DE FIGURINES
Bien que l'invention du moule remonte à une époque fort éloignée , je ne crois pas que les verriers en aient fait usage avant le quatrième siècle. Nos plus anciens verres moules semblent contemporains des diadoques. Ils montrent un nouvel essor de ce talent multiple que les ouvriers de l'antiquité déployaient dans toutes les manifestations de l'art.
Ces verres , en effet , marquent un progrès. On dirait une seconde génération qui l'emporte sur les âges précédents, parce qu'elle dispose d'un outillage plus parfait. Le génie artistique donne plus complètement sa mesure. Et encore une fois, les monuments que nous aurons à examiner nous ramèneront en plein Orient. Pour comprendre la Verrerie grecque et romaine, il ne faut pas la détacher de sa vraie patrie, ni la séparer des peuples qui lui ont donné un caractère propre en lui imprimant leur caractère à eux. Nous y avons retrouvé le goût des Orientaux pour les pierres précieuses; c'est le sentiment de la nature, inhérent aux races sémitiques, qui s'y révélera désormais et dont elle' écoutera les inspirations. On ne s'explique pas autrement pourquoi les verriers
empruntaient leurs motifs aux fruits des arbres plutôt qu'à la figure humaine; pourquoi les verres les plus communs ont presque toujours la forme d'une poire, d'une pomme, d'une figue, d'un coing, d'une datte fraîche, tandis que les vases de terre et de métal n'affectent ces formes que par exception. J'insiste sur cette différence capitale; elle est de celles qu'on ne saurait imputer au hasard et qui tiennent moins à*la différence des matières employées qu'à la diversité des traditions techniques.
Malheureusement, nulle part le métier d'antiquaire n'est plus pénible à exercer que là, en face d'une série d'objets qui ne portent aucun indice chronologique, ni rien qui permette d'en déterminer la fabrique. A chaque moment, cet inconvénient se fera sentir. Pour y remédier, il faut dresser une sorte de catalogue et classer les verres d'après les sujets qu'ils représentent.
Commençons par le règne végétal : la datte, la grappe de raisin, la prune, l'arbouse, la pomme de pin. On connaît à peine une trentaine de petits flacons en forme de dattes sèches, presque tous de couleur jaune d'ambre (pl. VI, ji), ce qui aide à l'illusion ', plus rarement en pâte blanche doublée de jaune - ou en verre bleu clair 3. Ces flacons doivent venir d'Orient, car le palmier est l'arbre oriental par excellence. Je ne doute pas non plus que les verres en forme de grappes de raisin n'aient la même origine, bien qu'on les trouve souvent en France et sur les bords du Rhin 11 y en a de plusieurs genres : flacons sans anses, lécythes, amphorisques en pâte bleue, blanche, violacée, quelquefois recouverts de pampres et imitant ainsi les variétés principales de la vigne (pl. IV, 17. 20, et la gravure, p. 59). Dans la collection Minutoli, on voyait une grappe de raisin en verre bleu, ayant servi de boucle d'oreille 5.
Les autres fruits : l'amande6, la prune7, l'arbouse, la pomme de pin8 sont tout
1 . Le Musée Britannique possède cinq exemplaires, dont deux de la collection Slade (n" 1 76- 177), plus un fragment trouvé à Nimroud {Franks, Kensington Muséum, p. 38o, n° 4954). J'en ai vu deux au Musée de Naples, un au Musée étrusque de Florence et un auSouth-Kcnsington Muséum (fonds Webb). Celui de la collection Charveta été trouvé en Syrie ; d'autres (chez M. Hoffmann, à Paris) viennent de l'île de Chypre. Le catalogue Pourtalés (n* 1402) en mentionne un semblable, dont on ignore la provenance.