctuaires h6retiques. Les soeurs Renault. Le cas d'Helene Gay. Gclui de Louise Verchery. Celuide lafille d'un general. Dix autres guerisons. Le depit de M" Lecuyer. Des coxalgies vraies. L'liistoire lamentable de Charles Bron. Marie Jovicl et le D r Jaboulay.

Des Coxalgics vraies et des Coxalyies fausses. Les fausses tumeurs blanches, les fausses coxalgies formcnt la premiere classe des maladies hysteriqucs dcs iissus jirofonds, curables a Lourdes par suggestion.

La coxalgie vraie est une inflammation do 1'aiiiculation coxo-femorale, avec douleur, lesion des lissus fibreux et osseux, abces dans 1'articulation, abces peripherique, enlin raccourcisscment de la jambe par bas (Mile du bassin.

Les fausses coxalgies, c'est-a-dire celles dues a 1'hysterose, presentent les symptomes de douleur, d'immobilisation du membre, de raccourcissement apparent de la jambe, de bascule du bassin, mais n'ont jamais ni abces, ni lesions de tissus fibreux ou osseuxquelconques. Comme on le voit, si beaucoup de sympto'mes sont coramuns, un symptome capital manque dans la coxalgie hysteriquc ; ce symptome, c'est la lesion des tissus fibreux, cartilagineux ct. osscux, lesion qui se Iraduit par des abces dans la coxalgie veritable.

Dans ce chapitre, nous ne traiterons que des coxalgies, laissant aux lecteurs le soin d'appliquer auxautres troubles des tissus profonds cites dans notre tableau, ce quo nous dirons de cette maladie de la hanche, un des lieux de predilection de I'hysterose ; nous ne parlerons done pas des turaeurs blanches du genou et des autres articulations.

Done, deux classes de coxalgiques viennent a Lourdes : les coxalgiques vrais, qui ne sont pas miracurables, ctles coxalgiques hysteroses, c'est-a-dire sans lesion, ni suppuration, qui ont le pouvoir de guerir, memo instantanement, sous le coup de fouet d'une emotion suggestive.

Parlous d'abord de ces derniers : comme les livres et les journaux de Lourdes citent de nombreux cas de guerison do ces fausses coxalgies, guerisons veritables, mais nullcment miraculeuses, il est tres important de trailer cette question a fond.

Un miracle a Fourmeres. Le professeur Grolas de Lyon a fait un travail sur les coxalgies hysteriques, auquel nous avons participc, lorsquenous etionsintcrne

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dans 1'hopital de la Gharite de cette ville, en lui communiquant deux observations de coxalgiques gueris par suggestion ; on pourra les lire dans la these du D r Crolas passee a Montpellier en 1866.

L'un de ces cas fut meme la cause d'une petite guerre religieuse dans cet hopital : une fillette de quinze ans, atteinte de coxalgie, sans lesion, a qui nous avions place pour la faire marcher un bandage silicate, fut conduite par des religieuses infirmieres a la vierge miraculeuse de Fourvieres le sanctuaire de Lyon, qui, n'ayant pas la concurrence de Lourdes, faisait alors, beaucoup plus de miracles qu'aujourd'hui.

La fillette fit une neuvaine, briila des cierges, fit dire des messes, si bien que lorsque nous lui enlevames son bandage, et qu'elle se trouva avec une jambe qui pouvait marcher, elle, sa famille, les so3urs infirmieres et un certain public attribuerent la guerison, -non a notre traitement, mais a Intervention de Notre-Dame de Fourvieres. Nous nous rejouissions quand meme de ce resultat qui apportait une nouvelle consecration a 1'existence de la coxalgie hysterique et a son traitement par la suggestion, quand notre joie fut troublee par les aumoniers et les soeurs de 1'hopital qui s'etaient mis en tete de nous faire signer une attestation du miracle. Gomme medecins, chirurgiens et internes, nous refusions energiquement notre signature, il y eut un tolle general contre nos pretentious diaboliques de disputer cette cure a la vierge de la colline.

Nos protestations, du reste, ne servirent de rien ; ce fut, malgre nous, un beau miracle, atteste par de nombreuses signatures, public dans les journauxcatholiques, inscrit dans les annales de Fourvieres, avec bequille a 1'appui pendue au mur.

