PARTIE : MATÉRIAUX DK CONSTRUCTION
murale, la mosaïque, les garnitures d’or, d’argent, d'ivoire et la richesse des tapis ! Les architectes et les peintres décorateurs du siècle de Périclès couvrent la Grèce de monuments, qui font encore l’admiration de notre époque.
Les Romains s'inspirèrent, en les perfectionnant, des genres étrusque et grec. Leur architecture conserve le luxe de ses devancières, tout en recherchant la solidité. Ils créèrent un mortier et un ciment inaltérables, et de leurs appareils à briques et à briquettes sont sorties ces maçonneries incomparables qui, tout en permettant l’ornementation extérieure qui est la caractéristique de cette époque, ont traversé les siècles sans se laisser entamer.
L’ornementation extérieure s’obtenait par un placage de stuc ou d'enduit imitant la pierre, ou encore par l’application du marbre ou d’une pierre plus dure que celle employée à la construction du mur lui-même. Ce parement constituait une sorte d’habillage dont les murs entiers étaient revêtus, mais qui avaient l’inconvénient de se détacher des murailles. On a trouvé des plaques énormes de ces revêtements dans les ruines de Rome, de Pompéï et d’Herculanum.
Notre époque s’est inspirée de ces procédés de construction, mais nos placages en ciment ou en plâtre n’ont pas la durée des ciments romains.
La pierre de verre ou céramo-erisial vient remédier à ce défaut. Elle offre une puissante ressource aux architectes modernes, pour reconstituer les miracles de l’art romain, non seulement en ce qui concerne l’extérieur, mais encore pour la décoration intérieure.
L’architecture romaine, là surtout, procède de l’art grec. Si Rome a conquis la Grèce par les armes, Athènes a asservi Rome à son génie. Après l’incendie ordonné par Néron, la capitale fut reconstruite entièrement sous l’influence de l’ordre architectural grec. C’est à lui que la maison romaine emprunte son atrium, son tubulinum et son péristyle. Le luxe de l’intérieur atteint son apogée ; la riche décoration des murailles se complète par les colonnades, les peintures, les ornements sculptés; la richesse des planchers et des plafonds répond à ce merveilleux entassement de beautés artistiques.
De nos jours, le placage ou revêtement de verre, tout en améliorant selon les lois de l'hygiène la plus sévère les conditions de l'habitation humaine, reconstituera les beautés du plafond romain qui laissait la charpente apparente et dont les solives dessinaient des caissons rehaussés par de brillantes couleurs. Les mosaïques en verre remplaceront les mosaïques en marbre ou en pierres diversement coloriées.
L’invasion des Barbares amena la décadence de l’architecture romaine. L’art de la construction ne se releva que sous Charlemagne, pour produire plus tard l’architecture romane qui, elle-même, servit de base à l’architecture du moyen âge si fertile en chefs-d’œuvre.
Dans les constructions colossales de cette époque apparaîtront l’art gothique et le style ogival dont la fusion donnera naissance au style byzantin.
Le château du roi René, en Provence, la maison de la place du Marché, à Reims, l’église Saint-Marc, de Venise, et celle de Sainte-Sophie à Constantinople, sont des spécimens des différents styles qui ont présidé successivement à la construction des monuments du moyen âge, avant d’arriver à la période de la Renaissance.
L'avènement de la Renaissance dans l’art architectural fut provoqué par la chute de Constantinople.
Les artistes et savants byzantins, fuyant la domination ottomane, émigrèrent en Italie et notamment à Venise. Ils imprimèrent aux arts de ce pays un vif cachet d’originalité qui se répandit ensuite dans l’Europe entière et atteignit toute sa splendeur au commencement du xvic siècle.
Aux siècles suivants, l’habitation perd son caractère artistique. Cette sorte de décadence commence sous Henri IV et s’achève sous Louis XIV. Les constructions ne sont plus des morceaux d’architecture classique; elles deviennent la maison moderne à l’aspect banal, ou la pierre se marie à la brique et que recouvre l’ardoise.
Une transformation marquée s’opère également dans la décoration intérieure qui conserve son luxe tout en changeant de style. Le bois est utilisé avec une grande richesse sous Henri II, Louis XIV, et Louis XV. Le parquet remplace le marbre et la brique. La cheminée monumentale se rapetisse et devient le petit foyer moderne. Les tapisseries se substituent aux peintures murales et cèdent la place à leur tour au papier peint importé par les Chinois. La maison n’est plus faite pour l’art, elle est aménagée pour le confortable de celui qui l’habite. Si l’art y perd, l’hygiène y gagne et nous ne pouvons que nous en féliciter, au point de vue du bien-être.
Il est entendu que l’esthétique extérieure a été sacrifiée à notre époque, mais il faut reconnaître que de grandes innovations ont ôté réalisées par l’architecture moderne. Les maisons sont d’un caractère uniformément banal, mais elle a su utiliser dans leur construction :
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUC ION
SU
l'acier, le fer, le plomb, le zinc, l’étain, qui assurent la solidité dans l’élégance et offrent toute sécurité contre l’incendie.
Après les métaux, il restait à trouver le mode d’emploi d’un élément nouveau, le verre , que l'industrie produit à prix abordable et dont les qualités diverses, soit comme transparence, coloration ou résistance, offrent des ressources à peu près infinies.
Je me souviens d’une lettre, adressée le 23 janvier 1876, par M. le marquis de Chennevières, alors directeur des Beaux-Arts, au peintre Paul Baudry, dont les tableaux ornent le foyer de l’Opéra et sont exposés à être détériorés par « l’enfumement des lumières » .
Dans ce document, M. de Chennevières, recherchant un local digne des toiles de cet éminent artiste, redoute pour elles «les rez-de-chaussée si humides» de nos grands monuments et exprime à P. Baudry la crainte qu’il éprouve de voir « condamnées à périr par l’humidité» les œuvres soustraites à un autre péril.
