Le collier de Tharros pourrait ëtrede fabrique punique
J'ai sous les yeux une photographie représentant les verreries antiques que M. Dau\ a découvertes en Tunisie dans les fouilles entreprises pour le compte de S. M. l'Empereur Napoléon III. Je vois dans le nombre plusieurs objets qui me paraissent également d'art punique ; mais pour fixer mon opinion à ce sujet, il faudrait voir les originaux et con naître la provenance de chaque pièce.
LA PHÉNICIE 21 & Tyr ' et que nos naturalistes se sont empressés de transformer en verre. J'ai déjà &it justice de ce procédé par trop commode qui, sous prétexte de rendre à l'antiquité son vrai caractère, finit par le dénaturer et l'éteindre. Mais il parait que les Phéniciens fabriquaient réellement des blocs de verre de dimensions inusitées. Dans un temple de file d'Aradus, on voyait deux énormes colonnes de cette matière, qui faisaient I'étonnement des voyageurs, à tel point que l'apôtre Saint-Pierre s'y rendit tout exprès pour admirer ces merveilles ".
Depuis quelques années, on donne à l'industrie phénicienne les flacons en verre opaque multicolore. Il peut y en avoir dans le nombre qui viennent de Sidon; mais en thèse générale (nous l'établirons dans un des chapitres suivants), rien n'est plus erroné que cette classification. Je ne connais pas un seul vase de verre, je le répète, que l'on puisse montrer de confiance comme échantillon de l'art phénicien. Cela no veut pas dire qu'il n'en existe plus; mais, à mon avis, ce n'est point parmi les verres colorés qu'il faudra les chercher.
Possédant le sable le plus beau, le plus pur et le plus fin que l'on connut alors, les ouvriers de Sidon ne l'auront certes pas employé pour fabriquer exclusivement des verres opaques. Avec une substance vitrifiable aussi précieuse et une matière vitrifiante aussi parfaite que le sel de nitre, on devait viser plus haut et obtenir, sans trop d'efforts , le verre incolore translucide. Un écrivain grec dit du teint d'une jeune fille qu'il est plus diaphane que le verre de Sidon '. Cette allusion s'applique aux produits de l'époque impériale, du règne des Antonins; mais il n'est pas probable qu'on ait rien changé alors à des traditions dix fois séculaires, surtout en continuant à se servir des mêmes substances vitrescibles •>. En effet, dans les nécropoles de l'île de Chypre, explorées par le général de Cesnola, on trouve de temps en temps de ces verres blancs ou verdàtres, à parois épaisses et d'une faible transparence, qui portent le cachet de l'antiquité la plus reculée. Ces objets, qui ne payent pas de mine, ne jouissent que d'une médiocre faveur dans les ventes publiques. L'amateur aime mieux les verres irisés qui se recommandent par l'élégance des contours et la richesse des
i. II, 44. Comparez Théophrastc [de lapiâîbus. 25) : oripa) (Stu-fOiK- Pline, XXXVII, 75.
1. Clcmens Romanus, Recognitioncs (Ma\ima Biblioiheca Patrum, t. II. 1434).