‹ La verrerie antiqueChapitre 77 sur 145 · VERRES DOUBLÉS · texte numérisé non relu

VERRES DOUBLÉS

funéraire du vase. Style, dessin, ordonnance des groupes et du décor : tout cela est d un goût admirable'.

A son tour, le cercle bachique est représenté par trois vases de la nécropole de Pompéies. Le premier, Iamphorisque du musée de Naples, fut trouvé le 29 décembre i8}7, dans une tombe qui reçut le nom de tomba dcl vaso di vetro Un. Comment le décrire ? Une profusion de figurines, de masques, de pampres et de rinceaux en pâte blanche recouvrent la surface, bleu foncé, de l'amphore. Dans le bas, une frise de chèvres et de brebis (les unes au repos, les autres paissant sous les arbres) sert d'appui au sujet principal. Nous assistons à la fête des vendanges. D'un côté, la cueillette du raisin et le banquet; du côté opposé, le pressoir, et tout autour une bordure de guirlandes suspendues au-dessous des anses. On ne saurait rien imaginer de plus gracieux que cette composition, à la fois si simple et si abondante \

Le vase Auldjo, au musée de Londres, a la forme de l'aiguière à orifice trilobé, et sa panse est enveloppée de lierre, de corymbes, de pampres, de petits oiseaux qui becquètent les grappes. On y remarque déjà une différence dans les couleurs, car outre le blanc opaque, il y a le jaune qui tranche vigoureusement sur le fond bleu \ Enfin, unepatère, dont la poignée se terminait par une tête de bélier en verre blanc, comme les manches des patères de bronze, porte au centre un masque de Satyre, encadré dans une couronne de feuilles et de fruits du platane 4.

Je pourrais ajouter à cette nomenclature le petit vase du musée de Florence, qui représente un sacrifice offert par des enfants 5 ; puis l'amphore de la collection Temple, avec deux masques scéniques sous les anses; ou cette autre, du musée de Naples, aux anses décorées de rotules, de mascarons, de cannelures en pâte blanche. Mais il me tarde de signaler un fragment de coupe qui vient d'être admis dans la collection de

1. La bibliographie de ce vase remplirait à elle seule un petit volume. II fut découvert, à la fin du xvi* siècle, dans un sarcophage devenu célèbre et qu'on prit longtemps pour celui de Sévère- Alexandre. Le tombeau se trouvait dans une colline des environs de Rome, le Monte de! Grano, à 3 milles de la Porte Saint-Jean, entre la voie Latine et la voie Labicane. Quant au sarcophage, il fait l'ornement du Musée capitolin; le vase resta, pendant i5o ans, dans la bibliothèque Barberini, jusqu'à ce qu'il fut acheté par Gavin Hamilton et cédé à la duchesse de Portland. A la vente du cabinet de la duchesse (1786), le duc de Portland s'en rendit acquéreur pour la somme de 1,000 guinées et le confia plus tard à la garde du Musée britannique. Brisé par un visiteur, en 1845, il fut restauré avec un succès qui ne laisse rien à désirer.

2. Annalideirinst. i&?>S,p. 19$. i8lg{i.Xl),p. 84- \oo.MoiitimeittidelI'Iiist.,i. 111,5.— Monaco, G«j'rfe duMusêedeNap!es(i&74),p. n3.— Dcville,pl. 10-] 1.

3. Trouvé, en 1834, dans la Casa del Fauuo ou Casa di Gvt/ic. Le prince de Capoue en offrit une moitié à M" T. Richardson Auldjo; l'autre moitié fut vendue, mais les deux sont aujourd'hui au Musée britannique. Schulz, p. 67. Minutoli, pl. III, 1. De la Motte, Choîce examples of art workmanshîp (Londres, iS5i).

4. Trouvée en 1837. Schulz, p. 67. Museo borb. XI, 28-29. Monaco, p. 1 13. Deville, pl. 88.

5. Je citerai encore un fragment trouvé à Rome (deux Amours, l'un assis sur un lion, l'autre portant une coupe et une couronne); blanc sur fond bleu. Minutoli, pl. I, 8. — D'autres ont été publiés par Arneth, Cameen, pl. XXII, et Dumersan, Notice (1819), pl. 2, 1 (Persée et Andromède). — Sur un fragment de pinax, d'une circonférence énorme, on voit le char de Vénus traversant les flots de la mer et qu'un Amour suit à la nage (Coll. Gré au).

M. Charvet (pl. XXXIII) et que j'ai longtemps hésité à faire reproduire en entier. C'est une scène érotique que l'artiste prend sur le vif', une de celles qui se trouvent fréquemment sur les lampes ou les poteries romaines ; mais sous le rapport du style et de l'exécution, elle l'emporte sur tout ce que nous connaissons dans ce genre de technique.

A côté des vases2, il existe un certain nombre de plaques en pâtes doublées, dont quelques-unes relèvent de l'art grec; les autres sont d'une barbarie indescriptible. Je ne citerai que les meilleures : Bacchus et Ariane couchés entre deux Satyres (au Musée du Louvre)3; une fête bachique, trouvée aux environs de Rome4; un Satyre (?) tenant son mulet par la bride; puis un autre qui referme son outre après avoir versé du vin à Silène 5. On le voit, la majorité des sujets appartient à la mythologie de Bacchus et de son thiase.

Quant à la coloration des pâtes, il va de soi que les anciens ne sont pas restés sans y exercer leur génie inventif. Si les fonds bleus et les décors blancs dominent et constituent, pour ainsi dire, la physionomie des verres doublés, il y a aussi des couleurs différentes : un fond brun, noir, violet, pourpré; des ornements jaunes, violets, verts, bleu de ciel, parfois quatre ou cinq nuances réunies qui se complètent et produisentl'effetleplus imprévu. Mais nous possédons peu d'objets entiers de cette sorte, et c'est principalement dans les collections de fragments qu'il faut les chercher &.

1. Ancienne coll. de M. de Nolivos. — Voyez le n* ]544 du catalogue Durand.

2. Je ne parle pas de la lampe au buste d'Harpocratc, publiée par Passcri [liueernœ fictiles, 1. 1, i) et restaurée par Deville, pl. 63.

3. Autrefois dans la Bibliothèque du Vatican. Buonarroti, Mcdaglioni, p. 437.

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