A LA PRESSION
Les études faites par M. Salieron, sur la résistance des bouteilles, ont permis de constater l’importance de la pression que peuvent supporter les bouteilles.
D’après Maumené, « les bouteilles à champagne arrivant de la verrerie sont très souvent capables de résister à 30 atmosphères, pendant les 2 ou 3 minutes que dure un essai, et l’expérience prouve qu’une bouteille, dans laquelle le gaz acide carbonique parvient à développer 8 atmosphères pendant quelque temps, est une bouteille perdue ».
D’après les essais auxquels MM. Pol Roger et Ci0, d’Epernay soumettent les bouteilles, ces Messieurs sont amenés à éliminer les bouteilles qui ne résistent pas à la pression intérieure constante de 17 atmosphères. Cet essai des bouteilles s’effectue à l’aide d’un appareil imaginé par M. Salieron, que nous recommandons.
Le verre est, en effet, un corps élastique et, sous l’influence de pressions intérieures, on voit les objets en verre, bouteilles, touries, se gonfler et augmenter de capacité. Si, sous une certaine pression, les limites de l’élasticité du verre sont dépassées, la bouteille conserve une partie du gonflement éprouvé et ne reprend plus sa capacité primitive lorsqu’on cesse de la soumettre à la pression. Voici comment M. Salieron l’a démontré : Au col d’une bouteille, on ajoute un tube a b de faible diamètre divisé en centièmes de centimètres cubes et constituant un prolongement très étroit du col de la bouteille.
Ce tube permet de mesurer exactement, par la diminution de la hau¬
teur du liquide, les changements de capacité qui peuvent se produire dans la bouteille soumise aux essais.
4e PARTIE : LES BOUTEILLES
La partie supérieure a du tube gradué est mise en communication à Laide du tube de raccord t avec une petite pompe foulante P (fig. 104). qui comprime de Pair au-dessus de Peau qui remplit la bouteille. Un manomètre M mesure à chaque instant la pression à laquelle la bouteille est soumise. Enfin la bouteille est immergée au sein d’un bainmarie B qui la maintient à une température déterminée qu’on maintient fixe à l’aide d’un thermo-régulateur R.
Une bouteille du 985 grammes et d’une capacité de 825 cm", maintenue dans le bain-marie à une température de 10° et soumise graduellement à 10 atmosphères de pression a augmenté de capacité de 0cm3,600.
Tour 13 atmosphères, l’augmentation a été de 0nn3,800.
Pour 14 atmosphères, 0cm:g000.
Donc cette bouteille a subi dans sa constitution une modification pro¬
fonde, qui doit nécessairement diminuer sa résistance. Quand, à un moment donné, les molécules sont parvenues à la limite de l’écartement qui correspond à la largeur de leurs côtés, ou Pont plus ou moins dépassée, le verre se rompt dans certaines régions internes ; si l’effort persiste, les lésions s’agrandissent, se propagent jusqu’à ce que le verre se détache en morceaux ; en examinant à la loupe la tranche des fragments de verres cassés, très souvent on voit des « esquilles », des fissures produites par le changement d’état permanent du verre.
Toutes les actions extérieures qui tendront à déplacer les molécules du verre : élévation de la température, vibrations, chocs plus ou moins violents, auront une influence considérable sur la résistance du verre et auront pour effet de diminuer considérablement cette résistance.
Dans un autre ordre d’idces, l’inégale épaisseur du verre et la composition chimique joueront également un rôle important : une épaisseur irrégulière amène, eu effet, une recuisson inégale des diverses parties du verre; quanta la composition chimique, elle fait varier dans d’énormes proportions la ténacité du verre, sa résistance aux actions chimiques <| ne pourront exercer les divers liquides que les objets en verre sont appelés à contenir. À ce point de vue, il faudrait pour ainsi dire avoir un verre de composition spéciale pour chaque liquide à conserver.
Tout ce que nous venons de dire, relativement à la résistance des bouteilles, s’applique à tous les récipients en verre, quelle que soitleur capacité. C’est même dans le cas des pièces d’un volume considérable, bonbonnes, touries, que les soins à apporter dans la fabrication doivent être plus minutieux. Ce qui rend, en elfet, les bonbonnes, touries, relativement moins résistantes que les bouteilles, c’est la difficulté de les obtenir d’une épaisseur absolument régulière; aussi, dans un travail que j’ai été appelé à faire à ce sujet (’) — et où les personnes que ces questions intéressent pourront trouver des renseignements plus nombreux et plus détaillés que ceux que nous pouvons donner ici — il a été dit que, pour les touries employées au transport des produits chimiques et autres liquides, il nous semble indispensable d’avoir recours, comme moyen de fabrication, au soufflage à l’air comprimé ».
Comme nous l’avons dit, et nous devons insister sur ce fait, la fabrication mécanique des bouteilles en une meilleure répartition de la matière, permettant de renforcer les parties plus délicates, augmentera sensiblement la résistance du verre et diminuera la proportion de casse dans les transports.
(I) La résistance du verre, par Jules Iienrivaux, publiée par la Revue Scientifique, en 1891. Editée par la Société d'Editions Scientifiques, 4, rue Antoine- Dubois, 1892.