ANALYSE DES GAZ COMBUSTIBLES
Le but de l'analyse des gaz dans les laboratoires industriels est d'avoir, à chaque instant, des données sur la marche des divers appareils produisant ou utilisant le gaz. Ces données ne sont pas seulement d'un haut intérêt théorique, mais encore d'un intérêt pratique considérable, car ce n'est que par elles qu'on est arrivé à avoir des vues exactes sur la valeur intrinsèque des gaz, sur l'utilisation plus ou moins parfaite du combustible dans les gazogènes, sur la forme à donner à ceux-ci, et sur l'utilisation plus ou moins rationnelle des gaz combustibles dans les fours, etc.
Il est inutile de signaler plus longuement ici tous les avantages qu'on peut tirer de l'analyse du gaz ; la preuve la plus éclatante des services qu'elle a rendus, est l'extension rapide que cette branche spéciale de l'analyse a prise depuis quelques années.
De nombreux appareils ont été imaginés pour rendre les analyses de gaz aussi précises que possible, en même temps que très rapides, et d'une exécution facile.
Une des difficultés principales est d'obtenir un bon échantillon moyen.
En effet, la nécessité de n'opérer que sur un faible volume ne permet pas de recueillir du gaz pendant une longue durée, d'où cause d'erreur résultant des variations de composition du gaz.
Le meilleur moyen à notre avis consiste à prendre d'abord un courant principal à grand débit à la source de gaz, et sur ce courant, de brancher un courant secondaire plus faible, lequel constituera la prise d'essai moyenne.
Nous ne pouvons pas ici nous étendre sur les divers procédés et méthodes en usage dans l'analyse des gaz ; nous nous contenterons d'in-
cliquer au lecteur qu'il pourra puiser de sérieux et utiles renseignements à ce sujet dans les ouvrages ci-dessous (1).
Parmi les nombreux appareils dont on peut faire usage pour l'analyse rapide des gaz, nous indiquerons et décrirons sommairement l'appareil inventé par M. Goquillion. Il ressemble quelque peu à l'appareil bien connu d'Orsat, mais il a sur ce dernier l'avantage de permettre d'effectuer rapidement et de façon sensiblement exacte, le dosage des hydrocarbures ; en outre on évite, en ramenant le gaz dans le mesureur avant chaque lecture ■ — l'inconvénient et les erreurs résultant des tubes capillaires.
L'appareil (fîg. 55) se compose d'un tube mesureur M divisé en 100
Fig. 55.
parties égales, mais dont la partie inférieure, d'un diamètre plus étroit, est graduée en dixièmes. Ce mesureur est entouré d'un manchon plein
1. Encyclopédie chimique. Gaz et analyse, par M. Ogier; — Manuel pratique de l'Analyse industrielle des gaz, par Ch. Winkler; — Traité pratique de Chimie métallurgique, traduit de l'allemand par E. Vlasto.
d'eau pour maintenir la température constante ; il est relié à la partie inférieure, à un flacon élévateur contenant de l'eau ; à la partie supérieure avec un tube capillaire horizontal formant la rampe R et à un petit tube recourbé t d'introduction du gaz. La rampe est en relation avec trois flacons à réactifs P', G, P ; (P' renfermant une solution de potasse, P contenant du pyrogallate, G contenant du chlorure de cuivre) avec le brûleur B, se continuant par la cloche G', et enfin, à son extrémité, avec une cloche E surmontée d'un réservoir à brome. Cette cloche E est destinée spécialement au dosage des carbures de la série C2n H2n, et elle peut facilement être séparée du reste de l'appareil, dans le cas où on n'a pas à effectuer le dosage de ces divers carbures.
Le brûleur B consiste en une petite cloche élargie à son sommet et fermée par un bouchon en caoutchouc muni de trois trous. Dans deux de ces trous passent des tiges verticales en laiton servant à fixer à l'intérieur du brûleur un fil de palladium qui sera porté au rouge par le courant de deux piles Bunsen. Le troisième trou du bouchon en caoutchouc porte une cloche C' plongeant dans une éprouvette toute remplie d'eau.
Supposons qu'on veuille faire l'analyse d'un gaz renfermant C02.0. Co.C2H4.Az.H'CAH4 ou homologues. On opère d'abord à l'aide des cloches P', G, P, le dosage de Co2.O.Co. Le gaz est ensuite chassé dans la cloche E où on introduit quelques gouttes de brome, de là le gaz est ramené dans le mesureur après avoir été dépouillé des vapeurs de brome dans le flacon à potasse. La diminution de volume représente C4H4 et homologues. Le dosage de C2H4 et H s'effectue en faisant circuler le gaz additionné au préalable d'une quantité déterminée d'oxygène dans le brûleur B dont le fil de palladium est porté au rouge. On détermine après la combustion, le volume du GO2 formé d'où on déduit la teneur en C2H4. D'après la contraction observée après combustion, on connaît l'hydrogène et enfin après absorption de l'excès d'oxygène on mesure di-
rectement l'azote. Ce dosage direct de l'azote est en môme temps un contrôle du dosage de l'hydrogène.
On ne doit faire aucune lecture avant d'avoir, au moyen de la cloche G', fait passer un courant d'eau dans la rampe R, ce qui ramène la totalité du gaz dans le mesureur. Cette possibilité de faire des mesures exactes rend très précieux l'usage de l'appareil Coquillion, dont le seul inconvénient (partagé par tous les instruments du même genre) est de ne pas donner de certitude absolue quant au dosage du Co2, en raison de la solubilité de ce gaz dans l'eau. On peut atténuer cet inconvénient en faisant usage d'eau tenant en dissolution du chlorure de sodium.