LE CHEVALIER DE POMPONNE
ARTICLE I
' MUice de la famille Amauld^
De toytes les carrières où s'était illustrée la famiDe Amauld, il en était une cependant dont Tabbé de Pomponne n'avait pu cumuler les honneurs, car elle était incompatible avec celle qu'il parcourait si fructueusement ; c'était la carrière des armes. L'épée d'ailleurs, raide et droite, se prête mal aux génuflexions. — Et puis dans la famille Amauld s'était établie cette croyance que quiconque la portait était fatalement poursuivi par le sort ^ On eût dit qu'il leur fallait la déposer pour con-
^ G*e8t du moins ainsi que nous croyons devoir eipUquer et retliciiidre Iflt doléanees dei Arnanld sur ce qu*ils appelaient la mauvaise fortune de leur maisoq. La vie de Pomponne et de Tabbé son fils portent un démenti suffisant à ces doléances en ce qui concerne les carrières civiles ; la carrière mililaire seule fût peu ftivoraUe à la ftimiUe Amauld, même dais la brandie des Feuquièresi qui s*/ était vouée à peu près exclusivement, — (Cf. Mém, (f iim. tTÀndilly, part ii, p. 156 ; Mém. de Cabbé Àmamld, part. I, p. 175 et 191 ; part, ii, p. 145 et 183, Tallemant des Réaux, Bif torittte», U II, p. 300, etc.)
CBAB. V, ttCT. ni^ ART. I. 279
jurer la fortune. — Ainsi F aïeul de tous, celui qui des montagnes d'Auvergne avait transporté sa race à la cour* pouvait, comme il le disait lui-même, allonger ou ra* eourcir sa robe à volonté ^ Mais pendant qu'il la portail courte à la tète d'une compagnie de chevau-légers, il végéta simple partisan ; à peine T eut-il allongée, qu'il devint procureur général de Catherine de Médicis ^.
Parmi ses douae enfants il comptait huit fils ^. Cinq portèrent la robe longue K Antoine, le célèbre avocat, fut comme son père procureur général de Catherine, auditeur des comptes, contrôleur des restes, et refusa, si l'on en croit d' Andilly, d'être ayocat général, conseil* \&t d'état et premier président au parlement de Provence ^. Des puînés de celui-ci, l'un, Isaac, fut intendant des finances, Claude fut trésorier de France, deu2( auti-es enfin, David et Louis, furent contrôleurs des restes^. -^ Des trois fils qui portèrent la robe courte, l'alné, Jean, surpris par les Ligueurs dans la petite ville de Leaoux, et réduit à rendre une tour où il s'était réfugié, s'en fit ouvrir les portes, se jeta sur les ennemis le pourpoint déboutonné, et se fit percer de vingt coups d'épée ^ Penjamin fut tué au siège de Gergeau en 1589, aux pieds d'Henri III *. Enfin Pierre, le restaurateur de la discipline romaine dans nos catnps ^, le digne représentant de la
1 Mém, d*Àrn. (CAndHijis pari, i, p« 6.
> Voir plus kwU U h ^^»VAppeu^iiç0, noie n.
9 Voir plmlwut, U II, p« SiS» qi 2«
4 Mém. 4'Arn, d^ Andilly, piurt, i, p, 6-38.
B Voir plos jiaut, tt ii dans V Appendice, note D.
« Ibid.
7 Mém. d^Arn. d'A^myt paru i, p. a-i3.
8 Jbid., p. 56.
9 Mém. de Pontis, 1. 1, lir. ti, p. 3i4-3i8.-f Cf. Mém^d^Arn. d'Andilty, part. I, p« 52, et ses Lettres, p. 492.
280 LES PETITS-FaS D'ARNÂDLD D'AIIDILLT.
France dans ceux de Gustave-Adolphe ^ fut ce gouverneur du Fort-Louis qui fit les dispositions les plus habiles afin de réduire La Rochelle, où devait se trouver pour lui le bâton de maréchal ^, et qui mourut' du chagrin de voir entraver son projet, quatre années avant que Richelieu profitât de ses préparatifs pour le réaliser [1621-1628] ^.
