DES GLACES
Le lecteur a pu se rendre compte, par les chiffres donnés plus haut, de l'importance, toujours croissante, de la production des glaces.
Malgré l'abaissement des prix de vente, conséquence naturelle de cet accroissement de production, la fièvre des glaceries ne semble pas éteinte, et la création de nouvelles manufactures n'est pas invraisemblable.
On se demande cependant si de pareils projets ont quelque chance d'aboutir, étant donnée la situation réelle de cette industrie naguère si florissante.
La vérité, c'est que les usines les mieux outillées vendent leurs glaces à perte, sur la plupart des marchés, malgré les efforts qu'elles font pour abaisser le prix de revient aux dernières limites.
La diminution du prix de revient que permet de réaliser une fabrication intensive est absolument insignifiante, en comparaison des sacrifices consentis sur le prix de vente, pour assurer l'écoulement d'une production manifestement exagérée .
On l'a très bien vu en avril 1893, où les stocks ont pu être réduits, mis au prix de quelles concessions et avec quels résultats pécuniaires!
Il y a six ans, on fabriquait en Europe 2.400.000 mètres carrés de glaces polies annuellement dans 23 usines.
Les moyens de fabrication actuels atteignent 3.600.000 mètres par an, grâce à la création simultanée de cinq glaceries nouvelles, et au développement des anciennes, sauf peut-être en Angleterre.
La Belgique seule entre pour 550.000 mètres dans toute cette augmentation.
Pendant la même période, la fabrication des glaces prenait aux États- Unis, un prodigieux essor, faisant passer la production de 500.000 mètres carrés, répartie entre 6 usines à 1.200.000 mètres, répartie entre 13 usines, avec la possibilité de fabriquer beaucoup plus, si la consommation indigène l'exigeait.
Alors que le marché des États-Unis échappe de plus en plus aux glaceries européennes, la crise économique qui sévit dans l'Amérique du Sud, l'élévation des droits de douane en Russie, en Danemark, en Espagne, en Italie, en Autriche-Hongrie ont restreint la consommation, ei rendu l'exportation des pays producteurs de moins en moins rémunératrice.