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La verrerie depuis vingt ans

Malgré son développement graduel à travers les âges, cette industrie qui ne reposait que sur d'anciens procédés et ne vivait que de recettes mystérieusement transmises et fidèlement observées, semble depuis quelques années entrer dans une voie nouvelle et devoir suivre comme perfectionnements de fabrication, et comme applications, le mouvement que les besoins plus pressants et constamment renouvelés de la civilisation impriment à l'industrie moderne.

Des procédés de fusion nouveaux, plus économiques et plus puissants basés sur l'étude des phénomènes de la combustion, l'emploi de moyens mécaniques destinés à suppléer et à remplacer le travail toujours épuisant et limité de l'homme, l'utilisation judicieuse des richesses naturelles, accumulées sous nos pas, ont permis de trouver au verre des applications nouvelles dans lesquelles ses nombreuses et incomparables qualités ont pu être utilisées.

En dehors de son emploi pour les usages domestiques, le verre est

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appelé à répondre aux besoins de l'hygiène sous ses formes les plus diverses,, et à rendre les plus grands services. Ces nouvelles applications sont susceptibles d'un développement illimité; par sa transparence et par la lumière qu'il permet de répandre, il est en effet un des agents d'assainissement les plus actifs; par son inaltérabilité et par le poli de sa surface il est un des corps les plus précieux permettant d'éviter les contagions morbides, aussi son emploi dans la construction des habitations a-t-il pris une importance croissante que ses qualités décoratives ne peuvent que contribuer à faciliter et à multiplier.

Dans cet exposé nous passerons en revue les progrès accomplis dans la fabrication du verre depuis l'Exposition de 1878, ainsi que les produits obtenus eux-mêmes considérés au point de vue de leurs qualités, de leurs formes et des usages auxquels on les destine.

Dans les différents produits présentés à l'Exposition de 1889, la qualité du verre était bonne en ce sens que les « compositions » vitrifiables, les fours de fusion, les fours de recuisson étaient mieux compris ; la chaleur étant mieux utilisée, on a pu obtenir économiquement une température plus élevée, et par conséquent fondre facilement des verres riches en silice et en chaux, d'où augmentation de dureté et d'inaltérabilité sous l'action des agents atmosphériques.

En outre, on a pu remplacer les verres allemands, réputés, avec raison, les meilleurs, pour certains usages spéciaux, tels que la fabrication des lampes à incandescence, celle des appareils de physique, de chimie et de démonstration, par des verres obtenus synthétiquement à l'aide de produits purs, alors que les verres allemands sont obtenus d'une façon empirique par l'emploi de sables alumineux. MM. Appert frères ont dans cette voie apporté des améliorations sensibles.

A signaler encore une tendance nouvelle, justifiée par les nécessités économiques de plus en plus impérieuses qui dominent la production, et qui consiste dans l'emploi de produits naturels dans lesquels se

trouve la silice combinée à des quantités plus ou moins considérables de bases alcalines indispensables à la production du verre. C'est ainsi que M. Richarme, de Rive-de-Gier, a fait entrer presqu'exclusivement dans les mélanges vitrifiables les feldspaths, les basaltes, les granits, les obsidiennes.

Au point de vue de la coloration, les verres blancs étaient plus incolores que jamais, témoin les glaces de Saint-Gobain, le cristal blanc de Sèvres, les cristaux de MM. Webb, le verre optique extra blanc de MM. Appert frères, les verres de gobeleterie à la potasse de MM. James Vidie et fils, les verres à cylindres de Bagneaux, etc.

En ce qui concerne la verrerie artistique, les améliorai ions consistaient plutôt dans la façon dont les teintes de verres ont été harmonisées, que dans l'application des nuances nouvelles,

On a pu obtenir des effets nouveaux par la dissémination de verres pulvérisés de diverses grosseurs et de diverses teintes dans l'épaisseur de la pièce de verre ; ce mode de décoration imaginée par M. Rousseau lui a permis d'imiter les pierres gemmes que l'on trouve dans la nature sous les formes les plus variées et les plus brillantes.

M. Rousseau-Léveillé s'est attaché également à perfectionner les formes et la matière des cristaux de luxe. Quelques-unes de ces pièces, aux profils élégants et aux riches montures d'or et d'argent étaient de véritables œuvres d'art qui méritent d'être signalées.

En 1885, la maison Rousseau devint la maison Rousseau-Léveillé. M. Léveillé, s'inspirant de l'art japonais et combinant l'emploi des acides avec la molette du graveur a pu présenter à l'Exposition de 1889 certaines pièces originales qui montrent le parti qu'on peut tirer de l'assemblage des différentes espèces de verre travaillées après coup.

Ainsi, pour exemple, nous citerons un grand vase avec poissons en verre neutre, avec colorations d'oxyde d'urane et de cuivre à l'intérieur, et une doublure rouge-brique à l'extérieur; cette doublure a été

retournée deux fois sur elle-même pour permettre à la gravure de produire des tons différents.

Les pièces en imitation de sardoines foncées, taillées à rinceaux avec colorations extérieures étaient également très remarquées, ainsi que des agates avec bord râpé, une coupe couleur fleur de pêcher et un vase méplat avec tête renaissance posée sur feuille d'or.

Ces objets, nouveaux comme décorations, indiquent que cet art peut encore se développer, « s'affiner » en donnant au verre toute sa valeur comme forme, et, comme coloration, en arrivant à supprimer complètement la décoration extérieure — or ou émail — cela en combinant les colorations, les graduant, laissant au verre toute sa transparence, qui en est la qualité essentielle et la plus précieuse.

