‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 69 sur 88 · LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE ARNACLD · texte numérisé non relu

LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE ARNACLD

(f rois plustost acc[uitée dans cette dernière occasion ^ si « madame [de Floranville, abbesse] de Sainte-Marie [de « Metz] ne m'eust ordonné d'attendre la lettre qu'elle « vouloitvous escrire. Cette bonne dame, qui n'escrit plus a que de la maingaucke, vous en avoit commencé une avec « un travail tel que vous pouvés l'imaginer' à son aage. (c Elle mêla fit voir, et j'aurois bien voulu vous l'envoyer « d'abord ; mais j'eus beau dire que vous en sériés très « content, sa femme de chambre, et c'est tout dire pré- « sentement, n'y a pu consentir ; et il a falu attendre le « retour d'un voyage de son aumosnier, pour vous faire « dans toutes les formes une pièce d'éloquence passée <( par l'examen de l'université de Pont-à-Mousson, Après (( cela. Monseigneur, le nom de mon abbesse estant au « bas, douterésr-vous qu'elle escrive doctement, surtout « quand je vous auray dit que pour vous rendre la chose « plus touchante, M.. Faumosnier m'a vérifié confidem- (( ment tous, les beaux endroits de sa lettre pour les « avoir ^empruntés du recueil de celles de Monsieur « vostre père. [ La satirique correspondante de Pom- « ponne oublie qu'elle-même a fort adroitement com- « mencé sa lettre pai' une citation plus directe encore « que celle de l'aumônier.] Pour moy. Monseigneur, je « vous les envoyé toutes deux ^, et vous suplie de faire

* La faveur que le roi venais de fiiire au marquis de Pomponne en le chargeant de gérer les affaires étrangères avec son gendre le marquis de Torcy. (Mém. de Saint-Simon, t. ii, p. 180.)

3 Malheureusement la pièce d'éloquence de M. Taumônier s'est égarée; des deux lettres, il ne reste dans nos papiers que celle de madame de Floranville, à laquelle semble n'avoir pas collaboré Puniversilé de Pont-4- Mousson, mais seulement la main gauche de la digne abbesse ; car son style et son écrfture sont bien évidemment de cette main. En voici le texte: « Monsieur, j'ay l)ien de la joye de quoy le roy vous a donné la [charge M de secrétaire d'état]. Je vous suis très obligée de vos bonté pour va

CHAP. n, SECT. Ill^ ART. II, 357

(( une response à madame Tabbesse, où vous me faâsiés « rhonneur de luy tesmoigner que ce qu'elle a fsdt en c( ma faveur vous oblige ; car je crois qu'on vous aura (( dit qu'avant qu'elle fût tombée en Testât où elle est n présentement, elle a escrit au roy pour luy demander u son agrément pour moy à la coadjutorie ^ Vous dé- (tmeslerés qu'elle veut vo^ en parler, et de celle de (( Malnoue qu'on luy a dit qui venoit d'estre accordée, tt La joye où elle est du retour du! prince de Loraine^, « luy fait dire Son Altesse [en parlant du roi] pour Sa tt Majesté ; mais surtout j'ay pris *de là occasion de vous tt Csdre rire un moment, puisque c'est le seul endroit par « où je puisse sans indiscrétion vous escriré une lettre si « longue qui n'a d'autre bat que de vous assurer. d'une « chose dont vous este convaincu ; c'est,de mon respect « et de l'honneur que j^ay d'estre.... H. de Fevquière, « chanoinesse de Sainte-Marie. — Faites-moi la grâce, « Monseigneur, de m'addresser voiitre réponce pour « Madame l'abbesse, parceque ces domestiques prentt nent quelquefois la liberté d'ouvrir ses lettres, et il « n'y a que sa femme de chambre qui sache l'intention « qu'elle a eu pour moy. » — [Sur l'enveloppe: 9 octobre 1697.]

C'était, on le voit, à deux jours de distance que Pomponne recevait la double communication des abbesses de Charenton et de Sainte-Marie [9-11 octobre 1697] ; et très probablement les deux personnes dont il s'était

« maison. J*ayme îmixoitYe niéee» Je crouque S9n aliène [le roi Louis XIV] « ne TOUS refusera pas, [et qu'au contraire il vous accordera], comme à (I madame de Malooue. ■

