I.A VÉBITË SUR TaTTI
de l'exploitation, pourrait bien s'opposer à l'exéculion de l'arrêt à la tète de ses Gbinois.... .
Personne n'avait l'intention de bouger, la saisie s'opéra sans conteste et cependant, disons-le, Boyer avait liabilement préparé une révolte possible... N'avait-il pas, contrairement au Gode Napoléon, ordonné la saisie des provisions qui servaient à l'alimentation des Gbinois?.. Dans quel but, dans quel motif, fouler la loi sous les pieds?.. Oira-l-on qu'il ignorait les prescriptions de la loi? Voilà sa condamnation — M. William Stewart est venu en référé devant lui pour faire annuler la saisie des provisions de bouche de ses travailleurs, on lui a mis la loi $otu le$ yeux, et Boyer a refusé de lever la saisie qui frappait sur les aliments. Tout cela est écrit, tout cela est constaté par des pièces. Une enquête, une enquête à Taïti, voilà ce que M. de la Roncière demande à cor et à cris depuis un an. Voilà ce que je demande à mon tour, en son nom.
Écoutez encore :
Le jour de la saisie sur la plantation, l'avocat de William Steward veut se rendre chez son client pour faire par les voies légales opposition rt^gulière à celte saisie.
Boyer apprend cela, il le fait arrêter et éerouer à la pritont
J'ai dit que M. de la Itoncière était absent en ce moment: à son retour, il envoya Boyer à Moréa, petite lie distante de trois heues de Taïti, en attendant la décision du ministère.
Boyer en même temps prenait sa plume et envoyait au ministére une dénonciation contre M. de la Roncière, l'accusant d'avoir quitté Taïti, au moment où on avait à craindre une révolte des Chinois de la plantation.
Il n'y avait jamais eu de révolte à craindre et le coup de tiié&tre de Boyer, ([ui avait tout fait pour que cette révoHeeût
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lieu, était tombé sous le ridicule à Taïti, où il élait facile de juger saii\ement des hommes et des choses.
A Paris cette dénonciation produisît son effet...
Ce qu'il y a de grave dans toutes ces luttes, c'est que M. de la Roncière ne connaissait point les dénonciations dont il était Tobjet... et par conséquent n'y pouvait répondre.
Il est une loi de la hiérardiie administrative française qui veut que nul» quelle que soit sa position, ne puisse correspondre directement avec le ministère... Tout doit passer sous le couvert du gouverneur, afin que si une plainte est portée contre lui, il puisse envoyer ses explications par le même courrier.
Je ne suis pas partisan de celte loi restrictive» mais enfin ceux qui Tout faite doivent être les premiers à l'observer.
Pourquoi a-t-on accueilli les dénonciations Boyer formulées sous le manteau, en dehors de toutes les règles hiérarchiques et administratives I alors que de pareils actes, dans n'importe quelle colonie, entraîneraient le rappel, peut-être même la destitution de leur auteur 1
On dirait en vérité que tout était bon du n)omenl où il s'agissait de frapper M. de la Roncière.
La décision ministérielle, si impatiemment attendue, arrive. . . Elle frappe de stupeur tous ceux qui ont été témoins* des actes que je viens de signaler... M. de la Roncière est brusquement rappelé, et Boyer, maintenu à Taiti, doit reprendre ses fonctions, sous M. de Marigny, successeur du gouverneur tombé.
Le même courrier apportait la nouvelle magistrature nommée par l'Empereur, dont je faisais partie, comme juge impérial présidant le tribunal de première instance.
J'ai déjà raconté mes impressions premières.
Bayer, que M. de la Roncière vient sur sa demande d'autoriser à rentrer à Taïli, ne se sent pas de joie en apprenant qu*il
LA VÉRITÉ sua TAÏTI 43
est maintenu à son poste. Il comprenait trop la valeur des actes qu*il avait commis pour avoir compté d'avance sur ua aussi facile succès.
