‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 47 sur 88 · CHAP. IV, SECT. IV, ART. I · texte numérisé non relu

CHAP. IV, SECT. IV, ART. I

bulante que son père et Port-Royal n'auraient pas mieux demandé de transformer en vocation définitive. Agitation pour agitation, il préféra celle des camps, où dès sa première expédition il trouva son repos dans la mort '. Un de ses compagnons d'études, Thomas Du Fossé, a consacré à sa mémoire ces lignes touchantes : a Ce fut « alors [1656, lors de la dernière dispersion des écoles, « ou plutôt en 1656, car les souvenirs de Du Fossé, « nous le verrons plus tard, doivent le mal servir] que <t je me vis séparé de M. de Villeneuve, avec lequel j'a- « vois été si uni, depuis l'année 1645 que j'allai demeu- « rer la première fois à Port-Royal. Comme il persista c( toujours à vouloir embrasser la profession des armes, « il mourut dès sa première campagne, lorsqu'il étoit

« enseigne-colonel du régiment du maréchal Fabert

« J'avoue que cette séparation de M. de Villeneuve fut « pour moi le sujet d'une grande tristesse, car nous « nous aimions, et nous n'avions rien de secret l'un pour « l'autre. Il avoit beaucoup de disposition pour les étu- « des, et sa mémoire jointe à la pénétration et à la viva- « cité naturelle de son esprit, le rendoit capable de a soutenir avec éclat la gloire et la réputation de tous a ceux de sa famille. Il étoit habile en blason et en généa- « logie. Il savoit parfaitement la géographie et l'histoire. « Il avoit trouvé de lui-même des règles certaines pour « faire en très peu de tems toutes les anagrames qui se c( pouvoient faire sur chaque nom des personnes. Il dé-* (( chiilroit tous les chif&es très promtepient. Enfin on « peut assurer que ce jeune gentilhomme avoit d'excel- (f lentes qualités; et s'il eût continué de s'j^ppliquer aux

1 Mém, tCÀrn* d'Andillyt pvtt u, p. 157 ; Jtfcm, éelancfiiot, t h P* 339.

(( sciences, comme il avoit commencé, il auroit été aussi « loin en ce genre qu'on peut aller ^ «

Cette courte oraison funèbre et les faits qui la précèdent contiennent les seules indications que Ton puisse jusqu'à cette heure recueillir sur l'existence de Jules de Villeneuve. Mais personne n'y avait encore puisé les éléments d'une biographie, malgré les plaintes élevées depuis longtemps à ce sujet par les éditeurs des Mémoires de Lancelot, contre tous ceux qui se sont occupés de la famille Arnauld ^. Pour réparer cette lacune nous pouvons, grâce à notre dépôt, faire mieux que rapprocher des textes épars, mais connus. La correspondance de Fabert et de d'Andilly, nous l'avons déjà entrevu, contient sur Villeneuve des renseignements inédits, d'autant plus précieux qu'ils suppléent à ce que nous ignorons du fils, et ajoutent à ce que nous savons du père.

ARTiaE IL Biographie de Jules complétée par Fabert.

D'Andilly, qui, dans le siècle» avait destiné à l'ambition celui de ses fils dont le caractère aspirait à la solitude ^f retiré du siècle, voulait consacrer à la solitude le plus jeune de ses fils*, qui brûlait d'ambition* C'étsât toujours cette même volonté inflexible dans son égoîsme, s'efibrçant de façomier, de ployer, de tordre à son image tout ce qui l'environnait. Mais dans ses pérégrinations d'écolier le jeune Villeneuve avait été soustrait de bonne heure à cet ascendant impérieux, et tout en combinant

1 Além. de Du Fossé^p. 129-130.

3 Mém. de Laneelot^ L i, p. 340, n.

3 Voir plus iMttI, U u, p. 179-i84.

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ses anagrames, tout en décomposant ses chif&res, il rêvait beaucoup plus à 1* hôtel Rambouillet et à la cwriëre des ambassades qu'aux cloîtres de Port-Royal. Or d'Andilly, qui n'était plus dans le monde pour lui apprendre comme à ses aînés de quelle manière se tressaient les guirlandes poétiques ^ et qui avait donné à son fils préféré la carrière de la diplomatie, insistait par lui-même et pa^ tous les siens pour que Villeneuve imitât plutôt Luzancy que Pomponne. Voyant que rien ne pouv^t y décider le jeune étudiant, il lui permit enfin de recommencer a\^ loin la carrière chanceuse que le premier et le moins aimé de ses fils avait abandonnée après l'avoir obtenue à la suite d'une résistance sepiblable \

S I. Vocation entravéo.