Cette sage prévoyance montre que même les hommes compétents ont des appréhensions au sujet de nos monuments, bien qu’ils aient été étudiés avec plus de soin que la plupart des habitations particulières. Ces appréhensions n’auraient pas de raison d’être, si l’on avait réuni les matériaux au moyen de matières hydrauliques, au lieu d’employer le plâtre qui s’hydrate facilement, ou bien si, renonçant au mode ancien de construction par monolithes, on adoptait les constructions à doubles parois, c’est-à-dire avec un vide utilisé pour le chauffage, l’éclairage, et le logement d’objets propres à l’habitation.
De nombreux exemples démontrent l’influence funeste de l’humidité non seulement sur les objets d’art et d’ornement, mais encore sur la santé publique.
Considérons un homme habitant une maison humide et ignorant les régies de l’hygiène:
Son visage ne tarde pas à pâlir, ses digestions s’altèrent, ses forces languissent; ne soupçonnant pas l’origine du mal qui l’accable, il ne peut s’y soustraire, et finit par succomber. Il évitera cette terminaison fatale, soit en abandonnant son habitation insalubre, soit en l’assainissant.
Il est établi que l’humidité froide est moins nuisible à la santé que l’humidité chaude; il ne faut donc pas chercher une remède efficace dans le chauffage des pièces humides. L’air froid et humide cause une impression désagréable à la surface de la peau; la respiration est gênée l'appétit diminue, les digestions languissent. L’intelligence elle-même
est frappée. Sous l’influence de l'humidité froide, la constitution tend à s’amollir; la peau prend une teinte blafarde; les membres s’arrondissent et les membranes qui tapissent le nez, la bouche, les conduits aériens, sécrètent une plus grande quantité de mucosités: de là, une disposition à contracter les rhumes et les maladies de nature catarrhale.
La conclusion facile, c’est que les habitations humides doivent être complètement abandonnées et qu’il faut tout faire pour s’en préserver.
Une des règles de l'hygiène de l’habitation veut que l’on multiplie les ouvertures, qu’on augmente les sections de ces ouvertures, et la hauteur sous les plafonds, mais cela ne suffit pas, il faut aussi porter son attention sur le choix des matériaux, des mortiers, des enduits.
Pour préserver les constructions anciennes de l’humidité, on s’est généralement borné à appliquer un enduit extérieur au mortier de chaux hydraulique ou de ciment, sur la façade exposée aux vents de pluie et sur le soubassement des autres côtés. Dans quelques cas particuliers, on a recouvert la même façade d’une couche de peinture d’une préparation spéciale. Mais l’humidité du sous-sol continue à pénétrer dans les murs, le drainage du sol est même insuffisant. En résumé, il existe plusieurs moyens d’assainir une habitation ancienne et défectueuse au point de vue de l’hygiène :
Enduit hydraulique à l’intérieur;
Enduit hydraulique à l’extérieur et à l’intérieur:
Maçonnerie hydraulique intérieure de 0m,06 ou de Om,ll d’épaisseur isolée des murs existants ;
Reprise des soubassements en sous-œuvre, en faisant usage de matières hydrauliques.
La fortune publique s’est considérablement accrue depuis le commencement du siècle; grâce aux progrès agricoles et industriels, cette fortune s’est répartie et l’aisance est maintenant plus générale, mieux entendue qu’elle ne l’était au siècle dernier.
La durée moyenne de la vie humaine est passée de trente-trois à quarante-deux ans, et cela malgré les guerres qui ont enlevé tant d’hommes jeunes et robustes. Parmi les progrès à accomplir de nos jours, la construction et l’hygiène de l’habitation doivent être maintenant placées en première ligne.
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Un chef de famille doit avoir à cœur de prolonger le plus possible son existence, celle des siens après les avoir élevés dans les meilleures conditions possibles.
On nous objectera que l’hygiène de l’habitation n’est pas la seule hygiène à observer, nous n'y contredirons certes pas.
Nous nous rappelons ce tercet, inscrit par Victor Hugo sur les murs de « Hauteville-House » :
Lever à six, diner à dix,
Souper à six, coucher à dix,
Fait vivre l’homme dix fois dix !
Appliquons-nous donc tous à bien vieillir: puisque vieillir (selon le mot si fin d’Auber), vieillir est encore le seul moyen pratique que l’on ait trouvé pour vivre! Vieillissons dans un «home» hygiénique dont profiteront aussi nos enfants et où ils se plairont.
L’àpreté de la lutte engagée, principalement depuis quelques années contre l’ordre social actuel et la propagation, par le fait, de certaines doctrines anarchistes, les conséquences de ces démonstrations, nous portent à envisager ici quels sont les moyens à employer pour rendre ces efforts destructeurs moins efficaces contre les immeubles.
Actuellement, les constructions formées de pierres ou de briques agglomérées, liées entre elles, enfoncées dans le sol par les fondations forment en quelque sorte un monolithe dont les solutions de continuité représentées par la porte, les fenêtres de la cage d’escalier, offrent des issues infiniment trop restreintes pour livrer passage à l’énorme quantité des gaz provenant de la combustion des matières explosives et du déplacement instantané de l’énorne quantité d’air qui en est la conséquence.
Les explosifs agissent par les pressions qu’ils produisent dans les enceintes où ils déflagrent. S’ils se décomposent lentement, c’est-à-dire par combustion ordinaire, on peut évaluer avec précision la valeur de la pression qu’un poids donné d’explosif produit dans une capacité donnée. L’expérience a montré que dans ces conditions de combustion relativement lente 1 kilogramme de poudres noires usuelles produit dans une capacité de 1 m3 une pression de 3 atmosphères.
