CHAP. IV, SECT. IV, ART. I
( seule dévotion d'ailleurs qui lui fût commune avec les Jésuites') , réorganissdt en 16A0, du fond de ce cachot de
ment accorder tTee eoxHiièiiies Saiot-Gynn et Lancelot, lonqae Tan dit et que Taotre rapporte cet paroles : « U est indigne d'un prêtre de s'amuser c h régenter des classes de lettres humaines et de sciences profanes, comme c on foit dans les collèges. ib(Mém, dt Laneelot, t. n, p. 467.) Il ne feudrait pas cependant conclure de ce passage que Saint-Cyran fût un fauteur ardent de Védueation laitue» Ce n'était pas pour retirer des collèges les professeurs ecclésiastiques, mais c'était pour mieux retirer à ceux-ci leurs élèves que le fondateur des écoles de Port*Royal déclamait contre l'éducation cléricale ; car il se permettait, en dehors des collèges, ce qu'il blâmait ches les prêtres attachés à ces établissements : « Un jour qu'il alla acheter une « paire de bas ches un marchand, il vit un petit garçon qui lui parut de « bonne espérance. Il eut regret d'apprendre qu'on l'envoyolt au collège, « oft il était en danger de m gâter ( voir plus haut, p. 8S, n. S), et il dit h « ce marchand qu'il l'envoyât chei lui [il était prêtre depuis longtemps), et « qu'il lui feroit la leçon avec son neveu, ce qu'il fit pendant quelque « tems. Mais cet enlhnt n'ayapt pas correspondu depuis au bien qu'il lui « vouloit, ii Alt obligé de le renvoyer. Dans sa prison il avoit pris trois « petits enfonts qu'il se donnoit la peine d'instruire... » (Mém. de Lancelot, i, II, p, 848.) Saint-Cyran ne fut pas plus heureux avec les èièvet qu'il s'était donnés sous les verrons qu'avec celui qu'il avait arraché à la corruption des collèges. « Un de ces petits garçons, dit Lancelot (ibid.^ p. 883), « ayant commencé par dérober à M. Singlin une vieille calotte qu'il vendit « deux liards pour avoir de quoi jouer, et prenant ensuite tout ce qu'il « pottvoit friponner, il s'avança tellement à grands pas dans le précipice « qu'il prit jusqu'à des cuilliers d'argent, et tomba dans toute» sortes de « désordres. » M. Singlin, dont ce misérable déroba la «^oUe, avait été ordonné piètre par Vincent de Paul, avant de connaître Saint-Cyran. (Cerveau, NécroLf t. m, p. 90.) « Mais, dit Lancelot (ibid.^ p. 844)» d'abord « que M. Singlm se Ait donné à M. de Saint-Cyran celui-ci Ait ravi de la « proposition qu'il lui fit de se consacrer aux enfants et il ledeslinoit à cet « emploi pour lequel il me disoit autrefois que Dieu le lui avoit envoyé. » — Il est vrai que Saint-Cyran avait cru à cette mission avant que son élève eût dérobé une calotte ; or ce dernier lait avait pu lui révéler l'inconvénient de donner aux enfants des précepteurs ecclésiastiques.
^ Dans cette dévotion il y avait des nuances. Saint-Cyran ne fouettait les enfants que pour de grandes fautes (Mém, He LanuiotyU ii,p. 885j; mais il mettait an nombre des grandes fautes les éclats de rire. 11 y avait en outre une diflèrence essentielle entre la manière dont Saint-Cyran et les Jésuites entendaient leur dévotion. Chez ceux-ci, on sait combien elle était libéralCi et comme elle s'adressait gratuitement ù toutes les classes pauvres,
