‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 70 sur 88 · I^ RHLIGIECSES DE LA FAMILLE ARNAULD · texte numérisé non relu

I^ RHLIGIECSES DE LA FAMILLE ARNAULD

santé la força de se rapprocher encore de Pomponne. Malnoue lui était nuisible. Entre Pomponne et Malnoue se trouvait l'abbaye de Chelles. Elle fut transférée à Chelles, et la dernière partie de son existence s'y écoula ^

On eût dit que, dans cet intime voisinage de ses frères, ses sentiments, tout en conservant leur opiniâtreté, devaient achever de perdre ce qui leur restait de grandeur. L'élève d'Angélique de Jean devint l'adepte du diacre Paris. Elle-même a dressé le procès-verbal d'un miracle que la vertu du bienheureux diacre avait opéré sur ellemême. Voici ce procès-verbal : « Au commencement du « mois de mars de l'année de la mort de M. le cardinal « de Noailles [1729], je me trouvai la nuit accablée d'un c( violent mal derrière la tête, qui me répondoit dans les « yeux. Le matin je fus fort étonnée de me trouver la « vue si offusquée, que je ne pouvois qu'avec peine lire « quelque écriture qui étoit au bas de quelques estampes, « et eus bien de la peine à dire mon office, quoique dans u de gros bréviaires. Voyant que cela continuoit, je vis « M. Richard, notre médecin, et le sieur Creuset, notre (( chirurgien pour lors. Je fus saignée et purgée ; mais (c n'en ayant pas été mieux, et toutes les personnes que « je voyois s'appercevant même que mes yeux étoient « couverts, je ne pouvois plus lire, et même on me déct fendit de dire mon bréviaire. Je ne pouvois écrire « qu'avec peine, et il n'y avoit que la grande habitude « qui faisoit que je pouvois le faire dans la grande né- « cessité. On me dit que c' étoit l'affaire d'un occuliste. « Je priai mon frère l'abbé de m'en envoyer un. Il m'en-

1 Nouvelle eeclé$, du 6 mars 4747, p« 40*

GHAP. TI, SEGT. m^ ART. UL S61

« voya le sieur Voulouse, qui demeurait aux Quinze- « Vingts, lequel ayant examiné mes yeux, trouva la « cataracte formée sur l'œil gauche, et l'œil droit fort a menacé. Il me fit faire quelques petits remèdes qui ne « me firent aucun effet ; et il dit à son retour à mon frère « l'abbé, que pour l'œil gauche la cataracte étant formée, « il falloit la laisser mûrir, jusqu'à ce qu'on pût l' abatte tre ; et qu'il tâcheroit d'empêcher qu'elle ne se formât « entièrement sur le droit, mais qu'il n'en répondoit pas, « mais qu'il falloit pour cela que je fusse à Paris. Mon- « sieur le cardinal me donna son obédience ; mais étant u mort [7 mai 1729] , j'en eus une de Messieurs les grandsce vicaires. Mon frère l'abbé ayant été taillé dans le mois « de mai ', et ayant été longtems dans un extrême « péril, toute la famille jugeant que dans celte conjonc^ « ture il riétoit pas à propos de me faire sortir, et que « si les c(^taractes se formoient dans la suite on les feroit « abattre ; mon frère aîné m'ayant dit cela, je pris réso- ({ lution de ne faire plus aucun remède, et de m' adresser « au bienheureux Paris. Je fis dire une messe à laquelle « je communiai. Ce fut un dimanche que je commençai u ma neuvaine ; et pendant que je la faisois, je mettoi» « sur mes yeux un morceau du bois de la couche du saint « diacre, dont on m'avoit fait présent. Le mercredi, « quatrième jour de ma neuvaine, revenant dans ma « chambre au sortir de la sainte jnesse, je trouvai qu'il u faisoit un beau jour, ce que je dis à la personne qui « étoit avec moi, nommée Louise Vignon. Elle me ré- « pondit que le tems étoit fort couvert. Je m'approchai