1 Celte lettre et le mémoire qui Taeeoiqpagne font cnoor» partie de notre dépôt

3 L'éopold, qui recouvra ses états par îe traité de Riniek*

358 LES RBUG1BD6E8 DE Là PAIOLU AENACLD.

entretenu avec le P. de Hesgrigny étaient sa fille et cette nièce, comme la qualifie madame de Floranville ^ qui n'était en réalité que son arrière-cousine ^, mais qui appartenait à l'une des branches de ces Feuquiëre dont la famille Arnauld avait été jadis l'obligée^ et dont elle était devenue la reconnaissante protectrice. -^ L'abbesae de Sùnte-Marie se trouvût évidemment en enfance, et ce n'était pas seulement sa dignité, c'était la discipline que laissaient péricliter autour d'elle ses infirmités. Les chanoinesses qu'elle dirigeait avaient secoué la règle, et prétendaient se séculariser ^. Leur titre même de chanoine$seê était un mensonge ; et pour l'acquérir illeur avait fallu attenter au tombeau de leurs devancières, où elles avaient fait effacer le titre de bénédictines K — Décidément les religieuses de la famille Arnauld se laissaient ramefter dans le -cloître au point d'où les avsdt tirées la réforme des Angélique et des Agnès*

£tait-ce à cause dé cela que Pomponne, honteux de contribuer à détruire jusque dans Sa famille l'œuvre de ses tantes, et pour échapper à une complicité d'intrigues avec la femme de chambre de Madame de Floranville,

^ Voir plus haut, t u, p. 856, n. S«

> La preuve des seiae quartiers de noblesse eiJ|(és pour TadmissMo de Madeleine-Diane de Feuquiëre à Sainte-Marie de Melz se trouTe Bibliothft* que royale, takineî de$ fîfrêf, dossier des Feuqulère. Diane était fille et Louis, comte de Feuqoière, martelial-dc-camp eomnaiidaot la dtaddle de Verdun, et petite-fllle de Henri, comte de Pbs, gouverneur de TooJ, chevalier de la cour du parlement de Metz, cousin issu de germain du marquis de Pomponne, et marié le 4 janvier 1668. (Ibid,) — Cf. Haudlquer de Blanooort, tfoHUaxred» Picardie, p. 410. — ^Voir cependant, sur le degré de confiance qne mérite ce dernier auteur, Catalogue des Ueree imprimés de la bibliothèque du roi, théolog., t, i, Mém. hist., p. un.)

8 Bùt.fiidr^ de Jferx» ptc le^ Bénédictins, t. m^ p. SM ; Dom Betvaicr, Reauil kiet,, ehronoL et topog» dee arekevéchée, etc., p. iOd6«

4 HUt. géfidn é$MetB,ii a BcauleftiM»

ÇHAP, yi, 8fiGT. III) ART. ni. S59

hésitaiti devant les .propositions de M. de Mesgrigny, entre sa fille et son alliée ? Nous ne savons ; mais Tune de celles-ci se refusa sans doute à un éloignement, et l'autre à un déplacement; ou bien Louis XIV craignit d'inoculer au loin soit le Jansénisme, soit le scandale '; car Madame de Mesgrigny étant morte deux mois après sa lettre, le 26 décembre 1697, Marie^Louise de Beauverger-Mongon fut désignée le 29 mars 1698 comme abbesse de Gharenton ^ ; et ce fut une chanoinesse du nom de Mécbatin ' qui remplaça Madame de Floranville.

— Nous ne savons ce que devint Madame de Feuquière»

— Charlotte demeura simple religieuse -à Malnoue.

ARTICLE III

Charlotte sous ^inspiration de ses frères.

Dix-huit mois après, la mort frappa son père. — Jl ne lui resta que ses frères pour appuis et pour guides. Sa

1 Nous avons déjà tu plas haut, t. ii, p. 242, n. 8, et p. 248, n. 2, ses scnipuîes à cet égard à propos de l'abbé de' Pomponoa. mais seulemeat lorsqu*!! s^agissait de Tépiscopat; car le Jaxisénisme ne Tavait pas empêché de conférer au loin Tabbaye de Saint-Maixent au fils de Pomponne, ni de le rapprocher en lui donnant l'abbaye de Saint-Médard. Nous pensons donc que Charlotte craignit de s^éioigner de sa famille, ou que sa famille craignit de Téloigner. La première hypollièse est plus conforme aux circonstances connues de ia vie de Charlotte, qui, Aile et belle-sœur de deux ministres puissants dont Tan sorvécut à Louis XIV, vécut et mourut simple religieuse dans le voisinage des siens. La seconde est moins plausible, car elle suppose que Pomponne aurait préféré Taffectiou des siens ù leur avancement, et qu'après lui ses fils auraient voulu retenir près d*cux une sœur qu'ils laissaient devenir aveugle dans son couvent, comme nous le verrons tout à l'heure, pour ne point avoir à soigner chez eux en même temps deux malades.

2 GalU ehriêt,, t. ii, p. 178.

S Hist, de Metz, et Dom Beaunier, loc, cit.

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