‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 19 sur 88 · CHAP. U5 SECT. II9 ART. UI · texte numérisé non relu

CHAP. U5 SECT. II9 ART. UI

12 juillet ^ — Cinq semaines après seulement [26 août 16dA] un.grand bruit de carrosses et d'hommes d* armes se fit entendre autour de Port-Royal de Paris \ Le lieutenant civil, le chevalier du guet, le prévôt de Flsle, quatre commissaires en robe, vingt exempts et quatrevingts archers ' envahissaient les cours intérieures, se saisissaient des portes, et posaient des corps de garde à toutes les avenues. Alors, des carrosses on vit descendre douze ecclésiastiques (quels apôtres I s'écrie Tun des historiens jansénistes de cette scène *) , et, après eux, Hardouin de Péréfixe en éôstume archlépiâcopal, précédé de la croix ^» Un vieillard se tenah debout sur le seuil de l'Église, se redressant dans sa haute taiUe, sous ses cheveux blancs. Il n'avait pas revu Péréfixe depuis le jour où il avait laissé celui-ci triomphant & la cour ^^ Les deux rivaux se mesurèrent des yeux, et se reconnurent.

I de visitet, et de tiès grandi disc^un dont 11 m*est Impossible de me « ressouTenir, paroeque rien de ce qu'il nous dit ne flt impression sur t mon esprit, quoiqu'il m*enibarras8Ât assez souvent. Mais comme je m^en

• défioifl, J'élois toi^ours sur mA gardes avec lui. > (Acteê, Uttres^ rttaU, 1. 1» n* 4« p* 32. — Cf. p. 38, 42, 60.) Port-Royal ne savait pas encore ee que valait Bossuet Plus lard « M! 4I& Sacy n'a ^lus osé écrire contre M« de

• Jorieu, depuis qu'il a vu M. de Meanx aux mains avec lui, ne voulant pas

• donner d'ombrage h ce prélaL t (Racine, Fragmenté sur P. R,^ OEunrMf U VT, p. 295.)

t D. Glémencct, Hist de P. R., t. iv, p. 3*75 ; Hist, des PersécuUt p* 270. Cet évéque était le frère de la M.' abbessc de Port-Royal, Magdeleine de Sainte^Agnès de Ligny.

2 HiêUde» Peraéeut, p. SOU); Mém, ded*AndUty, part. 11, p. 149 ; Mém, de Du Fossé, p. 245; D. Clémencet, Hist, de P. A., t. iv, p. hhh ; D. Gerberon, Hist, duJansén,, t m, p. 127, etc. ^

3 D'Andilly, Mém., part. 11, p. 150; Racine, Hist, de P. R,, p. 312; Bist» des Persécut,, p. JOl, et Du Fossé, Mém,, p. 246, portent le nombre des arcbers & deux cents.

A D. Clémencet, Hist, de P, R,, t. iv, p. 447.

ft Hist. des Persécut,^ p. 801.

^ Mévu dJb d'XndiUy^ part* 11, p. 150.

2 1 6 ROBERT /VRN AIJLD D^AMUILLY.

Ils se retrouvaient sur un dernier champ de bataille. D' Andilly marcha droit à Péréfixe ^ : « Je suis bien mal- (( heureux, Monsieur,' lui dit-il, d* avoir vécu jusqu*à « soixante et seize ans pour voir ce que je vois au- (( jourd'hui I » L* archevêque paraissait hésitant et surpris^. « Il y à là , continuait le vieillard en désignant « le cloître, il y a là ma sœur et trois de mes filles; que (( du moins je puisse les recueillir chez moiàPomponne. » * — « Cela ne se peut, lui dit le prélat, la résolution est (t prise '. » — Et tout le cortège entra dans le sanctuaire. Bientôt, sur un ordre de l'archevêque, les portes intérieures s'ouvrirent, etd' Anc^iUy resta seul prosterné devant l'autel*. . ' .

