Ciselure en relief
Nous avons examiné les principaux procédés de décoration à chaud
(i) .Anton Kisa, Das Glas im Alterltime, p. 476, fig. 152.
connus à l'époque impériale (i). Il nous reste à étudier la décoration à froid qui laissait aux artistes beaucoup plus de temps et de liberté, qui leur permettait de créer des œuvres d'une belle qualité, des objets de grand luxe dont quelques remarquables spécimens sont parvenus jusqu'à irons.
Verres a deux couches [faux camées] (2). — Au premier rang de ces précieuses reliques, il faut placer les verres à couches superposées travaillées à la façon des camées. L'ouvrier appliquait l'une sur
FiG. 310. — Bol de verre incolore, orné de dépressions et de saillies à trois pointes. — Neuville-le-PolIet.
Fouilles de 1845. — Mttséc de Rouen.
l'autre deux couches de verre de couleurs différentes ; puis il sculptait et afîouillait la couche superficielle jusqu'à la rencontre de la couche sous-jacente (3).
(i) Les coupes dans la pâte desquelles sont incorporées à chaud des baguettes polychromes, les verres imitant les agatesrubanées, tous les produits que les Allemands désignent par le terme général de Mosaîkglàser [A. KiSA, Das Glas im Altertume, p. 501 et suiv.j, n'entrent pas dans le cadre que je me suis tracé : i" parce qu'ils se rattachent par leur technique aux verreries péromaines. Ils pourraient constituer le dernier chapitre d'im livre consacré à celles-ci ; 2° parce que les plus beaux d'entre eux n'ont pas été découverts en Gaule. Je rappellerai toutefois que nos cimetières de la haute époque impériale ont livré im assez grand nombre de tessons ayant appartenu à des verreries de cette catégorie. Je signalerai comme exemples les débris de deux coupes apodes trouvés à Besançon sous les ruines des monuments romains entourant le champ de Mars. L,'une de ces coupes pouvait avoir un diamètre de o'",io environ. Elle est en verre richement coloré imitant les veines de l'agate [pâtes vitreuses jaune, rouge, blanc-crème et bleu foncé]. 1,'autre a été obtenue par soufflage d'mi verre transparent légèrement verdâtre dans lequel l'ouvrier a encastré des baguettes de verre rouge et bleu. l,es fragments de ces verreries sont conservés au musée de Besançon (Doubs). Ils font partie d'une série d'objets provenant d'un cimetière à incinérations qui a dû ser\-ir depuis la conquête jusque vers le temps de Néron. Les monnaies trouvées dans les unies ne vont ([ue jusqu'au règne de Claude. Il y avait aussi quelques monnaies gauloises.
(2) Ueber/angglâser des archéologues allemands.
(3) On peut rapprocher des verres doublés du ]<' siècle, les verres d'époque plus basse, recouverts d'ornements découpés à jour dans une plaque d'or, d'argent ou de bronze. Ces vases sont des créations d'ouvriers
LES PROCÉDÉS D'ORNEMKNTATION.
Ce travail délicat est appelé sculptiira vitri par Quintilien (i) et toreuma vitri par Martial (2).
Le Vase Portland [Vase Barberini) du Britisli Muséum (3) et le Vetro blu {Vase de la Vendange), recueilli en 1837 à Pompéi et conservé au Musée de Naples (4), en sont les plus fameux exemples. Ils n'ont pas été découverts en Gaule. Il n'y a pas lieu de leur consacrer ici luie étude spéciale.
Une autre verrerie, tout aussi remarquable quoique moins célèbre, faite, comme eux, à l'imitation des camées, a été trouvée en France.
FiG. 311. — Tasse de verre a monture metalliql-e. — Mont-Afrique, près Dijou (Côte-d'Or). — Musée
de Rouen.
C'est une œnochoé d'un galbe très pur, malheureusement fracturée, recueillie en se|)tembre 1886 par des terrassiers dans un terrain dépendant de l'ancien couvent des Annonciades, dans le quartier de
alexandrins de la ftu de l'époque impériale. On a employé, pour les orner, le procédé que les anciens désignaient sous le nom d'Opiis interrasUc. Xous signalons trois de ces produits : i" Un carchésium forme 98 (anses et pied en métal), en verre rouge foncé sur lequel se détachent des rinceaux et des scènes de cliasses en argent découpé, trouvé en 1871 près Tiilis et conser\-é au llusée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg (Stephaxi, C. rendus de la Comm. arch. de Saint-Pétersbourg, 1872, p. 143, pi. II, 1-2) ; 2" Un bol à décor végétal et inscription : EYTÏXUC, en argent découpé. Trouvé dans leSeeland avec des monnaies deProbus, {276 à 282) et conservé au musée de Copenhague {Aarboger for nordisk Oldkxndiiihed, 1877, p. 354. avec pi. en couleur) ; 3» Une tasse de verre vert à monture d'argent trouvée au Mont-Afrique près Dijon (Côte-d'Or ) et conservée au musée départemental d'antiquités à Rouen (fig. 311). Au point de vue artistique, cette pièce est très inférieure aux précédentes [Publiée par A. Deville, Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquité, pi. XLIII, H.]. (i) QtriNTlLlEx, lib. II, XXI, 9.
