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SITUATION DES GLACERIES AUX ÉTATS-UNIS

Nous avons donné dans ce volume des renseignements sur la production et la consommation du verre en Russie. Pour les mêmes motifs que nous avons expliqués nous croyons devoir donner ici les renseignements que nous rapporte d’Amérique un ingénieur spécialiste de nos amis.

La Société la plus importante est la « Pittsburgh Plate Glass C° », elle est formée par la réunion de plusieurs Sociétés primitivement isolées et possède actuellement dix usines, dont sept sont situées dans l’Etat de Pennsylvania, deux dans l’Indiana et une dans le Missouri.

Le président de cette Compagnie est M. John Pitcairn, qui habite Philadelphie. Le capital nominal de la « Pittsburgh Plate Glass C° » est de 10000000 de dollars, soit environ 50000 000 de francs; une augmentation de ce capital à concurrence de 2 500 000 dollars, soit 12500 000 francs vient d’être décidée.

Le capital total sera ainsi de 62.500.000 francs, les réserves de cette Société se montent d’après des données précises, que nous avons contrôlées à différentes sources, à 5 200 000 dollars, soit à 26 000 000 de francs environ.

Cette Société fait exécuter, dans plusieurs de ses usines, des travaux importants de transformation.

La puissance de production de la « Pittsburgh Plate Glass C° », est d’environ 2 600 000 m2 par an, son stock annuel de glaces polies se

monte à 600 000 m2.

La « Pittsburgh Plate Glass C° » a inauguré, il y a quelques années, un très important service commercial de vente au détail, et a créé un grand nombre de dépôts et de magasins. Elle a adjoint à la vente des glaces celle de verres à vitre, et la fabrication des vitraux, sans toutefois produire elle-même les verres colorés entrant dans cette dernière fabrication. Elle s’occupe également de la mise en châssis, et traite directement toutes les entreprises importantes.

Ce système a nécessairement exigé l’immobilisation de capitaux importants et pour apprécier son opportunité il faudrait se rendre compte

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exactement des difficultés commerciales rencofitrées aiix Etats-Unis par la Société « La Pittsburgh » avant son instauration.

Toutefois cette Société se déclare très satisfaite d’être entrée -dans cëtte voie, elle prétend être parvenue ainsi il se soustraire à ia domination des ihtefmédiairës et assure que les bénéfices résultant de sa vente au détail suffisent à servir liri intérêt rémunérateur à la totalité de son capital.

Il y a lieu d’admettre là sihcêrité de ces déclarations qui permettent d’envisager un problème commercial particulièrement intéressant sous un jour assez nouveau polir les producteurs européens; niais avant de comparer le résultat de ce système aux États-Unis avec ceux qu’il pourrait avoir en Europe, il serait nécessaire dé se rendre compte des conditions commerciales respectives.

Nous avons eu l’occasion de visiter trois dés usines de cette importante Société, et nous y avons fait de nombreuses constatations très inté¬

ressantes.

Les autres Sociétés américaines produisant des gldces sont :

La Standard Plate Glass C°.

L’American » » »

La Ford » » «

La « Standard Plate Glass C° » a son usine en Pennsylvanie, à Butler. Le capital de cette Société est de 760 000 dollars, soit 3750000 francs environ.

Son pouvoir de production annuel est de 190000 mètres.

L’ « American Plate Glass C° » a son siège de production à Alexandria dans l’Indiana. Elle est constituée au capital de 2000000 de dollars, soit 10000 000 de francs, et elle a un pouvoir de production de 250.000 m2 par an.

La « Ford Plate Glass C° » a ses usines situées à Toledo, dans l’Etat „ d’Ohio. Elle est constituée au capital de 2000 000 de dollars, soit 10000000 de francs, et son pouvoir de production est de 200.000 ni2 par an.

A la suite de certains pourparlers, une réunion des présidents de ces trois Sociétés a eu lieu le 30 octobre 1901, en vue d’arriver à une entente commerciale entre celles-ci laissant à ces trois Sociétés leur indépendance sous tous autres rapports. La ligne de conduite générale proposée se rapproche de celle suivie par la « Pittsburgh Plate Glass et C° » et que nous avons fait connaître.

La réunion précitée n’a pas eu pour résultat une entente immédiate,

mais il paraît probable que l’accord entre ces trois glaceries ne tardera pas à être réalisé.

Une certaine entente existe entre la « Pittsburgh Plate Glass C° » et ces trois glaceries quant à la fabrication des prix de vente, mais il ne parait pas qu’elle donne satisfaction aux intéressés ni qu’elle soit observée de façon absolue par tous les contractants. Les mesures les plus récentes prises par l’ensemble du groupe sont deux baisses successives de 25 et de 10 0/0 décidées pour réagir contre l’importation.

