VERRES PEINTS OU DORÉS
On sut depuis longtemps que Part dépeindre sur verre n'était pas inconnu aux anciens. La Bibliothèque nationale de Paris possède un fragment de vase, en verre blanc qui représente un cortège de divinités égyptiennes, peintes avec des couleurs d'émail' Les traits sont dessinés en noir, au pinceau, et deux couleurs, le rouge et le jaune sont appliquées à teintes plates dans l'intérieur des contours '. Un artiste grec, Satyreios.'avak réussi à peindre le portrait d'Arsinoé sur cristal de roche
Mais ce ne fut qu'en 1819 que l'on découvrit dans la nécropole de Cumes un pinax en pâte vitreuse, couvert d'une peinture qui avait été exécutée par le même procédé que la miniature égyptienne. Le sujet est une marine; à droite, un vaisseau dont on n'aperçoit que la proue; à gauche, un môle avec son phare; dans le champ, un trident'. Là aussi, les contours ont été tracés en noir et servent d'encadrement aux couleurs.
Depuis quelques années, les verres peints se sont multipliés, et pour en montrer l'importance, je ne saurais mieux faire que de citer les principaux exemplaires que j'ai vus ou qui ont été publiés.
,-4. — Patère en verre blanc, représentant le même sujet que la patère de Cumes. La proue de vaisseau est à gauche, devant un phare qui forme l'angle d'un mur. Couleurs rouge, noire et blanche (Musée Campana) . — Dans la même collection (n° pi) se trouve un petit plateau, muni de son couvercle et décoré d'un sujet analogue. Les contours noirs, qui ont mieux résisté que la coloration bleue et rouge foncé, permettent de distin un môle avec ses voûtes en plein cintre, et la proue ancrée, à droite, devant le pl
;uer hare.
1. Raoul-Rochette, Peintures inédites, p. 387 des Arlùlagfm, t. II,47o) s'en tire comme ilpcut (ngMttedaiitre).-Ctaboaultt,C«fa/l!S»e,Ifll759. 3. Minutoli, p. ,6. - J'en ai une aquarelle que - Deville, pl. V, f. M. Arneth avait envoyée à Raoul-Rochette (voir les
2. Anthol. Palatine IX, 776. — Sillig (p. 40SJ en Peintures inédites, p. 387 et les JfeWrej de l'Aca fait un graveur en pierres fines, et M. Brunn (Hist. demie des luscript., XIII, 604).
Dans l'intérieur du couvercle, un cercle rouge, bordé de filets d'or et parsemé de points d'or, est entouré d'une guirlande de fleurs que l'artiste a peinte en or et en rouge.
j Coupe à peinture polychrome, trouvée à Nîmes en 1858 : Pygmées
combattant des grues ; sur le fond extérieur, une rosace entourée d'une guirlande. — Musée du Louvre 1 .
6-8. — Trois coupes, découvertes à Varpelev (Danemark) en 1861 : Lion et ours attaquant un taureau (deux exemplaires). — Oiseau picotant des baies; dans le champ, des rosaces et la légende DVB. P *.
0-10. — Deux autres, trouvées en 1870 a Thorslunde (Danemark): Chien poursuivant une bête fauve. — Deux paires de gladiateurs et un orgue hydraulique '.
1 1 . — Gobelet de la collection Slade. Au revers du couvercle, un Amour debout et tourné vers la gauche. La peinture est visible à travers la pâte translucide.
12-14. — Trois verres semblables, extraits du cimetière grec de Dali de Chypre : Amour dansant 4. — Amour agitant des deux mains un fouet et courant vers la droite . Coloration rouge avec contours noirs.
15. — Verre à boire trouvé à Alger en 1852 : Combat de deux paires de gladiateurs. Dans l'arène, une palme et une couronne. Contours gravés à la pointe. — Musée d'Alger ''.
16. — Gobelet en pâte bleue, découvert à Khamissa (Algérie) : Oiseaux dans un cep de vigne chargé de fruits. Sur le fond extérieur : guirlande entourant une rosace. — Collection du baron Gustave de Rothschild '.
17. — Médaillon en pâte bleu clair, doublée de blanc opaque sur lequel on a tracé les contours d'un griffon. Coloration brune. — Collection Slade, n" 84. — Trouvé en Sardaigne.
Cette liste est instructive. Elle prouve que la décoration des verres peints ne diffère pas sensiblement de celle des verres moulés ou gravés. Le peintre se propose surtout d'imiter ces deux catégories de vases, et il en reproduit jusqu'à la marque de fabrique > rosace). Souvent il n'emploie que deux couleurs, mais alors même que sa palette est plus riche, il ne renonce nullement au procédé des artistes égyptiens qui commençaient par dessiner au trait les contours de chaque figure. Une seule fois (n° 1 ;), le dessin a été gravé à la pointe sèche, comme sur les poteries grecques de l'ancien style. Les peintures à l'émail ayant le défaut de s'écailler très vite, c'est pour obviera cet inconvénient qu'on les applique parfois dans l'intérieur, au revers des couvercles (n°s 4.11-14).
I. Héron de Villefosse, Verra anliqita trouva tn 4. Vente d'antiquités chypriotes du 19 janvier l875
Algérie (Paris, 1874. Extrait de la Revue archèolo- (a" io3-io4).
gique), p. 4 (pl. VIII). 5. Coll. du comte StroganolT.
a. Herbst, Vzrpeler Jmdet (Copenhague, ,865), . ^ fc ^ 3.
p. 10 et pi. I-II.
3. Aarioger for nordisk Oldkrndighed, 1871, 7. Héron de Villefosse, /. c, p. 6 (pl. IX). p. 441 (Pl- XI).