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VITRAUX

Le Catalogue officiel de l'Exposition de 4889, indiquait que cinquante et un exposants français et quinze étrangers ont soumis à l'examen du public des vitraux ou verres décorés de ce nom.

Nous avons compté environ trente-huit peintres verriers, dont vingthuit français, trois belges, un anglais, deux américains et quatre suisses. En 1867, ce chiffre était bien supérieur; en 1878, il était plus du double.

Les peintres verriers semblent se désintéresser de plus en plus des

expositions où leurs œuvres sont placées généralement dans de mauvaises conditions d'éclairage, d'élévation et surtout de classification.

On devrait accorder aux vitraux une classification distincte, un jury spécial. Du reste, la peinture sur verre subit une transformation complète ; loin de rencontrer la protection du gouvernement, les artistes sont obligés, maintenant, de soumissionner les travaux de restauration des vitraux appartenant aux monuments historiques, absolument comme s'il s'agissait de badigeonnage ou de maçonnerie.

Le caractère laïque du vitrail s'accentue de plus en plus ; les habitations particulières luxeuses sont maintenant ornées de vitraux, ordinairement mauvais, à cause du prix que l'on accorde à des œuvres qui, pour être artistiques, sont nécessairement très coûteuses.

L'Exposition de 1889 offrait peu de vitraux remarquables; il a été permis cependant de constater, pour certains peintres anglais et français une remarquable habileté d'exécution.

En 1878, on trouvait des éléments d'études très importants dans l'exposition du vitrail ; depuis, le verre lui-même — dont la fabrication a fait de réels progrès — - a été mis plus en valeur ; les cives, les cabochons produisirent certains effets nouveaux. En 1889, un verre d'aspect particulier, marbré, nacré, strié, voilé, dit verre « américain » a fait son apparition dans certains vitraux et l'effet produit, lorsque ce verre est employé avec discernement, avec discrétion, est des plus satisfaisants. L'inventeur de ce verre, M. Lafarge, a exposé entre autres, un vitrail à fond jaunâtre à petits feuillages et animaux bizarres, dont la coloration irisée est d'un effet charmant.

Les Japoneries de M. Garot dénotent chez cet artiste, une ingéniosité, une adresse, un talent particulier à ce genre de vitraux.

Le Saint-Georges de M. Bégule, de Lyon, — dans ce vitrail le verre américain est employé très judicieusement — a droit à tous les éloges comme style, coloration, dessin correct et franc.

Il est regrettable que tous les efforts dépensés dans l'énorme vitrail placé dans l'axe transversal de la Galerie des Machines, et représentant le Char du Soleil, ait produit ce store banal, indigne, à notre avis, du nom de vitrail.

La Bataille de Bouvines, œuvre de MM. G. Ghampigneulle et Frittel, renfermait des parties très satisfaisantes, comme, par exemple, le Combat figurant dans la salle où se tient le conseil de guerre de Valenciennes; ce n'est toutefois pas suffisant pour une pièce de cette importance, qui sera bien pâle lorsqu'elle sera examinée dans son cadre définitif.

On a vanté le travail de M. Oudinot, dessiné par M. 0. Merson : Jésus à table ayant à ses cotés les pèlerins iïEmmaiïs. Cette œuvre dénote, de la part de l'artiste, un talent consommé; mais nous préférons voir traiter par M. 0. Merson des sujets moins religieux; les deux disciples du Christ pourraient être aussi bien placés dans tout autre cadre que dans celui-ci.

Oudinot avait exposé d'autres vitraux parmi lesquels il y a à constater de belles parties ; pas un de ces vitraux n'offrait à notre avis, un tout bien satisfaisant et réellement remarquable. Au pavillon de la République Argentine, là où le verre a été employé à profusion pour différents emplois ornementatifs, il y avait un certain nombre de vitraux parmi lesquels il convient de'distinguer l'intensité et l'harmonie de coloration de quatre paons; au milieu de cette ornementation, le verre américain produisait un effet remarquable.

La République française recevant la République Argentine à V Exposition universelle de 1889, tel est le sujet d'une assez grande verrière placée en haut de l'escalier conduisant au premier étage de ce pavillon. Composition médiocre, aspect et couleurs heurtés ; en somme, peu de distinction d'ensemble : un garde municipal et son cheval occupent là une place trop considérable et nuisent aux autres personnages dont ils diminuent l'importance.

Nous avions remarqué aussi, au pavillon algérien, des vitraux de M. Didron, vitraux style arabe, très-colorés, à fond blanc et jaune; ces vitraux d'un procédé d'exécution assez sommaire dû à M. Didron, qui consiste à tracer des rinceaux en pleine coloration et aux détails multiples, dont les tons variés se détachent sur un fond de préférence jaune ou blanc. Les fleurs et les feuilles dominent, le dessin est constitué par le plomb : or, cette matière servant de sertissure ne doit être employée que pour exprimer une forme. C'est donc une véritable vitrerie en plomb assez coûteuse par le travail qu'elle exige. Ces vitraux sont solides, à cause de la petite dimension des pièces de verre et à cause de la multiplicité des plombs.

Nous signalerons parmi les vitraux étrangers ceux de MM. Clayton et Bell, de Londres; colorations vigoureuses dans les uns, excellentes grisailles ; quelques figures saintes, et, entre autres, la tête de Sainte- Dorothée, puis la Vierge, donnent une haute idée du talent de ces artistes. MM. Stalins et Janssens, sujets religieux d'une bonne exécution. MM Hosch, de Lausanne, ont exposé une quantité de petits sujets dans lesquels on remarque un travail considérable de gravure, ressemblance avec les vitraux suisses du XVîe siècle.

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