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262 LES PËTITS-FJLS D'AA|CàULD D*AirBILLY.
M clion ayant lui-même condamné son livre, et le père (( provincial des Jésuites» accompagné du P. Pérusseau^ « m' ayant déclaré ^ue 1* auteur vous asaureroit par écrite
« si vous. le voulez, qu'il désavouolt et rétractoit quel- « ques faits personnels et injurieux qu'il aycit avancé c( au sujet de M. Arnaud, dont il ^voit reconnu depuis la (( fausseté ; que d'ailleurs en «onUiattant aes sentim^is, « son intention n'avoit jamais été d'offenaecune famille (( qu'il respectQ, et encore moins u(ie personne de- votre « caractère et de votre dignité ; Sa Majesté cnnt que « vous avez liçu. d'être content; el d'autant plus que la (( révocation du privilège accordé peur l'imjM'ession d» « livre ^, et l'ordre que le roi m'a donné de retrancher ic du nombre des censeurs royaux celui qui Ta approuvé, « achèveront de vous procurer la. satisfaction la plus (( désirable pour voBs^ puisque c^est à Sa Majesté méoDie « que vous en serez redevable^ Vous ne doutée pas de la « grande attention que j'aurai, suivant l'ihtentioQ du «roi, à empêcher qu'on n'imprime plus de livres qui (( contiennent des excès semblables. Vous savez & quel a point je suis, Monsieur, votre très affectÎQimé serviteur. « D* Aguesseau. — Versailles, 18 février 1748. » . Cette lettre était un véritable triomphe pôlir l'àbb^de Pomponne. Maûs, ou il Iqi était interdit d'en révéler la teneur, et alors son triomphe était illusoire ; ou il pouvait la rendre publique, et alors U se montra fidèle à ses habitudes de succès ineoffnitê en renfermant son triomphé dans son enveloppe, et en le déposant tout scellé le 17 février 17&8 chez le notaire qui avait dresdé sa pro-
1 Sylvain Pérusseau, confesseur du dauphin, fils de Louis XV* 3 Affpendice^ note R. 15 février 1748»
CBAPé Vf »GT. n^ ART. IV, 26Î
oUration et enregistré sa requête. L'enveloppe portait cette suscription : « Letif^e secrettt et très impottante à H M* Tabbé de Pomponne^ doyen dti conseil^ chancelier « des ordres du roi^ à Paris '. » Lettre secrète l ces mots« et les |frécautions prises à propos de Cette lettre par son beuremx possesseur^ semblent démcmtrer qu'on avait primitiTement ffiitdu^ilence de celui-ci la clause de la répà-> ratioDé Mais sans doute les démarches des Jësuiteiâ, la révdoatioll d'un' censeur royal et la retrait d'mi privilège de librairie n'avaient pu s'accomplir sans provoquer les commentaires du public. Nécessairement la curiosité «citée ' venait s'enquérir près de l'abbé de Pomponne 9 et ce dernier 9 réduit à la nécessité de subir,. s' il se taisait^ la flétrissure qu'il ne méritait plus, et d'encourir^ s'il parlait, la dii^ftce de la cour, devait solliciter de cellek;! la permission de rompre, au niçins pûur ses àmis^ le mystérieux cachet.
C'est^ ce qud nous semMe résulter d'une lettre écrite par l'abbé lui-lnëme [entre le 17 février et le 3 mars 17A8 ^ à l'abbesse de Maiibuis^on % lettre qui d'ailleurs offre le seul échantillon qtie notis ayons pu recouvrer du style de l'honorable académicien, a Mon affaire en «question, écrit-il^ est beureuseihent terminée à iha « grande satisfaction par les bontés et la justice du roi. « 1* Sa Majesté a fait chasser M. de Marscilly et déplacer « 1* approbateur du livre ^, et lui a retiré sa pension,
1 Appendice^ note R. 17 février 1748, p. 2 et 7.
1 Dans cette lettre Tabbé de l'omponne parle du paqoet déposé chez le notaire )e 17 février, et dit qu'il n'était pas encore ouvert. l\ le fut le 2 mars suivant.
