‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 18 sur 88 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

La scène se passe à Port-Reyal de Paris. D' Andilly , pendant l'entr'acte, a obtenu de Madame de Sablé quelques visites dans le désert. Sans doute là il lui a mieux expliqué son énigme, et il vient à Paris ^ à son tour, probablement pour en deviser encore. Mais par un reste de bou-

* Ce n*aorait pas été la première fois que les iDdiscrétîons des médecins eussent 6furé dans lliistotre du Jansénisme. (Voir Menu de Lanedat^ X» i, p. 250.) — D'ailleurs les membres de la docte Taculté devaient peu goûter en général les principes de Técole deSaint-Cyran, car ceTui-d prétendait pour ee qui les concernait en particulier : cQu*il nefalloit pas 'qu'on eût d'attache « aux médecines, parœquUl n'y a que Dieu qui rende nos corps tfAvifi et ma- 6 lades. > (IbiiL, t. ix, p. 321.) Voir dans tout le chapitre d'où est prise cette citation jusqu'où o liait le mépris de Saint-Cyran en fait de médecine, et son fatalisme en matière de santé.

2 Ces allées et venues se faisaient d'ailleurs fort commodément pour d' Andilly, qui avait conserré son carrosse à Port-Royal -des-Champs. fMAn. d€ta BL Angélique, t« u, p. 31.)

202 ROBERT ARNAULD D'AIfOUXT.

derie ou par un commencement de caprice, Madame de Sablé est à la campagne. Elle envoie à d- Andilly ce charmant billet de quatre lignes :

« Si le goust de Paris vous reprend et que celuy de la « campagne me dure, souvenez-vous des visites que je « vous ay laites dans le désert, pour me les rendre dans ma c( solitude. »

D' Andilly répond :

« Puisque j'ay tant aimé le dézert lorsque vous n'ai- (( miez point encore la campagne, comment pourrois-je « aimer Paris lorsque vous n'aimez plus la ville? Il fau- « droit estre bien aveugle pour 3e rengager dans l'affec- « tion du siècle quand vous commencez d'en concevoir du (( mespris, et bien malheureux pour n'estimer pas plus que « jamais le bonheur de la solitude lorsqu'il me devient « commun avec vous. »

Par un raffinement de coquetterie, ou avec une intention d'épreuve, Madame de Sablé, au lieu de répondre à ce galant billet par son retour, en renvoie un nouveau par ce qu'elle nomme un petit messager.

« 4' mai 1600. Appeliez- vous donc cela un petit mes- « sager?, Quant à moy je le nomme une grande femme, « belle, jeune, de fort belle tailla et de beaucoup d'es- « grit. Sur quoy je vous pourrois dire une vérité touchant u sa ressemblance ; niaîa cela seroit trop galand, et vous d sçavez qu'il ne ni'appartîent pas de me mesler de gaie lanterie. En vérité, je meurs de peur que yous ne re- « veniez pas avantque je parte; car croyez-vous donc que « je n'ayé pas mille choses à yous dire ? Et vous les puisce je dire tous les jours ? Je croy en demeurer encore icy « dix ou douze ; et seroit-il bien possible que vous eus- « siez à faire pour si long^mps à la campagne ? Quand

CHA^. II, ÇBPT. P, iHT. U, $ VI. 203

« cela serok, né vous le persuadez pas» je vous prie ; « trompez-vous vous-même pqur Tamour de moy, et je «vous promets en récofnpense de ne vous tromper «jamais. »

Cela, comme on le voit, tourne fort au tendre. Aussi

ELMI9E tousse,

Quoi I îous voulez aller ^vec cette vitesse, Et d'uo cœur \ovlX 4'abord épujser la tenclresse ? On se tue à vous faire un aveu des plus doux : Cependant ce n'est pas encore assez pour vous * !

Madame de Sablé est fortement enrhumée. D'Andilly a des remèdes souverains pour les rhumes. C'est Paris qui les donne ; la solitude les guérit. Le remède qu'il offre lui, ce n*est pas le jus de réglisse ; c'est la solitude.

