GRADUATION DES TUBES
La place du point inférieur indiquant le froid, et marquée sur le thermomètre par un zéro, se détermine au moyen de la glace fondante. Le tube est placé, jusqu'à sa moitié, dans un récipient cylindrique rempli de glace pilée (fig. 40).
Après qu'il y est resté un quart d'heure environ, on trace, au moyen du diamant, une raie sur la place exacte
Dlr THERMOMÈTRE.
où le mercure ou l'alcool se sont arrêtés. Ce signe indique le zéro du thermomètre.
On comprend, sans que nous ayons besoin de le dire, comment, par le moyen contraire, on gradue les degrés de
Fis. 40.
Fig. 41.
chaleur. On place le tube dans une étuve à vapeur d'eau bouillante (fig. 41), et le point où le mercure s'arrête devient le centième degré de l'échelle thermométrique.
Ce que nous avons dit sur le thermomètre n'a eu pour but que d'expliquer le mode de fabrication des tubes en général et l'importance relative du verre dans les sciences : nous ne pourrions que nous répéter en parlant du baromètre.
Il existe deux sortes de jais ou jayet, l'un naturel, qui, classé dans la famille des lignites (charbon de terre), est d'un noir très-intense, à texture fine et serrée; l'autre factice, qui, pris isolément, offre la forme d'un petit tube cylindrique percé dans sa longueur, et n'est que le fragment d'un tube de verre noir, obtenu, selon M. Péligot, par un mélange d'oxyde de cuivre, de cobalt et de fer.
Quoique notre intention ne soit ici que de traiter du jais factice, le seul en vogue aujourd'hui, nous croyons cependant devoir dire un mot du jais naturel, qui, s'il est oublié, a eu, lui aussi, son temps de gloire, car on ne peut pas oublier que c'est de sa matière qu'était formée la statue de Ménélas enlevée du temple d'Héliopolis et transportée à Rome sous le règne de Tibère.
Maintenant que nous avons payé, bien brièvement sans doute, notre dette à l'antiquité, examinons si la mode du jais factice, employé de nos jours avec tant de prodigalité
à l'ornementation des robes, des manteaux et des chapeaux, est née d'une conception nouvelle.
Dussions-nous être traité d'anticoraane renforcé, 'dût l' amour-propre national en souffrir, dût même la gloire de certains brevetés d'invention y succomber, nous allons prouver que les broderies en jais, telles qu'on les fait aujourd'hui, loin d'être une innovation, ne sont qu'une pâle et économique imitation des modes passées.
En effet, voici ce que Savary écrivait en 1725 dans son Dictionnaire universel du commerce: « C'est avec le jais factice coupé et percé qu'on enfile dans de la soie ou du fil, que l'on fait des broderies d'un assez bon goût, mais très-chères, qui servent particulièrement aux ornements d'église. On en fait aussi des garnitures de petit deuil pour hommes et pour femmes, et quelquefois des manchons, des palatines et des chamarrures de robes. Pour ces derniers, le jais qu'on emploie à ces ouvrages est blanc et noir, mais de quelque couleur qu'il soit, il est d'un trèsmauvais usé. ))
De ces paroles on aurait tort d'arguer que l'usage des broderies en jais ne remonte qu'à l'époque indiquée par Savary, car le dix-huitième siècle, tout aussi bien que le nôtre, vivait des morts, dont il ressuscitait les inventions. Pour la question qui nous occupe, un seul exemple entre mille le prouvera. En effet, si nous ouvrons l'inventaire dressé après la mort deGabrielle d'Eslrées (1599), nous y trouverons la preuve que déjà le jais était de mode, car il y est mention de « Cinq petits bonnets de satin noir dont deux en broderie de jetz, un tout plein — et d'une robe de satin noir en bordure de jetz partout le corps et les manches ouvertes, prisée quarante écus. »
— Qu'importe l'époque précise de cette mode dont nous avons doté l'Europe entière, nous dira quelque marchand
breveté! ne suffit-il pas à notre gloire qu'elle soit d'origine française?
Eh bien, nouvelle erreur, car non-seulement sa naissance ne date pas plus du seizième siècle que du dix-huitième, mais encore elle n'est pas plus française qu'anglaise ou allemande, et pour découvrir sa véritable origine— par ce mot nous n'entendons parler que de celle assignée par
Fig. 42. — Pectoral égyptien, musée du Louvre.
les monuments arrivés jusqu'à nous, et non de l'invention en elle-même, qui est certainement beaucoup plus ancienne — il nous faut remonter à l'antique Egypte des pharaons. Pour se convaincre de cette vérité, qu'on jette un regard sur les somptuosités du musée égyptien au Louvre, qu'on examine soit les objets eux-mêmes, soit ceux peints sur les sarcophages, et l'on y trouvera un grand nombre de petits cylindres, les uns en terre émaillée, ou en verre coloré,
les autres figurés par la peinture qui, s'ils sont en tout identiques aux nôtres quant à la forme et à l'usage, en diffèrent essentiellement par la diversité des couleurs qui permettaient aux femmes égyptiennes de composer ces charmants colliers et ces splendides pectoraux tellement riches en effets variés, qu'on pourrait presque dire qu'entre leurs mains une boîte de tubes devenait une palette.