C'était à Philipsbourgi à Metz et à Verdun, sur les frontières, et non par les molles oisivetés d'une vie de^ page ou de garnison, qu' An toine^ avait dû s'initia dan9. le rude métier auquel l'avait condamné l'impuissance d*en choisir un autre qui lui convint K Ce fut à Sed^n (nous savons pourquoi Sedan fut préféré à Metz ou ik Verdun) ^ que Villeneuve dut commencer son apprentissage. La correspondance de son père nous apprendra si

t Voir plus haut, U ii, p. 44*

2 Voir également, t. u, p. 1-20.

s n est juste de remarquer toutefois que d^Andilly aTait laissé à son fils atné le choix entre Fontainebleau et Meti, après aToir roulu Texpédier à Hillipsbourg, où les revers d^un de ses parents [Isaac Amauld] Ta valent empoché de se rendre. (Mém. de Vakbi Amauldf part ij p. 21 et 88.)-* VIlleneuTe ne parait pas avoir élé consulté.

A Voir plus haut, 1. 1, chap, ii, tecU u, art* i, S !•*-*€& la Vie 4c Fa^» bert, du ?• Barre, t. n, p. i51«

on lui en adoucit les débuts. — D' Andilly écrit à Fabert le 18 novembre 1656 : n Monsieur, ayant conservé depuis « tant d'années qu'il y a que je n'ay eu l'honneur de vous « voir, la mesme estime pour vostre mérité, et la mesme « confiance en l'amitié que vous m'avez fait la faveur « de me promettre, que si je n'avois point esté esloigné « de vous, vous ne devez pas, s'il vous plaist. Monsieur, « estre surpris de la marque que je vas vous en donner « par la prière que je me resous de vous faire, et par la « plus grande ouverture de cœur avec laquelle on puisse (( parler à une personne que l'on honore parfaitement « — De quatre fils que Dieu m'a donnez, il y en a trois « dont je ne sçaurois estre plus satisfsdt que je le suis. a [Nous àavons à quelle condition il était satisfait d'An- (( toine, déjà dépouillé des biens paternels [16i3],et qui « bientôt [1660] devait l'être du patrimoine de sa mère.] « Le quatriesme, qui est le plus jeune de tous, et qui a tt environ vingt et un ans [il est donc né en 163 A], est tel (( que je vas vous le dépeindre. Il a tesmoigné avoir de « l'esprit dans l'estude des langues, de la philosophie, « et de quelques autres chosçs. Mais je ne sçaurois avoir « bonne opinion de son jugement ', puisqu'il s'est porté « à prendre une espée, quelques raisons que j'aye puluy « représenter pour l'en destoumer; et quoy que jeluy « aye dit pour luy faire connoistre combien il pouvoit c( estre heureux en suivant d'autres conseils que je luy

1 La mère Angélique ayait à peu près la même opinion dupèredeiol^î seulement elle Texprime moins crûment : i Votre bonté, lui dh^t • prévaut quelquefois au dessus de votre jugement t (Lettrée deUM»^ ffélique, 1. 1, p. 29, lettre du 28 mai 1626.) -^ Si quelque diose anit pr^ talu sur le Jugement de d'Andilly» ft Toocasioii de ViUeneuT^ ce u'^^ coup sûr poiai la bonlét