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Explication du raccourcissement des jambes. Au sujet de la coxalgie, nous devons discuter un fait qui, bien que non miraculeux, nous est donne comme tel, avec la plus mauvaise foi du monde, du reste. On salt que dans les cas de coxalgie sans suppuration il y a raccourcissement apparent du membre, mais qu'en rualite ce raccourcissement n'existe pas, car comment des os pourraient-ils se raccourcir sans qu'ils soient reseques. L'explication est la suivante : le bassin en basculant entraine, en haut eten arriere, la tete du femur, et produit ainsi une diminution apparente du membre.

Pour constaterce fait, il suffitde placer sur une table le malade couche sur le dos, on voit alors la colonne vertebrale s'inflechirenarcdecercle au niveau deslombes par le mouvement de bascule du bassin et la jambe devenir plus comie ; mais si on leve la jambe en 1'air, on s'apergoit que le bassin reprend sa place, que la colonne vertebrale devenue recliligne repose h plat sur la table, sans arc de cercle, etque la jambe malade a repris sa longueur.

Pour constater que les jambes sont d'egale longueur, il suffit de les mesurer avec un ruban, en prenant toujours les memes point de repere; d'une part le grand trochanter, de 1'autre la malleole interne, et non, comme on le fait a Lourdes, en faisant coucher le malade les deux pieds Tun a cote de 1'autre, pour voir le raccourcissement sansprendre la mesure des jambes.

Pourlant, par exception, dans les cas de coxalgie a

lesions osseuses graves, silatete du femur s'est necrosee et n'existe plus, lajambc maladc se trouve necessairement plus courle quo I'autro, d'unc certaino longueur. Tous les chirurgiens connaissent ces fails, et il est probable que lesmedecins de Lourdes nel'ignorent pas, car c'est le B. A. Ba del'etude des coxalgies.

L 'affirmation de Georges Bertrin. Or, en sebasant sur ce raccourcissement apparent, les panegyristes du miracle veulent nousfaire croire que les jambes repoussent instantanement dans la piscine : ainsi, a la page 202 du livre de Georges Bertrin, nous lisons que la jambe gauche de Lucie Renault, et la jambe droite de sa soeur Charlotte Renault, plus courtes 1'une et 1'autre de trois centimetres, se sont aliongees dans la baignoire des trois centimetres qui leur manquaient

Emile Lesage avait, lui aussi, une jambe ayant trois centimetres de moins que 1'autre, qui, apres le premier bain, avait deja regagne deux centimetres.

Mais le record est tenu par M lle Louise Verchery de Vierzon, qui a vu sa jambe repousser dans lapiscine de six centimetres.

Gomme on le voit, I'affirmation est categorique : 1'eau de lapiscine fait pousser les jambes.

Que dire des medecins de Lourdes qui attestent de tels miracles ? Ignorants ou inconscients?

G'est le cas de leur poser de nouveau la question qui a le don de les horripiler : si 1'eau de lagrotte fait pousser les jambes des coxalgiques, pourquoi ne fait-elle pas pousser les jambes des amputes?

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Les guerisons des sanctuairesheretiques. Si les guerisons des coxalgies hysteriques sont fort nombreuses dans les annales de la grotte de Lourdes, elles le sont aussi dans d'autres sanctuaires privilegies qui ont leurs murs tapisses de bequilles. Car, chose incroyable, il arrive que dans les cb-ipellesdes convents de Russie, les vierges byzantines, comme si elles n'etaient pas des vierges heretiques, font des miracles semblables aux miracles catholiques, avec, comme preuvea 1'appui, des milliers d'e.x-voto analogues pendus aux murailles.

Les pretres de Lourdes, qui ne peuvent recuser ces miracles, les attribuent au demon ; mais les popes a leur tour, pretendentque la vierge des Pyrenees tient sa puissance du diable.

Enfin, voila qu'en Amerique s'eleve une nouvelle et terrible concurrence dans la fabrication des miracles : des usines a guerisons miraculeuses s'y batissent, oil le reverend Dawie, le pape de la nouvelle religion, impose ses mains guerisseuses sur les malades.

Pour le moment, restons a Lourdes, et depouillons notre dossier d'hystero-coxalgiques ; nous parlerons plus tard de 1'eglise de Zion.

Lucie et Charlotte Renault. Ges jeunes filles sont atteintes toutes deux de coxalgie hysterique. Dans 1'histoire qu'on nous raconte, relevons tout d'abord quelques heresies medicales.