1 Cr. Éloge de Tabbé de Pomponne, pur Dacicr, Mém» de Vacad, des Jnacript.j t. xxviii p. 260.

362 LES RELIGIEUSES DE LA FAMILUS ARNAITLD.

« des estampes qui y étoient, lus sans peine et même a sans lunettes, quoique j'en portasse depuis longtems. « Je repris aussitôt mon bréviaire, mes lectures ; et de- « puis ce tems-là, je lis, j'écris, et travaille sans aucune « fatigue. J'avois promis de faire dire neuf messes à c( Saint-Médard. Je ne sus point dans quel tems la perce sonne qui s'en étoit chargée les fit dire; mais je m*en ce apperçus, parcequema vue se fortifia de telle sorte, que <( peu de tems après madame d'Orléans^ m' ayant donné «( à copier quelques écris dont elle* étoit pressée, j'écri- <( vis jusqu'à sept heures par jour, sans que mes yeux « en fussent fatigués ; et j'ai la vue très bonne, et même (( plus que mon ftge de soixante et onze ans ne le pource roît permettre. Signé, sœur Charlotte Arnauld de (( Pomponne. »

Charlottç vécut dix années encore, et mourut* à un âge où les meilleures chances pour l'esprit sont de ne subir aucune modification. — Elle dut expirer en invoquant le bienheureux diacre Paris. — Et cependant nous ne saurions avoir de blâme pour cette pauvre femme, qui, sentant sa faiblesse, avait dès son enfance choisi d'instinct le meilleur abri, mais dont l'existence tant de fois dépaysée contre sa volonté et toujours empirée en se dépaysant, dériva par degrés sous une impulsion étrangère, du point où s'étaient concentrées les vertus de ses proches, vers celui où s'était concentrée leur fortune. —

1 Adélaïde, Gllc du régent. (Gall, chrUt., L Tii, col. 572.)— H eiisUit panni les M" non catalogués de TAraenal un volume auquel nous avons assigné le n^ 101 bis de la Théol, Fr., in-f^i'et qui a pour titre : L« Psalmisie évangéliquc, ou prières sur les évangiles faites par madame iPOrUans^ abbesse de Chelles, âgée de vingi^deux ans,

S Le 7 juillet i7i|6. [Tfouvell, eccUs,, 6 mars 1747, p. 40 ; fiécrol. de Cerveau^ t. ii, p. 127; Guilbert, Mém, chron,^ t« vir, p.* 544*)

GHAP. Vi; SECT. m, ART. m. 86S

Triste partage que le sien dans les rôles symboliques que la Providence semble avoir distribués à sa génération, pour résumer en quelque sorte et humilier à la fois toutes les destinées de cette famille, dont l'orgueil avait si longtemps jeté le trouble autour d'elle 1

Charlotte ne semblait-elle pas en effet, dans les quatre âges de sa vie et dans les quatre stations de son pèlerinage, reproduire les phases différentes qu'avai^t amenées pour les siens leurs relations avec Port-Royal ? — Jeune enfant, elle s'était dépouillée dans ce pieux asile x des défauts de sa nature, et y avait contracté le désir de la perfection. — Jeune fille, elle était revenue inquiète, agitée, errer non loin des murs bénis, cotnme les anciens solitaires lorsque le pouvoir troublait leâr retraite. — Dans sa maturité, plus éloignée de la sainte demeure, elle avait été circonvenue par l'ambition. — Enfin au déclin de l'âge, plus éloignée encore, elle s'était laissée aller à toute sa faiblesse. Elle aussi avait négligé la sépulture de ses ancêtres et l'avait abandonnée, non par lâcheté, mais par aveuglement. Les tombes de Port- Royal s'étaient effacées de son souvenir, pour y faire place à celle du diacre Paris.

Note 0 ; t u, p. 48,

SUPERSTITIONS A POBT-ROYAL.

Que certains membres de la famille Arnaold, vivant dans le monde, aient cru à la chiromancie, à la sorcellerie, aux horoscopes (Voir plus haut, t. ii, p. 48, n. 2 et 3; Mém, de t^ abbé Amauld, part. i,p. 112, 129, 192; part, ii, p. 168; Lettres de Voiture^ lxix, p. 190, etc.]t il nY a là rien qui nous surprenne. Leur époque les y autorisait, et ils n*étaient pas tenus d'être plus éclairés que leur siècle. Hais que les Arnauld de Port-Royal, qui avaient la prétention de diriger le siècle, et dont personne ne saurait révoquer en doute les lumières, se soient montrés plus supcrstitieuï que tout ce qui les environnait, aussi superstitieux qu^on Tétait du temps de Grégoire de Tours, c'est ce que nous n'avons jamais pu comprendre,et ce dont, h notre atis, il est curieux de réunir les preuves. — Elles seraient innombrables.— Nous nous contenterons d'en choisir une qui se rapporte au premier; et trois qui se rapportent au second des deux modes de superstition qui étaient le plus en vogue sous les premiers héritiers de Glovis.