5 V6ir le GalL christ., t vu, cof. 938.
6 M. de Marcilly et l'approbateur du livre nous semblent la même personne* Le procés-verbal, dressé sous les yeux et à la demande de Tabbé de
« punition exemplaire en pareille occasion, et qui fait « grand bruit dans Paris. 2"* Elle a fait supprimer par « un arrêt du conseil le privilège accordé pour ce mé- « chant livre. S"* Ell^ a ordonné à monseigneur le chana celier de m' écrire de sa part une grande et longue tt dépêche qui porte en substance que Sa Majesté, ^yant u sçu les plaintes que j'ai portées à ses pieds après avoir « retiré par ses ordres ma plainte portée au parlement, (( ma satisfaction devoit être entière puisque le P. Pichon « s'étoit rétracté de la totalité de son liyre, et que mona seigneur l'archevêque de Paris Favoit condamné ; « qu'elle s'étoit fait instruire et avoit eu* un écrit des c( Jésuites ^ par lequel ils désavouoient les faussetés, les (( termes injurieux et tous les excès où s'étoit porté le a P. Pichon, leur confrère, promettant qu'à l'avenir il « ne paroltroit aucune chose semblable contre M. Âr- (( nauld,.nion grand-oncle, auquel il porteroit honneur u et à toute ma famille, à ma personne et à ma dignité. « Cette dépêche est signée de M. le chancelier, de la part a du roi. A moi permis d* en faire tel usage qu'il me con- « viendra et d'en distribuer dans toutes les branches de tt ma famille^; Sa Majesté entendant par tout ce qui est a dit ci-dessus qu'il n'arrive rien de sembkdl)le contre la
Pomponne, porte, p. 5 : c Sa Majesté a ordonné à M. le chancelier de rayc^ « du catalogue des censeurs royaux M. de Mardllj, docteur de Sorik>nne, « approbateur du llTre du P. Pichon. •
1 Ceci est fiiux ; voir la lettre du chancelier.
2 On ne trouve rien de semblable dans la lettre du chancelier. D*ailleurs sMl a été permis à Tabbé de Pomponne de faire de cette lettre Ul usage qui lui conviendrait, à quoi bon cette permission spéciale <f en distribuer dans toutes les branches de sa famille? Enfin si cette permission, quelque restreinte qu*elle soit, a été accordée dès le principe, pourquoi enfermer sous enveloppe cachetée cette lettre seerétt?
COAP. Y, SBCT. n. ART. IV. 265
« personne de M. Arnaidd et contre sa famille. Je- vous a envoyerai la copie de cette dépèche quand elle sera 0 retirée de chez le notaire où elle .Qst en dépôt. Cette « satisfaction, qui me vient de la part du roi, m'est plus « honorable que si les révérends pères Jésuites des trois « maisons étoient venus, comme je m'en étois contenté, « me faire satisfaction chez moi. [Nous sommes persuadé (( que les Jésuites aussi préférsûent cette solution, et que « sur ce point du moins ils se trouvaient d'accord avec a la famille Amauld.] Ils n'avoient qu'à nier le fait^ et « je n'en aurois eu aucune preuve. Au lieu que cette <( lettre de M. le .chancelier est une pièce authentique « qui sera conservée dans toutes les branches de ma face mille. Les cardinaux Rohan et Tencin, et M. de Mire- « poix ^ ont fait le diable . à quatre. Mais Sa Majesté, tt malgré toute leur sollicitation, a bien voulu me donner 0 des marque^ de sa justice et de sa bienveillance, j^
It ne manquait plus à cette bienveillance que de la rendre publique, et 3ans doute Pomponne obtint la permission de le faire ; car le 2 mars 17A8 ^ il se transporta chez âon notaire, puis, en présence de celui-ci et d'un de ses collègues, il retira la précieuse lettre de sa trop dis* crête enveloppe et fit consigner le tout dans un ample procès- verbal. Dès lors son secret put s'échapper de l'é-* tude où il l'avait enfoui. Les plumes des clercs valaient bien pour cela les roseaux mythologiques, et bientôt le secret prit son essor. Les copies de la lettre se multiplièrent. C'était à ce qu'il parait la seule publicité que la cour eût permise. Mais soit que Pomponne la trouvât
