Forme 122. — Bouteille en forme, de tête unique. Type
FiG. 200. — Flacon en forme de tête orotes- QtTE. — Cimetière du Vieil-.\tre (fouilles de 1888). — Musée de Boulogne-sur-Mer, n" 4045.
FiG. 210. — Flacon céphalomorphe. — Cimetière du Grand Hôle de Chasseiny (.\isne). iv" s. — Musée de Saint-Germain. Salle XI.
caricatural, m* et rv* siècles. — On a trouvé dans le nord des Gaules un certain nombre de verreries en forme de tête plus ou moins ricanante avec les lèvres boursouflées, le nez énorme, les yeux exorbités, le front fuyant et le derrière du crâne très développé. Une grosse verrue se trouve quelquefois sur la joue. Ces caricatures, ces grotesques, ont été recueillis en assez grande quantité dans la vallée du Rhin (2).
(i) A ce tjTje appartient la figure humaine formant la panse d'une bouteille à une anse, découverte à Saint-llansuy, près Toul. Ce flacon, conservé autrefois dans la collection Charvet, est actuellement au Métropolitan-Museum de New- York [Frœhner, La Verrerie antique, pi. XV, n" 83 ; et Ant. Klsa, loc. cit.,
fig. 298].
(2) Les céramistes et les bronziers romains ont fait, eux aussi, des vases plastiques en forme de tête grotesque. Ils ont créé, dans cette série, des récipients qui ne différent des verreries qui nous occupent que
;i56 LA VERRERIE EN GAULE SOUS L'EMPIRE ROIMAIN-.
Il en existe, au musée de Boulogne-sur-Mer, un très intéressant spécimen (i). Il a été découvert en 1888 au cimetière du Vieil- Atre [fouilles Lelaurain au terrain Capet] (lig. 209) . On connaît des verres romains en forme de tête unique dont le faciès n'appartient pas à la série des grotesques. Témoin l'exemplaire recueilli le 5 décembre 1888 par Frédéric Moreau, au cimetière du Grand Hôle de Chassemy (Aisne), dans une inhumation de l'époque de Constantin, de Valentinien ou d'Honorius (2) (fig. 210).
b. Verres zoomorphes {formes 123 à 130). — En donnant à un récipient la forme d'un animal, les primitifs obéissaient à un sentiment religieux qui se rattache au très vieux culte de la zoolâtrie. Dès l'époque la plus reculée, l'homme a représenté, soit à plat, en dessin ou en peinture, soit en ronde bosse, sous forme de vase ou de statuette, les animaux dont il tirait sa subsistance. Son but, en agissant ainsi, était d'attirer ces animaux autour de lui, par une sorte de sympathie magique. Plus tard, ces conceptions fétichistes se sont affaibUes; mais, jusqu'à la fin de l'antiquité, les vases en forme d'animaux ont été des prophylactiques, des porte-bonheur.
I^s anciens ont connu deux sortes de rhjiions zoomorphiques :
a. Des vases représentant un animal entier ;
b. Des vases en forme de tête d'animal.
Les Grecs ont créé, dans les deux genres, de véritables chefsd'œuvre. Ils ont fait des récipients de terre cuite en forme de fauves, de singes, d'oiseaux, de chevaux, de bœufs, de cerfs, de sangliers (3).
I<es verreries zoomorphes de l'époque romaine sont des copies de ces vases d'argile. Nous nous Hmiterons à la description des plus curieuses d'entre elles.
par la matière mise en œuvre. Un flacon de bronze en forme de tête humaine à faciès caricatural a été trouvé e:i 1899 dans une incinération du m= siècle, au cimetière de la rue de Luxembourg, à Cologne [Bonner Jahrbiicher, 1906, fasc. 114-115]. Des masques grotesques en argile, présentant un faciès analogue à celui qu'adoptaient les verriers romains, servaient à orner les vases à reliefs d'applique du in° siècle [voy. J. DÉCHELEITE, Lfs vascs céramiques ornes de la Gaule romaine, t. II, p. 227 et suiv.. tîg. 121-127]. (i) Publié par VAILLANT, Notes boulonnaises, p. 24 ; et Revue archéol. de 1889, pi. XIV.