11 se relevj. au moipent où, par la porte béante, il vit apporter une religieuse infirme, autour de laquelle les autres se pressaient; avec respect ^. C'était sa sœur, la Mère Agnès. Trois attaques d'apoplexie l'avaient déjà atteinte ^, et l'une de.9 religieuses disait en pleurant à l'archevêque : « Monseigneur, notre chère mère en « mourra ; nous ne la reverrons })lu3. » Le prélat répondit : « Elle en reviendra. » La sœur répliqua en redoublant de larmes : a^u moins promettez-nous de nous <( rendre son corps \ » Dans ce moment d'Andilly s'approcha de sa sœilr pour lui dire adieu. « Mon frère, lui

1 HitU des Persécut, p. 801, et Da Fossé, Mém,, p. 246, disenl qtic d'Andilly se jeta aux genoux de Pénéûxe. Mais^ui-jnème n'en dit rien dans 9^ Mémoires,

2 Méjn, deiCAwUUy, part, n, p. 151.

s Hist, des Persécut,^ p. 301.

4 Mém, de^d^AndiUy, part, n, p^ 151.

fi lUsi, des Persécut,, p. 303.

<> Mém, de la M, ÀntgéUqne, t m, p. 219 ; Racine, Hisf. de P. /{., p. 31 4 ; Hiàt. des Persécut,, p. 302.

7 iliat, des Persécut,, p. 325,

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f( murmura tout bas l'énergique valétudinaire, il semble a que comme Caîphe a dit autrefois qu'il étoit nécessaire u qu'un homme mourût, afin que toute la nation ne périt u pas, on puisse dire au^si aujourd'hui qu'il est presque « nécessaire qu'une maison soit détruite pour la vérité, « afin que toutes les autres n'en perdent pas la connois* u sance ^ » Son frère la suivit jnsques au carrosse qui devait l'arracher à sa douce retraite. Il aida à l'y placer ^. Lorsqu'on fut parvenu à l'y asseoir; la sainte fille, eu attendant ses compagnes d'exil et de captivité, sans autre émotion, ouvrit son livre d'heures, et se mit à ré* citer son office ^.

Cependant onze autres victimes étaient désignées, et parmi elles les trois filles de d'Andilly *, et son ancienne amie, madame de Saint-Ange K Lorsque celui-ci rentra dans l'église, trois religieuses se détachèrent de leurs compagnes, et vinrent se précipiter tour à tour aux pieds 4u vieillard, implorant Ba bénédiction : c'étaient ses fdles. Il la leur donna, les releva, et les conduisit devant l'autel : a Deux fois déjà, dit-il en.élevant la voix, je vous

1 /Tiff. <ie#p0ri^cttf., p. 30S.

3 a L*on mit dans le carrosse notre chère mère Agnès avec presq::c aulaiit t de peine qtt*on anroit fait un ^orps mort, étant infirme et âgée de « soixante-onie ans» Mon père et mon frère de Luxanci aidèrent enx-mémes c à Ty mettre. » Relations de la M. Angélique de Sainte-Thérèse Amauld d^Andilly, Aete$, Leitreê,- Relata L i, n» h$ P* 29. ^

3 Mém, de Du Fossé, p. 249. •

i Ibid., p. S4«. .

s tlist. des Persécuh, p. 299 et 802; Mém, de LancetoU f. i,p. 825; Aeies, Uitres, RctaU^n* 4, p. I, i5, etc. — Madame de Saint-Ange, aprts avoir occupé un appartement à *Port-Royal-des-Cbamps (voir plus haut, p. 197, n. 1), prit l'habit religieux le 8 juin 1658. (Lederc, Vies édif. de P. /t., I.. u, p. 410.) G^ètait à cette époque même que madame de Sablé se Taisait construire un logement à Ptort-BoyaU (Leit. de la AL Angéliq,, L 11, p. 500; cf. p. 501.)

218 ttOBKKT ABNAULD D'ANDULY.

(( les ai consacrées, 6 mon Dieu ; une fois pour vêtir le « saint habit, une autre fois pour les y lier par un vœu. « Aujourd'hui je vous les offre pour la persécution *. » Puis il fendit la foule des archers et du peuple qui, malgré les archers, commençait à s'amasser ^, et conduisit luimême ses filles près de leur tante, avec madame de Saint- Ange, en leur disant à toutes un dernier adieu \ Bientôt il eut perdu de vue le dernier carrosse.