1 Jean-Baptiste de Charopflour.
3 Voir V Appendice, note R, à cette date.
t6ê LES PBTIT8-FaS D'ARMâCIA D^AMBUXY.
inauffisante, soit qu'elle parût telle à des amis du grud Aniauld qui a' avaient rien à ménager avee la fitTeur, un jour la lettre parut imprimée sous ce titre : Le triomphe ëe 4f . Amautd ^ Grand fut Témoi* Leei auteurs même des Nouvelles ecclésiastiques, ces organes violents du système janséniste, qui depuis deux ans poursuivaient à outrance le livre du P. Pichon^, bl&mèrent une semblable démarche. « Il parolt, disaient-ils, un imprimé de boit « pages in-quarto, auquel, par une affectation générale- « ment désavouée, Y éditeur inconnu vl donné ridicule- Il ment pour titre : Triomphe de M. Arnauld ^. » Ou uo)is nous trompons fort, ou \ éditeur n'était pas aussi inconnu des folliculaires jansénistes que ceux-ci l'avançùent. Au moment où leur parti se trouvait en butte à tant d'ennemis, ils ne se servaient pas joints aux agresseurs s'ils avaient craint d'atteindre un ami caché. Dans leur langage amer, n'y aurait^l pas le ressentiment d'une trahison et comme un arrière souvenir de la démission à propos de laquelle ils aiguisaient naguère leur ironie *f Ce qui nous le ferait penser, c'est que les copies manuscrites répandues par l'abbé de Pomponne paraissent n*avoir reproduit que la lettre du chancelier -et l'acte de dépôt; à cela du moins se borne le contenu du seul exemplaire que nous en ayons pu découvrir ^; tandis que l'imprimé contient, outre ces pièces, la procuradon, l'adhésion et la requête qui dès lors ont clû sortir direc-
» Ap^vdiçe, nple ^., som le n* 17 bit» 3 SouvcU. eccléê,, de 1745 à 1748, passitn»
3 Ibid., n» (lu 30 avril 1748, p. 72. t- Cf. Supplém. aux Nouv, eedés,, du 4 juin 174^^\ p. 89.
4 Voir plus haut, t. ii, p. i'51.
^ (:\sL l<' u" 17 lin rrnc. il il.* i'.ihbé DelaR, Appendice^ noie R.
GHAP. V, 6RCT. U, ART. IVi 267
tement de l'étude où les avait déposées Pomponne, dont elles intéressaient ramoui^propre sans rien ajouter au triomphe du docteur AmatUd. Cette iiypothèse d'ailleurs serait as8e2S conforme aux halbitudes anonymes de l'abbé; Mais en tout cas celui-ci, effirayA^ conime d^ordinaire d'uB succès qui côtoyait un péril, renia TcBuvre, qui, si elle n'était pas la sienne, était celle d'un ami.