1 On nous affirme que la maladie avait son siege dans la moelle epiniere et ne pouvait guerir : or, quel est ce mal dont on ne nous dit pas le nom ? II faudrait, au moins le connaitreavantd'enoncerunpronostic aussi grave : c'est une supposition gratuite dans le but de corser le miracle ;

2 On ajoute qu'il s'accompagnait d'atrophie musculaire qui ne se repare pas. Or 1'atrophie qui se produit par I'immobilite du membre, au contraire, se repare aisement lorsque les muscles recommencent a se contracter par 1'effet du mouvement ;

3 Enfin les jambes des deux soeurs sont celles dont nous avons parle, qui pousserent de trois centimetres dans la baignoire au dire de Georges Bertrinjmais dont, si on voulait nous permettre de fairebasculer leurbassin, nous allongerions ou nous raccourcirions la jambe a volonte.

Aussi, malgre les certificats du Docteur Monnier qui devrait mieux savoir mesurer les membres des coxalgiques, nous pretendons qu'il n'y avait ni lesion de la moelle, ni raccourcissement vrai des jambes de ces deux jeunes filles, et que si leur coxalgie hysterique fut guerie a Lourdes, ce fut par 1'effet seulement de la suggestion, nous devons ajouter que la coxalgie de la seconde des sceurs survint probablement par imitation

de la premiere, c'est-a-dire, egalement par suggestion. Enfm point capital il n'y avait dans les deux cas ni abces, ni alteration fibreuse ou osseuse, en sorte qu'il resulte detout cela queles coxalgiesdesdeux soeurs qui les faisaicnt boiter 1'une a gauche et 1'autre a droite etaient des coxalgies hysteriquestypiques qu'on pouvait faire disparaitre en soufflantdessus ailleursqu'a Lourdes.

Le cas d'Helene Gay. Du a 1'hysterie egalement le cas d'Helene Gay dont nous lisons la gue"rison dans le n 30 du Journal de la Grotte de 1'annee 1902. Agee, alors de 12 ans, elle etait coxalgique depuis 8 ans, mais notons-le bien sans les lesions osseuses et sans les abces qui auraient du survenir pendant une si longue duree de la maladie. C'etait un jeune sujet a miracles qui devait guerir au passage de la procession; du reste, sa guerison fut aidee par un medecin intelligent qui lui avait pose un appareil, et qui lui avait permis de marcher, car rien n'est meilleur pour guerir les coxalgies nerveusesque la marche etles mouvements ; c'est un cas analogue a celui de la Charite de Lyon.

Le cas de M^ Louise Verchery. M" e Louise Verchery n'a pas 1'osteo-arthrite tuberculeuse dont on nous parle, puisqu'elle ne porte trace d'aucune fistule ni d'anciens abces, lesquels surviennenttouj ours dans les casde cette nature. Elle gucril dans la piscine, commc il convient.

Pourtant, on pourrait quelque peu ergoter sur ce miracle, car nous lisons, qu'avant de vcnir a Lourdes, elle se trainait peniblement avec des bequilles, ce qui veut dire qu'elle pouvait marcher; elle pouvait meme, ajoute-t-on, s'asseoir de cote, sur une chaise. II est probable qu'enfermee dans sa chambre, cette jeune fille n'etait pas genee pour se promener. Ge n'est pas ainsi que se conduisent les vrais coxalgiques immobilises sur leur lit par la douleur, surtout les tuberculcux. C'est a Louise Verchery qu'il arriva une poussee de jambe de six centimetres.

Lecas de M lle Marie- Ange Clement. M IIe Marie- Ange Clement d'Agen, etait immobilisee, depuis deux ans. tantot dans des appareils silicates, tantotdans des gouttieres Bonnet; elle guerit, mais avec quelque peu de raideur de la hanche, nous dit-on. Ccltc raideur s'explique par 1'immobilite trop prolongee du membre. Quelque temps apres, la malade fut prise dans un accident dc voiture qui remit tout en question pendant trois ans ; la coxalgie hysterique evolua ; nous disons hysterique, car jamais il n'y eut la moindre goutte de suppuration indiquant une vraie coxalgie, et de plus la rechute est la meilieure preuve de Thysterose. Pour confirmer mieux encore celle-ci, notons une contracture des muscles de la hanche qui durait depuis sept ans, et qui etait pour la malade un obstacle insurmontable a s'agenouiller. Pas n'etait besoin de Lourdes pour guerir cette malheureuse jcunc fillc qui s''immobilisa cinq annees

dans un lit, lorsqu'une suggestion bien comprise aurait, des le debut, pu la faire lever, et lui permette de jouir de sajeunesse, comme ses compagnes.