(2) Frédéric Moreatt, Album Caranda, pi. 96. Nouvelle série. Vn flacon semblable, sorti du même moule, a été trouvé, en 1S49, à .Steinfort. Il est conservé au musée de Luxembourg. Il a été publié dans le Bulletin de la Société pour la recherche et la conservation des monuments historiques du Grand-Duché de Luxembourg, n" 5, année 1849, pi. II, n° 11.
(3) Le Louvre (.Salle H, vitrine centrale) possède une très ridic série de rhytons zoomorphes corintliicns, attiques et italiotes.
DESCRIPTION GÉNÉRALE DF^ TYPEvS. 157
I. — Forme 123. — Singe-musicien. — L'animal est assis clans un de ces fauteuils d'osier à dossier semi-circulaire, qui furent très en vogue en Gaule sous l'Empire (i). Il est vêtu d'un ciiculliis orné de stries, qui figurent les bandes ou calicules de couleurs voyantes dont on décorait les vêtements au m*' et au iv« siècles. De ses deux mains, il presse sur sa poitrine une syrinx ou flilte de Pan à sept tuyaux.
L'origine alexandrine du sujet traité n'est pas douteuse. L'animal représenté est le cynioccpJiale sacré des temples de l'Egypte, le cynocéphale que les riverains du Nil ont modelé dans toutes les matières : granit, porphyre, calcaire, albâtre, terre émaillée, argent et bronze.
L'image du singe est un prophylactique très ancien. M. de Morgan a trouvé à Suse des petits singes qui remontent à 2.500 ans av. J.-C.
Sous Hadrien, le singe était consacré à Pan: c'est pourquoi les artistes de l'époque romaine lui ont mis une syrinx dans les mains (2) .
De quelles officines les lécythes en forme de singe-musicien sont-ils sortis? Les terres cuites gallo-romaines peuvent fournir, à cet égard, une indication précieuse. On a fait, au temps des Césars, dans la vallée de l'Allier, des figurines d'argile blanche qui ont, avec les verres qui nous occupent, de nombreux points de contact. Plusieurs de ces figurines représentent des personnages assis dans un fauteuil d'osier et tenant des deux mains une syrinx (3). Il est bien probable que, comme elles, les singes de verre ont été fabriqués dans les officines de la Gaule, soit par des ouvriers orientaux, soit par des indigènes en relation directe avec l'Orient. Les pays où ils ont été trouvés confirment, d'ailleurs, leur origine gaUo-romaine :
I. Vermand {Aisne). — FouiUe du 27 février 1885. Tombe d'enfant n° 155. Verre verdâtre. Hauteur : 21 centimètres. Saint-Quentin. Musée Lécuyer, n" 2.668 (4).
(i) Des sièges de ce tj^ie sont sculptés en relief sur les stèles funéraires des vétérans romains [voy. AxTOx KiSA, loc. cit., fig. 14. Stèle du musée Wallraf-Richartz à Cologne].
(2) Très populaire au Romain II dans les ateliers des verriers et des céramistes, le t>-pe du cjTiocéphale jouant de la s jTinx figure sur une goiu^de de terre cuite du musée de Saint-Germain, connue sous le nom de Vase Sallier et appartenant à la céramique du m» siècle [voy. Décheletie, Les vases ornés, t. II, pi. IV]. Sur la Syrinx antique, consulter un intéressant article de M. Théodore Reinach dans Pro Alesia, maijuin 1907, p. 161 et p. 180.
(3) Voy. TtrooT, Figurines gauloises, pi. 67, et J. Déchelette, Irc. cit., t. II, p. 323 et pi. X, n" i.
(4) Th. Eck. Les deux cimetières gallo-romains de Vermand cl de Sainl-Quenlin, p. 113 et 149, pi. III, n" 2 ; J. PiLLOY, Études sur d'anciens lieux de sépultures dans l'Aisne, t. Il, p. 123, et pi. 2, n" 3.
II. Amiens {Somme). — Verre verdâtre filandreux. Hauteur 14 centimètres. Amiens. Musée de Picardie (i) (fig. 211).
III. Cologne {Magnusstrasse). — Fouilles de 1865. Inhumation. Verre incolore décomposé (Ancienne collection Disch) . Cologne. Musée Wallraf-Richartz, no 292 (2) .