VERRE A VITRE EN CYLINDRE
Le verre à vitre se compose de :
Sable 100 parties.
Charbon en poudre mêlé de sulfate. . 1 à 2 —
Carbonate de chaux 25 à 55 —
Manganèse 0.5
Arsenic 0.5
La composition ainsi donnée par M. Bontemps, il ne nous reste plus qu'à entrer dans la halle et à voir travailler, car les fours sont chauffés et les verriers à leur place.
1 Le flint-glass et le crown-glass étant spécialement employés au jourd'hui dans la fabrication des verres d'optique, nous renvoyons le lecteur à cet article.
La première opération se nomme fritte. Elle a pour but, non-seulement de faire sécher dans des creusets les diverses matières, en leur enlevant toute humidité, et de consumer les substances hétérogènes qui peuvent s'y trouver, mais encore de leur faire subir une première fusion.
La fritte terminée, la matière est retirée du premier creuset, et versée dans d'autres creusets qui, placés au centre du four, sont chauffés au rouge blanc, et où elle reste jusqu'à fonte parfaite (24 heures environ)1, c'est-àdire jusqu'au moment où elle a atteint une consistance pâteuse produite par l'abaissement successif du feu.
La fonte terminée, il ne reste plus que l'opération du soufflage auquel nous allons tâcher de faire assister le lecteur.
Devant le creuset sont placés deux hommes : l'ouvrier et le gamin.
Si la signification du mot ouvrier est assez connue pour que nous n'en disions rien, il n'en est pas ainsi du nom de gamin. Nous pensons donc devoir en donner ici l'explication. L'origine s'en trouve dans un pacte tacite, mais trèsreligieusement observé, par lequel les anciens ouvriers verriers, voulant monopoliser leur industrie au profit de leur famille, s'étaient engagés à ne prendre jamais pour apprentis que leurs enfants, qu'ils faisaient entrer à l'atelier dès qu'ils avaient atteint l'âge de huit à dix ans.
Cette appellation ne cessait que le jour où, tel âge qu'il eût atteint, de gamin il devenait ouvrier.
11 n'y a pas plus d'une vingtaine d'années que l'industrie verrière est ouverte à qui veut y entrer.
Les attributions du gamin, qui a mission d'ébaucher le
1 Le point de la fonte se connaît au moyen iï anneaux flotteurs qui, de même matière que les creusets, n'apparaissent à la surface du verre que lorsque la fonte est opérée.
travail, consistent à cueillir dans le creuset de fusion, au moyen de la canne, une certaine quantité de matière en fusion; à la parer (tourner et retourner) sur une table soit en marbre, soit en 1er, soit en fonte (voy.fig. 20, p. 107) ; à l'arrondir par un mouvement lent et circulaire ; puis enfin à la réchauffer à l'ouvreau.
Ces quatre opérations terminées, le rôle du gamin cesse et celui de l'ouvrier commence.
Voici en quels termes M. Péligot décrit le travail de l'ouvrier verrier :
« L'ouvrier souffle légèrement d'abord, en étirant un peu la masse vitreuse de manière à lui donner la forme d'une poire (fig. 12, n° 1); il balance sa canne (n° 2), puis il la relève de manière à ramasser le verre (n° 5) ; il souille plus fortement, à plusieurs reprises, et lui imprime un mouvement de va-et-vient, comme celui d'un battant de cloche, de manière à allonger la poire, qui prend une forme cylindrique ; il la relève vivement au-dessus de sa tète, puis lui fait subir un mouvement complet et rapide de rotation, dans le but de l'allonger (n°4), tout en lui donnant une épaisseur égale dans toutes ses parties.
« Quand le cylindre est fait, le souffleur reporte la pièce à l'ouvreau, de manière à en bien ramollir le bout; quand il est suffisamment chaud, il est percé avec une pointe de fer. Par le mouvement de balancement, l'ouverture s'agrandit ; on pare la pièce avec une sorte de planche en bois; les bords s'écartent, et la calotte qui terminait le cylindre se trouve effacée (n° 5).
« Le cylindre, devenu rigide, est posé sur un chevalet en bois (n° 0). On touche avec une tige de fer froid le nez de la canne ; celle-ci se détache aussitôt de la pièce de verre dont la calotte est enlevée, en enroulant un fil de verre très-chaud, et en touchant la partie ainsi chauffée avec un
ter froid. On a donc ainsi sur le chevalet un manchon ouvert des deux bouts. On le fend dans la longueur (n° 7) en
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Fig- 12. — Soufflage «les vitres.
promenant dans son intérieur, sur la même arête, une tige de fer rougie; un des points chauffés étant mouillé
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avec le doigt, le verre éclate. On arrive au même résultat en se servant d'un diamant attaché à un long manche qu'on guide à l'intérieur du manchon en suivant une règle en bois. Ce mode d'opérer donne une cassure plus droite, et par suite produit moins de déchet »
De ce cylindre fendu perpendiculairement, il s'agit d'obtenir une surface tout à fait plane. Pour arriver à ce résultat, chaque cylindre est placé sur une feuille de verre épais reposant sur une plaque de terre réfractaire, et le tout est porté dans un four qui, chauffé au rouge sombre, est désigné sous le nom de four à étendre. Aidant le travail naturel de la chaleur, qui tend à affaisser les cylindres, un ouvrier, armé d'une longue perche de bois, fait sur chacun d'eux une première et légère pression: à cette perche succède un rabot en bois, et enfin le polissoir qui, légèrement promené sur la surface, achève de lui donner la planimétrie convenable. Depuis quelques années ce mode d'aplatissage a été abandonné, dans plusieurs verreries, pour un système de four à étendre à pierres tournantes qui, par leur mouvement, remplacent le travail de l'homme.
Tous les cylindres étant devenus feuilles de verre, on ferme hermétiquement le four, où elles restent plusieurs jours, jusqu'à ce que, suffisamment recuites, elles puissent être livrées au commerce.