Collection de M. César Bolliac, à Bucarest
5. En vieil allemand, l'adjcctil glati; signifiait brillant; de même, en islandais, glasir.
possédait une expression non moins pittoresque : glerslemn, la pierre vitreuse, et nous voilà ramenés directement en Egypte et au siècle d'Hérodote. C'est toujours la même image qui se reproduit sous une autre iorme.
De bonne heure , les Romains , qui avaient l'observation prompte , comprirent que les Germains se servaient de ce même mot gla ou glœs pour désigner l'ambre. Pline ' et Tacite ' le déclarent en termes positifs. Après les analogies que je viens de noter, la chose ne paraîtra plus si extraordinaire, car on sait que le verre coloré imite, à s'y méprendre, cette substance favorite des anciens.
Le souvenir de l'Égypte, car ici tout se rejoint et se confond, nous facilite la transition aux langues slaves. Je n'en citerai que les principales, pour ne point dépasser de justes limites; elles suffiront, du reste, pour clore la chaîne de cette argumentation et pour la relier à ses premiers anneaux. Le verre s'appelle :
en lithuanien : stiktas, en paléoslave : st'klo
en valaque : ItiMa, en polonais : rçifo (avec / barrée),
en russe : steklo , en bohémien : sklo.
Vues de loin, ces formes étranges semblent ne se rattacher à rien, et, cependant, il y a comme un accord secret qui les ramène aux origines mêmes de l'art verrier. A l'exemple de la Mot /yril des auteurs grecs, elles signifient une matière fondue, coulée, et prouvent, par conséquent, que les Slaves ont reçu la pâte vitreuse de l'un des peuples orientaux qui l'avaient fabriquée les premiers.
C'est là mon point d'arrêt.
Nous avons recherché les noms du verre dans un très -grand nombre de langues mortes ou vivantes ; une multitude d'expressions , de physionomie diverse , se sont offertes , et malgré l'énorme étendue de la superficie parcourue , nous ne sommes pas restés sans rencontrer partout des termes de comparaison , des traits de parenté qui indiquent dans quelle mesure chaque nation a profité de l'autre , ou jusqu'à quel point elle est demeurée indépendante, en créant, de ses propres ressources et par son propre génie, le mot dont elle avait besoin. La plupart de ces expressions trahissent l'inexpérience des peuples primitifs qui ne savaient pas établir de différence entre le verre et l'ambre ou la pierre dure. Il y a plus : le succin aussi bien ■ que les gemmes ont toujours passé pour de puissants talismans et même pour des spécifiques contre certaines maladies. Cette réputation , la pâte de verre la partageait avec eux, et de nos jours encore, les Anglais appellent ces grosses perles en verre opaque multicolore , semblables à des œufs et, sans
I. Histoire naturelle, XXXVII. 4a : QlmUm Germani appelant sucinum. Voir 1. IV, 97. io3 et XXXVII, 42 : Glœtariœ insulo: propo Britanniam.
a. Gtrmama , ch. XLV : Succinom quod ipsi (Aeslyi) gUsum vocant. — Jacob Grimm, Deulsclte Gtwntntitik, 1. 1, 5$.