SECTION I
autoine akuauld^ abbé db chaume. *
ARTICLE !•*
Relations (T Antoine avec son père*
L'alné des enfants â*Arnauld d'AndilIy, celui auquel ce dernier avait donné le prénom de âon père, le célèbre avocat, et de son frère, le grand docteur, Antoine Arnauld, fut des quatre fils du solitaire de Port-Royal le moins bien partagé dans les affections paternelles \ Le
« Cl Galtia ekriêt,, t. m, col. 184*
' L*inég«Ut6 de ré|Mitftkm dans la tendreue palenkdie était, cliei les Aniattld, un fiiit asset fréquent c Cet enfiuit, [omu frère], m*airaoit uni- « quement, et ce m*étolt un ^nd miiport que son «asMé, car ma mère ne « m*ainioit point » (Mém^ de la M, Angélique^ t ii, p. 249.) *- La mère Angélique écrit au docteur Ainauld : « Notre bonne mère m*a comme « laissé ce tendre amour qu'elle avoit pour [vous] son Benjamin. » (Lett, , t t, p. 255.) « M"* Le Maistre aimait plus tendrement qu'aucun autre de « ses 61s M. de Séricourt... Hère si chrétienne, c'était |iourtant son Bcn- « jamin ; et plus tard, quand il mourut [itt50], on la verra mourir de sa « mort » (M« Sidnte-BeuTe, Part-Royai, U i, p. 410^)
jeune Antoine cependant annonçait d'heureuses dispositions ; et ses Mémoires^ qui ont été publiés en 1756, prouvent quel parti l'on aurait pu tirer de son esprit. Gonflé, avec le second de ses frères, Simon de Briottes, à Tabbé de Barcos ^ [1622*1631], neveu et successeur de Saint-Cyran, son enfance se façonna même à Taustérité de son précepteur ^, mais ne put se ployer aux rudes exigences de son père *. L'élève se rebuta de ses études, et Robert de l'héritier de son nom. Celui-ci d'ailleurs^ il faut bien l'avouer, annonçait un esprit fougueux et léger à la fois, et ses dispositions semblaient tendre à l'épicurien plus qu'au Janséniste^. Cela lui coûta son droit d'atnesse. Ce droit, Robert le transféra dans son cœur d'abord, et plus tard dans sa fortune, au putné, le sage et judicieux Simon, qui fut le marquis de Pomponne, et dont Louis XIV fit le collègue de Louvois et de Colbert. Au moment même où les tendances d'Antoine faisaient augurer qu'il ne serait pas assez régulier dans le monde pour y réussir, son père le destinait au sanctuaire ^ La famille Amauld avût introduit déjà, ou de-
1 Mém, de Lancelot, 1. 1, p. 36A-A68.
2 Mém, de Vabbé Amauld, part i, p. 4*
s t C*est le plus ardent et le plus brusque des humains. • (TSillemant, t. II, p. 813.) — « La sage conduite [de Barons] étoit bien nécessaire pour « tempérer un peu Thumeur ardente de mon père, qui pour vouloir nous « rendre trop sçavans, en nous tenant continuellement attachés à Télude, « nous en auroit bien pu rebuter.» (M^ ifo Vabbi Amanid^ part, i, p. 4* )
4 C'est ce que lui-même appelait avoir un heureux tempérament. (Mém,^ part. II, p. 640
B a Mon fils, lui disait sa mère, vous sçavei les pensées que votre père a a toujours eues sur vous, et qu^il ne désespéreroit pas de vous obtenir « quelque abbaye«..« (Afi^iii. de C abbé Amauld, part, i, p. 17.) Son père n'avait pas désespéré non plus, dans le principe, d'en faire un partisan du Jansénimet si c*est lui dont Robert se faisait accompagner dans ses vkites à Saint-Cyran, détenu au bois de Vincennek {Mim^ de Lan€eloU t. f«
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vait introduire bientôt, dans l'Église trop de membres destinés à la régénérer, pour que d'Andilly ne se crût pas autorisé à y aventurer un sujet douteux. Et puis, qui peut répondre des effets de la grâce? Les deux illustres sœurs de Robert, Angélique et Agnès, ces gloires de Port-Royal, n'étaient-elles pas entrées dans' le cloître, qu'elles devaient réformer, l'une à sept ans, l'autre à cinq ^ ? N'y étaient-elles point entrées à la faveur d'un faux*, pour y recevoir en morale les traditions
p. 68.) Mais Lancelot. doit se tromper. (Ct Mém. de d^Andiliy sur Saint' Cyran ; Vies édif. de P. R,, par Le Clerc, 1. 1, p. 34*)
