‹ La vérité sur Lourdes [microform]Chapitre 9 sur 26 · CLASSE · texte numérisé non relu

CLASSE

Mal de Pott vrai.

SUMMAIRE : Insucees do Lourdes. Jeanne Gasteau. Lea Constant. Leonic Chartron. La femmc d'un medecin. L'autopsie de Nancy. Conclusion.

La classe II comprend les observations de cas vrais dc mal dc Pott. Gcux-la no guerisscnt pas a Lourdes,

lorsque leur diagnostic est bien etabli, malgretoutes les interventions divines. Nous allons le demontrer.

Jeanne Gasteau. Gette jeune fille a un faux mal de Pott. A 1'age de 12 ans,elle fut atteinte d'une deviation de la taille, deviation qu'avait deja une sosur ainee. Pour la combattre, le docteur Thuvien moula son corps dans des appareils platres qui serenouvelerent plusieurs fois.

En 1891, il arriva qu'au niveau des reins, un abces se forma et fit saillie dans le flanc droit. Peut-etre cet abces fut-il cause par une blessure produite par 1'appareil platre trop serre, accident frequent, lorsque des bandages de cette nature sont appliques. Les moulages en platre ne purent plus etre supportes; 1'abces devint saillant; lajeunc fille fut transportec a Fbopital Saint- Joseph oil Ton pratiqua une operation : on ouvrit, on vida, puis on guerit 1'abces. Le docteur Boissarie, pour avoir un beau miracle fait de cet abces simple, un abces osseux du a une tuberculisation des vertebres, sans appuyer, du reste, sur aucune preuve son assertion.

Bien plus, de son recit meme, nous pouvons tirerune preuve contraire, c'est-a-dire qu'il n'existait chez la jeune fille, aucune lesion osseuse. En effet, si c'est le corps dela vertebre qui est en jeu, sa carie produira bien un abces, mais un abces d'une nature particuliere, un abces par congestion lequel, toujours vient fairc saillie et s'ouvrir en baut et en dedans de la cuisse, tres loin, par consequent de la region des reins ; jamais dans le flanc. D'autre part, si 1'abccs provient de la carie des os posterieurs de la vertebre, il se forms et s'ouvre non dans le flanc, mais autour de 1'os meme.

Lorsque la jeune lille ful conduite a Lourdes, clle

pouvait etre, enrealite, affaiblie par son long traitement chirurgical, mais elle etait guerie et de son abces et de la deviation de la colonne vertebrale et laVierge n'avait plus a intervenir : Jeanne Gasteau etait alors en pleine convalescence.

Le docteur Boissarie a beau edifier ce miracle sur neuf pages de texte et noyer les details dans des elucubrations tres pieuses mais inutiles, il nous a ete facile de tirer la verite au clair et prouver que Jeanne Gasteau n'a pu guerir miraculeusement a Lourdes, puisque sa maladie n'existait plus.

Lea Courtaut, de Grenelle. En 1894, cette jeune fille, employee aux ateliers de composition d'un journal, faisait un travail au-dessus de ses forces : elle s'affaiblit et se courba d'une facon sensible.

Le docteur Ferreau de 1'Hotel-Dieu constata une grande faiblesse et conseilla 1'huile de foie de morue, les bains sales et le phosphate dechaux.En 1895, on lui fournit un corset qu'elle portait depuis sept mois, lorsqu'elle vint a Lourdes.

Avant le depart, le docteur Ghirie constatata une double deviation de la colonne vertebrale formant une bosse a gauche, mais ne certifia ni lesion .vertebrale ni abces. Le docteur Boissarie conclut pourtant de ce certificat qu'il y avait une lesion osseuse avec affaissement des vertebres. Or, une lesion osseuse il devrait le savoir amene toujours une suppuration et, dans le cas present, il n'y en avait pas.

