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VERRES A DÉCOR GÉOMÉTRIQUE

Le décor linéaire est la première révélation du sentiment artistique, le premier geste que l'art fait à son réveil. II naît par une sorte de génération spontanée, et dans le berceau même de l'humaine culture. Tous les peuples le reçoivent en partage : les Sémites, les Indo-Européens, les races primitives de l'Amérique. Après avoir régné en maître pendant bien des siècles, il se contente d'un rang plus effacé, jusqu'aux débuts du moyen âge où il reprend son empire. Ce serait une étude pleins d'intérêt que de le suivre dans celte longue carrière.

Les verres à décor linéaire peuvent se diviser en plusieurs groupes.

Nous connaissons les vases opaques dont l'ornemention, d'abord très simple, se complique et s'anime par degrés (pl. I. II). La main de l'ouvrier commence par s'essayer d'instinct, puis, à mesure qu'elle devient plus habile, son œuvre gagne en hardiesse et en variété. La ligne se prolonge, s'incline, se relève avec une merveilleuse souplesse. Ici elle se multiplie, là elle se transforme en ruban, enguirlande, en dentelures qui enserrent ia panse, ou elle se déploie en ondulations pleines de fraîcheur et de charme. Le fil de verre est une ligne vivante qui se prête à tous les caprices de l'artiste. En relief, ou emprisonné dans la pâte, il court comme en pleine liberté. Les vases de cette fabrique sont les modèles du genre; on ne fera jamais mieux.

Le décor géométrique convient surtout aux verres moulés. Une timbale en pâte blanche, trouvée dans la nécropole de Dali, est ornée de cercles concentriques, séparés

par deux rangs d annelets '. Ces anneaux sont quelquefois imprimés en creux et ponctues au centre (pl. VIII, 46); ils forment une espèce de chaîne ou de collier lorsque leurs circonférences se coupent \ Un des motifs favoris du verrier est le treillis, dont les mailles sont également décorées de perles ou d'annclcts, les unes au milieu du carreau, les autres là où les baguettes se rejoignent et se croisent \

Souvent le flacon tout entier est enrubané d'un fil de verre qui se déroule en spirale. Des vases blancs (pl. VIII, 43. 45. XIII, 74. XXIX, 118; vignette, p. 36), bleus (pl. X, 58), bruns, verdàtres *, cerclés d'un fil en pâte incolore, se voient dans toutes les collections. Ils rappellent un passage de Théophile, qui savait que les Byzantins fabriquaient de son temps, au xc siècle, des amputles et des coupes en verre pourpre et bleu de ciel, et qu'ils aimaient il les revêtir de fils blancs,^//* ex albo vitro Jadis Mais la plupart de ces vases ne portent qu'un collier (pl. VI, 3 3. XXV, 102, elles vignettes, p. 73 et 75) 6, un semblant de décor, ou des nervures dcnticulécs qui forment les attaches de l'anse. D'autres motifs : le réseau (pl. XXVIII, 115c/ vignette, p. 71 7), la guirlande, la ligne d'eau, les entrelacs, les dents de loup, sont moins communs, et parfois la variété des couleurs en double le prix. Il y en a qui se refusent à toute description (pl. X, 60). Je ne veux pour exemple que ces flacons en verre incolore, dont la panse est couverte de lignes polychromes, bizarrement contournées (pl. XXV, 105. XXVII, 108) s. Sur qui sait apprécier de tels détails, ils font une impression unique. Tantôt grave et simple, tantôt animé par un mélange de courbes et de carrés et se complaisant dans ces gracieuses alternances, tantôt d'une audace que rien n'arrête, le décor linéaire offre à l'étude un sujet inépuisable.

Je passe à une famille de verres qui rentrent de droit dans la même catégorie: les vases côtelés ou godronnés. Le godron et la côte ont un but pratique; c'est la mission de fart de ne pas méconnaître ce but, de le dissimuler plutôt sous un double voile : le dessin et la couleur. Sur les bas-reliefs assyriens, on voit déjà des coupes à godrons. Le plus beau verre qui porte ce genre de décor est un grand canthare bleu, trouvé aux environs d'Amiens'-'. Après lui, I'ampulle, la fiole bursiforme, la patère IQ, la coupe, se prêtent le mieux

1. Je l'ai acheté, en 1868, pour le Louvre, à M. Tiburec Colonna-Ccccaldi. Un second exemplaire fait partie de la collection Slade.

2. Le vase de la coll. Charvet a été trouvé à Arles. Une petite œnochoé semblable fait partie de la coll. Slade.

3. Coupe godronnée de la coll. Disch (en plUc rouge foncé), trouvée à Cologne en 1 865. Donner Jahrb. XLI, j 45 (pl. 4). — Amphorîsque en verre incolore et Rhyton en pâte jaune de la coll. Slade.

4 Ampullc pïriforme, ornée de fils en relief, parsemés de petites perles; trouvée au Heidcnhûbel, en 1SG0. Commission des monuments hist, de l'Alsace, 2" série, t. I, 1 os.

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