‹ La verrerie en Gaule sous l'Empire romainChapitre 55 sur 75 · Gravure en creux (i · texte numérisé non relu

Gravure en creux (i

Clément d'Alexandrie (160 à 220) parle de la prétentieuse, inutile et vaine gloire des graveurs sur verre (2).

Ce texte ne renseigne guère les archéologues, car nous ignorons de quel genre de gravure l'auteur chrétien a voulu parler. Son blâme était peut-être dirigé contre les diatretarii qui sculptaient le verre à la façon des camées.

Il est certain qu'on a dû de bonne heure faire des essais de gra-

^5^ AV^-î-jt«T.

FiG. 315. — \'ERRE A CERCLES GRAVÉS. — Arles. Romain II. — Cabinet des Médailles, à Paris, n» 794.

vure sur verre, puisque l'on connaissait la gravure en pierre fine depuis les temps les plus reculés.

Toutefois, les verres gravés en creux ne se rencontrent guère dans les sépultures de Gaule avant le iii^ siècle. A Cologne, ils sont rares dans les incinérations qui contiennent les plus beaux verres à applications vermiculaires ; ils sont nombreux dans les inhumations qui vont de 250 au début du \^ siècle (3) .

Ceux de la seconde moitié du iii^ siècle sont d'un assez bon style ; ceux du iv^ trahissent une main lourde et maladroite ; ceux du \^ accusent une profonde décadence.

Il est très intéressant de constater que les verres gravés ont pour

(i) I<a gravure en creux se faisait, dans l'antiquité, soit à la pointe de pierre dure (quartz, émeraudc, corindon) guidée à la main , soit à la molette montée sur im tour.

(2) Clément d'Ales.\xdrie, Pœdagogus, liv. II, di. m.

(3) AUTOX Kis.\, Dos Glas im Altertame, p. 247.

LKS PROCÉDÉS D'ORNEMENTATION.

la plupart été trouvés dans la Belgica et sur les bords du Rliin, mais il n'est pas prudent d'en déduire que le Rheinland était, au Ro-

FlG. 316. — GoBELEl DE VERRE INCOLORE, omé de Cercles gravés légèrement. — Cimetière du Vieil- Atre, à Boulogne-sm'-Mer. — Collection Morin-Jean, n» 2228.

main II, le seul pourvoyeur des verreries à sujets gravés. Ces sujets appartiennent presque tous au répertoire hellénistique et oriental. On peut les répartir en j^lusieurs grandes séries.

FiG. 317. — Verre gravé ex creux. — Romain II. — Musée d'Amiens, n" 988.

FiG. 318. — Bol de verre gr.\vé. — Étampes (S.-et-O.). Romain II. — Musée de SaifU-Ger- »iafn,n°29665.

a. Combinaisons géométriques. — Le décor le plus simple et le plus répandu consiste en de fines lignes gravées à la meule, disposées

en cercle autour du récipient (fig. 315, 316). Des combinaisons plus savantes : rosaces, étoiles, cannelures, etc., varient à l'infini

Fio. 319. — Bol gravé. — Verre incolore. Fouilles Fig. 320. — Bol a pled. — Verre incolore. ColleviUede Reims (Marne). — Collection Mofin-Jcan, Orival, 1864. — Romain II. — Musée de Rouen

n" 2039. (ancietme Collection de Girancourt.)

(fig. 317, 322). EUes sont quelquefois formées d'un assemblage régulier de cupules assez profondes qui miroitent à la lumière (fig. 320). Dans un fragment de verre incolore, très filandreux, découvert en 1871 à Boulogne-sur-Mer et qui semble appartenir à une époque

Fig. 321. — Fkagment d'un bol de verre incolore, orné de cupules et de traits gravés. — Cimetière du Vieil-Atre à Boulogne. Fouilles de 1S71. Romain II. — Musée de Boulogne-sur-Mer, n" 2724.

assez tardive, les cupules sont pourvues au centre d'un point en relief (fig. 321).

b. Scènes du cirque et de l' amphithéâtre. — lycs graveurs ont quelquefois repris, sans apporter de changement dans la composition, les scènes de courses et de combats des verres moulées. C'est ce

LES PROCEDES D'ORNEMENTATION

que nous apprennent un beau fragment de verrerie et un bol forme 81 du musée de Trêves :

I,e fragment appartenait à un récipient de fabrication soignée. Oft y voit des chars d'un excellent style (i).

lyC bol est moins bien gravé. Il est orné d'un bige courant vers la droite d'une panthère et d'un bestiaire armé d'un poignard et d'un trident (2) . Au-dessus de cette décoration court t:ne inscription latine : BiBAMVS, qui n'a aucun rapport avec les sujets figurés plus bas ; c'est un souhait adressé au buveur.

c. Scènes de chasse. — Le graveur à qui nous devons une coupe,

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W|oKi')-Jeii3.