La génération qui donna vingt enfants à l'avocat Antoine n'en donna qu'un seul aux combats et par conséquent à la mort prématurée des braves. Ce fut Simon, lieutenant de la mestre de camp des Carabins, tué d'un coup de mousquet en poursuivant l'ennemi sous les mors de Verdun ^. — Dans ime ligne collatérale, les deux uniques fils de l'intendant Isaac, cousins-germains de Simon, prirent le parti des armes. Le plus jeune fut tué devant Berg-op-Zoom ^. L'alné, qui portait comme son père le prénom d' Isaac, dut à ses infortunes militaires le surnom d' Amauld Philipsbourg ^ et le chagrin qui couronna ses revers en lui amenant la mort à la suite d'une jaunisse*.
^ans la génération suivante, trois des fils de d'An-
1 Mim. d'Avfu (tÀndiUy, part i, p. 4S.
2 Ibid,^ p. 59.
s Le 14 septembre 1624« (Lettrée de la M. Angélique, U i, p. 19, lettre x, du 19 septembre 16240
4 Mém^ de Richelieu, édit de M. Petitot, t ii (xxii* de la S* série), p. 238* Voir plus haut, t. u, p. 64, la lettre de d'Andilly au rd, en date du 17 octobre 1658, et dans ses Lettres imprimées, p. 492.
B Mém, de d'Àndilly, part i, p. 65 ; Mém» de Cabbé Amauld, part i, p. 172 ; Mém, de la M. Antfélique, t u, p. 803 ; t. m, p. 299 ; Lettres de d^Andilly, p. 240 ; Lettres de la M. Angélique ; t i, p. 63, lettre XL, du 23 mars 1635, et p. 154, lettre lxxxit, de 14 juillet 1639.
^ Mém, d*Arn, d'Andilly, part i, p. 75.
7 Ibid., p. 76 ; Tallemant des KédMt,[Historiettes, t u, p. 299 ; Lettres de la M. Angélique, 1. 1, p. 56, lettre xxxvin, du 8'féTricr 1635, et p. 59, lettre ixxix, du 1 9 février 1635.
* Mém, de l'abbé Arnauld, part u, p. 180.
CHAP. y, SECT. m, ART. II. 281
dilly, Antoine, Luzancy et Villeneuve, ainsi que Séricourt, l'un des cinq fils de Madame Le Maistre, furent destinés à porter l'épée. Des quatre, un seul persévéra ; Villeneuve, qui fut tué à sa première campagne ^ Trois abandonnèrent le service et vécurent selon leur goût, l'un voluptueux abbé,les autres édifiants et heureux solitaires* Malgré tant de tristes antécédents, le premier marquis de Pomponne destina l'un de ses fds à la périlleuse carrière qui avait dévoré ou rebuté onze membres de sa famille ; et ce fils, par un destin bizarre, résuma dans sa courte existence toutes les infortunes et toutes les gloires militaires des siens, tandis que son frère, Tabbé de Pomponne, en cumulait les dignités et les bassesses.
ARTICLE IL Le chevalier, anachorète et soldat,
Antoine-Joseph, filleul du grand Arnauld^, né après Nicolas-Simon, mais avant Henri-Charles ', était ce gra-
1 Voir plus haut, t. ii, p. 189 et 209.
2 Œuvre» du doct, Amauld, t.'ni, p. 692, leltre dcccclxxxit, du 11 novembre 1693.
