AGATES-ONYX, MALAXAGES, INCRUSTATIONS, DÉCORS INTÉRIEURS
En incorporant à la masse diaphane du verre des rubans colorés, M. Gallé a obtenu des effets très intéressants. Les deux vases 53 sont faits de cristal légèrement opacifié par du phosphate de chaux, auquel le verrier a mêlé des rubans de verre noir avant de commencer le travail. Les dessins varient à l'infini, et l'imagination de M. Gallé a su les mettre en évidence en les soulignant d'une esquisse légère, tracée à la surface du vase. L'emploi et l'excès du manganèse doivent être évités dans la composition du noir, pour ne pas affecter d'une teinte commune les nuances bleuâtres opalisées du phosphate de chaux.
Un autre genre de décor dans la masse est présenté par un vase numéro 44, en verre potassique, teinté par du cuivre, du fer, de l'iridium. Autour d'une paraison, ont été cueillis de minces cassons d'émail blanc, découpés en ailes de papillons. Le tout a été doublé d'une calotte de même verre potassique, et les applications de la gravure ont fait le reste. Une vaste fleur rouge opaque (protoxyde de cuivre), avec son pistil et
ses étamines, est enfermée dans la masse du vase 135; le graveur n'a eu qu'à accentuer extérieurement les effets par les reliefs en supprimant les bavures. Le numéro 131 a été, lui aussi, littéralement décoré dans sa masse, afin d'encadrer un sujet prévu d'avance, inspiration qui a dû guider la confection du vase par le verrier. On y voit des traces de feuillages, de branches et de glands, motifs indiqués avec une souplesse égale à celle du pinceau.
Depuis 1818, M. Gallé s'est attaché à développer la palette, qui permet d'orner le verre à l'aide de couleurs et d'émaux vitrifiables à de basses températures proches de son ramollissement.
Des émaux de relief, à la mode japonnaise, présentés par M. Gallé en 1878, ayant eu beaucoup de succès, cet artiste éminent a cherche à renouveler ces émaux par des nuances non employées encore : bleus variés verts, et jaunes de toutes sortes, y compris des tons fins et rompus. La palette de ses ateliers d'émaillage était déjà fort complète à l'Exposition des Arts décoratifs en 1884. Elle comprenait à peu près tous les moyens de décorer le verre, les grisailles des vitraux appliqués à des vases pailletés d'argent et d'or, le camaïeu noir, la teinture en jaune par l'argent, les peintures de platine et d'or, la surdécoration d'un exci pient au moyen des couleurs de cristal, l'émail blanc de Bohême, fritté d'acide stannique, de silice et de minium d'un aspect sec, et bon tout au plus à des adaptations de syles anciens. A la même époque, une nouvelle série d'émaux transparents en relief était également présentée par M. Gallé, qui, continuant sans relâche ses recherches sur les émaux, met aujourd'hui sous nos yeux des émaux opaques de teintes fausses et bizarres, des nuances rompues destinées à jeter du piquant au milieu d'une gamme puissante, des émaux opaques colorés par des préparations à l'or fournissant des roses, des lilas, qui ont aussi leurs emplois.
En résumé, il n'est guère aujourd'hui de nuances, si fugitives soientelles, que ne puisse reproduire M. Gallé, depuis l'orangé, le rouge de
cire à cacheter, jusqu'au violet et au pourpre; certaines bordures (vase genre quartz enfumé), numéro 119; (boite antique, [147), ont la délicatesse de tons des cachemires. Le glacé de ces compositions est parfait, leur adhérence est complète, Enfin, ces émaux peuvent être surdécorés de couleurs tendres, et recevoir des feuilles métalliques fixées par des fondants.
On pouvait voir, à la classe 10, et au vestibule d'honneur, des spécimens différents de ces procédés, et, parmi eux, des échantillons qui ont reçu à la fois plusieurs gravures d'émaux cuisant à des feux d'intensités diverses.