‹ La vérité sur Taïti (affaire de La Roncière)Chapitre 3 sur 3 · ACTE DU PROTECTORAT ACCEPTÉ PAR LA FRANCE · texte numérisé non relu

ACTE DU PROTECTORAT ACCEPTÉ PAR LA FRANCE

Art. i*'. — la souveraineté de la reine et son autorité et l'autorité des ehefs sur leurs peuples sont garanties.

Art. 2. — Tous les règlements et lois seront faits au nom delà reine Pomaré, et signés par elle

Où le capitaine de vaisseau de Jouslard a-t-il pris le droit de fouler aux pieds l'autorité de la reine, de se passer de sa signature ?....

Et on a brisé M. de la Roncière pour abus de pouvoir

sans l'avoir entendu I Étrange I

Voilà ce qu'on obtient d'hommes que l'on improvise gouverneurs, et qui ont appris à administrer les colonies, en répétant pendant trente ans de leur vie sur un navire : Lieutenant un tel vous me ferez huit jours d'arrêts forcés.

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LA VÉRITÉ S0B TAÏTI 51

Le Ministre a blâmé M. de la Roncière, donc il faut saccager tout ce qu'a fait M. de la Roncière, sans même s'occuper de ce que cela peut valoir C'est logique militairement parlant!

Disons que M. de la Roncière a eu à Talti même une belle satisfaction. Pendant que M. ()e Jousiard laissait les créatures de la faction Longomazino et Boyer remanier toute l'administration, et se partager les places le prince Alfred d'Angleterre se trouvait sur rade visitant Taïli. Étonné des abus de pouvoir qui se commettaient sous ses yeux, il protesta contre ces façons d'agir, en invitant constamment à sa table M. de la Roncière, le gouverneur sacriâé, en se faisant accompagner par lui dans toutes ses excursions, se bornant à avoir

avec M. ;dc Jousiard les seules relations officielles qu'il ne pouvait éviter.

La corvette américaine Kersmge se trouvait égalemeot dans le port ; tous ses ofDciers ont protesté par une complète abstention contre les choses étranges qui se passaient sous leurs yeux.

En résumé, M. de la Roncière, qui a été brisé sans qu'on ait daigné écouler sa défense, tombe victime de haines administratives et cléricales, et de liaines plus élevées peut-être qu'on n'avoue pas

Pendant cinq ans ce gouverneur a fait la prospérité de Taïti, y a développé l'esprit de progrès et de liberté, s'est constamment dirigé par les avis des colons, et l'opinion du publique qu'il a constamment respectée. Pendant cinq ans, je le répète, il a fait bénir sur ces lointains rivages le nom de l'Empereur et son gouvernement.

Comme récompense, il succombe sous des déaoociatîofls occultes, que Je mets au délî le MÎDistère d'oser publier, il

succombe sous une impure coalition, dont Tenquête qu'il nous faut, que nous réclamerons par toutes les voies, dévoilera les

sources, les moyens, le but Et cette enquête, sous peine

d'être dérisoire, doit être faite à Taïti même, toutes parties en cause présentes, par un juge d'instruction de la magistrature métropolitaine sans attaches, administrative ou militaire.

Je l'ai dit dès le début, depuis plus d'un an le fonctionnarisme do Taïti, inonde l'Amérique de ces factums, traînant dans la boue M. de la Roncière côte à côte avec l'Empereur ; nous dévoilerons dans l'enquête les noms de ces fonctionnaires. Nous prouverons que tousces articles émanent de Boyer, LongomasÎDo et leurs amis.

Un exemple entre tous de ces odieuses accusations dont on a inondé rAmérique :

Advertiser d'Honolulu, 20 août 1868.

« Le gouverneur de Taïti, comte de la Roncière, parait être » un de ces aventuriers dont la vie et les projets se lient » étroitement aux intérêts de Louis-Napoléon, il dépasse

» Bazaine La dernière action de ce gouverneur modèle

» a été d'arrêter le roi de Huahine, une ile située près de )) Taïti, lequel roi était venu visiter la reine Pomaré, et de » lui faire signer un traité favorable à la France >

Quinze jours après, un navire arrivait de Taïti avec des nouvelles sérieuses, et le Courrier d'Honolulu rectifiait l'article de V Advertiser.

€ Encore un canard envolé. L'arrestation du roi de Iluha- » bine est de pure invention. Cette majesté n'est pas même » venue à Taïti^ c'est le commissaire impérial qui Test allé

LA XtMTÈ SUB TAÏTI 53

> trouver chez elle, pour cooclure dos traités réciproques

> d'extradition. »

C'est à l'époqoe de ce voyage quÉ^oyer profita de cette absence pour dénoncer M. de la Rimcière.comme s'étant enfui de l'Ile alors qu'on craignait une révolte de»GI)iuois.

De qui est émanée la note calomnieuse de V Adi'crtiser ? Du sJtur Longomazino, l'ami U plus intime de Doyer et consorts...

L'enquête aura à étudier plusieurs centaines d'articles dans ce genre, qui, â câté de l'Empereur et de M. de la Roncière traînés dans la boue, élèvent sur un piédestal antique Boyer, Longomazino et leurs vertus.

Ah 1 je comprends que l'on m'ait menacé de destitution si je persistais à vouloir parler ces plaintes aux pieds de Sa Majesté l'Empereur, comme envoyé de M. de la Honcière et de la reine de Taïti...