Alors intervint l'arrêt suivant < i a Le roy ayant été tt informé qu'on répandoit dans le public un écrit întifi tulé : Le triomphe de M. Amautd, Sa Majesté aurôit « reconnu, par le compte qui lui en a été rendu, qu'on y n ^voit eu la témérité de publier des faits qui s'étoient « passes sous ses yeux, et même une lettre écrite par a son ordre au sieur abbé de Pomponne, doyen de son tf conseil et chancelier . de ses ordres ; oe qui auroit ^n- « gagé cet abbé i porter ses ptaiptes au roy d'une An- ^ pre^ion fmte à fon insçu, ^ui l'offensoit personhetle* a ment^ autant qu'elle éunt contraire au respect qui est « dû & Sa Majesté, et dont tY la suppHoit de ne taieser suh-a ii^teraueun vestige. Que d'ailleurs le titve même qu'on a tt donpé k cet écrit suffirait seul pour faire vofa* aianifea^ « tement qu'on avoit cherché à abuser d'une lettre qui a r' avoit pour objet que la rétractation de quelques faitÉ Ci injurieux k la personne du feu sieur Arnaud, sans qu'il ((fût question de ses sentimens, l'auteur qui se rétrao- (( tpit ayant seuiement déclaré sur ce point, qu'en les tt combattant, son intention n'aVoit jamais été d^ offenser « la famille ni la personne du sieur abbé de Pomponne ; tt et que cependant on avoit voulu présenter au public tt cette rétractation comme une justification solemnelle
1 Appendice, note R.| n"* i8.
268 LES PEIITS-nLS Q'âKNAOLD D*ANDaLY.
c( des sentimens du feu sieur Arnauld, malgré la censure K toujours subsistante qu'ils avaient éprouvée de la part a de la Faculté de théologie de Paris, en sorte qu'il étoit (( visible que ceux qui ont fait imprimer cet écrit n'att voient eu en vue que de troubler de nouveau la paix de jR l'Église. A quoi étant nécessaire de pourvoir. Sa Maiijfisté^ étant en son conseil, a ordonné et ordonne que « l'écrit qui a pour titre : Le triomphe de M. Arnauld, « iipprimé sans privilège ni permission, sera et demeu- « rera supprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont des a exemplaires de les remettre incessamment au greffe du « conseil pour y être supprimez. Fait, Sa Majesté, très c( expresses inhibition et défenses à tous imprimeurs, a libraires, colporteurs ou autres... d'en imprimer, ven- « dre, débiter ou autrement distribuer, à peine de pu- « nition exemplaire. Enjoint au sieur Berryer, maître des « requêtes, lieutenant-général de police dans la ville et « banlieue de Paris, de tenir la main à l'exécution du « présent arrêt, lequel sera /u, publié et affiché partout « où besoin sera. Fait au conseil d'état du roy^ Sa Mail jesté y étante tenu à Versailles, le 27 avril 17A8. a Signé: Phblypeaux. » — « Cet arrêt, disent les auteurs « des Nouvelles ecclésiastiques ^ diminue, non le triom- « pbe de H. Arnauld, qui, au jugement des personnes tt instruites et impartiales, a toujours triomphé et triem- (( phera toujours, mais la satisfaction dont M. l'abbé de a Pomponne s' étoit flatté ; car il résulte évidemment du « préambule de l'arrêt, que ce qu'on a fait pour le satisn faire n'a eu pour objet tout au plus que la rétractation (( de quelques faits injurieux à la personne du grand Ar-
t N« da 4 juin i748f p. 90, $ u.
