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CRISTAL

Taille et gravure. — Les archéologues admettent tous que les anciens connaissaient le cristal. Pour rester dans les limites du cadre qui nous est imposé nous devons simplement rappeler ici que le cristal est un silicate de potasse et de plomb , ce qui le distingue du verre qui est lui, un silicate de soude et de chaux; dans certains cas le verre peut être un silicate de potasse et de chaux, ou même un mélange de silicate de soude, de potasse et de chaux.

Ce qui aux yeux du public distingue le cristal du verre, c’est sa densité, sa sonorité, c’est son pouvoir réfringent, particularité que l’on utilise, et que l’on exagère utilement par la taille, par la gravure.

Le cristal doit être, pour produire le maximum d’effet utile, très dense, et en même temps aussi exempt que possible de coloration. Ces deux qualités malheureusement s’excluent jusqu’à un certain point. La densité maximum est obtenue en forçant le plus possible la quantité de plomb (minium) dans la composition vitrifiable, mais alors on forme des silicates de plomb qui ont une tendance à produire une coloration jaunâtre, puis aussi de nuire à la limpidité du cristal.

C’est à cause de cet inconvénient qu’on a essayé de produire du cristal en remplaçant successivement le plomb par d'autres métaux, ou pour parler plus exactement l’oxyde de plomb par d’autres oxydes métalliques. On a aussi essayé de remplacer la potasse par d’autres bases. Le cristal à hase de plomb n’a pas été remplacé.

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Il est superflu de dire que les matières premières : le sable, le carbonate de potasse, le minium, doivent être aussi purs que possible.

La fabrication du cristal fut appliquée en France en 1784, à Saint- Cloud, par M. Lambert; puis en 1790 à Saint-Louis, le chauffage était au bois, la fabrication en pots découverts.

D'Artigues, vers 1815, achète une verrerie à Baccarat et en 1823 cette verrerie transformée en cristallerie prend un essor considérable.

C’est à Saint-Louis, en 1805 croyons-nous, qu’on adopta d’abord la fusion du cristal dans des fours chauffés par le gaz, et que l’on fabriqua le cristal en pots découverts.

Le cristal anglais contient un peu moins de plomb et plus de potasse que le cristal français.

Le cristal est travaillé à l’ouvreau, comme est travaillé le verre. On donne plus d’importance à la taille, à la gravure, à l’ornementation du cristal qui représente une valeur intrinsèque plus considérable et aussi à cause des propriétés particulières de ce corps dont on tire des effets décoratifs supérieurs à ceux que l’on peut obtenir du verre blanc ordinaire.

La taille , qui est un complément du travail du verrier consiste à déterminer sur les pièces de cristal, des facettes, qui réfléchissent la lumière, des prismes qui la réfractent, et qui donnent aux objets une richesse résultant des jeux de la lumière, à leur communiquer des feux, comme on le dit en parlant du diamant taillé.

Les anglais, ont augmenté les qualités de leur flint-glass en créant de nouvelles tailles. Les ouvriers de Birmingham font preuve d'une grande habileté et nous estimons que la taille et la gravure anglaises sont supérieures à celles d’Allemagne et de Bohème.

En 1862 la supériorité de l’art industriel français trouvait à Londres un émule inattendu. En 1831, à la suite de son Exposition, l’Angleterre, qui avait constaté son infériorité au point de vue de l'art industriel, lit à l’instigation, et sous la protection du prince Albert, des observations très judicieuses dont le résultat fut la création de nombreuses sociétés puissamment subventionnées et qui ont eu pour but de relever le goût artistique, par l’établissement de musées, de collèges, où des leçons y sont données gratuitement — le collège de South-Kensington et son musée en sont un exemple.

Depuis, en France on a créé le musée des Arts rétrospectifs, à l’Ecole pratique, puis le musée des Arts décoratifs qui ont également produit de bons résultats, mais nous devons reconnaître (pie si nos expositions

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sont encore remarquées, admirées, nous n’avons plus hélas le monopole de ce coté artistique appliqué à la décoration du cristal.