Trois autres glaceries sont sur le point d’être mises en marche à Hite, Springdale et Kittanning en Pensylvanie.

Les chiffres que nous avons indiqués comme pouvoir de production se rapportent aux quantités produites pendant l’année 1900, mais il résulte de données complémentaires que nous avons obtenues que, si l’outillage de toutes les glaceries américaines était utilisé, la production annuelle pourrait être la suivante :

« Pittsburgh Plate Glass C° » . .

Les trois autres glaceries ensemble

Soit un total effectif de .

On peut admettre que la production des trois usines qui vont être mises en marche atteindra au moins 500 000 m2, ce qui représentera un total général annuel de 4000 000 de m5.

Le capital total des usines en marche s’élève à 17 250000 dollars, soit à plus de 86 000 000 de francs.

Le capital des trois glaceries nouvelles sera approximativement de 3 000 000 de dollars, soit 15 000 000 de francs, ce qui portera les capitaux engagés dans l’industrie des glaces aux Etats-Unis à plus de 100000 000 de francs. On constate de plus qu’il existe des réserves liquides d’une certaine importance.

11 semble résulter qu’au point de vue financier et commercial les glaceries européennes auraient tort de s’imaginer que la situation des producteurs américains est encore aujourd’hui ce qu’elle était il y a 20 ans. Il serait pour elles d’excellente politique de chercher à aboutir à une entente rationnelle. En effet, leurs bas prix de revient opposés à un protectionisme très effectif ne paraissent nullement devoir leur assurer une victoire, même onéreuse, dans la lutte imminente qui se prépare.

Ce qu’il y a lieu de considérer ce n’est point le prix auquel les glace-

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ries américaines sont à même de vendre sur les marchés d’exportation, mais bien le prix moyen sur leur vente totale tant à l’exportation que sur leur marché national.

Il est à remarquer que les quantités exportées par les Etats-Unis ne représenteront pendant longtemps qu’une faible partie de leur production, tandis que celles exportées, notamment par les glaceries belges, atteignent jusqu’à 90 0/0 des quantités produites.

Il est utile de faire observer que malgré le coût relativement élevé des constructions, la proportion entre les capitaux engagés et la production n’est guère plus élevée pour les usines américaines que pour les usines européennes.

En effet, on peut admettre en moyenne que le prix des constructions est aux Etats-Unis proportionnellement à la Belgique dans le rapport de 1,8 à 1.

Or, les glaceries belges ont dépensé par pouvoir de production annuelle de 1 m2 21 francs. Les glaceries américaines pour un môme pouvoir de production annuelle ont dépensé 25 francs. On constate que cette dernière dépense n’eut été que de 14 francs si le prix de construction aux Etats eut été le même que le prix en Belgique.

Quant à la main-d’œuvre, s’il est vrai que son prix représente aux Etats-Unis deux fois et demie celui payé en Belgique notamment, il n’est pas moins vrai d’autre part qu’elle est réduite dans une forte proportion aux Etats-Unis par suite du développement de l’outillage mécanique, et par la supériorité incontestable du rendement de l’ouvrier américain.

Nous avons constaté avec quelque satisfaction qu’un principe administratif que nous avons préconisé en Europe est appliqué non seulement par la « Pittsburgh Plate Glass C° », mais par plusieurs Sociétés américaines importantes.

Ce principe consiste à faire intervenir les chefs des principaux services dans la composition des conseils d’administration, puis à créer au sein de ces conseils des comités chargés d’élucider les questions courantes chacun dans leur domaine spécial. C’est ainsique le conseil d’administration de la « Pittsburgh Plate Glass C° » notamment compte un comité technique, un comité financier et un comité commercial.

Toutes les questions générales sont nécessairement élucidées par l’ensemble du Conseil d’administration.

On constatera, à la lecture de ces renseignements généraux, comme aussi d’après le compte rendu technique relatif à trois usines de la « Pittsburgh Plate Glass Cu », que les producteurs européens eussent

dû, il y beau temps déjà, s’enquérir des progrès réalisés en glacerie, par delà l’Atlantique.

Les illusions qu’ils se sont faites trop longtemps se fussent évanouies et ils eussent compris que leur situation présentait suffisamment de gravité pour que des luttes fratricides aussi déplorables que celles auxquelles nous assistons, soient évitées à tout prix.

Ils se fussent convaincus que la limitation de la production s’imposait et que le salut ne gisait que dans la seule union loyale des producteurs européens, complétée par une entente rationnelle avec les glaceries américaines.

Est-il trop tard ?

Les difficultés ont nécessairement grandi; mais nous ne pensons pas qu’elles soient telles, qu’il faille constater la fatale « impossibilité ».

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