« 26 juillet 1661. En vérité c'est une chose cruelle « que la fin d'un si grand rbupae n'çiit esté que le com- « mencement d'un' autre. Que si l'air de cette solitude c( vous estoit aussi propre qu'à moy, vous n'auriez qu'à a y venir pour sortir de cette peine, pifisque je n'y arrive « pas plustost quq j'y récouvrp la voii: que Paris, de sa a grâce, ne manque pqint de me f^fe perdre ; et qu'ainsi a je ne dois pas y ^ppr.éhender le^ rhupes ^. »

1 Act. iT, se V.

> Si ce n*é(aU une profanation de rapprochei' une farce joyeuse de la eanédie par eieellence, aux souvenSn de Tartuffe nova poiirrions mêler ceux de Laarille.»-M8is pourquoi pas ? le sac de Scopin ne traUie-t-il point derrière le Misanthrope l~- Donc nous supposerons que d*Andilly nous renvoie à Laxarille; et wnu dafutnderans àX^taritU. — Laiarille est cet eioeDeDt chevalier de Sévifpié, soltoire de Port-Royal, dont nous aurons pins tard occasion de parler (ong oement. 'Il écrit du désert à madame de Sablé : c Le commandement que vous me faites» Madame, m'est si « avantageux que je n*ay garde de vous désobéir. Je sais persuadé que le « contentement de Tcsprit a beaucoup contribué i me redonner la santé. a Mais je le suis encore plus que c'est Dieu uniquement qui en çst Taùteur { « car il ne peut rien refuser aux saintes qui hahHent ce désert; et pour en

20& ROBERT ARNAULD D'ANDULY.

Vous toussez fort, Madame.

ELliIRE.

Oui, Je suis au supplice.

TARTUFFE

Vous plalt-U un morceau de ce Jus de réglisse?

£LMInE.

C'est un rhume obstiné, sans doute; et je vois bien Que tous les jus du monde ici ne feront rien.

TARTUFFE

Gela certe est fâcheux.

ELMIREé '

Oui,. plus qu'on ne peut dire.

TARTUFFE

Enfin, votre scrupule .est facile à détruire. Vous êtes assurée ici d'un plein secret, Et le mat n'est jamais que dans l'éclat qu'on fait. Le scandale du monde est ce qui fait roflTense ; Et ce n'est pas pécher que pécher en silence *.

Elrnire tousse plus fort. —Ce que ne comporte point la scène, on ne le met pas ordinairement dans une lettre, à moins de recourir au chilfre effronté de Dom Gervaise K Et sans doute le lecteur ne se montrera pas plus exigeant qn'Orgon. Il ne voudra pas

« revenir aux causes secondes, assurément Pair d'icy est bon aux personnes « d*ftge. Depuis que j*y stti>, j*aj toasjoars fait mes deux repas avec bon « appétit, et comme M. VaUant Pa profétisé, jerhante tous les jours à l'oOke, « comme si je n'avols point eu mal à la poitrine. Voicy une lettre de la « M, Agnès. Pour la mère abbesse, elle m'a prié de tous assurer de ses « très humbles respects et quMI n'y a riea qu'elfe ne 6st pour tous procurer « quelque sonlagemenL— Je ne manqueray jamais, Madame, d'avoir tout « le respect que je vous dois par tant de Utres, quoy que je ne sois qu'un « vers de terre. » (Portereuille de Vallant, paquet 8% n« 2, pièce Jl.)

* AcL IV, se V.

2 Mém. de Saint-Simon, u iv, p, 30;

CHAP. n« SBGT. n, ART. U, $ VI. 205

Attendre josqii'aa bout pour YOir les dioses sAres, Et ne se point fier au simples conjectores K