s II était né, selon nous, en 1664» avant sa sœur Charlotte, née en 1665. (NauvelL eecU»,^ du 6 mars 1647, p. 40.) En effet son père s*éUnt rendu à Stockolm, où il arriva le 16 février 1666 (M" de TArsenal H. Fr., in-^, n" 635, p. 7), où ne le suivit pas M"* de Pomponne, et y ayant séjourné jusqu'au 4 août 1668 y^ibid)^ Antoine Joseph dut naître au plus tard en 1666. Mais s'il était né en 1666, il nous parait peut probable qu*à Tàge de cinq ans on lui ait fait apprendre des vers de mémoire, comme sa mère Técrit le 27 août 1671 (voir plus haut, t. n, p. 118) ; 11 n*a pu non plus naître en 1665, époque de la naissance de Charlotte, ni en 1663, date de la naissance de Marie Emmanuelle [voir plus haut, t. ii, p. 217, n. 1]. H est donc venu au monde en 1664; et c'est à tort que le Mercure galant (décembre 1693, p. 71 ) le fait naître après Tabbé de Pomponne. Cette faute n'est d'ailleurs
1B2 LES PETITS*FIU D'AHlfàUID A'ARDILLT.
deux Toinon que nous avons vu sous les omlNràgeB de Pomponne hésiter indécis entre trois jeunes femmes qui tout à coup lui étaient apparues, sans qu'il .sût laquelle était sa mère ^ Au sortir des caresses recueillies sous ces ombrages, la rude milice de Malte ^ l'avait saisie différent en cela seulement de ses onclesi qui avairat préludé par les camps à une vie d'anachorète, tandis que lui il se faisait moine pour se battre; comme s'il eût voulu revendi(}uer à la fois les chances les plus rudes qu'eût affrontées sa famille» Aussi son courage adolescent, que n'épuisaient ni les marches, ni les veilles, ni les hasards des camps, ajoutait-il aux privations du soldat l'austère pénitence du cénobite ; car le jeune chevalier, s'il portait l'épée, portait la croix, l'une familière à la poitrine des ennemis, l'autre qui ne quittait jamais la sienne. Et pourquoi le tairions-nous? lorsque, rappelant ses regards des horizons lointains du combat où fuyaient les vaincus, il les reposait victorieux sur son sein gonflé d'orgueil, soudain le signe sacré lui parlait d'expiation et d'humilité. Alors se recueillant à l'écart, sous sa tente, il expas la seule que contienne Tarticle biographique inséré dans \t Mercure» — l\ se trouve dans la nouvelle collection publiée par M. Etienne Gallois (Lettres des Feuquières, t ii, p. 452, et t. m, p. 59 ) deux lettres, Tiiiie du 1*' juin et l'autre du 21 septembre 1674, écrites par M"* de Pomponne au marquis Isaac de Feuquières, où il est question du chevalier de Pomponne comme ayant fait des merveilles avec le maréchal de BellelbndSt et comme s'étant signalé durant la campagne sous les yeux du roi. Sans doute après avoir retiré le chevalier du collège en mars 1673 (itnd,y t. n, p. 120), Pomponne, son père, Pavait placé près du maréchal de Bèllefbiids, ce qu'il n'aurait pu faire si Tenfant n^avait eu au moins Une dizaine d*aiinées ; et même, à vrai dire, nous ne concevons pas comment un enfant de cet âge a pu se signaler aux yeux de Louis XIV. Mais le texte dès letUes CM formel,
1 Voir plus haut, t. ii, p. 117.
2 Mém. de la M, Angélique, 1. 1, généal., p. xvi ; D. Clémenoei, BUU ie P, i?., t. I, p. 304 ; Larrière, Vied'Arnautdf t i, p. 890.