FiG. 322. — Gravure et t.ulle du v'Erre au Kom.ain II. — i. Étampes, 2. Amiens, 3. Cologne.

décorée d'une chasse au cerf (3), reproduite par Kisa (4), n'a pas une personnalité bien marquée. Si ce n'est pas un oriental, c'est un orientalisant. Il appartient à cette lignée d'artistes et d'artisans qui furent, à l'époque de la civilisation grecque; les peintres de vases ioniens ; à l'époque impériale romaine, les céramistes, les verriers et les orfèvres d'Alexandrie ; au Moyen-âge, les enlumineurs persans, les ivoiriers byzantins, les faïenciers de Rhodes et de Damas. Il ne desine pas bien, mais il sait composer. Il devait travailler au tv^ s. ou vers le début du v^.

(i) Anton Kisa, Das Glas im Altertume, p. 650, fig. 250.

(2) Anton Kisa, loc. cit., p. 64S, fig. 257.

(3) Une chasse au cerf est gravée sur une grande coupe de la collection Pierpont-Morgau (ancienne collection Gréau), publiée par \V. Froehner [Coll. Julien Gnati, Paris, 1903, u° 1.103, pi. CLXXXX]. Prés du bord de cette coupe, on lit la formule de souhait ; JIvxtos. axnos. — Un sujet, qui semble se rattacher à la chasse au cerf, est gravé siu- un fragment de verrerie du musée de Saiut-Gcrmain (n" 29.511, Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme). Les animaux représentés sur ce fragment n'ont pas été gravés en creux, mais traités en rchef, suivant ime curieuse technique dont nous ne connaissons pas d'autre exemple.

{4) Anton Kisa, loc. cit., p. 653, fig. 263 [Collection Vom Rath, à Cologne].

LA ^'ERRERIE EN GAULE SOUS L'EMPIRE ROiL\Iîs.

1/ auteur d'un bol découvert à Strasbourg, en 187S, dans une inhumation assez tardive (i), n'avait aucune finesse de touche. De phis, il était assez pauvre d'imagination. N'ayant pas une manière originale de penser, il ne pouvait se créer une manière originale de dire. Aussi n'a-t-il pas eu recours à de nouvelles formules pour orner lesproduitsdontilavaitlacommande.il a repris un de ces thèmes extrêmement anciens employé à satiété par les décorateurs depuis l'antiquité la plus haute : la chasse au lièvre.

Les monuments décorés de la chasse au lièvre sont innombrables.

FiG. 3:13. — lIûTiF DE LA CH.\SSE AU LIÈVRE : A. Sur uue amphore rhodienne en terre cuite du vn" s. av. J.-C. {Musée du Louvre, A. 329). — B. Sur un verre du iv= s. apr. J.-C, découvert à Reims en 18S4 {Musée de Reims, n° 4720).

Ce sont des gobelets préhistoriques découverts à Suse et qui, d'après les évaluations les plus modérées, remontent à 3.000 av. J.-C. (2), des vases mycéniens, des poteries doriennes du viii^ siècle, des vases rhodiens (fig. 323 A), et corinthiens (3), des amphores attiques, des bucchéros étrusques, des pièces d'orfèvrerie alexandrine, des bols

(i) Straub, Le cimetière gallo-romain de Strasbourg, p. 28, avec pi. lithog.

(2) Ed. Poiiier, J. de Morg.\n et R. de JIecquenem, Mémoires de la Délégation en Perse, t. XIII, Paris, 1912, p. 73, pi. I, n" 4, pi. III, n" 7 et pi. XL,T, n" 4.

(3) JIORiN-jE.AN, Le dessin des animaux en Grèce d'après les vases peints, p. 61-62-172-1S5, fig. III, IV 63, 130 et 213.

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