Les dynamites et le coton-poudre produisent des pressions sensiblement triples, soit 9 atmosphères; de sorte qu’un poids p d’explosif exprimé en kilogrammes, placé dans une capacité N exprimée en mètres cubes, donne une pression P exprimée en atmosphères donnée par la formule
P — 3 x Pour la pondre noire,
P “ 9 X ^ pour les dynamites et coton-poudre,
On voit qu’il serait nécessaire de recourir à l’emploi de charges très fortes pour obtenir des pressions, moyennes notables, dans les locaux d’habitation qui présentent toujours une capacité importante : ces pressions seraient d’ailleurs très atténuées par les orifices de toute nature qui permettraient l’évacuation des gaz.
Le danger de l’emploi criminel des explosifs résulte, non pas des pressions moyennes développées, calculées d’après les formules ci-dessus, mais des pressions locales énormes que fournit l’explosion instantanée des matières explosives, lorsqu’on les excite au moyen d’amorces spéciales au fulminate de mercure. Dans ces conditions, l’explosif se décompose sous son propre volume, sans que les gaz aient le temps de se détendre au fur et à mesure de leur production. 11 en résulte, au contact immédiat de la charge, des pressions se chiffrant par dizaines de mille atmosphères, capables de rompre les poutres et les solives de dimensions usuelles. Mais à quelques centimètres de la charge, par suite de la détente des gaz, les pressions sont déjà beaucoup plus faibles et à quelques décimètres de distance ne sont plus capables d'agir que sur les surfaces de grandes dimensions telles que les murs, les cloisons les panneaux et les portes, qui ne présentent qu’une résistance très faible dans le sens horizontal. L’effet destructeur produit sur une de ces surfaces ne dépendra donc que de la distance à la charge et ne saurait être atténué par des orifices d’évacuation situés à une distance plus grande. La sécurité de l’immeuble ne sera donc assurée que si l’on rend sa stabilité indépendante des parois verticales à grande surface qui supportent, en cas d'explosion, des pressions proportionnelles à leur étendue.
Ce résultat sera atteint dans des constructions à ossature métallique servant d’appui à de simples panneaux de remplissage, susceptibles d’être projetés partiellement, sans entraîner l’effondrement de l’édifice. C’est donc l’emploi du ciment venant remplacer les matériaux actuels.
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION 815
C’est dans ces panneaux ajourés garnis de verre, et même de verre armé, ou verre treillage — le ciment garnissant les parties basses, les soubassements, les encadrements, et masquant les 1ers, constituera l’ossature ou la carcasse de la maison — que la pression provenant des combustions instantanées produira des trouées, sorte de bombardement interne, de l’intérieur vers l’extérieur.
Ces constructions en ciment constituent une application avantageuse en cas d’incendie, on en a fait une application aux casernes du boulevard Morland, aux magasins du Printemps, aux nouvelles écuries du Bon-Marché et dans un grand nombre de constructions industrielles.
Un ingénieur très distingué des Ponts et Chaussées, détaché aux travaux hydrauliques delà marine à Toulon. M. L. Stellet (*), a étudié et a critiqué les méthodes de calcul préconisées jusqu’ici pour l’emploi du métal à recouvrir de ciment. Il regarde comme erronée l’hypothèse simpliste de la poutre non homogène à simple T, où l’on considère le hourdis du plancher comme formant la semelle supérieure en ciment travaillant exclusivement à la compression, et les tirants en fer rond noyés à la partie inférieure de la nervure ou du soffite, comme formant la semelle inférieure travaillant exclusivement à la tension.
Cette hypothèse suppose implicitement que la poutre repose librement sur ses appuis; or, la manière même dont on construit les planchers en ciment armé cause fatalement l’encastrement de la poutre sur les appuis. Les tirants sont ancrés à leurs abouts dans les murs ; ceux des solives ou poutrelles traversent sans coupure lessoflîtes des maîtressespoutres; ceux des maîtresses-poutres, lorsqu’il y a deux ou plusieurs travées, traversent sans coupure les piliers en ciment.
Le ciment du hourdis, des poutrelles et des maîtresses-poutres est intimement relié par des arrachements aux maçonneries des murs. La résistance fort notable à l’extension du ciment ne permet pas de négliger cette cohésion. Alors même que les tirants seraient coupés au milieu d’un soffite ou d’un pilier, l’adhérence surprenante (45 kilogrammes par centimètre carré, d’après Bauschinger) du ciment pour le fer donnerait lieu à un ancrage énorme, atteignant plusieurs tonnes, dont les constructeurs ne semblent pas s’être assez préoccupés. Avecles cas fréquents d’un tirant de 30 millimètres noyé de 0,15, l’adhérence atteint Que l’on considère l’encastrement comme complet, ou
(1) Décédé prématurément au grand détriment de la Science appliquée aux constructions spéciales.
comme partiel, peu importe : la conséquence non douteuse est que le moment de flexion est négatif aux appuis, qu’il est nul à une certaine distance des appuis et que, s’il est positif au milieu de la portée, il n’y est pas maximum. Aux abouts de la poutre, la semelle qui travaille à la tension est la semelle supérieure.
Si donc la semelle supérieure n’était formée que de ciment, elle serait exposée à la rupture.
Une économie considérable doit résulter de l’encastrement aux appuis, propriété inhérente aux planchers en ciment armé. Cette économie se manifeste :
1° Dans le moindre poids de fer employé ;
2° Dans le moindre volume du ciment des nervures et soffites un peu plus étroits et sensiblement moins hauts;
3° Surtout dans le moindre volume des maçonneries des murs d’enceinte et de refend, dont l’élévation est réduite de la somme des hauteurs gagnées sur les planchers successifs. L’hypothèse du libre repos sur les appuis conduit en eflet, très vite, pour des surcharges et des portées un peu grandes, à des hauteurs de mnitresses-poutres inadmissibles en pratique, ailleurs qu’en des magasins, parce qu’elles sont disgracieuses, et qu’elles isolent des tranches d’air difficile à renouveler, par suite antihygiéniques.