CHAI». V, ÔËCt. !ll, ARt. il. 28S
piait humilié sa gloire sanglante; et Ton ne sait âième si sa main, après avoir déposé l'épée, ne se Saisissait point d'autres armes dirigées contre lui-même qui mè^ laient son sang à celui des ennemis '•
Mais ce que nul n'ignorait, c'est qu'à la tète de son régiment de dragons il avait décidé de la jouAiée de FleuruSf et mérité que Madame de Grignan écrivit à son père : ti Qu'il est aisé, Monsieur « de se représanler la tt sensible joye que vous donne la gloire que vient d'aé^ « quérir M. le chevalin de Pomponne I QUel bonheur qu'il Il soit eschapé au péril qu'il a oouru^ et qu'au lieu de « vous coûter des larmes» vous goûtiei le solide plaisir « de l'estimer autant que vous l'âymési et de le voir di»* a tingué et loué du roy et de toute la^France! C'est une « agréable lecture pour vous, Monsieur, que celle des « relations et des gasettes ', danâ lesquelles vous Voyés « qu'il ne sera jamais parlé de la bataille de FléruB «I sans que Mé voetre fils soit nbmé avee TMege que tt mérite ûeluy qui en a comancé le bonheur et donné Il l'exemple de la plus brillante valeur. Jfe puis vous ast( surer, Monsieur ^ que je n'ay point encore leu celte ao- « tlon et tout ce qu'il a fait dans la Suitte de la bataille, M sans avoir les Is^mes aux yeux^ en songeant à ce que d Vous et Madame de Pomponne sentirés eii l'apredant. « Je n^ay point songé à luy, car il a la miûe de ne pas n Conter pour beaucoup de n'estre point merti et d'avoir
i Œuvre» du doct. Àrnauld^ U m, p. 695, lettre dcccclxxxtii, da 18 novembre 1693.
2 Voir Mercure galant (exlraordin.), Relation de la bataille de Fleurus, p. 65, 320, et à la fin, 26, 56| etc. •— CC Mercure galant, décembre i69d, p. 38 1 GoMêtie de France, ié novembre 1693 ; le P. Griflfet, Recueil de lettres pour servir à Vhist, milit, de Lofais XlV, t. vi, p. à32, etc.
98& LES PETlTS-FIi:.S D*ARMAUU> D'ANDILLY.
« fait tout ce qu'on peut faire de beau. Mais pour vous, (( Monsieur, qui en connoissés mieux le prix, trouvés bon a que je vous dise que j'entre dans vos sentimens avec « une tendresse qui vous feroit plaisir et qui vous doit « persuader à quel point je m'intéresse à ce qui vous « touche, et combien parfaitement je ^'ous honore ^.. » La lettre où se trouvent ces lignes, M. de Monmerqué Ta empruntée de notre dépôt — Il s'y en trouve une autre dans laquelle on voit que l'humilité chrétienne et la prière n'empêchaient le jeune colonel ni de défendre ses droits, ni de méditer avec fruit sur la science de la guerre. Cette lettre étant la seule qui nous reste de lui, nous la transcrivons en entier :
• Du camp de Warem ', ce 11 aoAt 1693.
a Permettés-moy , s'il vous plaist, Monsieur mon père, « de commencer cette lettre par vous tesmoygner ma « reconnoissance de la bonté avec laquelle vous avés « appris nostre heureux retour de la bataille. Quelque « accoutumé que je sois à recevoir des marques de vos- « tre tendresse, je vous avoue (qu'elles me sont tousjours « nouvelles, et me font tousjours un égal plaisir. -r-J'ay « receu hier la lettre que vous m'avés fait l'honneur de « m'escrire du cinq. Il ne me parolt pas par celle-là que « vous eussiés encore receu celle dans laquelle je vous « parlois d'une promotion de brigadier dont on nous mec( nace ', et à laquelle j'avois joind une lettre pour M. de « Barbezieux sur ce sujet. Il seroît inutil de Vous respet-
1 Lettres de madame de Sévigné, U iT, fae simile en finontispke, et t. IX, p. 899.
3 Voir De Quincy, HUt. milit, de Louis XIV. i. n, p. 637.
s La promotion n*eut lieu qa'après sa mort, le 28 ayril 1694. (Pinard, ChronoU hist, milit,, U viii, p. 82.)