A l’Exposition de 1889 la cristallerie française était représentée par :

Les cristalleries de Sèvres et de Clicliy réunies.

La cristallerie de Sèvres remonte, comme fondation, au règne de Louis XV ; on y fabriqua successivement les verres à vitres, les bouteilles et la gobeletterie. En 1870, propriété de MM. Landier et Houdaille on s’y livra exclusivement à la fabrication du cristal. En 1885, cette cristallerie lut réunie à l’usine du Bas-Meudon et son importance fut doublée. Ces cristalleries réunies possèdent un outillage perfectionné et les produits exposés attirant l’attention étaient les objets en cristal taillé, dont la teinte était uniformément incolore.

On remarquait en outre des objets en cristal en couleurs et taillés, puis des objets gravés artistiquement à la roue, à l’acide.

La maison Webb et fils, de Stourbridje était représentée brillamment par des produits d’une blancheur, d’une limpidité exceptionnelle dont l’éclat était rehaussé par la taille et surtout par le poli exceptionnel qui la caractérise. Ces produits consistaient en services de table en blanc et en couleur, verres décoratifs, lustres, lampes, etc.

MM. Davis Collamare et C10 de New-York avaient exposé un certain nombre de pièces remarquables par la beauté, la profondeur de la taille et par leur gravure.

En 1900,1a cristallerie de Sèvres n’était pas moins bien représentée. Le public a admiré les cristaux qui ornent les lanternes dos candélabres du pont Alexandre III. On remarquait, en outre, aux Invalides, un atelier de cristallerie en activité.

Puis, aux Invalides également un vitrine garnie de cristaux représentant les différents genres de sa fabrication. Cristaux artistiques dont chacun est la réalisation d’une idée voulue. Cinq couvertes, chacune de couleur différente, sont parfois superposées et concourent à produire un effet harmonieux.

L’artiste laissant libre cours à sa fantaisie a recherché et fouillé une à une ces différentes couches, découvrant les unes, laissant deviner les autres sous des demi-transparences.

D'autres, au contraire, forment ça et là d’éclatantes saillies et servent à modeler le relief des feuilles ou les pétales des fleurs.

Nous avons remarqué également deux séries de services de table, de haute fantaisie, dont les verres à tiges élevées imitent des fleurs en

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tulipe. Colorés en plusieurs couches de cristal superposées, les détails finement gravés, donnent des tons veloutés très variés et très fondus.

Puis encore quelques cristaux d’art moderne, de colorations assez heureuses, et quelques imitations de verres anciens dont les irisations sont d'une remarquable intensité. On remarquait encore, un magistral candélabre de 4m,50 de hauteur, puis des vases en cristal blanc taillés en diamants, bambous de O"1, 80 de hauteur.

Puis des imitations de pierres fines, des métallisés avec variations de nuances ; des craquelés métallisés ; des granités, dits « Carthage, ou Vésuve » de la maison Stumpf, Touvier, Violet et C°, sur fonds rougeorange, bleu, vert ou mordoré. Des imitations de fruits, d’arbustes, en cristal coloré, des blocs d’aventurine de 500 kg., des imitations de marbre, d’ivoire, de jade, d’onyx, de nacre, objets à utiliser pour la lustrerie que réclamaient les modèles nouveaux adaptés à la lumière électrique.

Puis à coté de tous ces produits nouveaux comme formes, comme colorations, nous constatons que le goût qui a présidé à la création de ces modèles est pour ainsi dire impeccable et réellement la France a encore sur les autres nations étrangères une réelle supériorité, il faut le constater pour que de cette remarque naisse le désir de ne pas nous laisser égaler sinon devancer ce qui est à craindre eu égard aux progrès réalisés autour de nous.

Nous avons parlé en un autre chapitre de la cristallerie appliquée à la lustrerie. Les besoins nouveaux créés par l’éclairage électrique ont forcé les bronziers, à créer des types particuliers ; il faut rendre justice à ces industriels et leur savoir gré de leurs efforts et des objets véritablement remarquables qu’ils ont produits. Mais les bronziers placent le bronze en première ligne et le cristal, le verre, est pour eux un élément qui vient s’ajouter aux objets, aux appareils métalliques destinés à contenir (au lieu de supporter comme autrefois) la lumière.