S I". — Sorts des saints ^

X Le jour de Tocuve de la sortie de M. de Gyran [du fort de 9 Vincennes]...., après la messe et le Te Devm, il envoya son do- « mestlque dans la sacristie, dire qu'il prioit tous les officiers et le « célébrant de s'assembler, et dé. lui tirer un pseaume tel qu'il plai* « roit à Dieu de nous l'envoyer, qui lui pût servir de cantique de « joie et d'action de grâces pour dire à pareil jour, c'est à dire « tous les vendredis, et tout le reste de sa vie. .Nous nous unîmes • tous ensemble, et après avoir invoqué Dieu, le diacre [ M. Artt nauld le docteur], tenant un pseautier, le prêtre [M. Singlin] « flcha une épingle dedans, afin de prendre ce que Dieu nous en- « voyeroit pour consoler son serviteur. C'est ici, ce me semble, où

1 Cf. Gregorium Turon., H\$t, eçcUsiast, Francorum, lib. ii, cap. xxivii ; lib. IV, cap. VII ; lib. v, cap. xiv, etc.

S66 APPENDIGB.

« Ton a toat snjet d'admirer sa providence et m bonté, et d'attendre « avec patience le jugement qu'il prépare aux ennemis de la vérité V et de ses défenseurs; car le pseaume qui nous échut fut le xxxiv,

« Judica, Domine, nocentes me C'est on pseaume tout de

« consolation pour le serviteur de Dieu, et en même tems tout de

« feu et de colère pour ceux qui persécutent les justes Quanta

« H. de Saint-Cyran..,., il fut d'autant plus surpris de la rencontre « de ce pseaume, qu'il n'y en a point de plus formel pour la con- « Joncture où Ton étoit, et qu'il avoit sujet de croire que Dieu le e lui envoyoit par l'entremise des ministres de l'autel, sans iqa*il y a eût aucune part. Il voulut le chanter à Thcurc même, avant que « de sortir de sa place. 11 pria pour cela que l'on fit retirer tout le « monde de la chapelle, afin qu'il pût se répandre avec plus de

t lijberté en la présence de Dieu Néanmoins nous fûmes bien

« aises de le considérer, M. Singlin et moi, d'un lieu où il ne nous « pouvoît pas voir, pour nous édifier de sa dévotion. H. de Saint- « Cyran étoit dans une effusion de larmes en chantant ce pseaume^ c( à la fin duquel, ne pouvant plus se tenir, il se jeta la face contre « terre, et demeura là longtems à gémir et à soupirer devant « l'autel. » (Mém. de Lancelot, t. i, p. 212-219; Cf. Dom Clé* mencet, Ilisl. de P. R., t. ii, p. 2/i8; Mém de la M. AngéL, t. i, p. 195, etc.; Ilisl. des persécut. de P. R., p. 25, 38, 78, 208, 293, etc.; Quesnel, Vied^Amauld, p. 112; Actes, letu, relat., t. I, n* IV, p. 26 ; n* v. Captivité d^ AngéL de Saint-Jean, p. 73, 108. etc.; Leclerc, Vies édif. de P. R., t. i, p. 391-394; t. iv. p. 129, 309, etc.; Lett» de la M. AvigéL, i. i, p. 306, etc.)

S II. — Gorrespondanee avee le del ^.

« Gomme les religfçuses de Port-Royal enterroient une de leurs « sœurs [le 18 mai 1664], la nnère Angélique de Saint-Jean la! mie « entre les mains une requête addressée : Au grand pasteur des c brebis que Dieu a ressuscité d entre les morts, qui contenoît « nn appel à Dieu de la violence que l'archevêque [de Paris] venoit « de faire à Port-Royal. » (ilf^. de la M. AngéU, U m, p. 536.)

« Le iU août 1664, l'on mltsurrantel, pendant la sainte messe, « une requête que la mère Agnès avoit dressée la veille, au nom de « toute la communauté, à notre Seigneur Jésùs-Christ couronné

^ Cf. Greg. Tur., Mist, ecde$iasU Frànc,^ lib. v, c. xit.

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