CHAP. y^ acT; n. am. i?. 269
u nauld, et cpie tout s'est réduit de la part du P. Pichon à « déclarer que son inteniion n'avoit jamais été if offenser
rc tA FAMILLE NI LA PEKSONNE DU SIEUH ABBÉ DE POBIPONNE. A
ce l'égard des sentimens de IK. Amauld, il n'est nullement <c question de les justifier ; et oomme si l'on vouloit même c( donner au P. Pichon gain de cause sur ce point, l'on rap- « pelle la censure toujours subsistante (dit-on) , de la Faa culte de théologie contre ce célèbre docteur; censure « qui n'a rien de commun avec le sujet du livre du Jésuite ; ce censure aujourd'hui si décriée parmi tous les gens inScf truits ; censure (pour le dire ici en passant) , sur laquelle ' ce il est aisé de se mettre au fait par la lecture de la troia sième Lettre provinciale ^; et dont on peut voir aussi ce une relation succincte, mais exacte, dans V Abrégé de c( C histoire de Port^Boyal, par feu M. Racine ; censure « enfin qui, n'ayant aucun trait à la matière du livre du « P. Pichon, ne fait pas que le livre de la Fréquente ce communion de M. Amauld soit digne (comme ce Jec( suite le dit), de toutes les censures de l'Église et de u toute l'horreur des Chrétiens. On a fait entendre au roi a (selon la dernière phrase du préambule de cet arrêt) , u c[ue: crceux qui ont fait imprimer l'acte de dépôt fait tt par M. de Pomponne, n'avoient eu en vue que de trouce bler DE NOUVEAU la paix de l'Église. Cet exposé fait voir c( combien bn en impose au roi sur le véritable état de « l'Église, et sûr ceux qui y causent réellement le trouble « ou Ta paix. Et quelle autre vue auroient pu avoir ceux c( qui ont fait imprimer cet acte, sinon de rendre du « moins la foible et très foible réparation faite à M. Aria nauld aussi publique que le livre abominable où il est
\ Cfr Supplém, aux Nouv. eccUs,, dn 29 octobre 17^8, p. 175.
QIO LES PBinS^nLS D'^AUADLD B^àXDULY.
u ai indignement calomnié P» Voilà ce que pensait le parti janséniste de la réparation obtenue par l'abbé de Pomponne.
Voici comment ses chefs agissaient quand ils étaient animés de l'esprit du grand Arnauld. — Lorsque Tévèque d' Auserre avait vu le petit-neveu de son héros battre en retraite devant un seul Jésuite, renfermant son dédain en lui-même, il s'était précipité seul contre tous les Jésuites k la fois ; et pour attaquer le corps sur lequel d'après la logique constante du parti il voulait taire tomber le blâme mérité par un de ses membres, il avait choisi le premier prétexte qui s'était offert, un mandement sur Tusage des œufs durant le carême de l'année 1760 ^ Dans ce mandement, il se posait cette question : a D'où vient « donc que nos disputes ne finissent point?» Et il répondait : c( Gela vient surtout d'une société d'hommes (c dans* l'Église qtd ne voudroient les voirfmies que par K l'établissement paisible des nouveautés profones et des i( erreurs pernicieuses qu'ils ont introduites et qu'ils en- (( seignent ; et par la proscription d'une doctrine toujours « i*évérée dans l'Église, et de vérités très importantes « appuyées sur le fondement inébranlable de l'Écriture « et de la tradition... Avec de tels hommes, et à de telles (( conditions, il est impossible d'avoir une paix solide et « durable ; parceque la paix véritable ne peut être fondée (( que sur la vérité ^. »
Cette attaque ne pouvait rester sans réponse. Le chef et l'antagoniste de M. Caylus, qui avait hésité à soutenir un Jésuite seul, descendit plus vaillamment dans la lice