Somme toute, les planchers en ciment armé des divers constructeurs ne réalisent guère, jusqu’ici, leur grande rigidité mise à part, qu’une économie de 25 à 30 0/0 sur les planchers en poutrelles métalliques et voûtains en briques, encore fort usités. 11 semble bien que cette économie, tout appréciable qu’elle soit, correspond surtout à ce fait que le plancher en ciment armé supprime tous les ouvrages auxiliaires lourds supportant ou formant le plancher et le plafond sous-jacent, et que tous ses éléments constitutifs concourent à la fois à leur destination architecturale et à la résistance aux charges. Le poids de métal ne parait guère réduit que grâce à la diminution considérable du poids mort pour une même surcharge.
D’après les expériences faites, la répartition défectueuse du métal dans les planchers actuels en ciment armé parait se manifester dans la pratique par une insuffisante résistance aux efforts tranchants. C’est près, des appuis que les poutres chargées jusqu’à rupture se fissurent et périssent. Les efforts tranchants sont les mêmes, que la poutre soit librement posée sur ses appuis ou y soit encastrée, mais la répartition du métal en vue de l’encastrement assure bien mieux la résistance aux
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
efforts tranchants dans les parties extrêmes de la poutre où ces efforts sont les plus grands.
Ou doit interpréter les faits observés de la manière suivante :
Le travail du mortier ou béton de ciment à l’extension, malgré qu’il soit notable, ne doit être compté que comme appoint, augmentant la marge de sécurité adoptée, dans une proportion qui dépend trop des soins apportés à l’exécution pour pouvoir être même approximativement calculée.
Le travail du béton à la compression est important. Il ne pourra en être tenu un compte exact dans les calculs que lorsqu’on connaîtra exactement le coefficient d’élasticité à la compression du mortier de ciment à divers dosages et celui du béton de ciment aux diverses compositions usitées, soit avec de la pierre cassée, soit avec du gravier. Sous ce rapport, il est à désirer qu’un nombre limité de types de mortier et de béton soit consacré par la pratique répondant au nombre restreint de valeurs de surcharges prévues dans les projets et que de très nombreuses expériences soient faites sur ces types. On ne possède actuellement que peu d’expériences qui ont, d’ailleurs, été faites sur des mortiers variés et non comparables, tantôt frais, tantôt anciens, et on en déduit hâtivement des chiffres moyens dépourvus de toute signification réelle, d’autant plus qu’on égalise d’avance, sans aucune preuve, les coefficients d’élasticité du mortier de ciment à l’extension et à la compression, à l’imitation du métal.
Quoi qu’il en soit, le travail de la compression du ciment qui enchâsse une poutre métallique augmente notablement sa résistance, d’une part, parce qu’il s’ajoute au travail du métal dans la semelle comprimée, d’autre part, parce que la faiblesse du coefficient d’élasticité à la compression du mortier de ciment, oblige la fibre neutre à se rapprocher de la semelle comprimée, ce qui augmente le moment de résistance de la semelle tendue.
Le rôle du ciment est surtout :
i° De constituer une âme indéformable pour la poutre métallique, permettant de la réduire aux deux semelles de section strictement indispensable, sans tôles verticales, cornières, ni trous de rivets, concentrés au maximum de distance compatible avec les autres conditions du projet ;
2° D’obliger la poutre, par l’adhérence considérable du ciment au métal, à présenter un moment d’encastrement aux appuis. La conclusion semble être qu’il faut exactement proportionner au moment de
flexion et à l’effort tranchant, suivant les formules bien connues de la résistance des matériaux, les sections, aux divers points de la portée, des semelles de la poutre métallique supposée encastrée, calcul qui n’offre plus d’incertitude puisque la position réelle de la libre neutre et le coefficient d’élasticité du métal sont bien déterminés, et compter sur la présence du mortier de ciment pour réaliser d’une part cet encastrement, pour augmenter d’autre part le moment résistant des semelles métalliques par l’effet du travail à la compression du ciment.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des formules indiquées par M. Steliet pour le calcul des maîtresses-poutres, des poutrelles et des hourdis. Nous ferons seulement ressortir l’idée caractéristique de partager les deux armatures métalliques symétriques en tirants continus, capables de supporter la charge permanente et le poids des coffrages et conclus nécessaires pour le moulage, et en tronçons de tirants de faible longueur, régnant seulement près des appuis de la poutre, n’entrant en jeu que pour assurer la résistance aux surcharges. M. Steliet compte hardiment sur la forte adhérence du ciment au métal pour que ces tronçons de tirants fassent corps avec le reste de la poutre, malgré leur interruption sur la majeure partie de sa longueur.
On doit proscrire absolument le moulage des planchers en plusieurs reprises, système qui cause des solutions de continuité aussi inévitables que nuisibles dans la masse de ciment.
J’estime qu’il y a un intérêt capital à ce que le ciment ou le béton soit moulé d’un seul jet sur toute l’épaisseur du plancher en progressant d’un mur d’appui vers l’autre, transversalement aux maîtresses-poutres, sans aucun arrêt en travaillant sans interruption de jour et de nuit, par équipes alternées ; il n’y a pas d’inconvénient à ralentir le travail pendant les repas et les repos nocturnes, pourvu qu’il reste toujours assez de cimenteurs sur le chantier pour que la surface ne sèche pas.