1 Voir les Mém. delà M, AngéLt 1. 1, p. 8-28, 263-285; t. u, p. 247-255, etc.
2 a n y avoit trois abns dans mon établissement en qualité d'abbesse de « Port-Royal. Le premier Tambition de M. Manon, mon grand-père, d*avoir 0 deux de ses filles abbesses. Le second de m'avoir feit faire des vœux à a neuf ans, et bénir à onie, contre toutes les loix de l*Église. Le troisième a d'avoir fait un mensonge au pape pour avoir des bulles ; car ou exposa « que j'avois dix-sept ans, ce qui étoit très faux.... » (Mém. de la M. Aitffélique, U ii, p. 262.) « Les bulles ayant été d*abord refusées à Rome a parceqne la suppliante nVloit que novice ; on en redemanda d'autres a après sa profession, sous un autre nom, sçavoir sous le nom d'Angélique, « qn'od lui avoît fait prendre dans la confirmation, au lieu de celui de a Jacqueline qu'elle avoit dans la première supplique. » (Besoigne, Hist, de P, R,, 1. 1, p. 5.) a Quand j'eus plus de quinze ans, feu mon père me fit un « iùur d'adretse qui me causa un extrême dépit... U écrivit, comme je le « jugeai par une ligne que j'en lus, une ratification de mes vœux, me la a présenta, sans m'en avoir parlé, et me dit sur-le-cbamp : Ma fille, signet « ce papier. Cela étoit assez mal écrit, et je crois qu'il l'a voit fait à dessein, « afin que je n'eusse pas le tems ui le moyen de le lire. Je n'osai lui dea mander ce que c'étoit tant je lui portois de révérence... Je signai cet acte ft crevant de dépit en moi-même... d {Mim, de la M. Angélique, t u, p. 259.) a Lorsque j'eus dix-sept ans, qui est l'âge qu'on avoit dit à Rome « que j^avois pour obtenir mes bulles, quoique je n'en eusse que neuf, a mon père y renvoya pour dire la vérité, eu demandant pardon du men-
a songe, et obtint de nouvelles bulles » (Mém, de la M, Angélique,
U I, p. 826.) a On voit que les Jésuites... auraient pu rétorquer avec lé- « gitimcs représailles sur les ruses et accommodements de conscience dont « MM. Arnauld et Marion ne se firent pas faute dans toute celte affaire. » (M. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. i, p. 80.] — Un rapprocbemeut qu'a
h LES FILS D'âANAULD D'AMMLLY.
de Gabrielle d'Estrées ^ en religion les seuls enseignements de leur cordonnier^? Angélique tf avait-elle pas
oublié M. Sainte-Beure est celui-ci : Antoine Arnauld, qui a subtilisé à Rome des bulles pour ses filles, à ses filles des signatures pour se mettre en ri^le arec Rome» est le célèbre avocat qui en 1594 avait plaidé pour faire chasser de France les Jésuites (roir plus haut, p. d8, n. 3], et qui en i60S, écrivit son Franc et véritable ditcours au Roy, pour les empêcher d*y rentrer, les accusant tPauoir renarde et épié en France le moment de s'y établir à la faveur des recommandations qu'ils obtenaient de Rome ; de capter la jeunesse et de circonvenir les àmcs faibles pour se faire signer des testaments. {Menu de la Ligue, t ii, p. 146 et 157}... Mutato nomine de te, etc. U est vrai que le nom est beaucoup dans ces sortes d'affaires ; car il en est de Topinion comme de la chancellerie romaine : le nom changé, ses jugements peuvent changer.