D'ailleurs, s'il y mettait de l'insistance^ nous le ren* verrions à Tallemant, qui écrivait ses Historiettes précisément à l'époque où avait lieu la correspondance de Rancé et de d'AndiDy [1667-1659]. On y lit^ : « M. d' Anc( dUly perdit sa femme qu'il étoit encore vigoureux. « D'ailleurs c'est le plus ardent et le plus brusque des « humains. Je vous laisse à penser s'il n' étoit pas incomc( mode.... Je ne sais si c'est pour se conâoler de son « veuvage, mais il alloit voir des femmes, et les baisoit « et embrassoit charitablement un gros quart d'heure. a Je ne saurois comment appeler cela; mais, si c'est dé- « votion, c'est une dévotion qui aime fort les belles périt sonnes ^, car je n'ai point ouï dire qu'il baisât comme « cela que celles qui sont jolies, Il querella xme fois la « présidente Perrot, de ce qu'elle s' étoit retirée après « quelques baisers, et jufa. qu'il ne la traiteroit plus (c ainsi, si elle ne prenoit cela comme elle le devoit. »

Certes, si Rancé était sous le tapis, il ne lui en fallait pas tant pour être convamcu. — Y était-il? — A coup sûr Elmire ne l'y avait pas introduit. Mais plusieurs personnes qui en connaissaient Te revers avaient pulç mettre dans leur confidence. —Et d'abord Tallemant, qui fût commensal de Retz jusqu'en Italie*, bel esprit de l'hôtel Rambouillet à Paris S et Toisin de campagne dé Rancé

1 ÂcU ir, se VI. ' .

* T. II, p. 314.

s « Noos faisions la guerre au bonhomme d'Andilly, qull avoit plu» ■ d*enTie de sauver une âme qui étoit dans un beau corps qu'une autre. > (htitrt <U madone de SévigrOi du 19 août 1676.)

^ 11. de Monmerqué, Notice iur Tallemant, t ▼!> p. xix.

^ Ikid*f p. XXII.

208 ROBERT ARNAULD D'ANDIEXT.

« ni comprendre que des gens qui vouloient passer pour <( être entièrement détachez de toutes les choses d*ici- (( bas, fussent capables de faire paroltre un sentiment (( aussi intéressé que celui-là.. »

Mais j'ai quelque autre chose encor qui m'inquiète.

Cette cassette-là me trouble entièremeot; Plus que le reste encore elle me désespère.

CLÊANTE.

Cette cassette est donc un important mystère t ?

Hélas ! elle contient toutes lettres que dans la ferveur de sa confiance, que dans l'embarras de ses méfiances Rancé a écrites à tout le parti janséniste. Celles qu'il a adressées à d' Andilly s'y trouvent 2. Ces terribles lettres sont Fépée dé Bàmoclès, qui le menace jusque dans sa retraite. Au moyen de ces lettres on peut le mettre en contradiction avec lui-même, le signaler à la cour comme un Janséniste déterminé, c'est à dire comme un conspirateur.

Le grand Amauld écrit i « Il [l'abbé de Rancé] a té- « moigné, par quelques lettres que l'on a encore, que

ïiaulcl et de tout le parti -étail non de demander le revenu des bénéfices, mais les bénéfices mêmes. (Œuvres <V Amauld, X» i, p. 24» et plus bas ekap, lu, secU i, arU i ; jUV Appendice, note K.)

^ AcU V, se. I.

2 Cei lettres n^étaient pas seulement conservées en original ; maïs on en multipliait les copies pour quelques adeptes jftriyiléisiés. M. Sainte-Beuve se trouve en possession de copies semblables qui reproduisent quiuie lettres de Rancé à mademoiselle la comtesse de Vertus ou à Hecquet, médecin de cdie-ci. Ces lettres, toutes inédites, sont datées du iO novembre 1682, da 38 octobre 1688, du 28 mars, du 21 çctobre et' du 80 novend>re 1685, dn 4 avril, du 16 mai, du 27 septembre et du 80 décembre 1686, dn 20 mai, du 29 août 1687, du 22 avril 1688, du 28 mal et du h novembre 1692; enfin une de ces lettres est sans date.

