Lucien, Amorcs, ch. XXVI
4. M. Renan, dans sa Mission de Phém'cie,p. 4S8, n'a-t-il pas confondu les verres primitifs avec ceux de 1 époque gréco-romaine? .. Les objets en verre de ■ Sidon, dit-il, se distinguent par leur finesse, le peu " d'épaisseur des parois, la petitesse extrême des 0 objets et les charmants irisages dont ils sont rc- « couverts. Une célébrité archéologique est cet Artas " de Sidon, dont le nom se retrouve tantôt en grec, « tantôt en latin, sur des verres de sa fabrique ». L'irisation est un accident, et la majeure partie des
verres antiques ont ce charmant défaut. Quant à la finesse de la matière et au peu d'épaisseur des parois, ce ne sont pas là des signes caractéristiques, car les verres de Rome, d'Arles, de Cologne ne laissent rien à désirer non plus sous ce rapport. Enfin, les produits d' Artas (qui ne signe pas tantôt en grec, tantôt en latin ; ses inscriptions sont toujours bilingues) ont au contraire les parois épaisses et sans irisation. Il ne reste donc que les petites figurines en verre, si abondantes en Syrie, que Ton puisse attribuer avec quelque certitude aux fabriques de Sidon; mais les plus anciennes d'entre elles datent d'une époque voisine de l'ère chrétienne. Il en est de même des flacons trouvés à Tortose et à Gébcil, et reproduits sur la 23' planche de l'ouvrage de M. Renan.
reflets. Je crois cependant que ces verres chypriotes méritent plus d'attention, car ce sont précisément les formes lourdes, trapues, l'épaisseur disproportionnée des parois et la grossièreté de la pâte qui constituent les signes indéniables de l'art primitif.
Au Musée de Londres, on conserve un alabastron en verre blanc', provenant d'idalium et dont la panse est tellement épaisse que c'est à peine s'il reste au milieu une sorte de tube pour recevoir le liquide. Les flacons de ce genre doivent avoir été fabriqués à Sidon même; ils sont pareils aux vases d'albatrc que l'on a découverts dans les tombeaux de Sayda et dont on voit un remarquable spécimen sculpté sur un des sarcophages anthropoïdes, le plus ancien de tous, rapportés par M. Ernest Renan1. ■
Je suis le premier à sentir ce que cette discussion a de peu satisfaisant. Elle effleure le sujet sans y pénétrer, et sa trame n'est ni assez ferme ni assez serrée. Maïs en tout état de cause, mieux vaut avouer notre ignorance et préparer discrètement ù nos successeurs le canevas de leurs travaux plus complets que de nous faire illusion sur l'étendue de notre savoir. Je tiens donc plus aux résultats négatifs de mes recherches qu'aux hypothèses que je viens de produire.
Le principal centre de la manufacture verrière en Phénicie était Sidon. Pline décerne à cette ville le titre d'arii/cx vitri, en ajoutant que les usines sidoniennes étaient autrefois célèbres — ■ Sidonc quondam his officinu nobih — surtout après l'invention des miroirs. On aimerait mieux une date que des expressions aussi peu précises; car cette époque de célébrité, où faut-il la placer? Est-ce aux premiers siècles de la puissance politique de Sidon et avant sa destruction par les Philistins ? Si oui, l'origine des verreries phéniciennes remonterait au delà de l'an 1 209 avant notre ère. Mais la cité se releva si vite de ses ruines et regagna si bien son ancienne splendeur, que nous pouvons prolonger le terme de sa prospérité jusqu'au règne d'Alexandre. Malheureusement, il n'existe plus qu'un très petit nombre de verres, de fragments plutôt, dont on puisse dire avec certitude qu'ils viennent des manufactures de Sidon. Athénée dit qu'on y fabriquait des coupes côtelées, les mêmes peut-être dont on a recueilli quelques exemplaires dans l'île de Chypre3. Enfin, dans la liste des noms de verriers que j'ai jointe à cet ouvrage , on trouvera trois artistes sidoniens , d'origine grecque et d'une époque plus récente encore; leurs signatures datent du dernier siècle de la République romaine ou des premiers empereurs.
Quant aux verreries de Tyr , elles paraissent avoir joué un rôle plus effacé. C'est cependant aux environs du village actuel de Sour, qu'un voyageur4 a rencontré des restes d'anciens fourneaux avec les débris de piltcs vitreuses colorées, et M. Renan
1 . Il est brisé en deux morceaux. — Un autre, de couleur vcrdàtre et de faible transparence, fait partie de la Collection Slade.
a. M. Guillaume Rey, qui a parcouru la Phénicie dans Mus les sens, m'affirme qu'une grande quantité
de verres de ce genre est déposée au Consulat de France à Sayda, et qu'on va les expédier prochainement au Louvre.