Il demeure entendu que le calcul des poutres dans l’hypothèse de l'encastrement complet exige implicitement que le moment des charges exercées ou transmises sur l’about d’une poutre par la portion du mur d’appui correspondante, située au-dessus de cette poudre, soit au moins égal au moment d’encastrement. M. Steliet indique les limites d’écartement et de portée des maîtresses-poutres pour divers cas usuels de surcharge, qui doivent être observées pour que la cohésion des maçonneries des murs d’appui ne puisse être compromise. 11 examine le cas simple où la portée entre murs d’appui ne dépasse pas 4m,50 et
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
permet, en supprimant les maîtresses-poutres, de n’employer que des poutrelles. Il étudie au contraire le cas complexe ouïe rectangle à couvrir se rapproche d’un carré, où la plus faible distance entre murs opposés dépasse les portées usuelles, et où la destination do la construction ne permet de tolérer qu'un très petit nombre de piliers, par exemple un central, ou une file de deux au milieu de la longueur ou deux files de deux aux premier et second tiers de la longueur, etc., etc II propose alors de créer des poutres-murs à l’aide de ces piliers, pour tenir lieu des murs d’appui absents.
M . Stellet termine son étude par le détail des lormules qu’il indique pour le calcul de ces poutres-murs.
Supposons d’abord que nous avons gagné à notre cause un riche Mécène qui, ayant fait choix d’un architecte, lui laisse libre carrière, lui laisse également une assez grande liberté dans la dépense, car cette première maison ne sera certes pas une maison de construction économique. Nous étudierons plus tard la question des logements salubres économiques, question très complexe et bien intéressante. Actuellement, nous devons construire une maison confortable et hygiénique, poser des jalons, choisir des types, des modèles qui généralisés amèneront forcément une atténuation très sensible dans la dépense de premier établissement.
Choisissons d’abord le terrain orienté à l’ouest et ombragé si possible.
La maison devra abriter une seule famille; un locataire du dessus marchant dans sa chambre peut faire tomber une quantité de microbes dont quelques sujets suffisent à répandre la contagion. Notre maison à ossature métallique à parquets de verre , sera du reste plus rigide dans ses séparations horizontales que les habitations contenant les parquets actuels.
Notre maison sera séparée des servitudes ; le téléphone, le microphone, etc., rendant les communications très faciles, des galeries vitrées, formées de briques de verre, à matelas d’air isolateur, relieront les dépendances à la maison.
La maison sera formée d’un rez-de-chaussée et d’un étage.
Au rez-de-chaussée, et sur sous-sol, nous placerons les appartements
de réception, vestibule, salon, salle à manger, office, salle de billard, bibliothèque ou salle de travail.
Nous l'avons déjà dit : l’ossature, le squelette de notre maison est en fer. Ce squelette devra être recouvert, garni de ciment dans les angles, dans certains soubassements. Les panneaux verticaux seront ainsi rendus indépendants les uns des autres et nous en verrons le pourquoi dans un autre chapitre, surtout en ce qui concerne le rez-de-chaussée.
Pour le sol, nous adoptons la mosaïque, ou verre spécial, dense ou verre dévitrifié.
Pour les plinthes et pour certains soubassements, nous garnirons ce ciment de plaques, de carreaux en « céramo-cristal » aux teintes en grisaille, ou en teintes variées imitant le marbre et n’en ayant pas les inconvénients, à l’extérieur, pour nos climats humides et à températures si changeantes. La question de prix intervient aussi en faveur de ce produit.
Pour les planchers d’escaliers, ou tout au moins pour certaines parties de ces escaliers, le céramo-cristal ; pour les balustres, le verre moulé ; pour les parois de l’escalier, « l’opaline » brute ou supportant des armes, des sujets émaillés. La voûte ou ciel des escaliers sera en mosaïque de verres de diverses couleurs, principalement en verre jaune doré.
Les paliers de l’escalier, le sol de l’étage — je ne puis employer ici l’expression de plancher — seront en glaces dépolies, gravées artistiquement jusqu’à une certaine hauteur.
Notre maison sera à double paroi, la demi-transparence des dalles de verre moulé, la transparence des glaces n’a donc de ce fait aucun inconvénient. Dans cette double paroi, nous faisons circuler l'air chaud en hiver, nous y plaçons les canalisations d’eau froide, d’eau chaude, les fils télégraphiques, téléphoniques, tuyaux acoustiques, nous y plaçons les évacuations d’eau.
Si la maison est isolée, nous avons besoin d’un moteur à gaz, à alcool, à pétrole, pour monter l’eau chaude et l’eau froide, pour produire l’électricité.
L’été, notre moteur actionnera également un compresseur, l’air se détendra entre nos parois et produira alors de l’air froid. Nous aurons donc ainsi une température voulue, suivantles températures extérieures.
Les tentures se déplaçant le long des tringles permettront de varier et de diriger les intensités de lumière solaire, de lumière extérieure, celle d’un salon à l’autre.
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Les consoles, les tablettes de cheminées, seront en verres spéciaux dits imprimés, ces verres seront argentés, ou dorés, ou émaillés ou cloisonnés.
Dans certaines parties, là où l’opacité est nécessaire, mais où l’on veut éviter l’uniformité, on placera des vitrages en cloisonné de métal, des graisillons de verre diversement colorés imitant aussi toutes sortes de dessins ou les reproduisant. Ces vitraux produisent, le jour, ou à la lumière artificielle, des effets différents, mais toujours décoratifs, ce qui n’est pas le cas des vitraux ordinaires, môme les plus artistiques.
Nous emploierons également entre deux verres et comme ornementation de portes du salon, salles à manger, les plantes séchées et collées d’un effet si artistique, si délicat. Les plaques de propreté seront en verre craquelé.
Craquelé, argentéou doré suivant la teinte, desdraperies, dusatin, des velours, dont une Parisienne tiendra toujours à s’entourer.
Aux fenêtres, quelques doubles châssis dans le haut, avec « verre perforé » à l’extérieur, afin de n’ètre pas incommodé par une ventilation même peu énergique.
Toutes les ferrures des portes, leur carcasse, seront en métal nickelé, mat ou poli. Nous ne proscrivons pas le bois, pourvu que ce soit un bois dense, permettant des encadrements étroits, se faisant oublier en quelque sorte et ne détruisant pas l’aspect du mobilier spécial de notre habitation.