CHAP. IT, SECT. n, A1\T. II, § TF. 20d

«quoiquMl crût qir'on devoit signer par soumission, il « ne condamnoit pas ceux qui étoient d'un sentiment «contraire. Pourquoi donc n*a-t-îl dit que le premier, « et qu'il a tu le second dans cette lettre au maréchal de « Bellefonds? On 1& voit assez, et on voudroit bien ne le « pas voir ^ »

Larrière, dans la vie d'Amauld : « Si M. Arnauld « n'avoit consulté que ses intérêts et ceux de ses amis, il « auroit pu forcer Fabbé de Rancé à s'expliquer avec plus ode générosité,, en mettant sous les yeux du public les « lettres dans lesquelles on voybit Testime dont il étoit n rempli pour ces mêmei^ personnes dont il paroissoit «rougir ^ »

Marcel, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, écrit à Rancé lui-même, le 26 janvier 1696 : « Je ne traiterai fi plus avec vous. Monsieur mon très cher Père, le cha- « pitre de ces quatre lignes [sur la^notl d'Amauld] qui

« font tant de bruit 4' espère qu'on n'y pensera plus,

« et je le souhaite de tout mon cœur. Je vous en dis au- « tant de la lettre à M. le maréchal de Bellefons, la- « quelle on prit le parti de ne point relever ; et vous vous a souviendrez bien que ce fut par ménagement pour vous, « et pour l'œuvre de Dieu qui est entre vos mains. Ce « fut aussi ce qui mé fit supprimer, de concert ^vec « madame de Longueville. . . . , celleque j'avois reçue de « vous quinze jours auparavant, sur le même sujet, nirais « d'un style et d*un ton différent ^ »

Enfin le comte de Charmel, l'un des meilleurs amis de Tabbé de la Trappe, lui avait écrit le 1" janvier 1695 :

^ Œuvre» dudoct, Arnauld, t. ir, p. 123, leU. cccxLyii, do 9 jahv. iG82. ' Larrière, Vie d^ Arnauld, U ix, p. 62. ' Lettre dé Le Sain de Tillem.f p. 139.

210 ROBERT ARNA13LD D'ANDIUV.

« Vous savez, mon révérend Père, que la pluspart de « ceux qui sont offensés méritent que vous les ménagiez ; « car c'est ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise, et qui a conserve plus de respect pour vous et pour votre œu- « vre. Ils sont fort surpris du peu de justice que vous « rendez à M. Amauld, malgré celle qu'il vous' a toujours « rendue et dans ses discours et dans ses livres ^ et vous c( me permettrez de vous dire sincèrement que votre « sentiment est condanné de tout le monde. On l'attritt bue à la politique. Ce qu'il y a de fàçl)eux, c'est que a le remède est dilTicSe ; car, scripta manent ^. »

Eh I sans doute le» écrits restent, et il ne se trouve pas toujours à pomt nommé un exempt chargé de faire respecter le contenu des cassettes, et qui puisse dire à Rancé : •

Remettez-vous, Monsieur, d'ahe alarme si chaade ; Noos Yifons sôus an prioce ennemii de la fraude. Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Et qne ne peut U-omper tout l'airt des imposteurs \

Les perplexités d'Orgon ne durent que quelques instants : celles de Rancé se prolongent jusqu'à sa mort.

fit msdntenant que le rideau est toitabé, revenons à l'histoire; — Celle-ci admet-elle, dans toutes ses données, le parallèle que s'est permis notre fantaisie entre Vun des héros de Port-Royal et l'un des personnages de Mo-

^ Voir cn'effet Y Apologie pour les Catholiifu^, t. xit^ p. 2S1-S80^ où le grand Arnauld fait en mUme temps celle de Rancé et, chose éU'ange, celle des Jésuites.

2 Lettre de Le Nain de TiÛem., p. 42Î>.

* Acl. T, se; Tir.