Il faut que justice se fasse, soit contre nous, soit en notre faveur.

Deux mots et j'aurai terminé :

Un officier du à' EnfrecisteauT a adressé aux journaux d'Amérique le récit odieusemenl dénaturé delà condamnation â mort de quatre Chinois d'Atimaouo et de l'exécution de l'un d'eux/

Il y est alTirmé : 1" Que le directeur de la plantation d'Atimaouo, ayant exigé quiitre têtes de M. de la Roncicre et du tribunal criminel, ces quatre lèles ont élé accordées.

2° Que M. de la Roncière, J^ soir même de la condamnation, plaisantait agréablement sur les quatre tôles qui allaient tomber.

3" Que devant une cour d'assises qui se fût respectée, il n'y eût eu qu'un Chinois de condamné.

4" Que grâce au Conseil d'administration qui n'avait pas les

M LA yÉKITÉ SUR TAÏTI

mêmes raisons que M. de la Ronciëre d'être agréable à la plantation, une seule tête au lieu de quatre est tombée.

5^ Que c'est à M. de la Roncière qu'on doit l'établissement de la guillotine à Taïti.

Ces accusations misérables et lâches, contre l'honneur de M. de la Roncière et des magistrats du tribunal criminel» ne soutiennent pas Texamen, et je "m'étonne que cette presse française, si généreuse d'habitude, les ait enregistrées sans songer que les gens attaqués ainsi étaient à six mille lieues de là et ne pouvaient se défendre.

Je ne répondrai pas au scandale par le scandale en dévoilant les motifs de haine de l'auteur de cet article. Je me bornerai à répondre :

Les Chinois ont été régulièrement condamnés après instruction, enquête publique à l'audience composée de sept magistrats et jurés assesseurs, et M. de la Roncière ne s'est pas plus occupé de cette affaire que le préfet d'un département ne s'occupe des assassins traduits en cour d'assises.

— Les Chinois ont été condamnés pour meurtre prémédité, pendant quatre mois, sur plusieurs de leurs compatriotes, qu'ils ont odieusement mutilés et martyrisés. — M. de la Roncière a si peu plaisanté surces tètes qui allaient tomber, que lorsque, comme président du tribunal criminel, j'ai été lui annoncer cette condamnation, comme c'était mon devoir, une émotion extraordinaire s'est emparée de lui, et il prononça ces paroles que j'affirme sur Thonneur m'avoirété adressées : Ohl j'eusse bien désiré, monsieur, qu'une peine capitale n'eût pas été jugée nécessaire par le tribunal criminel sur la fin de mon administration.

C'est toujours avec de pareilles armes que M. de la Roncière a été attaqué.

LA VÉRITÉ SUR TAÏTl 55

La magistrature ne se fait pas l'humble servante des haines d'un parti... On jette la magistrature dans la boue. Ai-je tout dit?... Non. D'abord parce que je ne puis tout dévoiler... à l'enquête ce soin, ensuite parce qu'un volume n'y suffirait pas.

Donc au nom de la justice, une enquête à Taïti.

Si j'ai dit vrai I je n'ai pas à tracer la décision à intervenir.

Si j'ai dit faux.... qu'on fasse de moi ainsi qu'on a fait de M. de la Roncière, qu'on me destitue I...

Louis Jâgolliot,

Juge impérial à TûUi.

Paris, 9 octobre 18C9. Dernières noarelles.

P^ S. — )e reçois à l'instant un volumineux courrier de Taïti. La reine de Taiti m'envoie une protestation énergique destinée à l'Empereur, contre les abus d'autorité de M. de Jousiard. Elle ira à son adresse.

Tous les négociants de Taïti, excepté quatre du parti Boyer- Jouslard, ont protesté également contre le sans-gêne du nouveau commissaire impérial.

Us ont organisé un banquet où assistait tout ce que Taïti compte de recommandable parmi les magistrats, officiers» fonctionnaires et habitants. M. de Jousiard, le nouveau gouverneur, n'a pas été invité ; M. de la Roncière et la reine présidaient. Le président du tribunal de commerce et les juges, le président du Conseil générfii et tous les conseillers, ont acclamé M. de la Roncière, en le remerciant des progrès immenses accomplis sur leur sol par son administration. Enân, M. le lieutenant de vaisseau Girardin, méprisant les haines du parti vainqueur, s'est levé et a porté le toast suivant :

c Je proposede porter un toast à M. le comte de la Roncière.

• Ce toast, je ie porte au nom de nos camarades de la marine }D réunis ici. Je me permettrai de le porter également, comme

> procureur impérial intérimaire, au nom de la magistrature. B Nous vous remercions, Monsieur le commissaire impérial, de 9 la bienveillance et des bontés que vous avez eues pour nous. 9 J'espère que la sincérité et le désintéressement de notre atta- » chôment à votre personne vous feront oublier les ingrats el » les méchants. Quant à nous, commandant, quel que soit le » sort que l'avenir nous réserve à tous, le souvenir du temps

• passé sous votre administration si libérale, si éclairée, res*

> tera dans nos cœurs, comme la page la plus belle de notre » carrière militaire. » Bravo, Messieurs ! Bravo, Monsieur Girardinl c'est quand un gouverneur est tombé, quand on n'a plus de faveurs à espérer de lui, qu'il est beau d'avoir le courage de soa opinion, le courage de la justice I

Cent cinquante ont prolesté ainsi I ! i

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