1 On sait de quelle manière Henri lY iniroduisit Gabrielle d*Bstrées & Maubuisson. (M. Sainte-Beuve, Pori^Royal^ t. i, p. 83.) U y avait un an qu'elle y était enterrée (10 avril 1599. — Gallia christ, rm^ p. 936) lorsque Jacqueline y entra comme novice (25 juin 1600.— Goilbert, Mém, hist. et ehron,, 1 1, p. 255). L'abbesq^ à qui on la confiait était Angélique d'Estrées, sœur de Gabrielle, et tellement dissolue que celle-ci cherchait à lut en faire honte (ibid., p. 259. — Cf. Mém. de la M, Angélique^ 1. 1, p. 140, 130}, et que le roi fût obligé en 1618 delà f^ire enfermer aui filles pénitentes de Salnt-Maglolre. (Ibid,, L n, p. 65-69.) Aussi l'historien janséniste s'écrie-t-il dans son aigre bonne foi : ■ Les réflexions du lecteur me préc viendront sans doute... Henri IV installe là une intruse qu'un crime de c parenté protège, et que son dérangement particulier met au dessus des • règles... Ellesévéques setaisent^ parcequ* aucun intérêt pécuniaire ne les c mouvoit..,^ (Il y a loin de cette réflexion à la préface que d'Andilly adresse aux évêques gallicans, plus haut, p. 30; mais elle se rapporte assez à la remarque que faisait Lancelot en rendant compte à Sacy de l'éducation des fils du prince de Conti : a Pour les valets de pied, j'ai vu plus d'une fois son ■ altesse apporter plus de précaution pour en donner àMesseigneurs... que « beaucoup d'évéques n'en apportent pour donner un prêtre à l'Église. « {Mém. de Fontaine, t. ii, p. 486)... « Cette abbesse mondaine est amie du « roi, et l'est conséqoemment de M. Mari on, selon l'usage des favoris, c Celui-ci la charge de l'éducation et du noviciat 0!* Angélique, sa pclitca fille [car Jacqueline à sa confirmation avait quitté le nom de sa patronne c pour prendre celui de l'abbesse....] Cette abbesse pour la préparer à la c chasteté la mène... où la fameuse Gabrielle se trouve avec le roi... b (Guilbcrt, 1 1, p. 258.) Sur ce dernier point Guilbert se trompe; comme nous l'avons dit, Gabrielle était morte.
2 f Elle fit sa première communion sans avoir reçu aucune instruction
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hésité dans les premières fougues de sa jeunesse à fuir les murs de son couvent pour se jeter dans un asile calviniste ^ ? C'était du haut de ces murs cependant, et lorsque la jeune fille les mesurait de l'œil pour les franchir, que la grâce était descendue. — Antoine fut donc destiné à l'Église.
Mais ce n'est point chez les mères que l'amour se méprend sur les désirs d'un fils, ou les violente^: celle du clerc prédestiné obtint de son mari qu'il en fit un soldat [1635] '. Pauvre mère, qui était réduite à réclamer comme une faveur pour son premier-né les périls des camps en échange des dégoûts du cloître ! — Antoine fut
I convenable. Il arriva seulement par haiard qu'un pauvre savetier, voisiu « du couvent [et qui raccommodoU les soutien des religieuses, — Guilberti « ibid,, 1 1, p. 380J, lui donna un petit livre de prières, qu'elle se mit k « lire tout le temps qui précéda sa communion. • (Besoigne, HistdeP, il., t. I, p. 6. ; — ■ Tout scmbloit conspirer à la perte de cet enfant, et la « conduire peu h peu à être une victime d'iniquité. Im grâce la délivrera « cependant.,. • (GuiU)crt, ibid., t. i, p. 259.) — U est vrai qu'à Port-Ro^al les cordonniers étaient parfois des gentilshommes (Lettres de la M, Angé^ ligue, t II, p. 61, lettre ccccv, mars 1652; Cf. ikid^, p. 89, et le Recueil tn-12, p. 217), et que l'on y avait des princes pour savetiers. (Além, de LanceloU t. it p. 88 ; Goujet, Vie de Nicole, part, ii, p, 88 ; Ilist, des Per^ sccut., p. 128 et 304.) U en était de même des menuisiers. (JUém. de Fontaine, t. ir, p. 852.} *
^ ■ Je ne pouvois plus souffrir la religion [la vie du cloître] que je n'avols
• jamais regardée que comme un joug insupportable..; et ayant inclination « pour la vie d'une honnête femme mariée, je délibérai en moi-même de « quitter Port-Royal, sans en avertir mon père et ma mère..., et me marier
• quelque part. Je crus alors qu'au pis aller je scrois en sftreté à La Ro- « chcUe, quoique je fusse bonne catholique.. • • (AIcm. de la M. Angélique, t. I, p. 268, et t. Il, p. 255.)