CHAP. n, SEGT. n^ ART. 11^ § Vf. 211

Hère? — Hâtons-nous de le dire, elle ne l'admet qu'en paitie. — Quelque exactes que soient nos citations, elles ne peuvent être complètes. Quelque formel que soit Tallemant, on peut en appeler d'un satirique. — Les lettres que nous avons laissé dormir dans le portefeuille de ma^ dame de SaUé ne sauraient, pour la plupart, venir d'un hypocrite ; et le dévot si gaillard dont parle Des Réaux avait soixante-dix ans au moment où écrivait ce cynique. -- Le correspondant de madame de Sablé lui dit bien [26 janvier 1660] : « lia santé est- telle que je ne sçaurois « comprendre de quelle sorte cela peut estre. Il ftiut que « je fasse réflexion pour m' aviser que j'ay plus de trentece cinq ans , quoyqu'il> se soit passé un pareil nombre a d'années depuis que j'estois à cet ftge. » Pure vanterie de vieillard. — Et puis d'ailleurs madame de Sablé, quoiqu'eUe dérobe jusqu'à six ans à son extrait de baptême ^ n'en touche pas moins à la cinquantaine^. Tallemant, il est vrai, la peint dans son langage, qui peut être véri* dique sans être choisi, comme une grosse dondon fort bien portante '. Mais il ajoute que, si elle est toujours au lit, 0 elle y est faite comme quatre œufs, et que le lit est « propre comme la dame. » D'Ândilly avait été d'une cour trop bien informée, et dans Port-Royal il apparte^ nait par Sacy, son neveu, à une famille trop biblique *, pour ignorer que madame de Sablé n'était pas une Su* sanne; et d'ailleurs, d'après ce que dit Tallemant du lit de cette dame, il parait que ses amis,- même septuagénaires, n'avsûent jamais eu de chance pour la voir au bain.

> Hbtorieties, L n, p. 335.

2 IHd,, U D, p. 820, n.'!. -

* Ibid., L II, p. 337.

* Tottlle monde sait que la Bible de Porl-Royal a eu Sacy pour iradncleur.

Cette circonstance seule ne serait-elle pas assez atténuante pour transformer en acquittement le verdict de rhistoire ? — Oui, certes, à noti-e avis. — Mais le verdict prononcé» nous ne pensons pas qu'aucun juré voulût prendre d' Andilly pour directeur de sa conscience, surtout si ce juré contrit projetait de se retirer à la Trappe.

Cette conclusion est la seule que nous voulons tirer de notre drame. Jointe à l'explication que ce drame suggère également de l'embarras, de Rancé vis-à-vis du parti janséniste, eUe contient, selon nous, la clef de cette double énigme que nous avions à cœur de résoudre.

Et maintenant la vie de Rancé converti se révèle à nous sans lacune et sans obscurité. — Les trois années qui seules en offraient s'écoulent tout entières sous la direction immédiate de Port-Royal, dont l'interprète est un vieillard léger^ caqueteur (il le dit lui-même) , et de plus assez galant (sa correspondance prouve au moins cela). Rancé finit par s'en apercevoir, et d'Andilly, qui s'est vti frustré de l'éducation de Louis XIV, qui est sur le point de perdre la direction de Fabert, perd en attendant la confiance du célèbre réformateur de la Trappe. — Aux mécomptes que lui ont ménagés Mazarins et Péréfixe, le P.- Adam et les Jésuites, il faut en ajouter un nouveau que lui valent ses propres imprudences et très probablement celles de madame de Sablé.

ARTICLE III

D'Andilly exilé de la solitude.

Cependant la dictature de d'Andilly à Port-Royal n'a pas encore reçu tous ses échecs. Le plus cruel de tous,

CHAP. il, SKCT. II, ART. lU. 218

celui qui la termine, est sur le point de l'atteindre [1664]. Péréfixe, ce rival heureux de Robert à la cour, est devenu son rival jusque dans sa retraite. Péréfixe est archevêque de Paris, (Où ne conduit pas l'éducation d'un prince?) A peine investi de sa nouvelle dignité ^ il entreprend de soustraire les deux Port-Royal à l'influence du Jansénisme et de la famille Arnauld ^. Le jeudi 10 juillet 1664 la fille def d'Andilly, Angélique de Saint-Jean, adresse de Port-Hoyal de Paris, où elle résidé, à Port- Royal des Champs, où vivait son père, cette lettre alarmante : tt L'heure du combat 'est si proche' que ne poua vant sçavoir si nous en sortirons en vie, nous vous a conjurons de nous vouloir' dopner la consolation de « vous voir avant notre mort, — ^ Je ne -crois pas qu'il y tt ait d'hyperbole à donner ce nom &u traitement dont on « nous menace, et je puis assurer au contraire que la mort « nous parottroit une grâce et tine grande délivrance si c on nous y condamnoit plutôt qu'à tout, ce qu'on nous a prépare. Nous aurions la consolatioii d'aller paroltre « devant un juge dont on peut espérer la miséricorde, « quelque misérable qu'on puisse être et quelques en-