Lorsqu'on retira Lea Courtaut de la piscine, il ne restait, nous dit-on qu'une legere courbature (sic) qui se dissipa I'apres-midi du meme jour, au second bain. Le docteur Boissarie qui nous affirme ainsi un veritable

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miracle va se trouver pris en flagrant delit d'erreur volontaire. Voici, en effet la verite : Avant son depart de Lourdes, lorsque Lea Courtaut vint au bureau des constatations, celui-ci fut force d'attenuer le miracle, tout en 1'affirmant hautement :: Lea s'inclinait encore sur le cote (page 237), c'est-a-dire que Lea etait encore bossue. A Paris, sa mere constate que sa fille est absolument droite, mais lui fait une scene parce qu'elle a laisse son corset a Lourdes .

Lea Courtaut semble s'incliner legerement a droile ; mais cette deviation est plus apparente que reelle . Get am us ant euphemisme est du docteur Boissarie.

Enfin, nous avons un chef-d'oeuvre pour exprimer une idee contraire au miracle sous uue forme adoucie : c'est le certificat du docteur Chirie qui examina M" e Lea Gourtaut au retour : j'ai constate : 1' que la colonne vertebrale etait bien droite; 2 qu'une saillie legere des deux vertebres dorsales exialail ; 3 que Fepaule gauche etait exhaussec et le cote droit de la poitrine plus mince que Taulre .

G'est en resume un miracle bossu qui a besom d'etre travaille pour devenir presentable.

Leonie Chartron. M me Chartron nous raconle ellememe qu'elle fut visitee et traitee a Paris, par les princes de la science, Nelaton, Piorry, Bouvier qui lui firent subir un traitement energlque et douloureux.

Plongee dans la piscine de Lourdes, la gibbosite de M rae Ghartron disparut, et sa paralysie fut guerie ; en meme temps les trous des six vertebres suppurantes etaient fermes. Le certificat du docteur Gagnard, signe trois ans apres la guerison est un peu tardif ; ceux des trois autres medecins, au moment du depart pour

Lourdes auraient mieux fait notre affaire. G'est un miracle fantaisiste qui n'est etaye que sur des affirmations et non sur des preuves : gibbosite, paralysie, carie de six vertebres, c'est beaucoup de maladies a la fois.

Femme de medecin. C'est un miracle plus fantaisiste encore que le precedent, et dont il est impossible de faire cas. Un mari qui est du Tiers-ordre, vient a Lourdes et raconte que sa femme a ete guerie, il y a vingt ans, d'un mal de Pott.

Des preuves, point. Avez-vous la foirobuste?Ecoutez cette nouvelle : cette dame avait 1 une bosse dans le dos; 2 un abces dans le flanc; 3 un poumon en mauvais etat ; 4 un teint couleur de cire ; 5 une paralysie de la vessie ; 6 une incontinence d'urine ; 7 des vomissements incoercibles ; enfin, 8 elle avait rec.ii 1'extremeonction.

Gette dame etait venue deux fois a Lourdes ; mais dix-huit bains n'avaient donne aucun resultat. Au troisieme pelerinage, elle guerit miraculeusement, nous dit son epoux. Le miracle ne fut pourtant pas tres complet, car apres vingt ans ecoules, la saillie de la vertebre existait encore. Elle avait ete guerie par sept miracles des sept autres maladies ; mais mari et femme eussent prefere la guerison de la bosse.

L'autopsie de Nancy. II y avait a 1'hopital de Nancy, une jeune fille atteinte d'un reel mal de Pott de la 5 e et 6 e vertebre cervicale.

La tete device inclinait sur son epaule ; son air etait souffrant ; elle ne tournait pas le cou, mais tout le corps d'une seule piece, etant toujours preoccupee d'eviter les mouvements qui etaient atrocement douloureux. Dans la region profonde du cou, le professeur Gross, son mede-

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cin, senlait un engorgement qui lui avail indiquc, d'uue facon certaine, le mal de Pott veritable, c'esl-a-dire une carie du corps des vertebres : il y avait suppuration.

La jeune Fille resta a 1'hopilal, plusieurs annees; sa sante finit par s'ameliorer et un coin osseux de nouvelle formation put remplir la cavile laissee par les os necroses et les remplacer.