CHAP. V, SECT. m, ART. U. 285
a ter ce qu'elles contiennent l'une et l'autre ; mais je dois tt vous dire que depuis les avoir escrittes, j'ay parlé à « M. de Luxembourg, comme je vous mendois le devoir tt faire, pour avoir le commendement d'une brigade qui u naturellement estait due à mon encienneté. J'en fus « receu comme je l'avois esté de M. de Ghartre, et il a tt esté réglé qu'à la presmière marche, le régiment de tt Bourgogne quittera la brigade d'Alon ^ pour .passer tt dans la brigade qu'avoit Boslen ^, à la gauche de la «.maison du roy, et m'en donner ainsy le commendett ment, et qu'en attendant ce changement je continuQ- « rois à prendre jour et à marcher comme brigadier. — « Si ce que l'on dit est vray^ je ne l'attenderay pas tt longtemps, M. de Luxembourg ayant dit assés haut tt qu'il marcheroit vendredy prochain. Nous ignorons « encore quel costé peut regarder cette marche, et il me tt paroist bien inutil de vous ennuier par un long résontt nement sur une chose que vous sçavés seurement. Je tt ne laisseray pas cependant de le faire, puisque vous « me l'ordonnés. Mais aussy vous aurés à essuier les tt bruttes réflections et les faux raisonnements d*un tt homme qui peut souvent raisonner sur des principes tt qui ne sont pas justes, puisque il ignore les véritables. — Le plus grand fruit que nous puissions receuillir d'une « aussy grande victoire que celle que nous venons de tt remporter ^, seroit sans doutte de nous acquérir des « quartiers d'hiver conssidérables dans le pays ennemy; « ce qui ne se peut faire que par la prise de Louvain, ou « celle de Liège. Le menque de fourage et l'assemblée
1 Mercure historique, juillet 1693, p. 100.
3 Bolen. (De Quincy, Hitt. milit» de Louis XIV, L ii| p. 636.)
3 BaUille de Nerwinde, le 29 juillet 1693.
288 LES PEÎTTS-FILS b'ARNAUIb D^AÎTOEXY.
« de trouppes que M. le prince d*Orange fait à Vîlle- (( vorde, où M. de Vîrtetiiberg Ta rejoint, et Où il a desjà « remis sur pied un esquipage d'artillerie de quarante- « six pièces de canon, rendent àans doutte cette pres- « mière entreprise impraticable. Celle de Lîége ne « paroist guerre moins difficille par le nombre des « trouppes et les retranchements qui les mettent à coii- « vert. Je ne suis pas cependant persuadé qu'elle soit « de la mesmé impossibilité ; et Je le suis au contraire « que si on vouloit prendre des mesures mt peu justes « pour cette entreprise , il seroit comme impossible « qu'elle ne réussit pas. 11 est bon, avant d'entrer dans « l'examen de cette entreprise, de se représenter en pres- « mier lieu que la cavallerie qui est dans cette place ti est toutte des trouppes de Liège, très mauvaise et qui « n*est pas encore rassurée de la desroutte de Tongre *, (c dont on n'auroit quasy point de combat à craindre. « Toutte l'infanterie du P[rince] de Liège ^ se peut quasy « conter plus mauvaise que la cavallerie ; et les cinq « bataillons que nous leurs avons envoyé de Huy', sont « bien plus propres à y mettre la peur qu'à augmenter « le nombre des combatans. D'ailleurs il n'y a point t( d'officiers, et il ne faut pas croire que M. deCérélas* « et ses lignes puissent se mettre en comparaison arec « les retranchements de Nerwinde soutenus de M. le « prince d'Orange, de M. de BaVierre, de M. de Solms 5,
i Mercure hUioripiê de juillet 1693, t, xt, p. 114.
2 Nous pensons qu'il s'agit ici de Jean-Louis Elderen, érèque de Liège, prince du saint empire. (Cr. GalL christ, L m, col. 911.)