Pour ce mobilier, nous n’excluons pas la céramique artistique et nous nous souvenons de l’admiration éprouvée à l’Exposition de Lyon en 1894, puis à Bordeaux en 1895, à l’examen des objets mobiliers de la maison Muller; depuis, les objets d’art exposés par cette maison nous ont fait penser bien souvent à l’emploi précieux de ces œuvres remarquables appartenant à une branche considérée longtemps comme la sœur jumelle de la verrerie.
Le procédé de moulage artistique de M. Ringel d’illzae nous rendra d’immenses services pour obtenir des œuvres artistiques, originales, inconnues jusqu’ici, des moulages en verre, cela en moules perdus, étant produits avec une finesse telle que des broderies, des guipures, des dentelles peuvent être reproduites, moulées en verre.
Sur les étagères, les cheminées, les bahuts, comme curiosité, aussi bien que comme ustensiles domestiques, nous réclamerons le concours de Gallé, aussi bien pour la verrerie que pour une partie du mobilier et
nous demanderons également le concours des-ïhesmar, des Lalique, des Tiffany et des vitriers d’art, des mosaïstes français.
Nous nous souviendrons que, aussi bien dans la cuisine, que pour le garde-manger, dans les endroits écartés, là surtout, l’hygiène a maintenant des règles que nous devons observer, règles pour lesquelles le verre est partout imposé. ■
Nous l’avons dit plus haut, les tapis, les tentures, jugés encore indispensables, ne seront plus cloués mais tendus par tringles spéciales. Ces tapis seraient battus par l’appareil Bricogne, employé à la Compagnie des chemins de fer du Nord, brossés ou balayés par le balai Bissel, emmagasinant les poussières au fur et à mesure de son fonctionnement au lieu de les projeter dans l’atmosphère.
Dans les diverses parties de notre habitation nous aurons recours à certains enduits ou ciments antiseptiques tels que le salicylate de zinc, nous enverrons des vaporisations périodiques d’essence 'de pin, d’essence d’eucalyptus, etc.; nous emploierons môme dans cette maison les briquets électriques, et là où les allumettes seraient indispensables nous proscrirons les allumettes phosphoreuses, celles dites suédoises, qui ne donnent aucun résultat par les temps humides et devraient plutôt être employées comme hygromètres; nous emploierons au contraire les allumettes au plombate de chaux.
Nous ne voulons pas nous attarder à l’office, ni à la cuisine, cela nous conduirait peut-être à examiner les produits, les préparations, à décrire les falsifications... ce serait sortir de notre rôle. La chimie, et même la chimie alimentaire, a fait de tels progrès, que nous devons lui demander seulement de satisfaire nos goûts, sinon de ne pas trop détériorer nos estomacs.
Nous avons dit plus haut que notre maison est formée d’une carcasse en fer remplie de ciment et de verre. Les panneaux de ciment ont, là où ils existent, leur raison d’être, principalement au rez-de-chaussée, et nous l’avons démontré.
L’éclairaye rationnel. — C’est une question perpétuellement posée, que celle de l’installation d’un éclairage convenable, suffisant et hygiénique, dans les divers locaux où l’on travaille cérébralement : écoles, instituts ou laboratoires, ou même dans les habitations mondaines.
Nous ne parlons pas ici de l’éclairage diurne dans les locaux neuf
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
les travaux des hygiénistes en ont défini les conditions, et les avantages de l’éclairage unilatéral et bilatéral sont à peu près tranchés.
Mais lorsqu’il s’agit d’éclairer de vieux locaux aménagés, au moyen des rayonnants intensifs actuels, la question change d’aspect. Il faut éclairer sans offusquer, et ne pas placer les lampes en face des yeux qu’elles fatiguent; suspendues trop bas, elles aveuglent:, suspendues trop haut, elles donnent de fortes ombres, très désagréables, ainsi qu’une distribution de lumière inégale.
La solution la meilleure consiste à rapprocher la lumière artificielle, avec ses brutalités, de la lumière naturelle, avec ses douceurs, c’est-àdire de produire de la lumière diffuse.
Pour y parvenir, il faut savoir sacrifier une certaine quantité de lumière ; le sacrifice est motivé puisqu’on n’abandonne, par le fait, que la portion de lumière qui serait désagréable.
Les électriciens y parviennent, comme on peut le constater dans d’intéressantes applications, en projetant les rayons lumineux sur le plafond et sur la partie supérieure des murs d’une salle. Le plafond bien éclairé, renvoie sur tous les points une lumière douce et uniforme, sans ombres désagréables, de telle façon que l’on peut voir, dans ces conditions, le crayon d’un dessinateur ne porter aucune ombre sur son papier. Les astronomes diraient volontiers que le dessinateur se trouvera ainsi à « l’Equateur électrique » .
On obtient ce résultat en plaçant sous les sources lumineuses, des réflecteurs métalliques ou demi-opaques. La lampe est rapprochée, autant que possible, du plafond, et sa lumière est masquée, vers le bas, par un réflecteur conique en tôle dont la pointe est dirigée vers le sol ; c’est l’abat-jour traditionnel mis à l’envers. Immédiatement au-dessous du plafond, la lampe est surmontée d’un grand réflecteur plan, circulaire, peint en blanc mat; ce réflecteur disperse la lumière qui a été renvoyée sur sa surface par le réflecteur conique en tôle, placé sous la lampe et qui est, lui aussi, peint en blanc mat à l’intérieur et en vert à l’extérieur.
On réalise ainsi une répartition de la lumière aussi uniforme que possible, dans les salles de travail. Certes, cette bonne répartition se chiffre par une dépense appréciable et l’on prodigue ainsi un peu de lumière. Mais cette prodigalité voulue, économise les yeux des travailleurs et, si l’on peut faire entrer cette considération difficile et prépondérante tout à la fois dans le calcul d’ensemble, il n’est pas douteux que l'on se
ralliera sans hésitation aucune, dans bien des cas, aux principes de cet éclairage par diffusion.