M. Cros s'était appliqué à reproduire des objets anciens en verre, de plusieurs couleurs, non pas par les procédés habituels : émaux juxtaposés ou couches supsrposées de verres diversement colorés, mais modelés avec des masses plastiques de nuances variées et vitrifiées par la cuisson.

Les résultats obtenus par M. Gros permettent de prévoir que l'industrie pouria obtenir des effets décoratifs nouveaux, mais qui déjà étaient familiers aux verriers de l'antiquité.

Par application des émaux transparents ou opaques, M. Brocard (de Paris) avait reproduit d'une façon remarquable les dessins figurant sur les vases arabes, coupes de mosquées, brûle-parfums, etc.

La maison Feix frères, d'Albrechtsdorf (Autriche-Hongrie), a obtenu un légitime succès par la décoration de ses produits à l'aide de la galvanoplastie.

Le procédé consiste à fixer d'abord sur la pièce de verre un décor au platine métallique, à utiliser ce dessin conducteur pour l'obtention d'un dépôt de cuivre métallique, qu'on recouvre ensuite d'une mince couche d'or. Nous reproduisons des spécimens de cette fabrication.

Les procédés de taille et de gravure se sont perfectionnés et, à côté des moyens mécaniques qui permettent de tailler à la fois à côtes plates ou à côtes creuses, on remarque les tailles les plus fines, les plus régulières, les plus brillantes, faites à la main, et qui, sur des verres en couches superposées et diversement colorées, produisent les effets artistiques les plus agréables et sont comparables aux camées en pierre dure.

Des spécimens remarquables de ce genre de taille ont été exposés par MM. Gallé (de Nancy), Reyen, Léveillé-Rousseau, Landier et Houdaille, Webb, Thomas et Sons.

Les cristaux de MM. Webb sont parfaits comme blancheur et comme taille. Parmi les verres différemment colorés — couches superposées — exposés par ces messieurs, nous citerons notamment une coupe laissant apparaître en nuance claire, jaunâtre sur un fond sombre, un décor très savamment étudié.

Nous la reproduisons (fig. 1), tout en faisant remarquer qu'une décoration plus sobre, telle que celle de la coupe représentée (fig. 2) eût donné à la pièce exposée par MM. Webb une valeur artistique plus considérable.

Nous reproduisons également un plateau (fig. 3) obtenu par un procédé identique et où la couleur seule du décor diffère; tantôt ivoirine, tantôt légèrement orangée ou bleue.

M. Reyen avait une exposition particulièrement remarquable dans laquelle figurait un vitrail représentant une nymphe courant sur les rochers, deux portraits de famille, deux sujets Téniers, un vase forme Louis XV, dont le fond en verre opalin et parsemé de place en place

Fig. s

d'émaux de couleurs variées que l'enlèvement de la couche générale brune laisse voir.

MM. Davis, Collamore et Cie, de New-York, nous ont fait voir des cristaux d'une pureté remarquable, taillés en pointes de diamants. Cette taille nous remet en présence de ces cristaux si en faveur en France, de 1825 à 1830, et dont l'effet est, sinon très artistique, du

moins tout à fait décoratif, surtout quand les objets ainsi décorés sont examinés à la lumière artificielle.

A l'Exposition de 1889, M. E. Gallé, de Nancy, l'artiste éminent, avait élevé un pavillon dont l'ensemble rappelait la tente d'un Druide, d'un chef gaulois; le tout imaginé, dessiné, exécuté par lui-même.

Fig. 3

Des piques relevant tout autour la draperie et surmontées elles-mêmes du sanglier celtique en bronze vert, d'où pendent les torques gaulois en verroterie, des coqs gaulois, complètent la décoration. La boiserie est faite uniquement des essences de vieilles forêts lorraines.

L'aménagement de ce pavillon a -été fait avec un goût exquis.

Nous avons distingué parmi les pièces, toutes remarquables, de ces expositions de M. Gallé, des colorations nouvelles dont deux, entre autres, sont dues à l'irridium et authallium; d'autres jaunes, quelques bruns et verdâtres irrisés, dus alarment et au soufre ; un bleu-paon dû au cuivre et au fer; des bruns au soufre, au cachou.

D'autres colorations jaspées, marbrées, des compositions nombreuses, les unes opaques; les autres transparentes, des malaxages ; des applications à chaud, des superpositions de couches diversement colorées, des interpositions, des décors pris entre deux verres, des arborisations dont la disposition est réglée à l'avance par l'artiste.

M. Galle a, pour la préparation de ces pièces polychromes, plus de cent compositions différentes, dont les combinaisons lui permettent d'obtenir une variété infinie d'accidents voulus et de nuances inédites.

La projection de matières émettant au contact du cristal en fusion des vapeurs susceptibles de former, dans le flux vitreux, des soufflures, de s'y réduire en irisations, de se fixer aux parois de ces vases en mince couche métallique, produit des huilages colorés et à reflets dont les effets sont entièrement neufs et très décoratifs.

Il y a aussi à remarquer des colorations superficielles, des teintures, reflets, flambages, métallisations ou dèsoxijdations dans lesquelles l'oxyde métallique de la composition se réduit en gouttelettes brillantes et solides, bosselant la masse qui les retient. Ces flambés, ces perles métalliques, ces irisations sont le produit de l'action, soit réductrice, soit oxydante de l'atmosphère du four sur des paraisons présentées à l'ouvreau du four et revêtues à chaud de compositions spéciales.

Les flambés obtenus par le réchauffage de verres au protoxyde de cuivre ont là encore des échantillons remarquables.

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