1 C'est le D« 37 du recueil de M* Delan» Appendice, note R.
2 JHdm, Pf 30| S sxxi*
pour les sputenir tpus, Ifi métrop§UUi|Q écrit aa spffFar gaal : « C'est uqô }pJuf§ 911^ vpiitf noi4^ faife^ à nous tous n qu3 r invective violente qu^ vou^ffâtes [ceci est le style tf d'up pieinbre 4^ T Académie française]» contre une soa ciété qui, sous uos ordres, rep44es servii^e^ utiles au$ u peuples qui bou^ sout confiés... Par pe seul trait vous u faites du S^ut-^iége et de tous les évèques du inonde tt des prévaricfiteurs ou par indolence, pu par m&\h u gnité..«'» Aces reprqobes asse^ vifs succèdent bientdtt^ sous la pluuie toujours un peu hésitante du prélat, de tendres prière. Il ne croit pas, lui, quç U Pf^x soit ini^>a)pati))ie avec Fei^isteupe de la Société de Jésus, et il dît ft son su})Qrdonné : «Tout supérieur que uous somuaes, u prosterpé à vos genoux, nous vous la deinandons cettq tt paix au nom de Jésus-Cl^rist, notre père et notre juge j a notre père en ce jour pour réunir ^ la famille l'ppfant fi qui s'en est égaré, et bientôt peut*ètre notre juge ^ I »
tt Relevez-vous, Monseigneur, lui répond l'évèque a d'Auxerre, car je ne dois pas laisser à mes genoux mon a métropolitain et mon supérieur; upe posture si t^umi- (( liante ue vous conviept pas... )1 vous étoit réservé de a foulerauxpieds toutes les bienséances, de n^e calomnier, a de m'outrager, sans que j'y aye donné lieu et de vous « prosterner à mes genoux pour me comparer à Tenfaqt tt prodigue... Quand vous parlez ainsi, on croit entendre, « non un archevêque qui écrit à l'ancien de sa proa vince et du royaume, mais un Jésuite en colère qui fe « tâche j sous un nom respectable, pour exhaler sa bile ^.»
Ce langage à coup sûr est plus grossier qu'il n'est
1 DeUey, Vie de Caylua, t. ii, p. 319. 3 Jbid., p. 333. » Ibid.
272 LES PEITTS-PaS D'ARNACID D'ANDULT.
apostolique ; mais dans sa brutale véhémence n'appartient-il point à l'école qui démontrait géométriquement la manière de dire des injures ^ plutôt qu'à celle où l'on suppliait le roi d'anéantir Fort-Royal dans le souvenir de la famille Arnauld, et de ne laisser subsister pour celle-ci apcun vestige de son dernier triomphe ? — Triomphe éphémère qui du huis-clos était passé sans transition sous les fourches caudines ! Triomphe flétrissant qui avait amené ,un vieillard septuagénaire à voir renouveler, par le conseil dont il était doyen, et consigner dans un arrêt, en présence du roi, cette censure presque oubliée de la Sorbonne contre son grand-oncle, à laquelle dans sa jeunesse il avait dû éviter de souscrire pour échapper au déshonneur-. — Et cependant cette épreuve n'était ni la dernière ni la plus humiliante de celles que la fortune réservait à son triste courage.
Tout le temps qu'avait vécu son frère aîné, c'était à celui-ci que l'abbé de Pomponne avait laissé le soin d'oublier pendant quinze ans dans un caveau les restes exhumés de leur famille, puis de les enfouir entre quelques planches, avec des inscriptions de parchemin^. Maintenant que ce frère était mort, c'était à l'abbé luimême qu'il eût surtout appartenu de prendre quelques mesures plus efficaces pour la conservation de cet illustre dépôt. <( On avoit pensé dès 1725, dit Guilbert avec son
1 Voir plus haut, t. ir, p. 46], n. S. — ^L*éTê((ue d*Auxerre notait pas d^aiU leurs le seul prélat janséniste chei qui les démonstrations du pund Amauld eussent produit la conviction, et entraîné la pratique. L^évéque de Montpellier ne parlait jamais des ennemis du Jansénisme autrement q[a*en les désijçnant comme de puants Molinistts. (Collet, Lettres critiq* wmr éifér. pointé tfhist», p. 3.)
2 Voir plus haut, t. ii, p. 335.
^ Voir plus haut, t. ii, p. 232.
GHAP. y^ SEGT. n^ AKT. IV. 273
u exactitude janséniste ^ que cette bière de chêne et c( ces étiquettes de parchemin ne pourroient résister à « l'humidité d'une chapelle souterraine, surtout étant tt enfermées dans la terre ou le sable. U fallut se cona tenter alors de ce que M. de Pomponne voulut faire, « sauf à réparer un jour ce qu'on voyoit être mal fait. )> Dans cette prévision, on avait pris et soigneusement conservé le plan de la bière et de la place qu'y occupait chacune des précieuses dépouilles 2.
