‹ La verrerie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 50 sur 66 · VERRE SOLUBLE · texte numérisé non relu

VERRE SOLUBLE

Que d'habiles industriels prennent cette idée, qu'ils la perfectionnent, et surtout que le bon sens public l'adopte, et nous aurons alors un fléau de moins à redouter.

Le mot de perfectionnement que nous venons de prononcer, impliquant naturellement l'idée d'un défaut, voyons, d'après M. Péligot, quel est celui qui se trouve dans le verre soluble.

(( Une étoffe, même très-fine, comme la gaze ou la mousseline, plongée dans une dissolution étendue de silicate de potasse et séchée, perd la propriété de brûler avec flamme : la matière organique, enveloppée d'un réseau de substance minérale fusible, noircit et se carbonise comme si elle était chauffée dans une cornue à l'abri du contact de l'air, mais elle ne s'enflamme pas. On comprend, par suite, l'intérêt que présenterait l'usage d'un pareil préservatif contre l'incendie. Mais, sans parler de l'insouciance qu'on a généralement pour se garantir d'un danger éventuel, cet emploi présente plusieurs inconvénients: la réaction alcaline du verre soluble altère souvent la couleur des tissus ou des peintures; et, comme cette substance est toujours un peu déliquescente, ceux-ci, bien que séchés, attirent l'humidité de l'air, restent plus ou moins humides, et retiennent opiniâtrement la poussière. Aussi, après des essais assez nombreux, a-t-on dû renoncer à son emploi pour préserver de l'incendie les décors de théâtres, les tentures, les tissus pour robes, etc. »

Après une telle autorité, reconnaissant de quelle utilité serait la découverte de Fuchs, une fois perfectionnée, il ne nous reste plus qu'à exprimer le désir qu'un chimiste aussi distingué que M. Péligot s'occupe de la question; et nous ne doutons pas que, malgré les difficultés, le perfectionnement que l'humanité entière appelle de tous ses vœux ne soit bientôt obtenu.

Au moment de mettre sous presse nous apprenons que nos vœux sont exaucés. M. Bontemps nous fait savoir que M. Kuhlmann, de Lille, fabrique le verre soluble. La réputation de ce savant industriel nous fait espérer qu'il aura su remédier aux défauts mentionnés par M. Péligot.

HISTORIQUE

Si l'Egypte fabriquait des perles fausses quinze siècles au moins avant notre ère (page 6), il paraît que cette industrie resta longtemps stationnaire chez elle ; car le premier auteur latin dans lequel nous en trouvons la mention est Pétrone1, qui, dans son Satyrlcon (chap. 67), met les paroles suivantes dans la bouche d'Habennas : « Parbleu! ne m'as-tu pas ruiné de fond en comble pour t'acheter ces babioles en verre (deux pendants d'oreilles}? Certes, si j'avais une fille, je lui ferais couper les oreilles. »

Dans ces mots faut-il voir des boucles d'oreilles en perles fausses, ou de simples boucles en verre soufflé?

Ce texte n'étant pas assez précis pour permettre d'asseoir un jugement, nous ne donnons les paroles de l'auteur latin que pour ce qu'elles valent, nous réservant de chercher ailleurs le moyen de fixer d'une manière plus

1 Pétrone, auteur latin, mort l'an CO de notre ère.

précise, et surtout plus logique, l'époque probable de l'introduction des perles fausses à Rome.

Si la fabrication dune chose fausse ne peut trouver sa raison d'être qu'à la condition qu'elle sera, pour ainsi dire, la contrefaçon, le trompe-l'œil d'un objet recherché et surtout à la mode, nous devons faire remonter l'origine des perles fausses, à Rome, à l'époque où le luxe des perles fines s'y répandit; car Pline nous apprend que:

« C'est la victoire de Pompée qui commença à tourner le goût vers les perles et les pierreries, comme celle de L. Scipion et de Ch. Manlius l'avait ttfurné vers l'argent ciselé, les étoffes attaliques l et les lits de table garnis de bronze; comme celle de L. Mummius, vers l'airain de Corinthe et les tableaux. Pour faire connaître la chose plus clairement, je citerai textuellement ce qui est dit dans les Actes mêmes des triomphes de Pompée. A son troisième triomphe, où il triompha des pirates de l'Asie, du Pont, des nations et des rois énumérés au septième livre de cet ouvrage, et qu'il célébra sous le consulat de M. Pison et de M. Messala (an de Rome 693), la veille des calendes d'octobre (le 50 septembre), le jour anniversaire de sa naissance, Pompée fit passer sous les yeux des Romains un échiquier avec ses pièces, fait de deux pierres précieuses, large de 3 pieds, long de 4 (et pour qu'on ne doute pas que la nature s'épuise, car on ne voit aujourd'hui aucune pierre approchant de cette grandeur, j'ajouterai que cet échiquier portait une lune d'or du poids de 30 livres); trois lits de table ornés de perles; des vases d'or et de pierreries suffisant pour garnir neuf bufiets; trois statues d'or: Minerve, Mars et Apollon; trente-trois couronnes de perles; une montagne d'or carrée, avec des

1 Voir la note, p. 8.

cerfs, des lions et des fruits de tout genre, entourée d'une vigne d'or; un muséum en perles, en haut duquel était une horloge; un portrait de Pompée fait en perles! oui, de Pompée!... Ce front noble et découvert, ce visage qui respirait l'honnêteté et imprimait le respect à toutes les nations, le voilà en perles! La sévérité des mœurs est vaincue, et véritablement c'est le luxe qui triomphe. »

Malgré Panathème lancé par Pline contre le luxe effréné du portrait de Pompée, l'introduction et le goût des perles n'en continua pas moins à se répandre à Rome, sinon chez les citoyens, qui n'étaient pas assez riches pour se payer une telle fantaisie, du moins à la cour de certains empereurs. Ici, c'est Caligula qui, non content « déporter des brodequins ornés de perles l, d'en avoir orné les colliers de son cheval lncitatus (ardent, vif), pour lequel il avait fait construire une écurie de marbre, une auge d'ivoire et des couvertures de pourpre2, composait encore pour son usage particulier une liqueur faite de perles fines du plus grand prix, dissoutes dans du vinaigre; là, c'est Néron, qui garnissait de perles fines son sceptre, ses lits, et le masque des histrions 3.

Le silence des auteurs anciens sur les perles fausses ne nous permettant que de conjecturer leur usage dans les classes inférieures qui, à toutes les époques, se sont crues obligées d'imiter, à bon marché, le luxe descendant des hautes régions, nous allons abandonner ces temps reculés pour arriver de suite à Venise, où, plus heureux, nous trouverons, sinon Porigine, du moins la mention d'une industrie dont les premières productions se perdent dans la nuit des temps.

1 Pline, liv. XXXVII, chap. vi.

2 Suétone, Vie de Caligula, chap. xxxvn. 5 Pline, liv. XXXVII, chap. vi.

La première mention des perles fausses remonte à l'année 1518; et suivant M. Lazari.1, « les fabricants, désignés sous les noms de patenôtriers - et de perliers, étaient établis soit à Venise, soit à Murano, et composaient déjà une compagnie assez nombreuse pour être régie dès le commencement de cette même année par un statut particulier. ))

Quoique cette industrie produisît déjà d'immenses bénéfices à la république par l'exportation qu'elle en faisait en Orient et dans les contrées sauvages, il faut croire cependant qu'elle n'était pas encore arrivée à son apogée; car le même auteur ajoute : « La fabrication des perles fausses à la lampe d'émailleur rendit immortel le nom d'Andréa Vidaore, à qui on en doit, sinon la réinvention, du moins le perfectionnement en 1528. »

Si ces deux mots : réinven'ion, comparés sans doute à l'industrie antique, et perfectionnement dû à Vidaore, ainsi que les deux dates 1518 et 1528, sont tout ce que nous pouvons découvrir sur l'historique des perles fausses à Venise, une plus grande ignorance règne encore sur leur mode de fabrication, car pas un auteur, que nous sachions, nen a dit un seul mot.

C'est cette lacune que nous allons essayer de combler.

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