Dans notre habitation, nous éclairerons principalement par les plafonds ou vitraux horizontaux, par les parois, par les angles arrondis ; cela, à l’aide de rampes ou points lumineux disséminés derrière les parois diffuses.
Nous éclairerons ainsi le dôme formant la toiture du hall, partant du rez-de-chaussée au faite de l’habitation. Ce dôme sera recouvert de briques de verre du système Falconnier, briques de verre diversement colorées.
Dans les différentes pièces du rez-de-chaussée, l’éclairage partira du haut des doubles parois, le plafond sera formé de plaques de verre dégradées, en trois couleurs bleu, rouge, jaune, du système de Bettannier.
Les feuilles de verre employées par M. A. Bettannier sont des « verres doublés ». Le verre bleu est la base du système, celui sur lequel l’acide enlevant la couche bleue laisse apparaître avec plus ou moins d’intensité voulue le verre blanc, incolore, formant le fond pour ainsi dire du dessin dont le bleu forme les contours.
Sur cette feuille bleue on ajoute une feuille rouge et blanc (verre doublé également). Le blanc apparaît comme dans la feuille bleue, le rouge vient donner ici la carnation, la vie. La troisième feuille de verre, également doublée, est jaune, et sur cette feuille comme sur le verre bleu, comme sur le verre rouge, le dessin est reproduit par gravure à l’acide. Cette teinte jaune, diffuse pour ainsi dire la lumière. La superposition de ces feuilles échappe aux regards du public qui ne voit que l’ensemble, et les merveilleux effets de lumière obtenus.
Un plafond fait de ces superpositions de tons, éclairé électriquement, c’est-à-dire d’une façon intense, produira certainement un effet magique !
Nous avons vu des portraits, des photographies, des vitraux qui sont resplendissants d’intensité d’harmonie de tons. Nous savons que M. G. Hanotaux, l’ancien et distingué ministre des Affaires étrangères, frappé des effets obtenus par l’artiste, lui a commandé pour le ministère, un vitrail représentant un épisode de la vie de Richelieu, le grand ministre dont M. Hanotaux s’est fait l’historien.
Les américains donnent maintenant la préférence, pour leurs verreries, pour leurs ameublements, à leur grand artiste Tiffany.
Tout en reconnaissant l’originalité et la valeur de cet artiste, tout en appréciant certaines de ses tentatives, surtout pour le vitrail, nous n’hésitons pas à lui préférer, pour orner nos habitations, les artistes
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
français, et sans vouloir ici citer tels ou tels, nous ne pouvons cependant résister à notre tentation de citer E. Gallé, l’artiste verrier , ébéniste, céramiste, écrivain, poète.
Tout en rendant justice aux tentatives de « l’art nouveau », nous préférons encore adopter tel ou tel style ancien, en attendant la création d’un véritable style nouveau, moins composite, moins tourmenté, moins vermicellé que ce qui résulte des tentatives actuelles.
Reprenant la description de l’éclairage, nous nous préoccuperons de l’éclairage des angles, arrondis, des différentes pièces.
Les porte-lampes placés dans les différentes parties des appartements représenteront, par exemple, des verriers soufflant les cylindres de verre à vitre,. les ampoules à incandescence, etc., corps qui sont en somme le point de départ des vitres, des lampes, des globes ou autres objets translucides ou lumineux.
Les cadres des glaces sur les cheminées, entre les différentes pièces, seront formés de plantes (vignes vierges, glycine, houx, liserons); transformés, métallisés par la galvanoplastie, les fleurs, les fruits, peuvent être remplacés partiellement par des verres plats remplis de sulfures spéciaux, semblables à ceux dont on garnit les cadrans de montres, de veilleuses, de pendules ou de boites d’allumettes.
Ces sulfures exposés le jour aux rayons solaires restituent partiellement le soir ce qu’ils ont absorbé, et dans l’obscurité, entre deux salons éclairés, ou en l’absence de lumière, on peut obtenir ainsi des effets originaux.
Pour augmenter l’éclairage diurne des appartements, on peut — au rez-de-chaussée principalement — remplacer les dessous de fenêtres par des cuves, sortes d’aquariums, contenant des plantes marines, des poissons, des fleurs artificielles, fleurs de verre, également éclairées le soir.
Bientôt nous espérons voir des applications de la lumière froide basée sur l’emploi d’animalcules phosphorescents. D’après les leçons de physiologie professées à l’Université de Lyon par l’éminent Raphaël Dubois, nous verrons ces animalcules, sélectés, développés par cultures artificielles, servir au développement de la lumière qui sera alors appliquée dans des conditions toutes particulières.
Mais nous ne pouvons encore développer ici ces idées qui sont d’une importance telle qu’elles doivent être traitées d’une façon spéciale en un article particulier.
32 fi
Le Chauffage. — Dans les cheminées des salons, salles de réception: ou le feu de bois, si clair, si gai ; ou le chauffage par le gaz dans des bûches artificielles ornées de pointes d’amiante. Le chauffage des chambres par le gaz également, cheminées garnies à l’intérieur d’un plan incliné formé de tubes de verre d’un assez gros diamètre, émaillés à l’intérieur système bien préférable à celui qui consiste à chauffer une plaque mince renvoyant ainsi la chaleur par radiation ou par rayonnement.
Le chauffage de la cuisine se fera par le gaz, en attendant le chauffage électrique, dont nous étudions en ce moment l’emploi de quelques ustensiles qui communiqueront aux liquides, aux aliments une température graduée, continue, convenable pour le chauffage ou pour la cuisson des aliments. Nous n’avons pas à entrer ici dans la description de ces appareils aussi intéressants qu’ils puissent être. Le chauffage, l’éclairage d’une maison moderne nécessitant un travail spécial nous ferait sortir du cadre déjà très chargé de ce chapitre. Disons seulement qu’en disposant d’un courant électrique on peut, en quelques minutes, obtenir deux à trois litres d’eau chaude; en moins de trois quarts d’heure à une heure, on peut chauffer une pièce de moyenne grandeur.