Au sujet des contractures hysteriques, nous pouvons relater une observation tiree de notre pratique : une guerison obtenue par une douche froide. M me X... agee de 45 ans, avait pris 1'habitude de se tenir accroupie, jambes contre cuisses et cuisses contre ventre, de facon a placer son menton sur ses genoux, comme une momie peruvienne.

Pendant longtemps, nous luttames par des frictions et des mouvements d'extension contre une contracture des muscles des deux jambes qui menagait de produire 1'ankylose : tout fut inutile ; pendant trois annees elle resta dans la meme position. Dans son lit, M me X... avait fait un trou au milieu de ses matelas pour s'y loger, sans s'etendre ; on la portait comme une statue de bois, dansun coin du jardin ou elle restait des journees entieres sans bouger.

Or, il arriva qu'un jour, au lieu d'etre placee dans une baignoire comme d'ordinaire, pour y etre lavee, elle fut mise sous une douche froide. Comme I'infirmiere 1'avait quittee pour aller chercher des linges dans la piece voisine, M me X... se leva subitement, recouvra ses mouvements et se sauva dans le jardin entierement nue, a la grande surprise du personnel qui ne parvenait pas a Farreter tellement sa souplesse et son agilite etaient grandes : ainsi dans une minute, cette malade avait pu recouvrer 1'usage de ses membres contractes depuis trois ans.

Ce fait nous demontre que des contractures hysteriques peuvcnt pcrsistcr do nombrcuscs amices, cl gue-

rir subitement, sous une influence Emotive quelconque; il explique ainsi de nombreuses guerisons gurvenues a Lourdes, notamment celle de M" e Marie- Ange Clement.

Dix autres cas. Les cas d'Anna Lacaze, de Montauban ; d'Emilie Dupuy, de Rouen ; de Louise Crosnier, de Darnetal; de M"' Stoehr, de Strasbourg; de M" e Boursin, de Palmyre-Rieussens, de Montpellier; dc Berthe Gallot, de Caen ; de M" e Angelique Alix, de Rennes ; de M lle Virginie Bilheux, de Ducey (Manche) ; celui, enfin de M llc Gay, de la Franche-Comte sont autant de cas de coxalgies de nature hysterique et leur guerison a ete obtenue a Lourdes, parce qu'elles etaient de nature hysterique, leurs articulations ne montrant aucune suppuration.

Le depit de M ne Lecuyer. Citons, enfin, le cas de M lle Louise Lecuyer, agee de 19ans, nee aGrieges(Ain). Cette jeune fille alia a Lourdes demander sa guerison a la Viergc de Massabielle. Ellc ne 1'oblinl pas, peut-etre par la raison qu'ellcfil abus d'eau et de procession : elle prenait deux bains de piscine par jour, et assistait a toutes les processions du Saint-Sacrement ; apres chaque immersion, elle buvait, sans degout, un verre d'eau de la piscine, souillee de toutes les immondices des aulres malades ; de plus elle ne passait pas devant le robinet d'eau, sans en absorber un verre ou deux.

II est vrai qu'apres chaque bain, pendant un quart d'heure environ, elle etait guerie; mais ce n'etait que dcs guerisons transitoires, en sorte que, malgre cette cure intensive, la malade revint, sans aucune amelioralion a 1'hopital de la petite ville de Pont-de-Veyle d'oii elle etait partie.

Soulignonslefait ce ces guerisons d'un quart d'heure, renouvelees deux fois par jour, qui sont la marque inde'niable de 1'hysterose dont M llc Lecuyer etait atteinte.

Commeon la transportait du train a I'hopital, elle entendit des passants faire des reflexions moqueuses sur son miracle manque ; alors elle se suggestionna par depit : < Demain, se dit-elle, demain, je marcherai, et les incredules seront bien obliges de se rendre a 1'evidence .

La chose se fit comme elle 1'avait dit : le lendemain matin, elle se leva et s'habilla, puis se promena dans la salle de 1'hopital, comme si jamais, elle n'avait ete malade.

Peut-etre eut-on le tort d'attribuer cette cure aNotre- Dame-de-Lourdes, quand ce fut un saint non admis dans le calendrier, Saint Depit depit dc n'etre pas miraculce qui en eut tout le merilc.

Ce mode de guerison nous prouve absolument 1'hysterose de M" e Louise Lecuyer, de Grieges.