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(( donnois. Ce qui me fait aussi voir qu'il ne se connoist « pas bien luy-mesme, c'est qu'encore que grâces à Dieu « il ne soit ny petit, ny de mauvaise taille, il ne voit pas (( qu'il n'a pas le corps fait d'une manière avantageuse, y « ayant je ne sçay quelle contrainte, au lieu de la liberté <( qui rend la taille des hommes agréable, et qui donne a de la grâce à ce qu'ils font; outre ce qu'ils {sic) parle <( avec une certaine lenteur dans laquelle il paroist quelle que chose déniais. Mais ce qui me donne le plus de c( peine à souffrir, c'est que non obstant ces deifauts, il a tesmoigne n'acvoir pas mauvaise opinion de luy-mesme €( et est si aveugle que de se persuader qu'il pourra faire (f fortune. [Nous savons que les prédilections de d'Anc( dilly reposaient sur celui de ses fils qui s'était montré « le plus apte à faire fortune.] Quant à ses mœurs, elles (( sont fort bonnes jusques icy, grâces à Dieu ; et il a « l'humeur fort douce. — Voilà, Monsieur, une fidelle €( peinture de ce garçon. Que si elle est peu agréable, au (( moins vous fera-t-elle connoistre que je ne me flatte c( pas en ce qui regarde mes enfans. Voyant donc que <( je ne pouvois détourner celuy-cy de ce dessein, je luy <( ay fait apprendre la perspective à desseigner, et 1* exerce cice du mousquet avec assez de méthode; car pour ce qui « est de l'esprit, il comprend les choses facilement ; et un « peu à danser et à tirer des armes, afin de luy former (ï le corps ; à quoy je doute fort qu'il ait réussy. Après « cela, considérant tous les amis que Dieu m'a donnez, « ne voulez-vous pas bien. Monsieur, que j'aye jette le^ « yeux sur vous pour vous supplier très humblement de « trouver bon que mon fils aille apprendre auprès de <( vous comme en la meilleure eschole du monde, à mon « gré, le mestier qu'il a résolu de suivre. Mais afin que

\H tfeS PtLâ D^AfiNALLD D'ANDILLY.

« ma prière né soit point indiscrète, je n'ay pas voulu (( vous l'envoyer sans sçavoir auparavant si vous Taurez « agréable, et sî ce n'est point abuser dfe vostre bonté « que dé vous supplier d'en vouloir prendre quelque « soin. CiC soin îroit principalement. Monsieur, à vous « conjurer de commander qu'on le traitast en simple « soldat, et sans l'espargner en quoy que ce soit, afin « qu'il se rende capable de cette professign.

Nous verrons bientôt quelle est la sincérité, sinon de cette dernière recommandation, au moins. du prétexte dont elle s'appuie, et si elle a pour but de former le jeune soldat à sa profession ou de l'en dégoûter ; car dès sa secondelettre, datée du 11 décembrel655, d' Andilly écrità Fàbert : «La connoissance que j'ay de luy [de Villeneuve. « et du siècle auquel nous vivons, où fl faut avoir un (V mérite aussi extraordinaire qu'est le vostre pour cod- (( traindre la fortune de céder quelque chose à la vertu « [toujours l'inaptitude au succès préoccupe d' Andilly]. « me fait vous renouveller ma très humble supplication (( de n'espargner, s'il vous plaist, à mon fils aucune de cr toutes les fatigues ' des moindres soldats, afin que Texu périence d'un mestîer si rude, faisant dans son esprit (( l'impression que mes raisons n'y ont sceu faire, ou il « surmonte toutes ces peines par une violente inclination « pour la profession qu'il n'embrasse, à mon avis, que « manque de la connoistre, ou qu'il s'en rebutte, et re- (t vienne auprès de moy pour en choisir une [que je sçay \i par mes propres espreuves estre] la plus heureuse da « monde [principalement à une personne qui, ayant es-

i La mifiiite de oefte iMIre, écrite j^ on secrétaiie, porttît ûtae^ ^ fattpuis ; é^est d*An<tilly qui ajoute de sa main ; de tauie$ U$ fatif^

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« tudié, a de quoy s'entretenir plus facilement avec Dieu « dans la solitude] . . . w '

Fabert répond le 1" janvier 1656 : « J'ay trouvé tout « ce que vous m'aviez comfiez du jugement que vous « avez fait de monsieur vostre fils. [ Ainsi Villeneuve « n'était plus à Port-Royal, comme le dit Du Fossé 2, lors tt de la dernière dispersion des écoles, qui eut lieu le « 20 mars 1656.] ' Je Tay fait mettre dans une pention (( avec beaucoup d'autres personnes de condition. . .Quand « à la fatigue, il n'y aura entre luy et le moindre soldat « aucune diférence. Je sçay cella estre important ; et puis (( vous l'ordonnez ainssy, qui est tout pour moy. » — Le jeune soldat se tire fort bien de ce noviciat aggravé, et Fabert croit faire plaisir à son père en le lui apprenant.