Nous l’avons dit plus haut, nos Parisiennes n’admettent pas une habitation sans tentures, sans draperies, sans velours, peluche, broderies, etc,, toutes parties contribuant largement à l’ornementation, disons môme pour leur plaire, indispensables à cette ornementation : aussi nous devons prévoir la désinfection des appartements et des objets contaminés.
D’après M. le Dr P. Miquel, les vapeurs d’aldéhyde formique détruisent non seulement les spores de la bactéridie charbonneuse, mais les spores des bactéries infiniment plus résistantes que ces dernières, en un mot, tous les germes des schezophytes exposés à leur action à l’état sec. Yoici comment il convient d’opérer pour désinfecter une chambre et ce qu’elle contient : dans une dissolution commerciale concentrée d’aldéhyde formique, ayant 107 ou 108 au densimètre, on dissout du chlorure de calcium cristallisé de façon à amener la liqueur à posséder une densité de 1,20 ('). Cette solution sert à humecter des linges qu’on
(1) On obtient un liquide de cette densité en dissolvant une partie de chlorure de calcium cristallisé dans deux parties d’une solution commerciale d’aldéhyde formique.
8e PARTIE : MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
étend dans les locaux à désinfecter. On prendra de préférence des rouleaux de toile d’une dimension appropriée à la capacité des pièces à purger de microbes; on les déroulera et on les laissera exposés pendant vingt-quatre heures au moins ; l’air se charge très rapidement de vapeurs formaldéhydiques, la substance active, microbicide, quitte rapidement la toile qui ne cesse pas de rester humide.
Pour désinfecter les livres provenant de bibliothèques publiques, ou y rentrant après un séjour dans des familles où se trouvent des malades.
Pour désinfecter les œuvres d’art, dentelles, tapisseries, draperies, etc., qui ne peuvent supporter sans dommages, soit les températures de l’autoclave, soit l’action des solutions antiseptiques, M. le Dv P. Miquel (') conseille de placer livres et autres objets dans une armoire sur le sol de laquelle on place des bandes imbibées d’une solution aqueuse commerciale d’aldéhyde formique contenant un peu de chlorure de calcium. Les portes de l’armoire fermées, l’air qu’elle renferme se remplit immédiatement de vapeurs microbicides à odeur très vive. Au bout de vingt-quatre heures, toutes les bactéries, tant pathogènes que vulgaires, faiblement résistantes comme réfractaires à l’action des hautes températures et des antiseptiques puissants, sont anéanties
Les livres et autres objets sont entièrement stérilisés.
Le prix de revient du litre du liquide antiseptique, qu’on peut préparer à l’avance, est d’environ 6 francs. Avec un litre de ce liquide, on peut, dans une armoire de un demi-mètre cube à trois quarts’ de mètre cube, effectuer 20 ou 30 désinfections.
L’hygiène de la rue. — Notre préoccupation de l’hygiène de l’habitation va au delà du seuil de la maison et descend dans la rue.
Nous proscrivons volontiers le pavage en bois, le macadam, même l’asphalte. Les avantages que procurent l’absence de bruit, le silence relatif dont profitent les habitants des rues parquetées, macadamisées sont largement compensés par les émanations dont on s’aperçoit du reste pendant l’été et contre lesquelles le Conseil d’hygiène a déjà fait entendre ses protestations.
Nous remplacerons donc le pavé en bois par le pavage en blocs, en dalles de pierre céramique Garchey (ou pierre de verre). Ces blocs réunis entre eux noyés dans le ciment, seront imperméables et les
(1) De la désinfection des poussières sèches des appariements au moyen de substances gazeuses et volatiles, par le Dr P, Miquel.
chaussées bombées à dessein pour renvoyer les eaux sur les bas côtés donneront toute satisfaction à l’hygiène.
Ces pierres soumises à divers essais au laboratoire des Ponts et Chaussées ont donné les résultats officiels qui suivent :
A l’écrasement, la pierre céramique résiste à 2.023 kilogrammes par centimètre carré, tandis que les matériaux les plus durs employés dans les constructions, tels que le granit, ne résistent qu’à 650 kilogrammes.
Pour la gelée, la pierre céramique a subi, à différentes reprises, l’action de mélanges humides et réfrigérants de 20 degrés de froid sans altération, puisque tout au contraire, elle a résisté après ces expériences à une pression de 2.028 kilogrammes par centimètre carré :
Sa résistance à l’usure, manifestée par le frottement d’une meule à grande vitesse, classe la pierre céramique immédiatement avant le porphyre de Saint-Raphaël, et, pour prendre un point de comparaison bien connu parmi les pierres de taille les plus dures, a un rang très supérieur à la pierre de Comblanchien, avec une différence de près du double;
Au choc déterminé par la chute d’un poids, d’une hauteur d’un mètre et pesant 4hg,200, il a fallu vingt-deux coups en moyenne pour obtenir la rupture, et trois coups en moyenne pour la première fissure, tandis que les pavés de laitier de haut fourneau et le quartzite du Roule — matériaux couramment employés en pavage et des meilleurs pour cet usage — ne résistent qu’à dix-neul coups dans les mêmes essais.
Nous aurions dû commencer ce travail en inscrivant en tête ce conseil de Boileau :
Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant.
Ne vous chargez jamais d’un détail inutile !
En l’inscrivant au bas de ce chapitre, nous avons la conscience de laisser dans l’ombre certains détails intéressants qui, traités par un spécialiste, fourniront encore matière à d’autres études desquelles sortiront d’utiles progrès.