3 Mercure historique de juillet 1693, L x?, p. 115.
4 t Le comte Serelas de Tilty... > (Ibid., p. 114*)
<^ Le 29 juillet pr^édcnt, le comte de Solm« arait ea la jambe droite cmportée d'un boulet de canon. (lb(d., août 1693, p. 217 et 139.^^r. p. 353.)
CHU». ¥> Mât. Ilt^ ART. H. S8t
Il et de trouppes exellentes. tl ne sftglt plus que de voir « Bi ces trouppes desjà espouventées ont des remparts « asBés forts pour les rassurer et les mettre à couvert. Il « me paroist, par ce que j'en ay vu» par ce que j'en ay n appris par les gens du pays/et par ce que j'en ay vu sur <i le plan de M. deLuxembourg, lorsque nous y allasmes^ « lequel cependant ne vaut pas grandes choses^ et je « vous le diS) mon père, parceque vous Taures vu appa- « renment entre les mains du roy, il me paroist, dis-je, K que ces gens-là ont profité de touttes les hauteurs qui « sont autour de Liège pour y plenter des forts, lesquels « sont fermés par la Gerge , sont frézés, galonnés et k palissades et où ils ont du canon. Il y en a cinq « comme cela, lesquels sont joinds les uns aux autres « par des retrai^chements qui ne sont qu'un assés mautt vais fossé sans fraise ny palissade. Il y a des endroits « où ils avoient commencé un second retranchement tl derrière le, presmier ; mais il n'y a guerre d'endroit où « o& ne le passe à cheval, et ils l'ont fortifié seulle- « ment de quelques meschantes espines au lieu de palis- « sades. Un pareil retranchement ne peut pas s'attaquer (I sans bien des précautions ; mais il fauderoit s'en appro- H cher lentement, occuper des postes pied à pied, s'ou- « vrir des chemins dans des lieux difflcîUes, establir des « batteries qui fissent taire les leurs, et avoir un grand « nombre de fassines pour combler le fossé, enssuitte « attaquer par plusieurs endroits à la foix. 11 seroit im- « possible que l'on n'entra dans quelque endroit de ces « lignes. La prise d'un seul de ces forts décide de la (c perte de tout le reste ; dès que vous en estes le mais- « tre, vostre pis-aller est de vous y establir, d'avoir la « hauteur sur la ville que vous abismés de canon et de
288 LES PETITS-FILS D'ARNAULD D'AIiDILLT.
(( bombes. Vous couppez leurs trouppes en deux, et en (( un mot ces gens-là ne peuvent prendre de party qu'uoe « retraitte très incertaine par la citadelle, ou une perte (( entierre et assurée. Après tout ce beau discours, et la « possibilité que j'y trouve et qui y est en effet, je doutte a que nous l'attaquions. Tout ce qui approche nostre « général n'en a pas grande envie; chacun craind pour '(( soy, et Je suis persuadé que l'on se desterminera plus- « tost pour le siège de Charleroy ^ que pour une en- (( treprise où il y auroit du risque pour tout le inonde. « — A l'esgard de ce siège, il paroist que ce seroitassés a présentement le temps de le faire. Si l'on attend plus (( tard, on trouvera peu de fourage autour de cette place, a et les paysans auront mis à couvert une grande partie « du peu qu'ils ont semé. D'ailleurs onnepeutestretrop a tranquille lorsque l'on assiège ; et dans un mois dicy « peut-estre M. le prince d'0[range] sera-t-il en estât a de vous lenterner, lorsque les trouppes d'Angleterre <( et de sa flotte l'auront rejoind. La marche de vendredy (( nous instruira de ce que nous devons attendre du reste « de la campagne. — M. Roeen^ revint hier de son ex- 0 pédition. 11 a esté jusques à Brey. De là il a envoyé « M. de René ville jusques à Hamont, lequel a envoyé de « là de petits partis dans toutte la mairie de Bolduc c( pour la faire contribuer ^. Les paysans y sont venus en « fouUe. Ils ont bien payé quatre-vingt mille livies
1 Les prévisions du Jeune cotonel se réalisèrent. (De Quincy, Bistmi^* de Louis XIV, t. II, p. 638 ; Mère. hiat. de septembre 1698» t. x?, p> 349: octobre 1693, ibid.,p. 460.)
