II - I 'EGYPTE ET t.'ÉT H 10 t'I E
En étudiant les différentes phases de la civilisation égyptienne, nous sommes à même de suivre, mieux que partout ailleurs, les progrès graduels de l'art du verrier. Au commencement, la substance vitreuse sert de vernis à la terre cuite. Ce vernis se trouve employé pour la première fois dans la pyramide, à six degrés, de Saqqarah (Memphis), et cette pyramide est le plus ancien monument de l'Egypte, pour ne pas dire du monde, car on l'attribue à la première dynastie. En effet, les jambages de la porte qui donnait accès a la chambre sépulcrale étaient ornés de petits cubes de pierre calcaire , alternant d une façon pittoresque avec des cubes de terre émaillée verte. Ce curieux spécimen de l'art décoratif, remontant au berceau même de ht culture humame , fait aujourd'hui partie du Musée de Berlin1.
De date plus récente sont quelques rares scarabées d'argile émaillée, portant le cartouche du roi Menkéra (Mycerinus) de la IVe dynastie et appartenant, d'après le plus modeste calcul de probabilité , au XXXIIIe siècle avant 1ère chrétienne Un autre scarabée , en schiste émaillé , porte le nom du roi Papi , de la VIe dynastie4. L'art de l'émail sur terre cuite était donc en pleine floraison au moment où la vallée du Nil entra dans l'histoire.
A partir du Moyen-Empire, les objets colorés à l'aide d'une glaçure vitreuse
i. Jacob Grimm, Deutsche Mythologie, p. 1170. a. Lepsius, Denkmaeîer, t. III, pl. 3.
3. Mariette-Bey, Notice sur les principaux monuments exposés au Musée de Boitlaq (Alexandrie,
]868}, p. 189, n. 507 : Schiste émaillé gris, trouvé à Saqqarah. — Deville, pl. CV, a.
4. Mariette, Musée de Boulaq, p. igo, n. 5 1 2 ; trouvé à Abydos.
se suivent presque sans interruption. C'est à la XIe dynastie, qui avait sa capitale à Thèbes, que remontent les débris dune boite émaillée, représentant une antilope terrassée par un lion1. Sur le cercueil du roi Amef l'aîné, l'image du mort a les yeux incrustés d'émail La momie du tombeau exploré par Passalacqua, portail un collier en terre émaillée3, et ce tombeau, un des rares qui aient été trouvés intacts, est antérieur à l'invasion des Pasteurs.
Je pourrais multiplier ces citations en énumérant bien des objets précieux du même genre. Tels sont les bijoux de la reine Aah-hotep, découverts à Thèbes4, ces magnifiques spécimens de cloisonnage où les figures d'or se détachent sur un fond de pâte bleue; tels sont encore le flacon orné des noms d'Aménophis 111 et de sa femme Taïa5; le pectoral de Ramsès II, trouvé dans la sépulture d'Apis,6; le vase' de Séti Ier; les tablettes de Smendès8, provenant du sanctuaire de Sân; enfin toute cette incalculable quantité de figurines funéraires, poinçonnées d'hiéroglyphes et dont les couleurs, unies ou polychromes, ont le don de conserver indéfiniment leur glaçure brillante. Ces figurines sont cependant d'une ancienneté médiocre ; elles ne remontent guère au-delà du xvme siècle avant notre ère.
Voilà déjà quelque chose de plus que des mots et des étymologies. La langue, c'est la pensée de l'homme ; les monuments", c'est l'homme à l'œuvre et en action. Mais pour la question des origines de la verrerie, les objets dont nous venons de parler n'ont qu'une importance secondaire. En même temps que l'émaillerie se développait à loisir et suivait sa propre inspiration, d'autres découvertes eurent lieu. On s'était aperçu que la matière vitreuse, pour être utilisée, se suffisait à elle-même sans avoir besoin d'un fond déterre cuite ou de métal où clic pût s'appliquer. Dès lors, la fabrication de ce que nous appelons la verroterie, c'est-à-dire des menus objets de parure, des perles, des amulettes, des petites figurines en verre opaque isochrome ou de plusieurs couleurs était inventée; elle ne s'arrêta plus, et le commerce en répandit les produits partout. 11 n'entre pas dans mon programme d'essayer, ne fûtce que la nomenclature des pâtes de ce genre, rien n'étant d'occurrence plus fréquente9. Mais en face d'une telle richesse de formes . une question surgit spontanément. La substance qui se prêtait avec une si incroyable docilité aux moules des bijoux de femme , pourquoi ne l'aurait-on pas employée à des choses de dimensions plus considérables ou aux ustensiles de la vie privée ? Je dois dire que les auteurs classiques
i. Mariette, Musée de Boulaq, p. 191, . 5i8: trouvés à Thèbes.
a. E. de Rougé, Notice des Monuments égyptiens du Louvre, p. 64.
3. Passalacqua, Catalogue des Antiquités découvertes en Egypte, p. 137.