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ÉMAUX-BIJOUX

Une autre application, faite par M. Gallé, est l'emploi entièrement neuf, dans la décoration des émaux de petit feu, d'une série toute différente d'émaux translucides, qu'il a appelés émaux -bijoux. Dans ses ateliers, on les applique à basse température sur un excipient métallique adhérent aux vases par une cuisson préalable. La difficulté était de trouver une composition qui n'altérât pas la dorure, et qui fut assez diaphane pour ne pas arrêter le feu des reflets métalliques.

Cette difficulté a été vaincue, mais non sans peine, car une extrême fusibilité rend délicat l'emploi de ces préparations. Il faut les glacer à point pour leur assurer la transparence, et pourtant leur fluidité à basse température de moufle peut amener des dégâts. Ils sont exposés, sur les flancs de pièces un peu plus grandes, à plus de risques encore ; la moindre inégalité de température suffit à noyer les ornements du bas, tout en laissant ceux du col insuffisamment à point. On peut voir toutefois quelques pièces importantes sur lesquelles des végétations d'émeraude, de topaze, d'ambre, de rubis sont nettement développés (vases 270, 271, 272 ; plateaux 58, Il ; boîte 55).

Leur alliance, avec tous les émaux précédemment décrits, a permis à M. Gallé d'imiter la nature, de donner sur la même pièce, aux élytres d'un scarabée, aux yeux d'une libella fe , les reflets d'acier et d'azur, et, à l'aile soulevée, la diaphanéité des tissus vivants ; quelquefois même celle des gouttes de rosée (n° 82).

Les émaux-bijoux offriront encore un intérêt particulier dans la décoration des anses et bagues de cristaux. Sans doute, en principe, la simulation d'un autre art est peu recommandable, mais M. Gallé a pensé que des décors d'orfèvrerie, enveloppant et engraissant des attaches si frêles, rassureraient l'œil. Il n'a, d'ailleurs, employé ce procédé qu'avec discrétion (gobelets et carafes genre cristal de roche).

ÉMAUX CHAMPLEVÉS

Un des nouveaux procédés de M. Gallé touche de près à celui des émaux champlevés sur cuivre et a des incrustations faites sur des cristaux de roche (bol n° 21, vase 39, seau 286, hanap 289). Des cavités ont été creusées dans le verre, puis dorées au feu. Elles reçoivent à plusieurs feux, si cela est nécessaire, de l'émail translucide jusqu'à l'affleurement complet de leur surface avec celle de la pièce.

On remarquera aussi les décors que M. Gallé, se servant d'un terme des peintres faïenciers, appelle décors en sous-couverte au petit feu. Ce sont des glaçures très fusibles, adaptées au verre dur qui doit le recevoir; elles le glaceront de patines bizarres (vases 273, 89, 233 à 236 numéros des collections exposées), envoyant sous un flux vitreux et teinté des gravures, des nielles, des paysages en camaïeux. De ce genre est issu le n° 278, dit mosaïque.

A signaler des verres doubles (noS 286- 288), qui se distinguent de ceux faits aux XVII et XVIIIe siècles en Bohême, par leurs grandes dimensions et par ce fait que le décor est enfermé à chaud, et qu'il a luimême subi plusieurs cuissons. La capsule intérieure, devenue indistincte de l'autre, a été ornée d'émaux-bijoux incrustés ; puis elle a été emboîtée dans celie extérieure, qui dissimule entièrement la suture par un décor d'émail opaque.

En résumé, M. E. Gallé a rendu un ser-

Fig 5. — Verie de cristal taillé, à

vice immense à l'art industriel en faisant deux couches m. e. Gaiié.

entrer en jeu l'imagination pour utiliser, au point de vue décoratif, les recherches techniques, tant au point de vue de la coloration dans la masse que dans l'émaillage superficiel.

Si nous nous sommes étendus aussi longuement sur cette exposition particulière, c'est en raison de la place considérable prise par M. E. Gallé qui s'est affirmé en chef d'école, comme un maître incontestable de la verrerie décorative et artistique de l'époque actuelle Q.

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