Vingt-trois ans s'étaient écoulés [4 725-1748]. La veuve du marquis de Pomponne, Constance de Harville, existait encore ^, mais elle était âgée de soixante-seize ans ; sa fille unique, Constance-Emilie, qui avait dû porter la terre de Palaiseau au marquis de Gamache, était morte [19 mars 1745] *, et le curé de Palaiseau, si favorable aux idées jansénistes, était atteint d'une maladie mortelle ^. Les conjonctures prévues jadis par le ministie Le Blanc ® étaient sur le point de se rencontrer, et personne n'y avait pourvu. Cependant, dit Guilbert^ u quelle ques personnes de piété étoient toujours inquiètes sur « cet article, et pressoient pour qu'on mît ce précieux « dépôt plus sûrement. » Mais on avait attendu sans doute jusqu'au dernier moment que la famille Arnauld, près dé qui devaient avoir lieu ces instances, prît l'initiative. Vaine attente ! « Cette translation, poursuit Guil-
i Mém, ehronoL, U ti, p. 295.
2 JbiiL, p. 296.
S Elle ne mourut que le h juillet 1756. (Journal de Verdun, août 1756, . 158.)
A Journal de Verdun, mai 1745, p. 399. s Guilbert, Mém, ehron*, L vi, p. 295. 0 Voir plus haut, t; ii, p. 232.
^ Mém, ehronoU, ibid.
21 h LES PEliTS-WL9 b'ARffAClb CfAMbiLLT.
«bert*, constituoît en fl-ais; peu de pél^Oniies eussent « voulu Jaire lès dépenses convenables. Un gétitilhoiiime « vivement atiiiiié de l'esprit de religion [(Jui tl'avait « probaiblemetit ni bénéfices de trente tîiHle llVres de « tente, ni fantaisie dé quatre cjett mille litres], sans « s*eitibafràsser de cet obstacle, ilë pènsà qti'â Texécu- « tioti d*un {)rojet [trop] lohgtetnps dilféré.... Totit étant ({ disposé, il procéda avec recUeîllemetit 6i respect, mais « sans aucune autre cérémonie, à cette œtivre de pîétê. » Le samedi 20 juillet 17â8, après qu'un sarcophage de pierre eUt été tnystérîeiisement descendu dans les cryptes de PalaiseaUi après que lé bedeau et quatre prêtres s'y furent réunis, le gentilhomme y fentra suivi de quelques ouvriers*, et les portes durent se refermef. L'un des assistants tenait une pluine pouf dresser procès-vetbal de ce qui allait s'accomplir *.
Ce procès-verbal dont Guilbert avait eti communication, ihais dont il n'avait publié le texte qu'en y suppri- , mant par pmdence les noms du gentilhomme jusqu'à cette heure inconnu et de ses pieux complices, nous l'avons retrouvé, sur l'indîcatioti de notre collègue, M. le comte de L'Escalopier, entre les mains si rioïies et si libérales de M. Feuillet de Couches, qui a bien voulu nous le communiquer. En voici la copie :
« Aujourd'hui est comparu pardevant les conseillers (( du roy, notaires à Paris, soussignés, messire Gabriel- « Etienne Rioult de Curzay *, chevallier, seigneur de
1 Méfm ehron., U vi, p, S95.
2 Jbid.
» IbitL, p. 297.