Enhardi par ce premier résultat, ce qu'il lui faut maintenant, c'est la vengeance. Comme ordonnateur, il est le second du pays, il va bientôt reprendre ses fonctions... c'est plus qu'il n'en faut pour effrayer de pauvres diables, qui tremblent pour leur gagne-pain. Aussi, aidé du sieur Bonnet, médecin de la reine des lies de la Société, il soudoie le sieur Barff, secrétaire interprète particulier de M. de la Roncière, et du directeur des affaires indigènes, afin de se faire remettre par eux copie de toutes les dépêches et papiers secrets du gouverneur et du directeur des affaires indigènes. Ainsi il peut se faire remettre un projet de protestation de la reine non contre la magistrature qu'un vient d'envoyer, mais contre le décret qui la nomme sans sa participation, décret qui, sui* vaut elle du moins, blesserait ses droits de souveraineté réservés par Tacte du protectorat.
Ce projet est écrit en entier de la main du directeur des affaires indigènes, une ligne est corrigée par M« de la Roncière, dit-on : quelle belle occasion de recommencer ses dénonciations secrètes I... il va prouver, à l'aide de cette pièce, que la reine a eu la main forcée, que cette protestation n'est autre chose qu'une œuvre de M. de la Roncière et du directeur des affaires indigènes.
Pour donner plus de force à cette pièce il fait rédiger une déclaration par le sieur Barff, dans laquelle cet interprète prétend que, pour obtenir cette protestation, M. de la Roncière et le directeur des affaires indigènes ont menacé la reine, et que c'est lui qui a traduit ces menaces.
Au comble de la joie, fioyer ne se cache presque plus. Je
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les tiens, dit-il à tous ses amis, je vais faire mettre en disponibilité le directeur des affaires indigènes ; quant à de la Roncière, c'est une seconde condamnation qui lui pend à Toreille. Un autre interprète, le sieur Orsmond, vient d'être frappé d'une peine disciplinaire ; c'est le moment de l'attirer dans le camp ennemi. Boyer lui promet d'arranger son affaire, fait miroiter devant ses yeux une augmentation de solde. Et Orsmond se met lui aussi à faire fabriquer de fausses dénonciations par des chefs indigènes dans l'intérêt de la haine de
Boyer.
Tout cela est écœurant 1
La minute d'un disours que M. de la Roncière n'avait pas encore prononcé est enlevée par Barff dans lemilieu de la nuit; il prend peur, il court la redemander a ses complices, mais on a eu le temps de la copier, et le lendemain, les projets élaborés dans ce discours étaient répandus dans le public, bafoués, ridiculisés par la malveillance, et odieusement dénaturés.
On attendait toujours M. de Marigny qui n'arrivait pas.... Tout à coup on apprend que le nouveau commissaire impérial, au lieu de se diriger sur Taïti, rentrait de Valparaiso, malade, en France. M. de la Roncière est encore à Taïli pour cinq ou six mois ; il va peut-être avoir le temps d'envoyer sa défense, le ministère peut changer. .. ou changer d'avis. Boyer, ne pouvant plus se tenir, imagine alors un complot ayant pour but défaire renvoyer M. de la Roncière en France, comme étant un danger pour la colonie... Le projet eàt facile : beaucoup de gens» qui n'ont plus rien à obtenir du gouverneur tombé, se sont éloignés de lui... il suffit d'obtenir d'adhésion des membres du Conseil d'administration. Le procureur impérial, homme faible, compatriote et ami de Boyer, se laisse gagner... Fournier TÉtang, ordonnateur par intérim remplaçant Boyer
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suspendu, reçoit les communica Lions de son chef... et en présence du même M. Fournier l'Étang, Boyer me fait à moimême des ouvertures pour obtenir mon concours...
Cependant ces projets transpiraient. Un ofllcier sondé sans doute déclarait, presque publiquement, qu'avec quatre matelots il se faisait fort d'arr&ter M. de la Roncicre s'il en recevait Tordre. Un autre oflicier déclarait au lieutenant commandant la gendarmerie, que M. de la Roncière en tournée dans 1 lie venait d'être enlevé par un coup de main. Tous les indigènes ne parlaient que du prochain enlèvement du gouverneur. M.'de la Roncière apprend tous ces faits à Papeuriri où il se trouvait, il rentre inopinément, il fait arrêter le sieur Boyer, et le procureur impérial Holozet. Ne voulant pas les faire juger pour ce projet de complot, et pour le trouble occasionné par eux à Taïti, il fait faire une enquête non pas judiciaire, comme on Ta prétendu, mais purement administrative, destinée à être envoyée au Ministre avec les délinquants. En droit, c'était dans ses attributions de gouverneur.