[10 février 1656.] a Quand à monsieur vostre fils,

c( il vist icy en sorte que vous devez en estre satisfaict. tt J'ay fait un voyage d'un mois pour vizîter les troupes (( logées dans la Champagne *... Celuy qui comande icy « en mon absence m'asseure qu'on ne sauroit mieux vivre « que monsieur vosîre fils a vescu dans la condition où « il est à présent. Je sçay que celU vous donnera de la « joye... »

Voici comment se manifeste la joie de d'Andilly [28 février 1656] : (( J'ay un sensible desplaisir de ce que

et mon fils n'est pas tel que je le souhaîterois, pour pouce voir profiter des avantages qu'il a d' estre auprès de tt vous. Car qu'est-ce d'avoir seulement des mœurs assez

^ Ce qui se trouve ici entre [ ] se trouve dans la minute, mais biflS par d'AndUly.

2 L'éditeur du Recueil in-12, p. 231, fani d*aillears la même faute que Da Fossé.

s D. Gémencet, Hi$U de P. R,, t. m, p. 342. — CC p. 344*

A Cf. le P. Barre, Vie de Fabert, t. ii, p. 154 et 303.

196 rxs FILS d*abnai;ld d*andiili^

« réglées, et de manquer des autres qualitez capables « de le faire aussi bien réussir que vous me faites Thon- <{ neur de le désirer...?» — Fabert, un peu déconcerté, ou n* ayant rien de mieux à dire, se contente de répondre [12 mars 1666] : « Celuy [de messieurs vos fils] qui est (( icy, dans sa condition cherchera de la gloire. » Puis il ajoute comme par une triste prévision ' : « Je prie Dieu

i On 8idt que, d^aprè8 les bruits populaires, Fàliert était doué du don de prédire l'aYenir. Nous transcrivons à ce sujet une note manuscrite qve nous croyons dictée par M. de Paulmy, et qui se trouve en tête de la Vit du marédia], par le P. Barre. [Bibliotli. de l^Arsenai, imprimée, HisU n* 6840, in-i2 J : « J'ai entendu, dans mon enfknce, des vieillards àooties 0 pères avoient connu le maréchal Fabert, et qui répétoient encore que c( Fabert avoit commencé par être soldat, et que s'étant donné au diable «pour devenir maréchal de France, le diable, après lui avoir tenu parole, « s*étoU payé par ses mains en l'étranglant dans son lit de mort — Ce « sont deux sottises. — Fabert étoit fils d'un homme riche, et petit-fils d'an a homme anobli pour ses services. Il avoit donc le droit de commencer « comme tant d'autres par le grade d'officier. U se fit cadet aux Gardes a Françoises ù l'&ge dequatorie ans [Cf. le P. Barre, 1. 1, p. di }, et le fat 0 quatre ans. Le service des cadets étoit réputé noble, comme celui des « Mousquetaires... Il parvint de bonne heure à une haute considération.

A quarante ans il avoit la confiance intime de Richelieu...— Ce quiaper> a suadé que le maréchal Fabert donnoit dans la magie est facile à expli- « quer. C'est i" L'audace extraordinaire avec laquelle il se présentoit ani « dangers, sa sécurité pour lui-même, ses preêunlimentg pour d'antres « dont il a prédit les malheurs. Le soldat se figuroit que Fabert savoit c( charmer lei armes»; 2<* La complaisance qu'il avoit de laisser subsister « cette prévention sur ses connoissances surnaturelles ; c'étoU un des arts « de sa politique. .. 8° A l'audace et à la politique se joîgnoit chei ¥%bet\ « le foibic pour l'astrologie judiciaire et la confiance en son horoscope, qui « ne le menaçoit qu'à soixante-trois ans... [Cf. le P. Barre, t. ri, p« 277.] « Ce fut à cet âge qu'il mourut — Fabert étoit un hqmroe trop célèbre pour « que ses faiblesses fussent ignorées. On savoit donc qu'il croioit à Vastro- 0 trologie Judiciaire, science... qui dans l'opinion vulgaire se confond avec « la magie. De là naquit l'impertinente fable qu'à sa mort le diable lai « tordit le .cou. Un écrivain qu'il avoit mécontenté inventa ce beau récit; a et il se trouva des gens pour le croire. » (Cf. le P. Barre, Vie de Pabfri, t. II, p. 268.)

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