A La Chesnaye Desboîs, Dict. de la nobUste, et lé K Anselme, Gencdf., Y* Cunaj.
chAp. v^ ffiCT. H, àSiii ifi tT5
n Cutzay, Fotzon, Boismétais^ La Rdche et autres lieux^ « demeurant à Paris^ rue des Fossés-de-l'Ëstrapade, pa- <c roisse SaiutrEtienne-du-Mont ; lequel a apporté à Dece langlard, notaire, Fun des soussignés, Toriginal en c( parchemin d'un proeès-yerbal eti forme de certifficat a du changement de la czdsse où étoient reiiflmnées « différentes reliques en l'église de Palaiseau, en datte tt du 20 juiUet 17i8, contrôlé à Paris par Lacroix, le 19 « avril dernier ; requérant ledit Delanglard de le garder « au rang de ses minuttes, pour lui en délivrer les ex- « péditions nécessaires, dont acte après qu'il a été dudi|. « sieur de Curzay signé et paraffé en présence des np- (( taires soussignés. Fait et passé à Paris, es études, l'an n 1740, le 2 may^ Et a signé la minutte des présentes, H demeurée audit maître Delanglard.
0 Ensuit la teneur dudtt certificat.
f« Nous ëoussignés certiffiôns à qui il appartiendra que (c le samedi vingtième juillet 1748, par respect pour lès Il saintes reliques de Port-Royal enfermées dans la cha- « pellç basse de l'église de Palaîseaii, et pour la consera vaticfn d'icelles; lesdites teliques, ayant été tirées de la « caisse et grande boëte de bois presqu'entièrement (( pourie où elles étoient déposées, ont été remises dans le « même ordre, et en observant les mêmes numéros, dans ({ des bdëtes de plomb chargées chacune d'une étiquette ff de ôuivre sur laquelle a été gravée la même inscription « qué pdttoit la précédente étiquette de parchemin ' ; le Cl tout renfermé dans une grande auge de pierre enfoncée ^ en terre au même lieu et en la même place où étoit
^ c Les èti(iuettes de parchemin étoient algfttées par rhnmidité qu*on n^en m put lire ^^tine setitet t (Goilbert, HÊhH. ehronoU, U vi, p. 396.)
276 LES PSTITS-FOS D'ARNAI^LD D^AIVDILLY.
« cy-deyant la susdite caisse de bois ; après quoi ladite <c auge a été couverte d'une dalle de pierre pardessus c( laquelle a été remis l'ancien carreau de ladite chapelle « au même état où il étoit auparavant En foy de quoi n nous* avons signé le présent acte, et fait double. — « Signé Dumont, prêtre chanoine dePalaiseau ; De Guertt ville, chapelain de Palaiseau ; N. Levasseur, chanoioe « et chapelain de Palaiseau ; Blacourt, ancien domesti- « que de M. Tabbé Lambert, prieur de Palaiseau ; Pierre « Alexandre Danjan, architecte, comme ayant conduit tt le susdit ouvrage ; François Leclair, masson, qui a fait « ledit ouvrage ; Etienne Plet, bedeau de ladite paroisse; tt Bance, prêtre doyen des chanoines, et vicaire.
« A côté est écrit : ControUé à Paris le 19 avril 1749. « Reçu 12 s. Signé Lacroix. Au dos est encore écrit: tt Signé et paraffé au désir de F acte de dépôt passé dett vant les notaires soussignés cejourd'buy 2 may 17i9. « Signé Rioult de Gurzay.
(( Est l'original des présentes demeuré annexé à la « minute de l'acte de dépôt dont expédition est cy-dessos (( et de l'autre part, le tout demeuré audit maître Det< langlard, notaire. — £wmtfr^e:Scelé ledit jour. xvis. tt — Signé Duchêne (?) , Delanglard. »
Ainsi, un pauvre gentilhomme que la découverte de son nom laisse tout aussi inconnu que le silence de Guilbert, quelques prêtres ignorés comme lui, un architecte, un maçon, un ancien valet et le bedeau de la paroisse, voilà le dernier cortège de ces noms qui ont ému le siècle de Louis XIV et dont les béritiers resplendissent à la cour de Louis XV ! C'est pour ceux-là seulement à qui elles ne sont rien que les dépouilles de la famille Amauld deviennent de saintes reliques. A moins que derrière ces