A ce sujet, le docteuv Dubois de Reims, qui avait vu a I'hopitalla jeune fillle, ne craintpas d'ecrire une phrase, veritable heresie chirurgicale : on ue pout remplacer par des os nouveaux, les os deja detruils.

Or. si le doclcur Duboi.s avait eludielcslivres du doctenr Oilier, le celebre chirurgicn de Lyon, rauleur de la chirurgie des os, il saurait qu'on peut dissequer et extraire un os de son enveloppe perioslique qu'il soil sain oumalade et le faire remplacer par un os nouveau.

Le docteur Dubois a voulu prouver quo c'est la Vierge de Lourdes qui a cree le coin osseux qu'on trouva plus lard a 1'autopsie. II savail pourtanl qu'au moment du pelerinage, depuis longlemps la nalure avait mis un os neuf a la place du disparu.

L'asseiiion du docleur Dubois peultromper designorants. II ne pourra jamais emettre une telle assertion devant des medecins qui, lous aujourd'hui sont au courant des phenomenes de la generation osseuse.

Avant de quitter 1'hopital de Nancy, lorsque la malade KG linl debout, on s'apergut qu'ayant eu si longtemps la tete inclinee du memo cote, certains muscles du cou s'etaient retractes el ne permeltaient plus a la lete de se redresser. Pour obvier a cet inconvenienl, le docleur Gross praliqua la seclion de ces muscles et permit ainsi a la tele de la jeune fille de se relever el de faire des

mouvements. Done elle etait bien guerie lorsqu'elle sortit de I'hopital de Nancy, et qu'elle rentra dans sa famille.

Comme un pelerinage s'organisait, la jeune fille voulat aller a Lourdes pour remercier la Viergc de sa guerison. Si elle n'eiit pas etc guerie de son mal, jamais tous les chirurgiens le comprendront elle n'aurait pu aller et venir, redresser la tete en avant et en arriere, la tourner a droite eta gauche, fair e enfin une gymnastique complete, quand, deux ans auparavant, immobile sur son lit, elle poussait d'affreux cris au plus petit mouvement du cou. La possibilite de faire le voyage a Lourdes prouvait done bien sa guerison. Elle etait si bien guerie que personne ne s'occupa d'elle. A Lourdes, elle passa inapercue et elle ne fit constater ni sa maladie, ni sa gu&ison, tellement on pensait peu alors faire intervenir le miracle dans son cas. LedocteurDuboislui-meme n'entreprit d'attribuer la guerison a la Vierge que longtemps apres, a la suite des evenements que nous allons raconter.

II arriva que cette jeune fille, occupee aupres d'une batteuse mecanique laissa son bras se prendre dans un engrenage, les arteres furent coupes et la mort survint avant qu'un medecin ait eu le temps d'intervenir.

Gomme une action en dommages-interets s' etait engagee, la justice ordonna 1'autopsie; c'est alors que Ton constata la guerison des deux vertebres cervicales, au moyen d'un os nouveau. Get os nouveau, on 1'exliiba, on cria au miracle ; on pretendit qu'il s' etait forme a Lourdes.

Mais pour qu'un tel miracle ait eu lieu, il aurait fallu que la malade fut conduite a Lourdes avant de subir le

traitement du docteur Gross et avantde sorlirde 1'hopital completement guerie.

Conclusion. Le cas de Lea Courtaut dont la bossc ne fondit pas dans la piscine ; celui de 1'extraordinaire femmedumedecin; celui de Jeanne Gasteau guerie de sa deviation avant le pelerinage 5 celui de Leonie Chartron, peut-Mre analogue au precedent, ne peuvent etre acceples comme des cures merveilleuses. La jeune fille de Nancy dont on fit 1'autopsie est la seule maladc atteinte du mal de Pott veritable, avec preuve a 1'appui. Or, nous croyons avoir demontre d'une fa^on peremptoire, que ses vertebres cervicales etaient deja reconstituees, lorsqu'elle vint a Lourdes.

Comme on le voit, nous n'avons trouve dans le dossier des maladies de Pottgueries a Lourdes, aucun cas pouvant faire croire a un miracle.

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