186 L£S FILS D'ARNÂULD D*AKDILLY.
Vipcennes où l'avait jeté j^chelieu, les petites écoles de Pprt-Royal, dqnt il avait posé les foademeqts dès avant
de la sodélé. Sainl-Cyran au contraire avait à ce snjet des restrictions Ikawonp plas arJOacalî^iMS. « Il ne pooToîi lonftir fo^on fil le capHat» daoi rédacattop des eôftela» des scieBces c^ de r^ode» eomwm om fmi a^faurttJmL U foyardoit «Ite ^conduite oobbm nae des grandes faules qa*0B pouTdt hin dans la sainlelé de cel empkiîf el ohsenroii qn^ontre qa*elle dégofttoit oeax qui éloieni tardifs, et donaoîl de la vanité au autres [Sainl-Gjran d'«OI pas approuw^ les concours génésaaz)« elle re« tomboit cnoDso eunite sur la répvbtkpue et soc VÈ^Bse^ ckaiyeant TépowedeJésos-Cliristdeqoaotitédesênsqu'eUe n'apolBtappellés,etrÊtal d*Boe Infiailé da penonncs oisifes qui ccoyoni être audesns de tous» depuis qn*ils savent un peu de latin» et qni penseraient ètm déslionopés de suivre la profesnon où knr naissanoa auioit pu les engager, C*est pourquoi il disoli qu*enlre les en&nts dopt on auroit été entièrement maltie» qneiqu*en grand nombre» on n^en ansoit dû ffàrtétmdierqtufort peu, et seulement ceux en qui on auroit reconnu uue grande doeUHi et soumlâMwn, et quelque marqjoe de piété, et d^onp vertu assurée. i»(M^* d€ Lancetet, t u, p. Zdfi>) Heurenseasent cç n*est pas nolK aAire de détendra ocs tliéories contre les prétentions des eapaeUés* Nons reoommandons à oeHes-d la lecture d*un autre passage de fcanoalot (îMcC^ p, iH] : c Ce qui
■ est bien renurquable, c^est qull ne se réglait nullement sur les talents c naturels pour Ihira ce disoemenient [entre eeoi qu*i1 MIait ou qQ*il ne t Ibilalc pas fcire étudier] ; mais sur les semences de vertu qu*ll vojoit que « Dieu jcttoit dons le fond de Kéme. Lorsque f allai à Salnt-Gyran, à la fin « de 1689, on me mit entre les mains on enfotal qui- paroissoit un prodige « d'esprit ponr son Age. La mémoire et le jugement alloient de pair, et « surpassofent tout ce qu'on en peut dire. Car à rA|pe fie huit on neuf ans 9 il apprenoit lui seul les principes du latin, voyant que Je ne voulois pas « les lui apprendre, et 11 expliquoit quelquefois assez lleureusement Tofiioe s de râgHse. Il retenolt tout ce qu'il lisoit et cntendoit, de sorte qu*il savoit
■ une infinité de choses, sans qu*on pftt presque dire comment il pénétroit c tellement dans tout ce qu'il lisoit, qu'il en fbsoit ensuite des discours et c des livres. Je loi surpris une fois un traité qu'il avoit fait de l'Antéchrist c composé de ce qu'il avoit ramassé de côté et d'autre, qui avolt beaucoop t de suite et qni surprit tout le monde, flf . de Saint-Cyran voulut qu'on le
• lui eiivoyftt dans sa prison pour le voir. On ne remarquoit en cet enfant c rien qui tint de la corruption, mais seulement une avidité étrange de t savoir, jointe" à une grande curiosité, avec un désir ardent de se jetter « dans l'Église et d'avoir des bénéfices, désir que $€s parents lui avoient
• inspiré sans quHl pût seulement savoir ce que t^étoil, M. de Saintt Cyran voulut que je lui en disse mon avis, et après que je l'en eus averti.
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1638 '. Le jeune Villeneuve, âgé de sept ans, y entra en 1641 2. De 1641 à 1643, c'est à dire tout le temps qu*elles furent établies dans les dehors de Port-Royal de Paris, il y demeura sous la conduite de Lancelot. En 1643 elles furent transportées à Port-Royal-des-Champs, et plus particulièrement soumises à la direction du célèbre avocat pénitent, Antoine Le Maistre, cousin-germain de son élève'. Celui-<:i, qui avait aussi retrouvé parmi les habitants du désert son frère Luzancy, fut obligé en 1644 de quitter Le Maistre, Lù^ancy et le désert, par suite de Féclat que fusait alors le livre du docteur aon oncle, sur hk Fréquente communion^. Jules émigra avec ses condis* ciples au Ghesnay, près de Versailles, chez Tua des solitaires qui y possédait une demeure ^ En 1645 les jeunes émigrés revinrent à Port-Royal-des-Champs, et en 1646 à Paris, où les écoles furent fixées pendant trob ans, pf es du Luxembourg, impasse Saint-Dominique-d'Enfer^ sous la direction de Wallon^de Beaupuis, dont les prin-
c il conclut sans différer qa*U ne falloit point du tout le faire étudier, et 0 cela fui aèsohanenf exécuté. > Les Jésuites ont à*, se reprocher d*aTOir fiiit étudier Voltaire. Nous ne croyonA pas q[ue -Saint-Cyran ait ftiit TéducaUon d*aucnn homme de génie ( sa sagacité ne le mit en défaut que lorsqu'il s'agissait d*enfhnls qui, au lieu de songer à s'enivrer de la science de leurs mattres, s'appliquaient àen dérober la calotte. (Voir la noteprécédente.)