En fait, c'était justice.
Au cours de l'enquête les soustractions de pièces accomplies par Boyer, avec Taide du médecin Bonnet et des interprètes Barffet Orsmond, se dévoilèrent. Et Boyer, Bonnet et Baril furent pour ces faits traduits en police correctionnelle, et condamnés, par le tribunal présidé par M. le lieutenantjuge. Roques, Boyer, à deux années d'emprisonnement, 300 francs d'amende, et cinq ans d'interdiction de service administratif ;
Bonnet, le médecin, à six mois de prison;
Baril, à six mois de la même peine.
Le lendemain, le sieur Bonnet, reconnaissant la justice du
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jQgement qui Tavait frappé par acte déposé au greffe, déclarait renoncer à l'appel.
Ce coup fut rude pour Boyer, on le conçoit. Bonnet n'avait été que Tagent, que l'instrument des haines de cet homme.
Séance tenante, Boyer et Barff firent appel.
Barff vint réclamer l'indulgence du tribunal supérieur, expliquant qu'il n'avait cédé aux demandes de Boyer, que pour sauver son gagne-pain.
Boyer, comme en première instance, du reste, fut scandaleusement insultant pour la magistrature et le commissaire impérial. A un moment donné, le procureur impérial, outragé par lui, fut obligé de le menacer d'user à son égard des rigueurs de la loi.
Une phrase de la plaidoirie de Boyer, qui se défendit luimême, prouve combien cet homme se croyait soutenu. — Oui, s'est-il écrié, je les possède, ces pièces scandaleuses et tramées dans l'ombre, et je les porterai moi-môme à Son Exc^lence le Ministre de la marine.
Le tribunal supérieur présidé par M. Guillasse, ancien juge impérial, réduisit la peine de Boyer à un an de prison, cent francs d'amende et maintint l'interdiction de services administratifs.
La peine du sieur Barff fut réduite à trois mois.
Pour éviter à Boyer la douleur de subir sa peine dans une ville où il avait été ordonnateur^ M. de la Boncière ordonna qu'il serait envoyé en France, et il fut embarqué sur le navire le Chevert, commandé par M. Garderin, accompagné d'un gendarme qui devait le remettre entre les mains du procureur impérial de la première ville de France où l'on toucherait.
Chose extraordinaire, et qui prouve jusqu'à quel point
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l'esprit d'insubordination s'était développé à Taiti le sieur
Garderin qui commandait le Chevert^ à une lieue de Taiti, sous le prétexte spécieux que ses papiers n'étaient pas en règle» déposa le gendarme dans une barque et continua sa route.
Je m'abstiens déqualifier une pareille conduite... Jusqu'à présent j'avais cru que les militaires devaient obéissance à leurs chefs. . il parait qu'il est dant la marine des accommodements; de pareils faits conduisent ordinairement au conseil de^uerre ; ce refus d'obéissance attirerait des louanges au sieur Garderin , que je n'en serais pas étonné.
MM. Boyer et Holozet sont donc expédiés en France. Queva-t-il arriver? Une enquête administrative a été faite, un jugement et un arrêt ont été rendus
Le gouverneur a usé des pouvoirs qu'on lui a donnés i
La justice, toutes partes grandes ouvertes, a solennellement prononcé.
Cela valait peut-être la peine d'être examiné.
Eh bien 1 non, on n'examinera pas !
MM. Boyer et Holozet trouvent le moyen par San-Francisco d'envoyer une dépêche télégraphique au Ministre de la marine, et, sans avoir reçu aucunes pièces, sans connaître rien de ce qui s'est passée le Ministre répond par une dépêche télégraphique envoyée au consul général de France à San-Francisco : -— Retenez à leur passage MM. Boyer et Holozet^ et renvoyez4es à Tahiti. Ainsi, les actes de la justice sont blâmés avant môine qu'on les connaisse. Le gouverneur est de nouveau condamné sans qu'on connaisse le premier mot de l'affaire... •*
Voyez-vous bien ce condamné, se plaignant par dépêche
télégraphique et recevant gain de cause, contre l'autorité,
contre la justice, par dépêche télégraphique également, et sans qu'on sache ce qui est arrivé I.....
. Quelle preuve plus convaincante du parti pris... de i acharnement avec lequel on poursuivait la chute de M. de la Roncière?
