LES VERRES DOUBLÉS
Les verres doublés se composent de deux couches, dont l'une, ordinairement en pâte bleue, est recouverte d'un enduit de blanc opaque. Apres avoir cueilli le manchon qui doit former la couche inférieure, l'ouvrier plonge la canne dans un creuset rempli de pâte blanche. Cette dernière peut s'enlever après, au moyen de la taille ou de la roue, de sorte que le bleu reparaît dans toutes les parties qu'il faut dégager. Quintiîien appelle ce procédé scuiptura vitri.
Les sujets sculptés sur ces verres étant presque toujours d'art grec, et du meilleur, il est possible que les pâtes doublées aient été fabriquées à Alexandrie. En ce cas, nous serions fondés à les assimiler aux toreumata vitri, connus par les épigrammesde Martial ', et qui venaient certainement d'Egypte. J'en vois la preuve dans le travail même du vase Portland, le plus renommé de cette série; en l'examinant de près, j'ai constaté dans plusieurs endroits que la couche blanche a été enlevée trop vite ou qu elle s'est détachée contre le gré de l'artiste. Pour terminer le relief, il a fallu tailler dans le fond bleu. Cela ne donne-t-il pas l'explication d'un distique du poète romain, où il plaint les verriers d'Alexandrie de trop insister sur le fini et la multiplicité des détails, au risque de compromettre un travail de longue haleine ?
Le vase Portland passe, à juste titre, pour le roi des verres doublés. C'est une amphore ornée de deux masques barbus qui dissimulent la naissance des anses. Sur chaque face, elle porte un sujet encore inexpliqué. On a songé au mythe de Thétis et Pélée; je crois avoir de bonnes raisons pour rattacher les deux groupes à la légende de Médée et de Jason, mais sans en être moi-même très convaincu. Sur le pied de l'amphore, on voit un buste d'Attis avec le pin consacré à Cybèle, c'est-à-dire un indice de la destination
[.XII, 74. XIV, 94. ir5.