‹ La verrerie antiqueChapitre 43 sur 145 · VERRES ORNÉS DE GEMMES ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

VERRES ORNÉS DE GEMMES ARTIFICIELLES

A mesure que l'industrie verrière se développe , elle devient plus ingénieuse, et son but, toujours mouvant, se place à un point plus élevé. Les auteurs anciens parlent de coupes ornées de pierreries, potoria gemmata'. C'étaient des vases d'or ou d'argent, travaillés au marteau, et dans lesquels on avait incrusté des gemmes, probablement des camées et des intailles. La coupe d'un roi sassanide, Chosroës II, qui se voit à la Bibliothèque Nationale, donne une idée de la magnificence de ce genre d'orfèvrerie, bien qu'elle appartienne à une époque très basse et que son style ne soit qu'un reflet de l'art classique. Un autre monument, aujourd'hui au Musée de Londres, nous conduit plus près de la source. Il s'agit du vase de plomb de l'ancienne collection Blacas, décoré de sujets bachiques en relief et d'une bordure de rondelles en pâte vitreuse ". Cette coupe a dû servir de modèle a un ciseleur. On connaît même une amphore grecque, en terre brune, dont le

i. Cicéron, m Verrem,\, 27, 62: poculaex auro, prœposiius ab aura gemmato figure parmi les

gemrnisdistinetaclarissimis.— Pline, 1. XXXVII, 17. affranchis delà maison impériale. — Les mots grecs

— Suétone, Néron, ch. 12 : aurea pyxis pretiosissimis sont Î!i).[0s; et XtdffiAXqne.

margaritis adornata. — Treb. Pollion. Galliem duo, 2. Gerhard. Amila Bildwtrkt, planche 87

ch.i6:gemmatavasareciteademqueaurea(Gallienus). Ch. Newton , Guide lo Ihi stand rase /<t>or»

— Martial, I. XIV, 109 : calices gemmati. — Un p. 35.

corps et le couvercle sont garnis de pâtes bleues et blanches Entre les potiers et les verriers il y avait affinité de talent; mais ces derniers ont imité les vases de métal avec un esprit tel que l'imitation a la valeur d'une seconde originalité.

Sur la limite de l'original et de la copie, je rencontre un objet, unique jusqu'à présent, qui fait également partie du Musée britannique. On apprécie mieux le résultat de ces études en les voyant soutenues et comme encouragées par une suite de transitions progressives qui peut n'être pas nombreuse, mais qui est restée intacte dans sa continuité. L'objet dont je parle est un petit vase d'argent, de forme ovoïde, trouvé en Italie \ Huit rangs de pâtes de verre bleu foncé en recouvrent la panse; mais pour les y insérer, l'artiste n'a pas ménagé d'alvéoles; il a jugé plus expéditif de découper le métal, en sorte que les pâtes ont conservé tout le charme de leur transparence, et que l'argent n'est plus qu'une armature destinée à maintenir ces bijoux.

Les verres ornés de pierres artificielles sont rares -. Presque tous ceux que j'ai vus sont des coupes et des gobelets, oviformes, coniques, cylindriques, évasés {pl. VII, )6)4; mais de temps à autre, il se présente quelque patère, un flacon à onguent ou un vase en forme d'entonnoir qui s'y rattache par le style et la fabrique. Généralement, ce sont des verres blancs, ayant pour toute décoration une ligne de pâtes en cabochon, de tubercules, parfois creux à l'intérieur, et dont la couleur, bleue ou brune tranche sur le fond avec une extrême vivacité. Souvent il se trouve entre deux pâtes un semis de trois ou de six guttules disposées en triangle, .où les boutons bleus alternent avec des boutons verts ou rouges. Plus rarement, les pâtes sont rangées sur deux lignes et surmontées d'un collier de dentelures ou de spirales de la même nuance. De petits flacons, pourpre ou bleu clair, ont la moitié inférieure ponctuée de gouttelettes jaunes, on dirait les ailes d'un coléoptère ; mais il n'est pas sûr qu'on ait voulu simuler par là une incrustation de pierres précieuses. A la fin de chaque série, on se voit en face d'un certain nombre de verres qui empruntent leur décor à plusieurs espèces à la fois et forment comme un trait d'union entre deux classes qui sJy confondent. .

Voilà le genre. Je ne veux pas m'appesantir sur les variantes, quels qu'en soient l'attrait et l'importance. Dans la Verrerie antique, les exceptions sont de règle. Moins que dans toute autre industrie, l'artiste y observe strictement les traditions d'atelier; il les modifie, les transforme, il s'en affranchit à volonté, pour suivre sa route à lui et donner libre jeu à l'essor de son génie.

i. Minutoli, p. i2-i3 (pl. I, 2. 3. 5. 6). — Le Musée du Louvre possède un petit vase en terre rouge, incrusté d'éclats de silex. Cet objet a été retiré des eaux du Vulturne. — Coupe romaine à vernis rouge, ornée, à l'intérieur, de petits cailloux

blancs. Bonner Jahvb'ùcher, tome 5S , 207.

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