‹ La verrerie depuis vingt ansChapitre 12 sur 46 · AUTRICHE-HONGRIE · texte numérisé non relu

AUTRICHE-HONGRIE

Nous voudrions citer les magnifiques produits fabriqués par M, Lobmeyr, de Vienne; malheureusement, nous en parlons comme d'un souvenir datant de 1878, qu'une visite plus récente à ses magasins de Vienne n'a fait que raviver. Nous avons vu là des objets surpassant de beaucoup les produits de Venise, comme couleur, comme forme, comme proportions, etc. Sauf quelques produits signalés plus haut, l'exposition d'Autriche-Hongrie ne donnait pas en 1889, au Champ de Mars, une idée bien exacte de ce que peut l'habileté technique de ses remarquables verriers de Bohême.

Nous avons à regret constaté, dans certains objets exposés, un mauvais goût indiscutable ; à cet égard, nous citerons l'effet déplorable causé par des « broderies » de couleur posées sur des verres verts d'aspect désagréable. Puis ces imitations de marbres qui enlèvent au verre toute sa transparence sans lui donner la valeur artistique d'objets de porcelaine, auxquels on parait vouloir à grand tort les assimiler, ou tout au moins les faire ressembler.

Pourquoi ne pas s'inspirer des modèles qui se trouvent dans les musées? Ainsi, entre autres sujets, voici (fig. 12) une reproduction d'aiguière qui peut être imitée avec avantage, et sur laquelle l'ornementation ne nuit pas, fût-elle en métal, or ou argent sur verre.

Dans la sous-section de l'Extrême-Orient, se trouvait l'importante collection du docteur Mène. Cette collection renferme une grande quantité d'objets d'art se rapportant à l'histoire rétrospective du travail en Chine et au Japon.

Au milieu de ces magnifiques objets, on admire un grand brûleparfums à couvercle azuré, puis des aiguières, des colonnes, des écrans,

des divinités, des ornements divers en jade, en lapis-lazuli, en cristal de roche, en agate orientale.

Au premier étage, on remarquait des émaux cloisonnés japonais, de fabrication moderne, très remarquables, aussi bien par leur pureté de travail que par l'élégance des formes.

Le jade étant un silicate d'alumine et de chaux (renfermant de la magnésie et du fer), nous sommes amenés à en parler ici.

La couleur du jade varie du blanc pur au vert-pomme; certains échantillons ont la teinte de l'émeraude ; la variété blanche est la seule appréciée des Chinois qui ont un véritable culte pour cette matière. Les Chinois le tirent du Turkestan, de Kachgar; la variété verte est com-

mune ; on en trouve de gros blocs dans le lit de certains fleuves en Sibérie. Le jade raye le verre et l'acier; on le travaille et on lui donne le poli à l'aide de la poudre d'émeri et de diamant ; ce travail est excessivement lent et coûteux.

La vitrine de Mmc Barbet renfermait, entre autres objets de jade, sept pièces remarquables :

Une coupe à libations en jade blanc, taché de vert clair, d'un travail très ancien ;

Un grand vase en jade blanc, avec taches de rouille, formé de deux cylindres accolés, travail de l'époque des Ming, vase du type de ceux consacrés à perpétuer le souvenir des personnages illustres.

Les vases d'époque plus récente sont plus jolis, plus gracieux comme forme; on constate là l'influence de l'art persan ou de l'art européen. On voyait encore un vase de jade blanc très pur, couvert de feuillages et d'ornements finement sculptés, style persan, avec panse unie et col enveloppé du dragon, en relief. D'autres vases en jade blanc : l'un carré à arêtes ornées de dentelles saillantes à jour, de la forme des vases contenant le vin des sacrifices ; un autre carré, aplati, à frises ornées de pieds saillants et à anse grecque avec dragon enlacé ; un autre vase en jade verdâtre, couvert de dragons se détachant en relief, avec le sceau de l'empereur Kien-Long.

On remarque également des vases chinois, vases à thé en jade, dont la propriété consiste à rendre, quand on les frappe, un son comparable à celui du cristal ; ce son ne s'éteint pas progressivement, mais s'arrête brusquement au bout d'un instant.

On remarque également dans cette collection : une fleur de lotus en quartz transparent; une branche de pêcher avec fruits en cristal incolore, et algue marine ; une boîte en cristal rose craquelé ; deux poissons, l'un rouge, l'autre vert, taillés dans une même pierre, pierre dont le fer était à deux degrés différents d'oxydation; d'autres objets en serpen-

tine, un sceptre vert, et des caractères chinois de teinte jaune aux branchages en relief.

Si M. Galle a vu ces collections nombreuses, nous pouvons nous attendre de sa part à des surprises à la première exposition ; il trouvera le moyen de surpasser les Chinois.

Les émaux transparents de MM. Ortchinnikoff et fils, de Moscou insérés et sertis dans le métal étaient fort remarquables.

Le prix élevé de ces objets ne les rend pas très accessibles et ne permet pas à tous les amateurs de s'en rendre acquéreurs. Ces émaux, diversement colorés et transparents, sont actuellement en grande faveur en Russie pour rehausser l'éclat des toilettes des dames. Depuis quelque temps et par suite de l'engouement résultant, pour les objets de provenance russe, du courant de sympathie qui existe entre les deux nations, cette mode tend à s'implanter en France. Il faut, d'ailleurs, reconnaître que l'emploi discret de ces émaux produit sur les étoffes de couleur sombre l'effet le plus gracieux.

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