1 D. Clémencet, Hif f.iitf P. R., tii, p. 82 et 448.— Cf. Mëm, de Fontaine, sur les écoles de Port-Royal, t i, p."cxiii ; Mëm, de Lancelot, t i, p. 290, 856 ; Goujet, Vie de Nicole, part, i, p/21 ; Vie de Wallon de Beaupuie, p. 60.
2 D. Clémencet, ibid,, t. h, p. 4150 ; t m, p. 844, H Mém. de Lancelot, t. ir, p. 258 et 844. ^
» D. Clémencct,t6iU,t; n,p« 450; Mém, de Fontaine, i.i, p.*1 91, 195-198; Mêm. de Du Fosté^ p. 26 et 58 ; Mém. de Lancelot, t. i, p. 108.
* D. Clémencet, ibid., t. ii, p. 451 ; Mcm, de Du Fosic,noi\cCj p. xvm.
* D. Clémencet, ibid,
6 D. Clémencet, ibid. ; Mcm, de Du Fosse, nolicc, ^ xviii; Goujel, Vie de Nicole, part, i, p. 23.
cipaux collaborateurs étaient Nicole et Lancelot ^ En 1649 2, les écoles, transférées de nouveau au Chesnay, et en même temps aux Troux et à Magny, près de Port- Roy al-des-Champs', en furent expulsées le 12 mars 1650*, et se reformèrent, dès 1650 même, toujours à Port-Royaldes-Champs. Jules de Villeneuve y retrouva d' Andilly, qui s'y était retiré au moment où son fils avait quitté le désert pour Paris, vers 1646. En 1652, la Fronde porta le trouble dans les écoles ^, et quoique Luzancy fût toujours censé en faire partie, vers janvier 1654, il étudiait à Port-Royal-des-Chamrps sous un précepteur particulier^. Enfin, le 20 mars 1656^ un ordre de la cour dispersa ces écoles, et les jeunes gens qu'elles contenaient se réfugièrent une dernière fois dans des résidences particulières ^ jusqu'à ce que le 12 mars 1660 elles fussent à tout j amais anéanties. ®
Dès 1656, le jeune Villeneuve, alors âgé de vingt et un ans, avait cru ne pas devoir prolonger cette éducation am-
1 D. Glémencet, Hkt de P. A., p. 449, ^i.— Cf. Lettres de la M. Angelique, t 1, p. 300 ; Vie de Wallon de Beaupuit, p. 63.
2 Goujet, Vie de Pficole, part, i, p. 36, place ceUe dispersion en 1648.
3 D. démencet, HUt.deP. R.^ p. 453; Mém* deDuFosêé^ notice, p. xn; Goujet, Vie de' Nicole, part, i, P* 3S.
i Goujet, ibid., p. 37.
B Dans 'la Vie de VKallon de Beaujnth, p. 72, il est dit que les écoles subsistèrent à Paris de 4647 ik 4653, sans doute parcequ*en 165S la Fronde y avait ramené une partie des élè?es de la campagne.
« Mém,,de Le Maiitre dans le Recueil in-i3, p. 243 et 221. —Dès 4653 une paiti^ des condisciples de Villeneuve étaient retournés au Chesnay avecWallon^leBeatipuis.fFterf«^a//oH, p.71.— Cf. fl«'Cttci7in-12,p.?3l.)
7 D. Clémencet, ibid., t. m, p. 341 ; ^iêm. de Du Fossé, p. 469, cl surtout le récit de Ponlckâteau dans le Recueil ih-12, p< 228; Vie de Wallon de Beaupuis, p. 99.
S âîém, de Ltincdot, t. i, p. 317; le Recueil in-Hf p. 235; Hi$t* du Persécut,, dise, prélim., p. x; Vie de Wallon deBeaupuis, p. 117.