2 De Quincy, Hist. milit, de Louis XIV, t. ii, p. 639; Merc. histy l x^* p. 464. — Cf. Mém, de Saint-Simon, t vir, p. 2.
3 De Quincy, ibid,^ p. 637.
GHAP. V, SEGT. m^ ART. U. 289
<( d'arjent content, et on donné des ostages pour près « d'un million ; petitte vengence de la coursse de M. de (( Virtim^erg '. Les maraudeurs jont bien autant gagné <( que le roy. On ne peut dire combien la licence a esté a grande, quoy qu'on ait pu faire, mais que n'hotorise ^ » point une victoire. On renvoyé demain tous nos prison- « niers. — J'avois seu dès le commencement les plaintes « que vous avés receues du M[arquis] deFeuquîères'; mais « je ne vous en avois rien mandé, sçachant la responce c( qu'il vous avoit envoyé par avance à la lettre que M. le (( maréchal de Vill[eroy] luy dit qu'il vous avoit escritte. « Vous y auréâ vu un long destail de ses raisons que je ne « vous respetteray point. Il se flatte tousjours d'estre « parfaittement bien avec M. de Luxembourg. Je craind a fort qu'il ne se trompe. Je ne luy vois en rien des ma- « nières qui approchent de l'intimité dont ils ont esté «autrefois; et en cela, il est certain qu'il est plus <c malhereux que condanable. Albergotty ^, qui est en « possession, n'a garde de menquer de l'esloygner, et « comme il convient à bien plus de gens qiie le M[arquis] (( de Feuquières, il ne manque pas de gens qui le se- (f coudent ; de sorte qu'on luy donne tous les jours des f( torts nouveaux que fort souvent il n'a pas méritez. J'ay « esté tesmoin de plusieurs, et j'ay vu avec peine que « M. de Montmorency y avoit sa bonne part. Jugez si « tout cela joind avec quelques trais qui luy eschappent « lorsqu'il croit mesme estre le plus sur ses gardes, peu-
i Mère. hi$t. de juillet 1693, L xv, p. 1 1 5.
3 Les sentiments, on le Toit, Talent mieux que rorthograpbe. Sous ce rapport le cheyalier continue plus particulièrement Luzancy. s Mém, et SainUSimon, U Ti, p. 108.
4 /Mi<., t TUi, p. 129.
« vent le biea accommocler, Ce qui est de sew eepen- « daot, c'est qu'il a tiieu envie de a'ep coosserver les « bonnes grâces; U en connoiat toutte la conséquence. — « Je joind icy un grifonage de ce que nous eoBnoisaoos «f des retrancbemeute de U^e ^) il vous eu donnera une « idée grossière, eosime celuy de Neerwlnde vous l'a « donné ^ de la hattaille, — Je ehargeay demièremient « Prailly, mon père, de vous faire mes très buQlblea re- « eominendations pour la chose du monde I4 plus difii-
« cille à trouver dans ce pays, et dont on peut cependant a le moins ce passer, Vous jugeis bien que c'est de Tar* « gent* J'ay espuisé touttes les reçources que l'on trouve « dans UA régiment 1 et le trésorier m'en a refusé abso- «lument, sur ce qu'il m'a dit n'avoir point d'ordre, a outre qu'il n'a pas un sol. Cependant, en vérité, il y a « plus de quinses jours que je n'ay pas une jHstolles, et <c que je ne paye personne. Permettes-moy d'implorer « vostre secours dans un besoin si urgent* Je sçay « qu'une fin comme celle-là doit fort gaster.une lettre; « cependant, mon père, je n'en suis pas avec moins dV « mitié, de respect ny de reconnoissance « Votre très bumble et très obéissant fila et serviteur,
« Le chevalier u| PoiipoiiiiB. 9