Un homme est condamné en première instance et en appel... il lui suffit d'une dépêche télégraphique pour revenir à Taiti reprendre ses fonctions et bafouer ses juges.
Eh bien i pour être conséquent maintenant, il faut mettre en jugement les magistrats qui l'ont condamné i
Ah t vous pouvez vous vanter d'avoir fait de belles choses à Taïtil Vous y avez ruiné à jamais le principe d'autorité... Vous avez montré à chacun, aux colons étrangers comme aux français, comme aux indigènes, comment, avec un peu d'habileté, on peut ruiner le gouverneur le mieux intentionné, celui qui a fait le plus de bien au pays. Vous avez donné une
prime à la délation cachée, avec refus d'obéissance Vous
avez affaibli le prestige de la France en Océanie
Soyez sans crainte» les luttes ne sont pas Tmies Il y a
aujourd'hui à Taiti un parti tombé, celui qui désirait sincèrement le bien du pays, le progrès par le développement de
l'activité individuelle, et de la liberté Et tous ceux qui
n'ont aucun intérêt dans le pays, tous \ês esprits brouillons qui, en quête d'une position, s'étaient faits les soutiens de l'ordonnateur, sont aujourd'hui au pouvoir... Attendez la fin.
Vous avez remplacé M. de la Roncière par M. de Jousiard, une capacité par une nullité, et M. de Jousiard s'est dit: M. de la Roncière est tombé, donc tous ses amis doivent tomber avec lui....
Et, chose incroyable, moins de quatre jours après son arrivée, — M. de Jousiard, entouré par la faction Boyer, brisait, de son autorité privée, le Conseil général institué par M. de la Roncière et la reine.
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En vain la reine de Taïtl lui dit : Vous n'êtes ici que commissaire impérial près de moi, tous n'avez le droit de riea faire sans ma signature et ma volonté -, ces droits me sont formeilement réservés par l'acte du protectorat.
Eh bieul signez, répond le gouverneur. — Je ne signerai jamais, répond la reine, je veux le maintien de ce Conseil général qui est encore plus mftn œuvre que celle de U. de lo Roncière. — Oiil vous ne voulezpas signer, répond M. de Jouslard, ehbienl nous nous passenms de votre ûgnature. Et il s'en est passé.
Ce fait est monstreux.
C'est la première fois depuis plus de trente aus, qw la reine de Taîti a demandé à être protégée par la France; c'est la première tois, dis-je, qu'on s'est moqué de la signature de ta reine, qu'on s'est passé de son autorisation.
On ne respecte plus même l'apparence de la légalité
Ce n'est pas tout.
La reine a un fonctionnaire spécial attaché à sa personne,
qui est le directeur des affaires indigènes C'est elle qui
le choisit avec l'agrémeut du commissaire impérial quaod c'est un officier.
Le sieur Parayon, lieutenant de vaisseau, voulait cette place ; depuis plus de quatre ans il dirigeait ses batteries de oe cAté; il se présente avec son titre auprès de M. de Jouslard. — Son titre, quel est-il? le voici : le sieur Parayon doit tout à M. de la Roncière, son commandement du vaisseau l'Euryale, sa décoration Familier constamment protégé de l'hâtel du gouvernement, le jour où on apprend le rappel de M. de la Roncière, il se range dans le camp de Boyer, n'ayant plus rien à obtenir de son vieux protecteur.—.
Ëtpourquoi cette manœuvre, pourquoi cette ingratilude
Il s'est fait son nid à Taïti, son nid dans lequel il n'est point solitaire ; à tout prix il ne veut point quitter l'ile et Cependant il va être forcé de rentrer. C'est le moment d'abandonner son vieil ami de cinq ans, pour se retourner du côté de ceux qui triomphent. C'est le dernier coup de pied
Voilà son titre à la place de directeur des affaires indigènes. De Jouslard brise le titulaire, Te renvoie en France, et impose le lieutenant Parayon à la reine qui refuse énergiquement de le nommer. Nous nous passerons de votre nominatio^, répond le gouverneur, et Parayon est installé comme directeur des affaires de la reine, malgré la reine.
On n'a pas même eu la pudeur d'attendre le départ de M* de la Roncière, pour briser toute son administration sous ses yeux et imposer à la reine des hommes dont elle ne voulait pas et pour cause