LES VERRES SOUDÉS
On raconte que l'empereur Tacite aimait passionnément les verres aux formes singulières et d'un travail patient : vitreorum diversitate atque operositate vehementer est delectatus '. Cette patience de travail, operosîtas, est le caractère distinctif des vases que j'appelle verres soudés.
On s'arrête avec plaisir devant des œuvres d'une si ingénieuse perfection. Pour la plupart, ce sont de petites coupes à panse ovoïde; un réseau en pâte vitreuse les enveloppe de ses mailles gracieusement entrelacées. Comme il y a une distance de quelques millimètres entre le réseau et la coupe, on a appliqué, derrière chaque nœud du réseau, un tenon qui le rattache à la paroi extérieure. J'ajoute que les verres de ce genre n'ont pas de pied et qu'il leur faut une base pour tenir debout.
Quel est le procédé qui nous a valu ces chefs-d'œuvre ? La résille est-elle prise dans la masse, est-elle rapportée après coup ? On me dira qu'il suffit d'y regarder pour s'en assurer; mais cela n'est pas si facile, et beaucoup d'antiquaires, depuis Winckelmann, ont soutenu que les verres à réseaux étaient d'une seule pièce, précisément à cause de l'absence de toute trace de soudure. Un auteur ancien ayant parlé de calices diatreti, cette expression a semblé convenir à nos verres, car le treillis est un StarpuTov, un ornement découpé, travaillé à jour. C'est pour cela que les savants ont pris l'habitude de les appeler vasa diatreta * et j'ai moi-même partagé cette erreur (p. j i). Si le mot existait, il fallait bien que la chose existât.
Mais les auteurs demandent, eux aussi, à être regardés de près et au microscope, sans quoi l'on s'expose à prendre des hypothèses pour des faits. En relisant les passages