ANALYSE FORMULE
du verre pompéien, pour le verre à vitres actuel,
par M. Claudet. par M. Péli&ot.
Silice . 69.43 09.06
Chaux 7.24 15.04
Soude 17.51 15.2
Alumine. 5.55 1.8
Oxyde de fer.. .... 1.15
— de manganèse. . 0.59
— de cuivre. . . . Traces.
Croira-t-on jamais qu'une aussi utile application du verre, qui faisait succéder la clarté aux ténèbres, qui, tout en laissant entrer à volonté dans les maisons les rayons régénérateurs du soleil, et abritant encore les habitanls des frimas de l'hiver, doublait pour ainsi dire la vie en doublant la durée du jour, ait jamais pu être oubliée? Cela fut cependant, car pendant bien des siècles les vitres disparaissent, remplacées qu'elles sont par des volets en bois plein, par des pierres spéculaires au jour blafard, par des peaux et enfin par du papier huilé.
Pour retrouver la première mention des vitres employées à clore, non les maisons d'habitation, mais bien seulement les étroites fenêtres des églises, il faut arriver au quatrième siècle de notre ère, car le plus ancien auteur sacré qui en parle est Lactance1 disant « que
certes pas conclure* qu'à cette époque reculée les fenêtres de toutes les habitations étaient vitrées; la rareté des vitres trouvées dans les ruines tendrait plutôt à prouver le contraire; mais, ne considérant même le fait que comme très-exceptionnel à l'usage général, il n'en reste pas moins acquis pour nous que les anciens savaient faire les vitres.
1 Lactance, né en Afrique au milieu du troisième siècle, mourut à Trêves en 525.
notre Ame voit et distingue les objets par les yeux du corps comme par des fenêtres garnies de verre ; » et encore il ne faudrait pas s'imaginer que ce fussent des vitres telles que nous les connaissons aujourd'hui ; car celles dont parle l'auteur sacré n'étaient que de très-petites pièces rondes, peu transparentes, qu'on désignait sous le nom de cives. Quant aux habitations, l'usage des vitrages formés par la réunion de petits morceaux de verre enchâssés dans des bandes de plomb ne remonte pas au delà du quatorzième siècle, et encore était-il chose tellement rare alors que les fenêtres des palais mêmes n'en étaient pas toutes garnies.
Dans le compte de Jean Avin, receveur général de l'Auvergne, nous lisons :
« Pour la venue de madame la duchesse de Berry, pour aller (1413) à Montpensier, faire faire certains chassitz aux fe nai str âges dudit chastel, pour les ansire (clore) de toiles cirées par défault de verrerie. »
Voici un autre exemple. Il s'agit de la cour si brillante et si luxueuse des puissants ducs de Bourgogne pour le palais desquels on commande (1647) ;< vingt pièces de bois à faire cassiz (châssis) de voirrieres de papier, servant aux fenestres des chambres. »
Si ces deux citations témoignent de l'absence du verre dans les habitations même princières, nous allons mettre sous les yeux du lecteur la preuve de leur rareté et du prix qu'on y attachait un siècle encore plus tard.
Dans le règlement daté de 1567, lait par l'intendant du duc de Northumberland, nous trouvons:
« Et parce que, dans les grands vents, les vitres de ce château et des autres châteaux de monseigneur se détériorent et se perdent, il serait bon que toutes les vitres de chaque fenêtre fussent démontées et mises en sûreté lorsque Sa Seigneurie part; et si, à quelque moment, Sa Sei-
gneurie ou d'autres séjournent à aucun desdils endroits, on pourrait les remettre, sans qu'il en coûtât beaucoup, tandis qu'à présent le dégât serait très-coûteux et demanderait de giandes réparations. »
Puisque nous sommes en Angleterre, n'oublions pas de mentionner que, pour l'objet qui nous occupe, elle fut longtemps tributaire de la France. Ici c'est saint Bède, supérieur du monastère de Jarrow, qui tire de France les vitres de son église, et là c'est James Wilfrid qui nous demande des vitres et des vitriers pour clore les fenêtres de la calbédrale d'York. L'usage des vitres, qui fut pendant plusieurs siècles exclusivement réservé aux églises, était encore tellement limité en Angleterre, qu'au seizième siècle et au dix-septième siècle, en Ecosse, les palais n'avaient de vitres qu'au principal étage.
Pour dernière preuve démontrant combien l'usage général des vitres est moderne, il nous suffira de dire qu'à la fin du dix-huitième siècle, il n'y a pas encore cent ans ! il existait, non-seulement dans les petites villes de province, mais à Paris même, une corporation de châssissiers dont la profession consistait à garnir les fenêtres, non de verre, mais bien seulement de morceaux de papier huilé.
De là, sans doute, le vieux proverbe français : « L'abbaye est pauvre, les vitres ne sont que de papier. »
Maintenant que nous connaissons l'antiquité du verre, la construction des fours qui le mettent en fusion, l'usage des creusets, qu'initié au langage des verriers nous savons ce qu'on entend par fritte, recuite el fusion, qui sont les trois principales opérations de l'art du verrier, nous n'avons plus qu'à nous occuper de la fabrication en ellemême.