VERRES A VITRES
L'industrie du verre à vitre subit une crise, par suite de la diminution des exportations en Amérique. Cette crise se fait principalement sentir en Belgique.
En Amérique, le chauffage des fours par le gaz naturel a groupé les verreries dans le voisinage des endroits où ces gaz abondent et cela principalement dans le pays de « Pittsbourg. »
Les fours à cuve remplacent aussi, en Amérique, les fours à creusets et comme tout ce qui se fait dans le nouveau-Monde, ces fours ont, là-
bas, des dimensions colossales. Nous citerons entre autres le four de « Jeannette » dont les dimensions atteignent 130 pieds de longueur sur 30 pieds de largeur, constituant ainsi une sorte de lac de verre fondu dans lequel puisent d'une façon continue 50 ouvriers souffleurs.
Nous aurions désiré donner d'amples renseignements sur les fours de verrerie et spécialement sur les fours à bassin, mais l'un des auteurs étant de par la nature de ses fonctions, tenu à une certaine réserve, nous nous contenterons de faire connaître les appréciations d'un ingénieur — ami des auteurs — (*) s'occupant exclusivement en Amérique des fours de verrerie.
Nous lui laissons la parole :
c Étant donné qu'un four à bassin, pour une production déterminée, doit avoir une certaine surface exposée à l'action de la chaleur pour la fonte et l'affinage du verre, et que, depuis la partie du four correspondante à la zone de haute température, jusqu'aux ouvreaux de cueillage une certaine distance est nécessaire pour laisser au verre, pendant qu'il effectue ce trajet, le temps de se refroidir suffisamment, on arrive à pouvoir déterminer exactement les dimensions du four. Connaissant ainsi la production à obtenir, la grandeur de la surface rayonnante, et la valeur moyenne du combustible dont on fera usage, on détermine au moyen d'une formule (établie à la suite de nombreuses expériences) quelle devra être la section totale des entrées de gaz.
« La section des entrées de l'air, des brûleurs, la grandeur des générateurs, des valves, des conduits de gaz, les dimensions delà cheminée, la grandeur et le nombre des gazogènes, découlent directement de la section totale des entrées de gaz. »
« On a vu dans cet exposé, quelle importance les constructeurs de four de verrerie attachent à la composition chimique du combustible ; c'est qu'en effet la valeur du gaz, sa puissance calorifique, sont absolument
1 M. Pagnoul.
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dépendantes de la nature de la houille ou autre combustible qui sert à le produire, et que d'autre part, le volume de gaz qu'il faut brûler pour obtenir un travail de fusion déterminé, est fonction du pouvoir calorifique de ce gaz.
« On a cherché à réduire la durée des opérations de fonte et d'affinage du verre en faisant usage d'un gaz plus riche, en éléments réellement combustibles, que le gaz produit par les gazogènes Siemens; c'est ainsi qu'on emploie, depuis quelques années, sinon en verrerie du moins dans quelques usines métallurgiques, un gaz composé en grande partie d'oxyde de carbone et d'hydrogène. Ce gaz, connu sous le nom de « gaz d'eau », est obtenu par la décomposition de la vapeur d'eau au moyen de coke incandescent, dans des gazogènes de forme spéciale dont nous donnons plus loin une description sommaire ,
« On s'est beaucoup occupé dans ces dernières années de rechercher quelles sont les modifications que le gaz combustible peut subir avant sa combustion complète, modifications qui seraient le résultat de réactions se produisant entre les éléments constitutifs des gaz — hydrogène, oxyde de carbone, carbures d'hydrogène et acide carbonique, vapeur d'eau — pendant le passage du gaz dans les régénérateurs où le laboratoire même du four. On s'est demandé s'il n'y avait pas lieu de tenir compte des phénomènes de dissociation qui empêcheraient la combustion d'être complète dans le four même en raison de la haute température qui y règne ».
Voici ce que dit à ce sujet M. Pagnoul :
« L'hydrogène et l'oxygène ne traversent-ils pas le four sans se combiner, et leur combinaison ne se produit-elle pas dans les régénérateurs où la température le permet, ce qui aurait pour effet d'élever sensiblement la température de ceux-ci et de chauffer bien davantage les gaz qui les traversent.
« Ces gaz plus chauds dégageraient par cela même un plus grand nombre de calories.
Certains résultats pratiques semblent donner raison à cette manière de voir.
« Pendant le chômage de l'été dernier à Bridgeton, nous avons tenu le four chaud. La dépense était la même qu'en le faisant mourir. Pour le conserver à la température du rouge cerise (800 à 900°) il a fallu, dès le début et alors que les empilages étaient encore chauds, dépenser environ neuf tonnes de charbon par 24 heures. Après, cette quantité a augmenté un peu.
« Le tirage de la cheminée était réduit au minimum et toutes les ouvertures fermées et margées.
« Pendant les neuf mois de marche de la verrerie, aux Etats-Unis, on cesse le travail le samedi après midi pour le reprendre le lundi à une heure du matin. L'enfournement des matières premières cesse aussi pendant une grande partie de cet arrêt. On doit toujours naturellement tenir le four à la même température.
« De ces deux expériences, on peut conclure qu'environ les deux tiers de la chaleur totale sont perdus par le rayonnement et la cheminée. Il n'y aurait donc qu'un tiers d'utilisé. Je n'examinerai pas ici quel est le rapport entre la quantité de calories que pourrait développer théoriquement le charbon et la quantité utilisée par la fonte et l'affinage du verre; je fais une constatation pratique. »
Grâce à l'emploi de ces fours à bassin, grâce à la récupération de chaleur des produits de la combustion, le prix de revient a subi une diminution notable. La qualité du verre s'est ressentie désavantageusement de cette production à outrance, et la teinte est devenue un peu plus irrégulière ; aussi certains fabricants ont-ils essayé de décolorer le verre par l'adjonction du peroxyde de manganèse, du nitrate de soude, etc.
On a été amené à fabriquer, dans le nord de la France, du verre non affiné, quelquefois même à peine fondu « calcin », cela dans des creusets percés à la partie inférieure d'un trou d'écoulement. Cette ouverture, fermée par un tampon métallique refroidi à l'aide d'un courant d'eau, permet de laisser couler le verre liquéfié et de le produire dans des conditions économiques satisfaisantes ; ce verre est ensuite vendu aux verriers, comme calcin , c'est-à-dire comme fondant.