Nous voulons espérer qu’une usine de l’importance de Baccarat continuera ses tentatives de création des modèles nouveaux et composera des chefs-d’œuvre dans lesquels le cristal régnera en maître, le métal n’étant plus que le support, la carcasse indispensable au maintien, à l’assemblage de cette splendide matière indiquée pour répercuter la lumière et lui donner un aspect, des formes, dont sa transparence, son éclat, multiplieront les effets.

Cette magnifique installation de Baccarat si renommée qu’elle n’a pas cru devoir prendre part aux expositions universelles françaises

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depuis 1878, a sù maintenir sa réputation, mais nous voudrions qu’elle continue à être citée pour toutes ses productions à l’égal de Sèvres, et que le présent ne laisse pas de regrets en songeant au passé ; nous la voudrions à la tète de toutes les nouveautés, là où le cristal trouve de nouvelles applications ; le côté mercantil ne devrait être pour Baccarat que l’une des questions à envisager, et la préoccupation de tenir le premier rang, laissant derrière, et très loin, les autres fabricants, devrait être la dominante ; noblesse oblige, et cette usine doit continuer à faire constamment de sérieux efforts pour ne pas perdre son rang.

La gravure. On grave le cristal à la roue, à l’acide, au jet de sable. Souvent pour certains objets on emploie les différents modes de gravure quitte à corriger l’effet obtenu et à leur donner un lustre, un fini, que la gravure plus économique de l’une de ces manières ne présenterait pas tout d’abord.

C’est en France, vers 1830, que la gravure en creux sur verre blanc à la roue prit son essor. A cette époque, des négociants de Paris, des directeurs de cristalleries, engagèrent des ouvriers de Bohême et d’Allemagne, pour travailler dans leurs ateliers ou leurs fabriques.

Ces ouvriers excellaient à exécuter des sujets de chasse, des paysages, des animaux; ils firent de nombreux élèves qui, à leur tour, devinrent habiles, ayant un genre personnel, bien français, exécutant des fleurs, des ornements, des chiffres, des armoiries.

Ces élèves devinrent chefs d’ateliers, d’établissements, et de 1840 à 1870 eurent dans le commerce des cristaux gravés, une période de très grand succès.

Puis ensuite, on employa l’acide fluorhydrique pour les gravures sur glaces, sur verres à vitres. Les fabriques de cristaux s’emparèrent de ce mode de travailler, ce qui lit un tort considérable à la gravure sur verre.

A cette époque, M. A. Reyen, imagina la gravure sur vitraux, vases, à couverture d’émaux superposés de couleurs transparentes différentes, ombrés, à relief et gravés par la roue. Cette manifestation de la gravure sur verre, a un caractère spécial et permet d’obtenir à l’aide de combinaisons multiples de couleurs, de dessin, d’exécution, des effets très différents. Voici comment opère M. lleyen :

« Le vase par lui-même, originairement blanc, est enveloppé de couches minces d’émaux superposés de diverses couleurs, et cela de façon à présenter une surface plane, unie. On trace d’abord le dessin ; puis, en attaquant très légèrement les couleurs dont on a besoin pour former

le dessin, on atteint graduellement des colorations diverses, des tona-

grande puissance, se détachant sur le verre blanc qui est la matière

solide et donne la transparence. Travail difficile et compliqué et qui

demande une grande sûreté de main pour obtenir un effet artistique. »

Ensuite vient la gravure au jet de salde, la moins artistique, mais la plus économique.

Les annonces, les gravures communes, les dégradés de couleurs ou de tons différents, lu percement des plaques de propreté, ou la gravure en creux, gravure industrielle, sont obtenus par le jet de sable lancé sur le verre, les parties à réserver étant garanties par de la glue, du carton, ou simplement du papier gommé c’est-à-dire rendu un peu mou, élastique, et à cause de cela moins facilement perforé.

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