^ Péréfixe^ nommé le 80 juillet 1662, ne reçut ses bulles que le 34 mars 4664* {GaiL Christ, t»Tu, ooL 481.}-^ Cf. Œuvres du doct, Ar- «m/^ HisU du f ommi., part. n% t xxy, p» 160; Hisi, des Perséeut, , p. 206.)

2 Voir TiKff. ae< Perj^raf.^ p. 206-510.

' On mois avant celte lettre, le 10 juin, la M. Angélique de Saint-Jean arait engagé un premier combat contre l'autorité' de son archevêque, Hardouin de Péréfixe; et déjà à la suite de cet tssai de ses forces die s*éeriait : « Nous nous sommes veues presqu*à la veille de notre mort..» (Iftff. des Perséeut, p. 237.) Après avoir survécu une première fois à ses teneurs, Angélique aurait pu, ce nous semble, paraître un peu moins alarmée. U est vrai que les lettres de d*Andilly n*étaicnt point propres à rassurer sa fille. U lui avaiè répondu le 18 juin : » Nous ne nous revcrrons peut-être jamais en cette vie. > [Ibid,f p. 253.)

!2U ROBERT ARNAULD D*ANDIU¥.

a nemis qu'on puisse avoir, pourvu qu'on ait la vérité «pour amie, et quelle prenne notre défense; ce que (( nous espérerions plus que jamais en cette précieuse a occasion, où l'amour quenbus 1\4 portons nous attire « la haine du monde. C'est donc fait' de nous, si Dieu tt laisse agir les hommes, comme ils ont la volonté- et la « résolution de faire. Celui qui a été choisi pour ministre ce de l'exécution de l'arrêt de Dieu [l'archevêque] doit n venir samedi in timoré et tremore magnitudinis bra- « chii mi. On en tremble déjà par avance. Mais grâces à n Dieu on n'en est' pas ébranlé, et on a le cœur aussi « fenne que le doit être celui d'un chrétien, qui ne eraint u que le péché et l'étang de feu et de soufre, où seront (( précipités les timides et tous 'Ceux qui aiment ou qui <( font le mensonge, pour quelque considération que ce « soit. — Toutei^ sortes de raisons rendent votre présence « absolument nécessaire dans cette rencontre, et je suis « députée pous voua supplier très humblement de ne « nous la pas refuser j>6ur samedi {12 juillet], de bon « matin. ' »

Mais l'intervention de l'évoque de Meaux, prédécesseur de Bossuet ^, suspendit l'orage annoncé pour le

i Leclerc, Vie idif. de P. A., 1. 1, p. 814*

2 Bossuet lui-mèmea nUm simple abbé, esiaya, mais vainement, de s'ioterposer dans les affaires de Port-R<oral. • M. dé Paris, écrit la M. Aoféliqae a de Sainte-Thérèse Amauld d'AndiUy [septembre 1664], noot dit, à a la M. Affnès et à moi : Je vovs prie, Toyez M. l'abbé Bossuet $ c'est on r homme sçavant, et le plus doux du monde. 11 est comme il vous faat, car f il n'est d'aucun parti* La mère [Agnès] répondit : Monseigneur, nous c'&souterons qui il vous plaira, mais nous ne pouvons avoir conflanoeà

iine personne que nous ne connaissons point.;. M. l'abbé Bossuet vint

nous voir ce même jour. C'est assurément une personne savante, qui ne 'emporte point; mais il est néanmoins plus embarrassant qu'un autre;

car il semble qu'il veuille surprendre les peraomiest U iious fit beaQOOop

Page 1