‹ La verrerie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 66 · VERRERIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

VERRERIE FRANÇAISE

Répéter ici ce que nous avons précédemment dit : « que les Romains avaient établi de nombreuses verreries dans les Gaules, » serait faire remonter sans aucun doute l'origine de cette industrie à une époque très-reculée, mais il faut bien reconnaître que, malgré certaines pièces hors ligne, telles par exemple que le vase de Strasbourg (admettant toutefois qu'il soit bien de fabrication gauloise et non sorti de la main habile de quelque verrier romain qui l'aurait offert en don à Maximien Hercule) il faut reconnaître, disons-nous, que nos ancêtres s'adonnaient principalement et presque exclusivement à la fabrication des objets usuels, généralement communs de matière et de forme ; tels sont en effet ceux que nous offrent les fouilles faites en cent localités de la France.

Arrivons donc de suite au règne de Glotaire Ier (sixième siècle), car c'est là que nous trouverons une des premières mentions d'objets en verre en usage sur la table des grands seigneurs. La preuve existe dans une lettre écrite à la reine Radegonde, femme de Glotaire Ier, par Fortunat, alors évêque de Poitiers, dans laquelle il lui décrit en ces termes un repas auquel il a assisté : « Chaque sorte de mets fut servie dans une matière différente. Les viandes,

dans des plais d'argent ; les légumes, sur des plats de marbre; la volaille, sur desplats de verre; le fruit, dans des corbeilles peintes, et le lait dans des poteries noires en forme de marmite. » Tout en admettant que ce menu ne peut, quant au luxe et à la profusion des plats, être comparé à celui des repas officiels dont les journaux nous offrent beaucoup trop souvent la liste aussi longue que peu intéressante, on conviendra cependant que nos ancêtres connaissaient et pratiquaient môme déjà le luxe de la table.

Du sixième siècle sautons au quatorzième, et là nous verrons quelle était l'importance de la fabrication il y a cinq cents ans.

Un document, pris sur un privilège de verrier accordé en 1558 par Humbert, dauphin de Viennois, à un certain Guionet, qui devait exploiter son industrie sur les terres mêmes du dauphin, a cela d'intéressant que non-seulement il fait passer devant nos yeux tous les objets en verre alors en usage, mais encore qu'il nous montre que monseigneur le dauphin de Viennois n'octroyait pas gratis les privilèges.

« Le dauphin abandonne à Guionet une partie de la forêt de Chambarant pour y établir une verrerie, à condition que celui-ci lui fournira tous les ans, pour sa maison, cent douzaines de verres en forme de cloches, douze douzaines de petits verres évasés, vingt douzaines de hanaps ou coupes à pied, douze amphores, trente-six douzaines d'urinals, douze grandes écuelles, six plats, six plats sans bord, douze pots, douze aiguières, cinq petits vaisseaux nommés gottelfes1, une douzaine de salières, vingt dou-

1 Les gottelfes étaient des vases destinés à verser goutte à goutte les liqueurs précieuses. (Ducinge, (ïlossairc, t. III, p. 544.)

zaiiics de lampes, six douzaines de chandeliers, une douzaine de larges tasses, une douzaine de petits barils, et enfin six grandes bottes pour transporter le vin. »

Total, pour monseigneur, deux mille quatre cent trentecinq objets tous les ans!

Cette liste si étoffée énumère-t-elle tous les objets de verre en usage au quatorzième siècle? On serait porté à le croire, et cependant nous nous demandions comment nos vieux aïeux avaient pu, nous ne dirons pas ne point imaginer, mais ressusciter au moins, et cela au nom de la joie des enfants et de la tranquillité des parents, certains de ces joujoux en verre que nous trouvons souvent dans les tombeaux romains ou gallo-romains, lorsque, feuilletant l'inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 17901, nous avons trouvé: « 1542, à Florent Bongart, verrier, la somme de neuf livres tournois pour son payement d'un petit ménage de verre, qu'il a vendu à Henri, dauphin de Viennois, pour mademoiselle Diane, sa fille naturelle. »

L'office de monseigneur le dauphin de Viennois étant amplement garni, et mademoiselle Diane ayant son petit ménage, il ne nous resterait plus qu'à renvoyer le lecteur aux pages suivantes, dans lesquelles nous donnerons l'origine (autant que possible) et toujours le mode de fabrication des principaux objets dus à l'art du verrier, mais il est encore un point historique sur lequel nous appelons son attention : que faut-il entendre par gentilhomme verrier ?

1 Département de Seine-et-Marne, série E, titres de familles, E, 57 (carton).

40 LES MERVEILLES DE LA VEIUtEKIE.

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