(2) >Uriial, X, 87.
(3) Gersp.\ch, L'art de la verrerie, p. 50-53, fig. 19, 20, 21 ; — A. KlSA, lac. cit., pi. VII.
(4) GERsrACH, loc. cit., p. 53-58, fig. 23, 24, 25 ; — E. Babelon, La gravure en pierres fines, p. 148, fig. 109 ; — A. KiSA, loc. cit., pi. VIII et IX ; — Guide des Antiques du musée national de Naples, 1908, p. 126, n» 13.521.
230 LA X-ERRERIE EX GAULE SOUvS L'EMPIRE ROiL\IX.
Besançon où se trouvaient les plus riches villas gallo-romaines (autour du Palatium) .
Mais on a pensé que ce vase avait pu être apporté là avec des déblais provenant d'un autre point de la ville, probablement du quartier de Chamars (ancien Champ de Mars), où l'on a rencontré un riche cimetière du i^r siècle de notre ère.
L'œnochoé de Besançon est en verre violet foncé sur lequel apparaît, en faible relief, un décor en verre opaque blanc sculpté à la manière des camées (i) (pi. 6).
Les personnages, qui se détachent en clair sur le fond sombre de cette belle verrerie, accomplissent une cérémonie en l'honneur de Priape. Un mascaron, figurant une tête de face, une sorte de gorgoneion, est placé au-dessous de l'attache de l'anse.
Les faunes, la statue ithyphallique de Priape, la divinité féminine dressée sur une colonne, les arbres (laurier et conifère) , la table à trois pieds de bouc sur laquelle on a déposé un canthare de type hellénistique, et deux autres vases, tous les motifs de cette élégante composition sont d'un modelé admirable. Le style des figures est presque aussi beau que dans les camées les plus remarquables de l'époque d'Auguste.
Le vase priapique de Besançon est une œuvre d'art d'un ordre élevé. Il a certainement été exécuté par des artistes grecs, à la même époque que le Vdro hlu de Pompéi, c'est-à-dire avant le dernier tiers du i'^'" siècle.
On ne sait pas de quelle officine il est sorti, mais il est probable qu'il a été fait à Alexandrie.
Verres a reliefs taillés de basse époque. — A partir de l'époque des empereurs syriens, le travail des sculpteurs sur verre devient dur et sec. Les verres à reliefs taillés du Romain II ne sont intéressants que par l'effort qu'ils ont coûté. Ce sont des œuvres qui procèdent de l'industrie et du métier.
La pièce la plus remarquable dans cet ordre de production est
(i) ly'œnochoé de Besançon a été minutieusement décrite par iDI. V.^issier et Castan dans les Mémoires de la Société d'Émulation du Dotibs, b' série, vol. I, année 18S7, p. 249-254 : Vase priapique e>i verre du musée de Besancon. Une planche lithographique en couleurs représente le développement de la panse, et un petit dessin donne l'aspect du vase à une échelle très réduite.
LES PROCÉDÉS D'ORNEMENTATION. 231
un récipient du lu'^ siècle, découvert à Trêves en 1905 et exposé au musée de cette ville (i).
Ce vase, plus curieux que beau, est en forme de tronc de pyramide. Il est en verre incolore complètement décomposé. Il est muni d'une anse placée verticalement sur le côté. Malgré son très mauvais état de conservation, il laisse voir en maints endroits sa décoration qui consiste en rameaux sinueux chargés de feuilles triangulaires sculptées en méplat.
Cette nouvelle technique, dont le vase de Trêves nous offre un des plus anciens exemples, fait perdreaubas-relief son caractère plastique.
I^es ornements maintenus à une faible distance d'un fond uniformément plat, ont l'air d'avoir été découpés à la scie dans une plaque présentant partout la même épaisseur. Quel contraste entre leurs contours heurtés et le modelé savant et délicat de l'œnochoé de Besançon.