FORMES DES VERRES D'OPTIQUE
Les verres employés dans l'optique se divisent en trois classes :
Le verre plan, qui laisse voir les objets sous leurs formes et dimensions réelles ;
Le verre convexe (à une surface bombée), qui les grossit ;
Le verre concave (à une surface creusée), qui les diminue ;
Fig. 50. — Verres d'optique.
En combinant des surfaces sphériques entre elles, ou avec des surfaces planes, on forme six espèces de lentilles1, dont trois sont convergentes et trois divergentes 2.
Les lentilles convexes donnant une grande dispersion de sphéricité et réfractant la lumière à la manière des prismes, on remédie à cet inconvénient en combinant ensemble deux sortes de verres : le crown-glass et le flintglass.
1 On a donné le nom de lentille à des milieux transparents qui, vu la courbure de leur surface, ont la propriété de faire converger ou diverger les rayons lumineux qui les traversent. On croit que ce nom leur a été donné à cause de leur ressemblance avec le petit légume qu'on mangeait déjà du temps d'Ésaû.
2 Par le mot convergent on entend la disposition des rayons des corps lumineux qui vont en Rapprochant jusqu'à ce qu'ils se réunissent tous en un point. Par divergent on désigne, au contraire, deux rayons qui vont en s'écartant.
C'est au moyen de cette union qu'on est arrivé à fabriquer ces lunettes achromatiques qui, seules, comme on sait, font voir les images colorées exactement comme les objets mêmes, sans mélange de couleurs étrangères.
Les formes et l'utilité de deux verres dissemblables étant connues, indiquons par quel moyen on obtient les verres d'optique, qui, soit qu'ils proviennent d'un disque épais, soit d'une simple plaque de verre, ne peuvent devenir lentille optique qu'au moyen d'une courbure qui s'obtient en usant le verre avec de l'émeri mouillé sur des calottes ou dans des bassins en cuivre.
M. Arthur Chevalier 1 va nous initier à cette fabrication.
« Le bassin sert à faire les verres bombés ou convexes ; et la balle, les verres creux ou concaves (fig. 51).
« Chaque outil représente un rayon de courbure. Pour faire l'outil on fait d'abord un calibre en traçant sur une planche de cuivre une courbure d'un rayon donné. On découpe ensuite et on obtient deux cylindres, l'un concave, l'autre convexe, qui servent à fabriquer le bassin ou la balle.
« L'outil, muni d'une tige à vis, se fixe sur le tour de l'opticien, soit dans un écrou fixe, soit sur un arbre mobile qui peut se mouvoir circulairement.
« Le travail à l'outil fixe se pratique pour les verres d'un certain diamètre. Pour les verres petits, on les travaille sur le tour, qui se compose d'une table solide, que l'on construit ordinairement en noyer. Sur la gauche de la table se trouve un arbre vertical, maintenu dans des collets et terminé par une pointe qui pivote dans une pièce placée ad hoc.
« A cet arbre se trouve fixé un volant, et à son extrémité
1 Hygiène des yeux, publié en 1802. Librairie Hachette.
supérieure une pièce en fer qui, placée horizontalement, reçoit une poignée en bois.
« Sur la droite du tour se trouve un arbre semblable au précédent et muni d'une poulie. Le volant et la poulie sont réunis par une corde en cuir. L'arbre à poulie reçoit l'outil. En faisant mouvoir l'arbre de gauche sur son
Bassin.
Balle.
Fig. 51.
pivot, on obtient nécessairement un mouvement circulaire qui entraîne l'outil. Si la main, maintenue par un support, présente le verre à la surface de l'outil qui, lui-même a reçu un corps usant (l'émeri), on se rend compte des effets qui se produisent. »
Si notre but ne peut être que de donner ici une idée du principal mode de cette fabrication, et non de la suivre dans ses nombreuses phases, notre devoir est de renvoyer le lecteur désireux d'approfondir la question à l'excellent ouvrage publié sur la matière par M. A. Chevalier.
Nous avons fait connaître la composition chimique des
verres d'optique, leurs différents modes de fabrication et de taille ; nous allons chercher quelle peut être l'origine de chacun des principaux instruments d'optique, et faire apprécier leur importance scientifique1.
Afin de procéder du simple au composé, nous commencerons par celui de tous les instruments qui offre le moins de complications et qui, par son usage presque général aujourd'hui, se trouve pour ainsi dire en dehors des instruments d'optique proprement dits.
Chacun devine aisément que nous voulons parler des besicles ou lunettes.
D'où vient le mot besicles?
Faut-il le faire dériver, comme plusieurs auteurs le disent, de bis ocali (deux yeux) ou bien de bis cyclus (deux ronds) .
Au lecteur à choisir.