VERRE SOLUBLE
Lecteurs, convenez qu'il est dans la vie certains moments où l'insouciance humaine est assez révoltante pour devenir presque un crime.
Qui de nous n'a pas déploré cent fois les effets aussi désastreux que rapides occasionnés par le feu? Ici, c'est un théâtre qui brûle en ensevelissant une partie des spectateurs emprisonnés au milieu des flammes; là, et ce malheur est, hélas! bien fréquent, c'est une jeune fille qui, toute à la joie d'aller au bal, jette, avant de partir, un dernier regard sur son miroir ; une étincelle frappe sa robe, la flamme monte, l'enveloppe, et cette pauvre enfant, qui tout à l'heure ne rêvait que joie et bonheur, meurt bientôt au milieu des plus atroces douleurs.
Tout le monde connaît ces sinistres, les déplore, et personne cependant ne fait ce qu'il faut pour les rendre, si ce n'est impossibles, du moins excessivement rares.
1 La solubilité est la propriété qu'a un corps de se dissoudre dans l'eau bouillante ou dans tout autre liquide.
Par quel moyen, nous dira-t-on, prétendez-vous empêcher les incendies?
Si l'homme n'a pas, hélas! ce pouvoir, il a au moins celui de neutraliser l'intensité de la flamme qui, excitée par le vent, centuple seule les sinistres; et ce moyen consiste à employer le verre soluble inventé, en 1825, par le docteur Fuclis, de Munich, et désigné par lui sous le nom de wasser-glass.
Pour apprécier l'importance de cette découverte et comprendre par quel moyen le verre soluble peut empêcher la flamme, il suffit de se rappeler que, pour que toutes les matières végétales, le bois, les étoffes, le papier, etc., flambent, il faut nécessairement le concours de deux conditions : une température élevée et le contact de l'air qui fournit l'oxygène nécessaire à leur transformation en eau et acide carbonique. Supprimez le contact de l'air au moyen d'une juxtaposition de verre soluble,' et ces matières roussiront, se carboniseront lentement, mais ne flamberont jamais.
Le fait physique établi, il ne nous reste plus qu'à faire connaître de quoi se compose le verre soluble, et quel est le mode d'emploi, bien simple, comme on va voir, prescrit par le docteur allemand.
D'après M. Fuchs voici les deux compositions de ce verre soluble dans l'eau : « 45 parties de quartz pulvérisé ou de sable pur, 30 parties de potasse purifiée, 3 parties de charbon pulvérisé; ou bien, s'il se servait de soude, la composition était de 45 parties de quartz, 23 de carbonate de soude sec et 3 de charbon pulvérisé. »
Une fois fondu on coule le verre obtenu ; on le pulvérise et on le traite par quatre ou cinq fois son poids d'eau bouillante. On obtient ainsi une solution qui, appliquée sur d'autres corps, sèche rapidement au contact de l'air.