CHAP. V, SECT. II, ART. IV
personnages obscurs on ne soupçonne quelque bras plus puissant qui les fait agir ; un courtisan qui, pour en finir avec d'incommodes aïeux, vient, fidèle à ses habitudes, sceller leur dernière tombe incognito, sous la responsabilité du pauvre gentilhomme? Mais, si cela est, que penser du courage, et, si cela n'est pas, que penser du cœur de l'abbé de Pomponne? — Pour l'avoir été moins spontanément, ne finit-il point par être plus bonteuso* ment servile que son frère?
Celui-ci n'avait plongé dans l'oubli que des cendres ; celui-là n'avait ravivé la mémoire des siens que pour la laisser plus profondément flétrir. L'un s'était laissé remontrer son devoir par un ministre, puis il l'avait accompli sinon tout entier, du moins en personne ; l'autre s'était laissé devancer ou représenter par un bedeau. — Le premier, après tout, n'était pas théologien; le Jansénisme n'était dans sa vie que ce qu'y avait été son ambassade, un accident dû à ses antécédents de famille. En le défendant il [eût encore accompli une mission extraordinaire. Et puis sa carrière était entravée, et lorsqu'il cherchait à en tourner les obstacles il avait deux fils presque adolescents dont il ne prévoyait pas la mort prochaine '. — Mais l'abbé de Pomponne , qu'avait-il donc à redouter ? lui le dernier des siens ! lui au comble des honneurs ! lui prêt à descendre dans la tombe ! — Docteur en droit comme son bisaïeul Antoine, conseiller d'état comme l'avait été d'Andilly, son aïeul, ambassadeur comme l'avait été son père le marquis de Pomponne, prélat plus riche, sinon de même ordre, que l'évêque d'Angers, prêtre ainsi que le grand Amauld, commandeur
* Voir plus huât, t. ii, p. Î17, n. 6, cl p. 12», n. 8.