Ainsi le Jansénisme de d' Andilly l'avait écarté du roi; ses antipathies lui avaient coûté Fabert ; ses amitiés sanâ doute lui avaient fait perdre Rancé.-r-Et voici que les anciens artisans d'une première série de disgrâces en rouvrent pour lui une seconde, aussi cruelle qu'inattendue ; et soudain il voit se dresser devant ses yeux une rivalité qu'il croyait Batisfaite, et qui vient lui arracher, non plus le roi, mais jusques h se» propres enfants I

On 'dit quQ dans sa douleul* il voulut en appeler à l'émeute. Il protesta du contraire i « Ceux qui m'ont « rendu de mauvais oi&çes auprès du roy *, écrit-il à « madame de Sablé 1q S octobre 166A, en disant à sa « Majesté que- j'avois voulu émouvoir le peuple le jour « que monsieur l'archevesque de Paris fit sortir douze « religieuses de Port-Royal , renouvellent maintenant «'cette. calomnie. Pour la rendre croyable, ils supposent « que j'ay dit ces propres parples lorsqu'on enleva ma

1 Hist. des Perséeul., p. 303; Aeiei, Lettrée, Relat., t. i,*n* 4t p. *53, et W* 5, p. 8.

> « ••• En eflTet U Tint bien cinq mille personnes..* «(Relation de la captivité de la M. Angélique de Saint-Jean, àctei, Lettrée, Relat,, 1. 1 , n. 5, p. i 3.)

9 Mém, de d^AntUlly^ part, ii, p. 151.

4 « M; Tarcliefèque... eut la bonlé de dire an roi que le jour qu'il aroit a bit sortir eei dooie religieuses, j*aTdi8 voulu exciter une sédition. » {Ibid., p. 153. — Cf. Racine, Eut. de P. À, p, ^128.)

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a sœur et mes fiUes : Vous estes Chrestiem, Messieurs, « tie serez^vous point touchez de compassion de cette ex- « trême violence?,... Il n'y eut jamais rien au monde de « plus faux ; et il n'y a un seul de ceux qui m'accusent G si hardiment en mon absence, que je ne fisse rougir si « je le voyois en face ^ » Mais il ne lui était plus donné de voir ses ennemis en face« Leurs aeeusations étaient venues l'atteindre jusque dans le désert; et le 2 septenabre IdOA une lettre de cachet l'avait relégué à Pomponne K — Nous y retrouverons' plu» tard le dictateur rendu à sa bôcbe. oubUant se» grandeurs et tes revers au sein du jardinage ^

t n parait cependant que d*AndUljr, sans viser à rémeqlei visait à Vt^ motion, et que tout en bénissant ses Biles il avait en le loisir de remarquer TaUendrisscBient même des sbires ; -car M dirdans ses Mémoirtâ, part, ii, pt i5i : « Cette aeli«i tira les larmes des yem de plwiesrs asshlantl et mène c de qadqaes-uns de ces exemtSi ^ui ne parent, saq^ être toudiés^ voir c entr'antres^ choses A pleines de compassion trois de ces religieuses se • Jeter k genooi devant moi, ponr me demander une bénédiction, parccque c c'étaient mes fiUfs, »

3 MéMm^de ^AndiUy^ part ii, p. iS2. — » Cçtte expression de dictateur qnoi<^ed*Andilt]r remploie en parlant de kil-ménie {yÊim,, part ii, p. 63\ a besoia de qvelqpie.expliealiea, appliquée eemme boqs le hiisons à Tin'* flnence qu'U exerça sur Port-ftoyai) entre Saint-Cyraa et le declaur Ar« nanld. La dieteture de Tancien courtisan procéda par stratégie diplomatiqne, bien pins que par stratégie belliqueuse ; si par la bêche elle rappelle Gîndnnetnsi sea actes rq|ipêUent Q. liDfleniKtt, et non pu César. — Les négodatioos qui la sigiialèrent se trouvent consignées dans les manuscrits de Beanbmn et du' chanoine Herman\ \BibL rayqUt Mss. suppl. franc 2673, et S474) s et pour en prendre une idée; on peut, outre ee que nornen avons dit, recourir à une des lettres du négoeialeur dans rAppseifi^, note I bU. Presque tontes les pièces que donnent Beanbmn et Hermant sont di| genre dee?11e-ci.

i Ckofh If f $ect, Rt arJ. it 1 4i elei

220 KOBERX AKNAULD- D'ÀNDILLY.

SECTION ni,

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