2 • On a raison de dire qu'il n'y a rien de comparable à la tendresse « d'une bonne mère. La mienne me reçut entre ses bras...; je fus près « d'être étouffé par ses embrasscmens. • ( Mém, de Vabbé Arnauld, part. I, p. 113.)
* Ibid., p. 11. ■
6 LES FaS D*ARNADID JO'âNDIUY.
un brillant mousquetaire ^ — Mais la mort de sa mère suivit de près son éloignement [1637] ^. La froideur ^ et la parcimonie de son père à son égard le dégoûtaient du service K II crut rendre celui-ci plus affectueux et plus libéral en consentant à la spoliation de sa fortune à venir. Robert, soit pour favoriser Simon, soit pour être plus facilement généreux envers Pprt-Royal ^ voulait se défaire de sa propriété d'Andilly. Le consentement de
^ I n flillat se résoudre à commencer comme les autres, pat porter le « mousquet. • (Mém, de l'abbé Àrnauld, part, i, p. 80.)
2 a n ne pouvoU rien m*arriver de pis ; et je puis dire que je perdis tout, « en la perdant G^étoit toujours une médiatrioe puissante auprès de mon « père. » (Ibid,, p. 103.)
s c Je seray très aise que mon fils [Antoine] ne vienne pas icy [à Paris] « avec TOUS, si ce n^est en cas que vous veniez pour quioxe jours ou trois • semaines seulement ; et à condition de ne manquer à s*en retourner avec « vous; car ce n'eti que du temps perdu, et j'aurois honte qu*il s*en revinst « à Paris lorsque tous ceux de sa. profession en partent i (Lettre de d*An-> dilly à M. de Feuquières, gouverneur de Verdun, en date du h février 1642 ; Lett, inéd. des FeuquiéreSg t i, p. 288.) Isaac de Feuquières, sous qui servait Antoine, savait sans doute aussi bien que d'Andilly ce qu'exigeait le service. Mais il ignorait peut-être de combien peu pouvait se satisfaire la tendresse paternelle de sop correspondant, quoique son propre père Manassès de Feuquières eût pu Tédifier à cet égard : a car, dit l'abbé dans «ses Mémoires (part i, p. 92], me parlant de beaucoup de choses, « M. [Itfanassès] de Feuquières vint à tomber sur mon père, et sur le peu « qu'il faisoit pour moi. Il blâmoit en cela sa conduite, et me dit ces pa- I rôles : Pour moi. Je ne prétends point agir ainsi avec mes enfans, etc. » — U faut reconnaître toutefois que d'Andilly était aussi jaloux de remploi du temps que le témoigne sa lettre du h février 1642 ; car on peut voir un peu plus bas, p. 7, n. 1, comment il employa cette année même, et probablement dans ce même voyage qu'il abrégeait à l'avance, et son temps et celui de son fils.
A Ibid., part i, p. 56, 92, 101, 212, 230, part ii, p. S. — U ftiut avouer cependant que la parcimonie de Robert se portait plutôt sur ses propres deniers que sur ceux de Tétat : « M. Bouthillier, surintendant, écrit Antoine « (iHd., part, i, p. 140), me fit payer grassement [pour un voyage Aiit eo c cour] par M. Fieubet, tous deux étant amis de mon père, »
^ Voir Lettres de la M* Angélique, t ux, p. 114» lettre dcclxxxvi, dn 9 décembre 1655.