Des coxalgies vraies. II y aurait un grand chapitre a faire sur les vraies coxalgies, c'est-a-dire, celles qui sont produites par une lesion des os ou des ligaments ; maig nous n'en citerons qu'un petit nombre de cas suffisants pour comparer ces affections graves, incurables a

Lourdes, quoi qu'on en dise, avec les coxalgies hysteriques qui guerissent si facilement.

G'est avec stupefaction, qu'on liral'histoirede Charles Bron, le seul coxalgique vrai, cite par Boissarie; cet etrange miracle, non seulement, n'en est pas un, mais il en est le contraire : Lourdes, en effet, a empeche la guerison de ce malheureux.

Lespreuves de ce que nous avamjons, nous allons les trouver dans le livre meme des grands miracles, pages 185 et suivantes.

En 1896, Charles Bron, pauvre cultivateur du Haut- Jura, fut admis pour une coxalgie a I'hopital de Berne, oil le Docteur Girard lui ouvrit un abces de la hanche, evacua le pus, et retira plusieurs pieces d'os detaches. Apres un nouvel examen, le professeur declara qu'il fallait pratiquer une operation plus radicale, et extraire la partie necrosee de 1'os, seul moyen de sortir Bron du triste etat oil il se trouvait.

Au lieu d' avoir confiance en son medecin de Berne, Charles Bron le quitta, et alia trouver Notre-Dame-de- Lourdes ; les bains de la piscine furent inutiles, mais la procession produisit sur Bron un etat d'exaltation tel qu'il n'eutplus, pendant quelques instants, la sensation de son mal. II se leva et soutenu par deux brancardiers, put venir jusqu'au bureau des constatations medicates. II etait la, debout, nous dit-on, essay ant de marcher, alors qu'auparavant, il ne pouvait meme pas sortir de son lit : j'ai vu Bron a la piscine, ecrit le Docteur Boissarie, il avail au niveau de la hanche une plaie proforide dans laquellejepouvaisenfoncer monpouce, plaie qui suppurait abondamment. Or, mainlenant, il n'y a plus trace de plaie ; plus de suppuration, plus de

c gonflement . Aussitot, on chante le Magnificat ; les ovations de lafoule sont formidables ; le retouresttriomphal, quatre pages du livre suffisent a peine pour celebrer cette magnifique guerison.

Mais... car il y a un mais, a cet extraordinaire miracle d'une coxalgie guerie ; elle ne 1'etait nullement ; deux petites lignes de texte de la page 191, perdues dans le fatras des louanges, vont nous edifier completement a ce sujet, les voici : Bron est reste boiteux, sa jambe est plus courte, elle est soudee au niveau de la hanclie. Par les anciennnesfistules, on a constate pendant longtemps un suintement de pus. Alors que signifie le miracle si le pus continue a couler? Cela veut dire que toujours la tete du femur est necrosee, que toujours les fistules suppurent, que toujours les plaies sont ouvertes. Gela veut direaussi que Boissarie a trompe son public, enpubliant qu'il n'y a plus trace de plaic, que les suppurations sont taries, et les fistules fermees.

Gela veut dire surtout que le grand miracle tant prone n'etait pas un miracle, et que ce miracle ne se produira jamais, helas pour le malade.

Cela veut dire enfin qu'ii faudra que Charles Bron meure ou se fasse operer.

Si Lourdes peut guerir les coxalgies hysleriques, la chirurgie seule guerit les coxalgies vraies.

Le cas de Marie Joviel. Marie Joviel de Lyon, dont nous trouvons la guerison relatee dans le journal de Lourdes, est une coxalgie avec un double pied-bot. Douee d'unc dose de malice supericure, elle a pris ses

precautions d'avance, en se faisant operer copieusement par le chirurgien en chef de 1'Hotel-Dieu de Lyon ; puis oublieuse des six operations du Docteur Jaboulay, elle est parlie a Lourdes pour attribuer sa cure a la grotte, et y deposer ses bequilles. G'est une mauvaise action de sa part, c'est aussi une mauvaise action de la part des medecins de Lourdes qui ont vole ce miracle au docteur Jaboulay.

Ces deux observations suffiront pour faire comprendre que les malades qui relevent de la chirurgie ne sont pas gueris a Lourdes; lorsque les scies, les gouges, les pinces et les secateurs doivent entrer en jeu, la Vierge se r6cu.se.

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