a Permettez-moy d'assurer ma mère des mesmes « choses. Je ne luy escris pas, puisque vous luy enc< voyés mes lettres. Je n'escrîts pas non plus à mon ona cle, de peur de l'ennuyer dans son mal. »
Cet oncle dont parle le chevalier est le pauvre vieO
1 Cetplan 1na^ascrH est çOeolîT^ment annexé k la le|lre du akH^nUkr. Mais nous n^avons pu trouver sur Nerwii^dQ que I9 r^i(i(^a de Nifînif*- SimoD. Voir plus haat, U u, p. 223t
CHAF, V, SECT. lU, ABT, H. 29i
abbé Antoine, jadis rebuté des siens, séparé par la mort depuis un an de Tévêque d'Angers' qui seul l'avait accueilli, et maintenant atteint d'une cruelle maladie près de cette autre partie de sa famille à laquelle il était venu demander l'oubli des anciens griefs et l'abri de ses derniers jours ^ Son jeune neveu, du milieu des camps, le lendemain d'une victoire, songeait à l'ancien proscrit; mais ne se rappelant que l'amnistie, il joint le souvenir qu'il lui donne à celui de sa mère.
Etait-ce prévision de ses propres destinées, ou complément des nobles qualités qu'il devait réunir ? Le brave guerrier avait plus qu'aucun des siens la piété du malheur. Ce n'était pas à cet oncle seulement que s'adressaient ses sollicitudes, mais à cet autre proscrit, son grand-oncle, qui vivait sur une terre d'exil dont Fleunis avait fait en partie une terre de conquête. Après Fleurus, l'un de ses premiers souvenirs avait été pour celui-ci, comme après Nerwinde pour celui-là; et l'espérance de contempler enfin le vieillard qu'il n'avait pas revu depuis son extrême enfance avait doublé à ses yeux le prix de sa première victoire. 11 allait s'enquérant du lieu qui recelait, dans son voisinage, le grand Arnauld ; et celui-ci en était réduit à craindre pour sa sûreté le résultat de cette généreuse investigation. « 11 me croit peut-être plus près « de la nouvelle conquête, écrivait-il en parlant du cheva- <( lier ; mais quelque part que je sois, il est très importe tant que cela demeure secret ^. » Le docteur était forcé de se dérober ainsi à l'empressement de son petit-neveu,
i Voir plus haut, 1 1, p. 277, n. 2, et t. ii, p. 33 et 34. 2 Œuvres du doc, Amauid, L m, p. 584, leUre dgccgxxix, du 13 janvier 1693 ; p. 698, lettre dccccxct, du 27 novembre 1093» s Ibid.i p. 345, lettre dgcci, du 16 avril 169it
292 LES PETITS-FILS D'ARNâULD D'ANDILLY.
une année avant que le père de celui-ci accueillit en tremblant, près de Namur, un envoyé du fugitif, un ami de la famille, qu'il cachait pour une niiit dans sa tente, et qu'il en faisait repartir le lendemain par un mauvais temps dès cinq heures du matin'. — Une autre année s'écoula ; le jeune colonel n'en vit pas la fin. Une mort vulgaire-, mais chrétienne', frappa la victime glorieuse qu'avaient épargnée les batteries de Fleurus et les charges de Nerwinde. — Il ne resta pour héritiers à son père que Nicolas-Simon et l'abbé de Pomponne.
1 Œuvret du docteur Amauld, t m, p. 506, leltre ftcccLxxxnu, da 28 juin 1692, et plus haut, L xi, p. 164.
3 II mourut & Mons dans les dix premiers jours de novembre 1693.
' Œuvresjdu doct Arnauld, L m, p. 694, leltre DCCccLXUYiit du 18 novembre 1693.
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